Résumé de l'ouvrage "24/7. Le Capitalisme à l'assaut du sommeil" de Jonathan Crary : un livre indispensable pour comprendre notre addiction toujours plus grande aux réseaux sociaux et autres technologies produites par des firmes peu scrupuleuses de notre santé mentale — et si votre sommeil ne tenait plus qu'à un fil ?
Par Jonathan Crary, 2014, 140 pages.
Titre original : 24/7: Late Capitalism and the End of Sleep (2013)
Chronique et résumé de "24/7. Le Capitalisme à l'assaut du sommeil" de Jonathan Crary
Présentation
Ce livre est un essai écrit par Jonathan Crary, un professeur d'art moderne et d'esthétique à l'université de Columbia à New York. Théoricien reconnu de l’image et de la perception, il s’est fait connaître par ses travaux sur l’histoire du regard et des technologies visuelles. Dans 24/7, il met cette expertise au service d’une réflexion politique et philosophique sur le capitalisme contemporain et son emprise sur nos corps, notre attention et notre temps.
Au niveau du contenu, on peut dire de ce livre qu'il est une critique virulente des plateformes telles que Netflix ou autres qui cherchent à nous coller à nos écrans toute la journée et jusqu'à tard dans la nuit… Cette critique est fondée sur une analyse détaillée des pratiques de ces compagnies et notamment de leur marketing. Crary propose une lecture à la fois historique, philosophique et culturelle de ces dispositifs, en montrant comment ils s’inscrivent dans une logique plus large de contrôle, de marchandisation du temps et de destruction des rythmes humains.
Quant à la forme, le livre a une forme très courte et condensée : 4 chapitres et 140 pages seulement. À noter : pour des raisons de lisibilité, nous avons choisi de séparer le contenu de chaque chapitre par des intertitres qui n'apparaissent pas dans l'ouvrage original. Il en va de même pour les titres de chapitres : comme ceux-ci sont sobrement intitulés "Chapitre 1, 2, etc.", nous avons opté pour des titres clairs qui indiquent plus clairement le contenu.
Chapitre 1 : Le sommeil, dernière frontière face au capitalisme 24/7
Recherche militaire et corps sans sommeil
Jonathan Crary décrit d’abord des recherches militaires sur le moineau à couronne blanche, un oiseau capable de rester éveillé sept jours. L’armée américaine finance ces études pour créer un soldat efficace sans sommeil, grâce à des techniques neurobiologiques avancées. Le professeur d’art moderne y voit un projet plus vaste de transformation du corps humain en machine opérationnelle continue.
Vers le soldat, puis le travailleur 24/7
L’auteur montre que l’objectif n’est pas seulement de stimuler l’éveil, mais de réduire biologiquement le besoin même de dormir. Ces innovations de guerre annoncent le travailleur et le consommateur sans sommeil, adaptés aux marchés continus. Les produits anti-sommeil deviendraient d’abord un style de vie, puis une contrainte économique pour rester compétitif.
Lumière permanente et effacement de la nuit
Jonathan Crary évoque un projet de satellites miroirs capables de réfléchir la lumière du soleil sur la Terre. Cette technologie promet un « jour permanent » pour exploiter sans interruption les ressources et les activités industrielles. Malgré les critiques scientifiques, écologiques et culturelles, elle exprime l’imaginaire d’un monde sans nuit, entièrement disponible.
Torture, privation de sommeil et destruction du sujet
L’auteur rappelle que la privation de sommeil est une technique centrale de torture contemporaine, notamment après 2001. Il décrit le cas de détenus soumis à une lumière constante, au bruit continu et à un contrôle total de leurs perceptions. Ce régime détruit la personne, produit la psychose et une soumission extrême, sans fournir d’informations fiables.
24/7 : un temps sans rupture ni histoire
Pour Jonathan Crary, ces exemples révèlent une logique globale : l’installation d’un temps continu de fonctionnement sans pause. Le slogan 24/7 désigne un monde où le temps ne s’inscrit plus dans des projets, des saisons ou un avenir. Le modèle dominant devient celui d’un environnement machinique, toujours actif, qui dissimule le coût humain de son efficacité.
Consommation sans limite et désastre écologique
Dans ce régime, travailler sans arrêt paraît envisageable, tout comme consommer sans frein et sans véritable satisfaction. Les corps absorbent un excès de services, d’images et de substances, jusqu’à des seuils toxiques et parfois mortels. Cette dépense permanente alimente aussi la catastrophe écologique, en rompant les cycles naturels de repos et de régénération.
Le sommeil comme dernière frontière
L’auteur présente le sommeil comme un temps improductif, inutile, impossible à rentabiliser pour le capitalisme contemporain. Dormir signifie suspendre la circulation, la production et la consommation, donc interrompre le vol capitaliste du temps. Parce qu’aucune valeur n’en est directement extraite, le sommeil reste une anomalie et un lieu de résistance.
Érosion historique du sommeil et dévalorisation moderne
Jonathan Crary rappelle que la durée moyenne du sommeil a fortement diminué au XXᵉ siècle en Amérique du Nord. Il montre comment les philosophes modernes ont dévalorisé le sommeil, jugé irrationnel, improductif et inférieur à la veille. Le sommeil est désormais pensé comme une fonction à gérer, un simple réglage physiologique, à optimiser pour rester performant.
Capitalisme dérégulé et corps débordés
Le professeur d’art moderne souligne qu’avec le néolibéralisme, le repos n’est plus nécessaire au maintien de la rentabilité. Les corps doivent s’adapter au rythme des marchés dérégulés, créant une dissociation violente entre temporalité économique et biologique. Le temps de régénération devient trop coûteux, et la santé n’est plus un objectif central de l’ordre économique.
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Activité permanente et brouillage des frontières
En s’appuyant sur des analyses critiques, l’auteur décrit un idéal d’individu toujours connecté, mobile, actif et disponible. Les frontières entre travail et vie privée, production et consommation, se dissolvent dans des temporalités 24/7. L’inactivité, le retrait et la pause perdent tout prestige face à l’exigence d’engagement continu.
Insomnie, spectacle de la souffrance et responsabilité
Jonathan Crary mobilise le philosophe Emmanuel Levinas pour penser l’insomnie comme vigilance face à la violence et à l’injustice visibles partout. L’insomnie exprime le désir de ne pas détourner le regard, mais aussi l’impuissance à transformer ce que l’on voit. Elle oscille entre souci de l’autre et dépersonnalisation, révélant la difficulté de vivre humainement dans le monde actuel.
Lumière totale, spectres et mémoire
Dans un monde saturé de lumière, sans ombre ni alternance, le présent prétend effacer toute profondeur historique. Pourtant, des spectres reviennent : victimes oubliées, promesses émancipatrices trahies, mémoires que la modernité n’a pas détruites. Jonathan Crary évoque Solaris de Tarkovski pour montrer comment, dans un environnement artificiel et insomniaque, les fantômes maintiennent l’humanité vivante.
Exposition, protection et disparition des sauvegardes
L’auteur s’appuie sur la pensée politique contemporaine pour montrer que tout individu est exposé, vulnérable, dépendant d’autrui. Hannah Arendt insistait sur l’équilibre nécessaire entre exposition publique et retrait protégé, entre lumière et « obscurité » domestique. Le capitalisme de consommation détruit cet équilibre, en absorbant à la fois la sphère privée et la possibilité de régénération.
Sommeil, confiance et effondrement du commun
Jonathan Crary rappelle que le sommeil exige des conditions sociales de sécurité, de confiance et de protection partagée. L’absence de sauvegarde apparaît tragiquement dans des catastrophes comme Bhopal, où des dormeurs meurent sans défense. Le sommeil révèle ainsi le lien profond entre vulnérabilité, soin et justice, et montre combien l’érosion du social menace la possibilité même de se reposer.
Chapitre 2 : 24/7 comme mot d’ordre et temps impossible
L’auteur présente 24/7 comme un temps abstrait, sans repères, ni cycles, ni répétitions. Ce temps continu célèbre une présence permanente, faite d’opérations fluides, sans friction ni interruption. Il résulte d’une vie commune entièrement transformée en objet technique, gérée par des dispositifs.
Pour Jonathan Crary, 24/7 fonctionne aussi comme un mot d’ordre qui ne vise pas seulement l’obéissance, mais façonne la réalité sociale et produit de la peur. Il rabaisse la temporalité humaine, jugée trop lente, floue et irrégulière par rapport à son exigence.
Ce régime efface la valeur des pauses, des variations et des temps morts. Il attaque les rythmes qui structuraient les cultures :
Alternance travail/repos ;
Fête/semaine ;
Jour/nuit.
Même le week-end, dernier vestige de ces découpages, se dissout dans l’homogénéité du temps 24/7.
Incompatibilité entre vie humaine et disponibilité permanente
L’auteur rappelle qu’aucun individu ne peut réellement vivre, consommer et agir jour et nuit. Pourtant, le monde marchand et numérique reste accessible en permanence, sans aucune zone hors-réseau. Cette disponibilité totale fait entrer la logique 24/7 dans chaque moment de la vie quotidienne.
Les technologies sans fil, portables et connectées suppriment la singularité de l’événement et du lieu. Tout peut être enregistré, archivé, transmis et réintégré dans les circuits économiques ou de contrôle. Les repas, les conversations, les cours deviennent des scènes traversées par les appareils en fonctionnement continu.
Jonathan Crary insiste sur l’appauvrissement cumulatif de ces micro-perturbations. Les expériences partagées se fragmentent, l’attention se disperse entre présence physique et sollicitations numériques. Au final, les promesses de gratification ne se réalisent jamais, tandis que le sentiment de manque persiste.
24/7, guerre, surveillance et destruction du repos commun
Le professeur d’art moderne relie ce temps continu à la militarisation et à la surveillance globale. Il évoque l’opération Gorgon Stare, système de vision permanente permettant les frappes de drones. Cette vision sans clignement ignore totalement la singularité des vies regardées et détruites.
Il décrit aussi les raids nocturnes des forces spéciales en Irak et en Afghanistan. Ces interventions s’appuient sur l’intelligence satellitaire et des technologies de vision nocturne avancées. Elles s’attaquent directement à la nuit comme temps commun de sommeil et de restauration.
Pour Jonathan Crary, détruire ce temps partagé revient à installer une peur permanente. Les populations ne disposent plus d’aucun intervalle protégé, où se sentir à l’abri des violences. On retrouve ici, à grande échelle, la logique de la privation de sommeil utilisée dans la torture.
Ruine de la vision et effondrement du regard
L’auteur explique que 24/7 n’éteint pas seulement la nuit, mais ruine aussi le jour. Il ne reste qu’une luminosité fonctionnelle, dédiée à l’efficacité, qui appauvrit l’expérience visuelle. La vision devient un champ administré, surveillé, géré par des normes et des attentes instrumentales.
Jonathan Crary parle d’un éblouissement continu, même sans lumière excessive. La surstimulation homogène, rapide, redondante, fige les capacités de discrimination et de jugement.La perception n’accède plus à la complexité du monde, ni à ses nuances temporelles.
En s’appuyant sur Jean-Luc Godard, l’auteur interroge l’instant où le regard s’effondre. Nous sommes saturés d’images du passé, d’archives des catastrophes et des horreurs. Mais cette surabondance ne débouche plus sur un projet collectif tourné vers l’avenir.
Les images deviennent des déchets mémoriels, stockés sans être réellement travaillés. Elles alimentent un présent figé, sans horizon autre que lui-même. L’espoir d’images inutilisables par le capitalisme reste très fragile dans ce contexte.
Faux récit de « nouvelle ère » et continuité de la modernisation
L’auteur critique le discours qui présente le numérique comme une ère totalement nouvelle. On la compare à l’invention de l’imprimerie ou à la révolution industrielle pour rassurer. Ce récit donne aux changements technologiques une apparence de nécessité historique et de fatalité.
Jonathan Crary rappelle la continuité avec la modernisation du XIXᵉ siècle. Marx montrait déjà que le capitalisme détruit toutes les formes stables pour poursuivre l’accumulation. Aujourd’hui, cette logique se déploie via les réseaux, les flux d’informations et les dispositifs numériques.
Il souligne qu’on maintient volontairement un état de transition permanente. Il n’y aura jamais de moment de stabilisation, ni de véritable « adaptation » collective. Les individus restent toujours en retard sur les mises à jour, les systèmes et les exigences techniques.
La brièveté de vie des produits empêche toute familiarité durable avec un environnement technique. Le dispositif devient lui-même la fin, non plus un moyen. Son but est d’absorber le temps et l’attention dans ses propres routines.
Accélération, obsolescence et fabrication du sujet 24/7
Jonathan Crary décrit l’accélération comme un outil central de contrôle et de subjectivation. Chaque nouveauté technologique s’accompagne d’une multiplication des options, services et micro-choix. Le temps et l’expérience se fragmentent en tâches calculables, connectées à des flux marchands.
Cette dynamique crée une dépendance croissante aux réseaux, plateformes et applications. Les individus se définissent par la coïncidence avec les dernières technologies disponibles. L’accumulation d’objets compte moins que l’alignement continu sur le « dernier modèle ».
L’auteur insiste sur l’angoisse d’être dépassé, perçu comme obsolète ou déconnecté. La peur de « décrocher » alimente la soumission au rythme des innovations. On intériorise l’idée que la réussite passe par la synchronisation avec ce flux.
Simultanément, la mémoire collective s’érode. Les cycles rapides d’apparition et de disparition de produits effacent les repères historiques. Le présent se construit comme un continuum amnésique, où le passé n’a plus de poids critique.
Auto-administration, dispositifs et illusion d’autonomie
Le professeur d’art moderne analyse la montée de l’auto-administration comme norme de vie. Chaque nouveau service promet de mieux organiser finances, relations, santé, travail, loisirs. Mais il ajoute en réalité une couche d’obligations et de tâches de gestion.
Les individus croient personnaliser leurs usages et optimiser leur rapport aux dispositifs. Le mythe du hacker malin, qui détourne le système, sert cette illusion. En pratique, tous accomplissent le même travail de self-management, avec très peu de variations.
En s’appuyant sur Giorgio Agamben, l’auteur conteste l’idée d’outils neutres. Un dispositif modèle et contrôle la vie, il n’existe pas d’usage « correct » émancipateur. Les subjectivités sont produites par l’ensemble des appareils qui s’emparent de chaque instant.
Parallèlement, l’image devient un instrument central de cette gouvernance. Regarder n’est plus un acte libre, mais une exigence institutionnelle permanente. Le temps passé devant les écrans nourrit directement les logiques de surveillance et de profit.
Synchronisation, fragmentation et industries de l’affect
Jonathan Crary discute Bernard Stiegler, qui parle de synchronisation de la conscience par les « objets temporels ». Films, séries, musiques seraient consommés simultanément par des milliards d’individus. Cela homogénéiserait la mémoire et détruirait la singularité subjective.
L’auteur juge cette approche partielle. Selon lui, le problème majeur vient de la colonisation de l’attention par des opérations répétitives. Regarder ou écouter s’accompagne toujours de clics, partages, commentaires, archivage et suivi.
Il souligne aussi le rôle d’autres industries temporelles : jeu en ligne, pornographie, paris, etc. Ces pratiques cultivent des fantasmes de maîtrise, de performance et de possession sans fin. Elles s’imbriquent parfaitement dans la dynamique 24/7 de compétition et de consommation.
Jonathan Crary rapproche enfin ces logiques du marché des psychotropes. Les émotions ordinaires deviennent des troubles à traiter par des médicaments spécifiques. L’« intériorité » se trouve externalisée, gérée par l’alliance entre neurosciences et grandes firmes pharmaceutiques.
Lissement du monde, vie filtrée et abdication
L’auteur s’appuie sur Valéry pour évoquer un monde rendu lisse, où les différences se réduisent. Les anciennes marques de marginalité ou d’extériorité culturelle sont absorbées, normalisées ou marchandisées. 24/7 produit une diachronie appauvrie, où les temps deviennent interchangeables et pauvres en profondeur.
Les biographies se réécrivent comme succession d’appareils, services et plateformes utilisés. Le grand projet de la vie consiste à ajuster son existence aux dispositifs dominants. Famille, travail, amitiés se subordonnent à cette trame technologique.
Dans ce tableau, l’abdication de la responsabilité individuelle apparaît comme un aboutissement logique. Le sujet 24/7 accepte d’être géré, guidé, recommandé, noté, sans remettre en cause la structure. La question d’une autre manière de vivre avec la technique devient presque impensable.
Chapitre 3 : Arkwright et l’anticipation du temps 24/7
L’auteur analyse le tableau Arkwright’s Cotton Mills by Night de Joseph Wright of Derby. Les usines éclairées la nuit se dressent au milieu d’une campagne encore sauvage et boisée. La coexistence de la lune et des lumières artificielles crée une atmosphère étrange et inquiétante.
Pour Jonathan Crary, ces fenêtres illuminées annoncent une nouvelle relation abstraite entre temps et travail. Le travail se détache des cycles lunaires et solaires, il peut théoriquement se poursuivre sans fin. L’important n’est pas la machine elle-même, mais l’idée de production continue, génératrice de profit 24/7.
Capitalisme, dissolution du lien à la terre et industrialisation de l’agriculture
Le professeur d’art moderne s’appuie sur Marx pour expliquer cette rupture. Marx estime que le capitalisme ne peut pas naître dans l’agriculture, trop liée aux cycles naturels. Le temps agricole, rythmé par les saisons et le jour-nuit, résiste à la rationalisation capitaliste.
Selon l’auteur, le capitalisme exige la dissolution du lien à la terre et aux coutumes rurales. La fabrique devient un espace autonome, séparé de la famille, de la communauté et de l’environnement. Elle organise le travail indépendamment des anciens rythmes sociaux et naturels.
Jonathan Crary montre que cette domination du temps abstrait atteint l’agriculture plus tard. Après la Seconde Guerre mondiale, l’agro-industrie impose l’élevage de masse et les monocultures. Les OGM et les brevets de Monsanto ou Dupont achèvent l’effacement des conditions naturelles.
Réseaux, circulation et “anéantissement de l’espace par le temps”
L’auteur élargit ensuite son analyse au XIXᵉ siècle et à la circulation. Chemins de fer, canaux, tunnels, bateaux à vapeur et télégraphe raccourcissent les distances. Les premiers transferts de fonds par câble illustrent cette accélération généralisée.
Jonathan Crary cite Marx, qui parle d’“anéantissement de l’espace par le temps”. Pour Marx, le capital exige une circulation constante, sans interruption, du flux marchand. La continuité des échanges permet la métamorphose permanente de la valeur.
L’auteur insiste sur le rôle alchimique de ces réseaux. Ils transforment la valeur d’un état à l’autre : argent, marchandise, valeur d’usage, valeur d’échange. Langues, images et formes de sociabilité sont remodelées pour rester compatibles avec ces systèmes.
]]>Résumé du livre "Le guide du perfectionniste pour lâcher prise" de Katherine Morgan Schafler : Et si votre perfectionnisme n’était pas un défaut à “corriger”, mais une puissance mal utilisée à apprivoiser pour enfin cesser de vous punir, retrouver le plaisir, et apprendre à vivre une vie qui vous ressemble vraiment ?
Par Katherine Morgan Schaffer, 2023, 352, pages.
Titre original : The Perfectionist's Guide to Losing Control.
Chronique et résumé de "Le guide du perfectionniste pour lâcher prise" de Katherine Morgan Schafler
Introduction : Le perfectionnisme est une force
La veille de son mariage, Katherine Morgan Schafler décrit une soirée hyper remplie qu’elle considère pourtant comme « parfaite ». Cette scène illustre que les perfectionnistes ne sont pas des personnes « équilibrées » au sens classique, et que ce n’est pas un problème. L’auteure refuse les modèles standardisés de bien-être qui exigent de ralentir ou de faire moins. Elle écrit pour celles qui ne veulent plus être seulement « sages » mais souhaitent se sentir enfin libres.
La psychothérapeute s’attaque au discours dominant qui propose de se libérer en supprimant son perfectionnisme. Selon elle, répéter « je ne serai plus perfectionniste » ne mène nulle part. La vraie liberté intérieure commence lorsque la personne reconnaît son désir d’exceller, son besoin de défis et sa peur de la médiocrité. Elle invite donc ses lectrices à assumer leur puissance plutôt qu’à la minimiser.
Katherine Morgan Schafler présente le perfectionnisme comme une puissance comparable à l’argent ou à l’amour. Bien utilisé, il devient un excellent serviteur ; mal maîtrisé, il se transforme en tyran. La souffrance vient du déni de cette énergie, de sa réduction à la simple manie de l’ordre ou de la ponctualité. Elle affirme pourtant que cette force profonde ne disparaît jamais et peut redevenir un allié.
L’auteure adopte également un regard féministe sur le perfectionnisme. La culture célèbre l’exigence radicale de certains hommes, tout en sommant les femmes d’être « parfaitement imparfaites ». Martha Stewart illustre la perfectionniste encensée tant qu’elle reste cantonnée à des domaines domestiques. Katherine Morgan Schafler montre ainsi comment l’ambition féminine est tolérée si elle reste dans un cadre acceptable, puis elle propose d’en sortir.
La psychothérapeute s’appuie sur des années de pratique à New York et sur une solide formation universitaire. Elle a travaillé avec des perfectionnistes dans des contextes variés, de Google aux centres de réhabilitation. Katherine Morgan Schafler observe que ces personnes se demandent sans cesse qui elles sont au-delà de leurs réussites. Elle en déduit que le perfectionnisme concentre des questions existentielles que tout le monde rencontre, mais de façon plus intense.
L’auteure distingue cinq types de perfectionnistes et promet que leur identification permet de débloquer des dons cachés. La première moitié du livre déconstruit le perfectionnisme, valorise sa dimension « adaptative » et l’inscrit dans une perspective féministe. Elle clarifie aussi la différence entre contrôle et pouvoir, et les moments où le perfectionnisme reste sain ou devient destructeur. La seconde moitié propose des changements de regard et des stratégies concrètes pour restructurer cette énergie.
Enfin, Katherine Morgan Schafler refuse l’idée que ses lectrices soient « cassées ». Elle critique l’investissement massif dans une version pathologisée de soi, qui sert souvent d’excuse pour ne pas guérir. L’auteure veut déplacer l’attention de la faiblesse vers la force, de la correction vers la guérison. Son pari est clair : il n’est pas nécessaire d’arrêter d’être perfectionniste pour être en bonne santé, seulement d’apprendre à transformer ce trait en véritable pouvoir.
]]>Résumé de "S'épanouir : pour un nouvel art du bien-être" de Martin Seligman : en découvrant S’épanouir de Martin Seligman, le lecteur explore une psychologie scientifique du bien-être, loin des recettes simplistes, où optimisme, engagement, relations, sens et accomplissement deviennent des leviers concrets pour transformer en profondeur sa santé, son travail et ses liens.
Par Martin Seligman, 2016, 512 pages.
Titre original : Flourish. A New Understanding of Happiness and Well-Being - and how to Achieve Them.
Chronique et résumé de "S'épanouir : pour un nouvel art du bien-être" de Martin Seligman
Préface de Christophe André
Christophe André décrit son beau-père comme un véritable maître du bonheur, capable de transformer chaque épreuve en émerveillement. L’accident, l’hémorragie, le transport en hélicoptère et les soins deviennent pour lui un souvenir heureux. Le psychologue souligne que ce beau-père incarne la positive attitude sans effort conscient, plutôt qu’il ne la prêche.
À l’inverse, Christophe André se sent longtemps peu doué pour la joie, marqué par une éducation centrée sur la sécurité. Ses parents, éprouvés par la vie, privilégient le sérieux et le devoir, pas l’allégresse. Il se reconnaît dans le pessimisme de Freud, de certains écrivains et des intellectuels sombres des années 70-80.
Le psychologue raconte ensuite comment la parentalité bouleverse ce schéma intérieur, lorsqu’il devient père à trois reprises. Il se sent responsable de ne pas contaminer ses enfants avec ses inquiétudes injustifiées. Il comprend que beaucoup de ses ruminations ne relèvent pas de tragédies réelles, mais d’une adversité ordinaire.
Le second tournant majeur est la découverte de la psychologie positive, au tournant des années 2000. Martin Seligman élargit la mission de la psychologie, qui ne doit plus seulement réparer les troubles. Il s’agit aussi d’augmenter le bien-être psychologique, de savourer la vie et de prévenir les rechutes.
Selon le psychologue, cette quête du bonheur existait déjà chez les philosophes, de Voltaire à d’autres penseurs. La nouveauté réside dans l’ampleur des preuves scientifiques, qui accélèrent la compréhension du bien-être. Le nombre de recherches sur le bien-être subjectif explose et ouvre une nouvelle ère pour la clinique.
Christophe André présente ensuite le livre de Martin Seligman comme un guide privilégié au cœur de cette révolution. L’auteur y dévoile les coulisses de la psychologie positive, ses applications dans l’armée, l’école et l’entreprise. Il rappelle que cette approche ne consiste pas à nier le négatif ni à sourire bêtement en permanence.
Enfin, le psychologue insiste sur la sincérité et les failles de Seligman, loin de l’image d’un gourou radieux. L’auteur avoue ses côtés grognon, son ego, ses inquiétudes financières et son manque de talent thérapeutique. Pour Christophe André, M. Seligman n’est pas un maître du bonheur, mais un expert de la quête du bonheur, ce qui le rend d’autant plus crédible et proche de ses lecteurs.
]]>Résumé de "Jouez à tout : Le plaisir des limites, les usages de l'ennui et le secret des jeux" de Ian Bogost : Ian Bogost montre que le plaisir ne vient pas du divertissement ou de la liberté totale, mais de l’acceptation des limites du réel. En prenant au sérieux l’ennui, les contraintes et les objets ordinaires, le jeu devient une manière d’explorer le quotidien plutôt que de le fuir. Le fun n’est alors plus une émotion facile, mais la découverte de nouveauté et de sens dans ce qui résiste et paraît banal.
Par Ian Bogost, 2016, 288 pages.
Titre original : Play Anything: The Pleasure of Limits, the Uses of Boredom, and the Secret of Games.
Chronique et résumé de "Jouez à tout : Le plaisir des limites, les usages de l'ennui et le secret des jeux" de Ian Bogost
Préface : La vie n'est pas un jeu
Ian Bogost rejette l’adage « la vie est un jeu ». Il explique que la réalité vaut pour elle-même et qu’elle ne doit pas devenir un divertissement artificiel. Les jeux montrent pourtant quelque chose d’essentiel : les limites créent du plaisir, parce qu’elles exigent que l’on accepte des règles arbitraires.
À partir de soccer ou de Tetris, l’auteur montre que les contraintes produisent des expériences beaucoup plus vastes que les règles ne le laissent croire. Il propose de traiter tout ce qui existe — paysages, réunions, famille, trajets professionnels — comme des objets à prendre en fonction de leurs contraintes propres. Nous verrons que cette attitude donne aux situations ordinaires une signification plus riche.
Le spécialiste des jeux vidéos critique notre vision spontanée du jeu, que nous réduisons à la liberté, au désir ou au « fun » sans obligations. Selon lui, le vrai jeu consiste à opérer un système contraint de manière gratifiante, qu’il s’agisse du ménage, du mariage ou des courses.
Nous voulons fuir les limites, mais cette obsession de la liberté nous rend anxieux et blasés.
Il décrit une humanité saturée de confort mais dominée par la peur : peur de l’échec, de la déception, de la brièveté des choses. Le jeu profond devient alors un outil pour traverser l’ennui et rencontrer la vérité des objets ordinaires. Jouer ainsi cultive modestie, attention et soin, et ouvre la voie à une forme de contentement fondée sur le respect du monde tel qu’il est.
1 — Des terrains de jeu partout
Partout, des terrains de jeu
Ian Bogost ouvre sur la scène d’un centre commercial, où sa fille transforme une corvée en jeu avec les carreaux du sol. Le chercheur en jeux vidéos montre comment elle accepte la vitesse imposée, la foule et le carrelage sans protester. Elle invente une règle dans ce cadre précis plutôt que de vouloir changer la situation. Pour l’auteur, c’est une forme de sagesse enfantine qui révèle la puissance du jeu.
L’auteur redéfinit le jeu comme l’acceptation de limites concrètes plutôt que la recherche de liberté totale. Jouer de la guitare, c’est travailler avec sa forme, ses frettes et ses cordes, pas faire “ce qu’on veut”. De même, sa fille combine carreaux, joints, traction de la main du père et trajectoire des passants.
Le plaisir vient de l’opération précise d’un système contraint, pas d’une absence de contraintes.
Ian Bogost étend ensuite cette idée à la vie quotidienne, y compris les tâches pénibles. Enfants et adultes vivent dans un monde qui n’a pas été conçu pour leurs désirs. Refuser cette étrangeté nourrit frustration et ressentiment permanents. Traiter les choses “comme elles sont” ouvre au contraire un espace de jeu et de sens.
Sortir de nos têtes
L’auteur voit l’ennui comme un signal plutôt que comme un simple vide désagréable. Il indique la présence d’un sens potentiel coincé dans une routine mal exploitée. Quand le but explicite devient secondaire, autre chose peut émerger, comme la focale de sa fille sur les joints du sol. Le jeu naît alors de la découverte d’un nouveau possible dans une situation figée.
Ian Bogost rappelle que la répétition structure déjà les moments que nous valorisons. Saisons, vacances, rituels, week-ends sportifs suivent le même rythme année après année. Pourtant, nous qualifions ces répétitions de vie “pleine” et riche. La différence vient de la manière dont nous regardons ces situations, pas de leur structure.
Pour l’auteur, il nous manque une méthode pour traiter le banal comme nous traitons Noël ou les vacances. L’ennui signale que l’utilité immédiate s’épuise et devient secondaire. À ce moment, il devient possible de prêter attention à la chose elle-même.
Engagement, attention et soin
Ian Bogost propose de déplacer l’attention vers les objets eux-mêmes. Il invite à observer leurs structures, leurs contraintes et leurs usages possibles plutôt que leurs motivations supposées. Comprendre un tangelo, un carrelage ou une guitare ne demande pas d’imaginer leur “vie intérieure”. Il suffit d’examiner ce qu’ils font, comment ils fonctionnent et ce qu’on peut en tirer.
Pour décrire notre méfiance généralisée, l’auteur invente le terme "ironoïa". Nous tenons tout à distance par ironie défensive et peur que les choses nous déçoivent. Cette posture alimente consumérisme et ascétisme, alternant accumulation et purge. Jouer, au contraire, exige de baisser ces défenses et de se laisser instruire par ce que les choses sont.
Ceci est un arrosage
Le chercheur en jeux vidéos raconte ensuite son gazon brûlé par un engrais mal appliqué. Son premier réflexe est la honte, la colère et la culpabilité, renforcées par le regard d’un voisin. Il se voit comme “tortionnaire” de sa pelouse et dramatise un incident minuscule. Ce focus sur son ego l’éloigne de la réalité matérielle du problème.
Pourtant, la vraie question concerne sels, eau, racines et temps de croissance. Sauver la pelouse suppose d’inonder le sol, de tailler les brins brûlés et de laisser le rhizome recoloniser. Cela implique de respecter le rythme de l’herbe, plus lent que celui des humeurs humaines. Le gazon devient un partenaire à comprendre plutôt qu’un décor pour l’orgueil.
L’auteur montre ainsi ce qu’implique “jouer avec” un système réel. Il faut accepter ses lois, ses temporalités et ses vulnérabilités, même quand elles contredisent nos attentes. La pelouse n’est pas le miroir de sa valeur personnelle. C’est un terrain d’apprentissage concret sur matière, climat et patience.
Terrains de jeu, là où le jeu a lieu
Ian Bogost formalise enfin la notion de terrain de jeu, à savoir l’espace où le jeu devient possible. Chaque playground possède des frontières et des contenus, qu’ils soient physiques ou conceptuels. Une cuisine professionnelle, un parc, une chaîne de montagnes ou le sol d’un centre commercial peuvent devenir ce type d’espace. Tout dépend du cercle réel ou imaginaire que nous traçons autour d’eux.
Le chercheur en jeux vidéos explique que sa fille a intuitivement dessiné ce cercle magique. Elle y inclut tuiles, joints, mouvement, traction de la main du père et flux de passants. À l’intérieur, tout devient manipulable et combinable selon des règles choisies. Jouer demande donc plus d’attention et de précision que la simple “détente”.
Pour l’auteur, ces terrains de jeu se multiplient et se chevauchent dans la vie quotidienne. Le gazon peut être scène horticole, support de rivalité de voisinage, objet de débat écologique ou laboratoire chimique amateur. Aucun terrain n’est “le bon” en soi, tous peuvent être travaillés. Le jeu devient une manière de choisir où placer notre engagement.
Ian Bogost conclut que vivre de façon joueuse n’a rien de léger ou de fuyant. C’est une éthique de l’attention au monde réel, structurée par des limites concrètes. Le jeu consiste à travailler avec ce qui résiste plutôt qu’à rêver d’un monde sans résistance. C’est ainsi que le banal révèle sa profondeur et que le quotidien devient habitable.
2 — L'ironie, la méfiance envers les choses
Ironoïa, la méfiance envers les choses
Ian Bogost part d’une scène anxieuse : on cherche ses clés partout, le monde devient un catalogue de cachettes possibles. Cette petite panique crée malgré tout un terrain de jeu : la maison n’est plus un simple décor mais un ensemble structuré d’emplacements à explorer.
Une fois les clés retrouvées, la « carte » mentale reste, et l’on a appris à voir des recoins qu’on ignorait. Pour tester cette idée à grande échelle, le chercheur en jeux vidéos se rend au Walmart Supercenter, laboratoire parfait pour observer à quel point nous ne voyons plus les choses qui nous entourent.
Dans les rayons, il recense des objets absurdes ou dérisoires, de la méga-bouteille de ketchup aux Pringles bizarres. Ce fouillis de produits ordinaires révèle que nos vies sont surtout faites d’entre-deux :
Conduire ;
Faire les courses ;
Remplir le lave-vaisselle ;
Etc.
Plutôt que les considérer comme du bruit à éliminer, Ian Bogost propose d’y voir des occasions de jeu, de curiosité et de sens. La vraie question devient alors :
"Comment traiter ces banalités avec assez d’attention pour en faire des terrains de jeu ?" (Ian Bogost, Jouez à tout !, Chapitre 2)
Éducation physique
Pour éclairer cette transformation, l’auteur s’appuie sur Pier Paolo Pasolini et son idée d’« éducation physique par les choses ». Nos corps et nos habitudes sont façonnés par la matière sociale qui nous entoure, qu’il s’agisse de ballons de football ou de brioches industrielles.
Ce ne sont pas seulement les objets nobles qui nous éduquent, mais aussi les snacks, les jouets en plastique, les magazines de caisse. En ce sens, même perdre ses clés ou manipuler un paquet de chips participe à notre formation intime.
Walmart incarne alors une double réalité : temple monstrueux du consumérisme et musée gigantesque du présent. L’ampleur du magasin et la profusion d’objets provoquent un mélange de fascination et de malaise. Le chercheur en jeux vidéos en sort avec le cerveau saturé mais éveillé, conscient que ces choses méprisées sont aussi des matériaux possibles pour le jeu et l’attention.
Attends, sérieusement ?
Reconnaître que Walmart est notre lot quotidien nous gêne profondément. Nous craignons que le simple fait d’y voir quelque chose d’intéressant nous rende complices d’un système économique et écologique problématique. Cette gêne nourrit l’ironie moderne : au lieu de dire clairement si l’on aime ou déteste ces objets, on flotte entre les deux.
Ian Bogost mobilise les critiques de l’« ironie hipster » : ce jeu permanent avec les signes permet d’éviter tout engagement réel. On porte un T-shirt ou poste un mème sans jamais dire si c’est par amour ou par moquerie.
Lui-même, en créant un Tumblr d’objets Walmart, montre combien il est facile de transformer le réel en collection ironique, suspendue entre admiration et dérision. Ce flou confortable, pourtant, nous coupe de l’expérience directe des choses.
L’ère de l’ironie
L’auteur retrace les racines de l’ironie, depuis la feinte ignorance socratique jusqu’à l’ironie dramatique des tragédies. Il montre comment, au XXᵉ siècle, l’ironie postmoderne (chez DeLillo, Pynchon, etc.) servait de critique puissante des médias et de la société. Mais ce geste subversif s’est banalisé et figé. Ce qui devait dénoncer la distance est devenu une seconde nature.
Des exemples comme la chanson « Ironic » d’Alanis Morissette ou la « grange la plus photographiée d’Amérique » montrent que nous vivons désormais dans une mise en abîme permanente de regards. Cette posture est aujourd’hui la norme culturelle. L’ironie n’est plus un outil de lucidité, mais un réflexe défensif qui nous dispense de nous lier vraiment aux lieux et aux objets.
L’ironoïa
Pour décrire cette pathologie contemporaine, nous avons vu que le chercheur en jeux vidéos forge le mot ironoïa : non plus la peur des personnes (paranoïa), mais la méfiance envers les choses. Nous oscillons sans cesse entre sincérité et mépris, incapables de nous fixer. Le problème, c'est qu'à force, cette tension devient une angoisse sourde : tout pourrait se retourner contre nous, décevoir, nous enfermer. Alors nous tenons les objets à distance, enrobés de clins d’œil et de mèmes.
Bogost montre comment cette ironoïa prolifère à travers des micro-événements en ligne. Comme une addiction, chaque dose d’ironie est moins satisfaisante que la précédente, ce qui pousse à surenchérir. Sur fond de précarité économique et d’abondance de choix, l’ironoïa devient la manière par défaut de survivre dans un monde saturé d’options.
Nostalgie
La nostalgie offre une autre fuite : se réfugier dans des objets du passé qui ne peuvent plus nous trahir. Historiquement, le mot désignait le mal du pays, la douleur d’un lieu. Aujourd’hui, il renvoie à un temps idéalisé qu’on ne peut jamais rejoindre. Les fixies, vinyles et reboots de séries incarnent cette tentative de sauver des choses en les maintenant hors d’atteinte.
Ian Bogost oppose cette nostalgie à l’attitude du joueur. Là où la notalgie fige les objets dans un passé sécurisé, le joueur choisit la présence, une attention tournée vers le monde plutôt que vers soi. Comment faire ?
La distorsion n’a rien de nouveau en art
Le chercheur en jeux vidéos rappelle que l’art a longtemps joué avec la distorsion pour nous faire voir le réel autrement. Les gestes conceptuels de Rauschenberg (« This is a portrait… ») ou de Manzoni (« Merde d’artiste ») ont ouvert une brèche où l’on ne sait plus si une œuvre est sérieuse ou canular. Cette indécision, qui voulait critiquer le système de l’art, est devenue un modèle culturel général.
Aujourd’hui, nous l'avons vu, cette dynamique n’est plus qu’esthétique : elle reflète une insécurité matérielle et existentielle. Quand l’avenir est incertain, il semble plus sûr de manipuler des signes que de s’engager dans des usages concrets.
Une appréciation solennelle
En face de cette ironoïa, Ian Bogost propose une autre voie : une appréciation solennelle des choses, proche d’une physiothérapie du regard. Des expériences comme reconstituer un Filet-O-Fish chez soi ou décrire un Cheeto comme un plat gastronomique montrent qu’on peut prendre des objets « bas » au sérieux. C’est la même attention que nous accordons à la haute cuisine ou à l’art moderne, mais appliquée au fast-food ou aux snacks industriels.
L’auteur convoque aussi Shklovski et la « défamiliarisation », et montre comment un simple filtre Instagram peut nous obliger à revoir un coin de rue trop familier. Ce qu'il faut arriver à faire, c’est que cette distorsion serve le jeu plutôt que l’ironie : ouvrir un terrain d’exploration plutôt qu’un écran de protection.
Contre les appels à « dire ce qu’on pense » centrés sur le moi, le chercheur en jeux vidéos suggère de déplacer la source du sens vers les choses elles-mêmes. En traitant les objets, même les plus idiots, comme des réalités à respecter et à explorer, nous transformons la peur en curiosité et la lassitude en jeu.
3 — Le plaisir n'est pas synonyme de divertissement, mais de nouveauté
Le fun n’est pas le plaisir, c’est la nouveauté
Ian Bogost part d’une question simple : qu’est-ce qu’un grille-pain ou une classe « fun » ? Bref : qu'est-ce que le fun ? Tout le monde veut du fun, mais personne ne sait vraiment le définir. Nous confondons fun avec plaisir facile, comme si tout devait devenir une sucrerie. Cette vision alimente l’idée qu’il suffirait d’ajouter une couche agréable pour résoudre l’ennui.
L’auteur démonte alors la métaphore de Mary Poppins et de la « cuillerée de sucre ». Le chant ne fait que cacher la corvée, sans transformer vraiment la tâche. En éducation, cela devient le « brocoli recouvert de chocolat » : une leçon enrobée d’effets ludiques superficiels. Le résultat est souvent pire que la corvée brute.
Ian Bogost souligne que le mot fun sert surtout de remplissage. On dit « amuse-toi bien » ou « c’était fun » comme on dit « ça va ». Le terme devient une étiquette vague pour « c’était globalement positif ». Raph Koster, au contraire, affirme que le fun peut être une expérience profonde, si on cesse de le réduire au plaisir.
L’héroïsme de la vie ordinaire
L’auteur raconte un vol en avion où une passagère qualifie une intervention d’agent de bord de « super fun ». Le mot sert ici à ironiser sur une situation tendue et pénible. Cette ambivalence révèle notre exigence impossible : des vols à la fois parfaitement calmes et pourtant jamais ennuyeux. Nous voulons la sécurité sans monotonie.
Ian Bogost observe ensuite son fils qui peste contre un jeu difficile. L’enfant s’énerve, échoue, râle, puis affirme que le jeu est amusant. Le fun inclut donc frustration, effort et inconfort, pas seulement plaisir. Joss Whedon raconte la même tension à propos de Twitter, à la fois très fun et épuisant.
Pour expliquer ce mélange, l’auteur évoque la théorie du flow de Csikszentmihalyi. Le flow décrit un état optimal entre ennui et anxiété, bien adapté au sport ou à la scène. Mais l’ordinaire ne ressemble pas à un match parfait. Bureaux, avions, cuisines et supermarchés échappent à ce modèle héroïque de la performance.
L'anthropologue Marc Augé parle de « non-lieux » pour désigner ces zones de transit sans identité. Ian Bogost refuse pourtant de les réduire à du vide. Il rappelle que Stephen Shore montre la beauté des parkings et motels. David Foster Wallace, avec The Pale King, voit dans la paperasse fiscale un terrain d’héroïsme discret.
En fait, traverser l’ennui jusqu’au bout ouvre sur une nouvelle perception. Sous la surface, l’expérience se colore à nouveau. Le sens naît quand on accepte de rester dans la situation au lieu de fuir.
Dans la culture contemporaine, le fun comme arrière-plan ultime
Ian Bogost s’appuie sur All Joy and No Fun de Jennifer Senior. La parentalité y apparaît comme pleine de joie, mais vide de fun. Les tâches quotidiennes avec les enfants seraient pénibles, même si leurs fruits sont précieux. Fun et sens seraient séparés.
Nancy Darling oppose alors plaisir immédiat et satisfaction profonde. Les disputes pour les devoirs sont peu plaisantes, mais elles préparent des moments de fierté. Nous réservons pourtant le mot fun aux activités superficielles. Un concert peut être fun, pas un entretien parents-professeurs.
Il y a là un paradoxe. Nous acceptons de qualifier de fun des jeux difficiles, parfois rageants. Mais nous refusons ce mot pour la parentalité, pourtant riche et exigeante. Ce blocage vient d’une définition trop étroite du fun, réduit au plaisir facile.
Courses de dupes
Ian Bogost rappelle aussi que le mot vient de la folie et du « fool » médiéval. Le fou de cour était autorisé à dire des vérités dérangeantes. Son rôle exigeait finesse et observation, non bêtise.
Le fou explore ce qui pourrait être autrement dans une situation banale. Il s’engage dans des possibilités que d’autres jugent absurdes. Le fun devient alors un engagement à chercher du nouveau dans le familier. C’est une manière d’habiter plus intensément la réalité.
Bernard Suits définit le jeu comme « tentative volontaire de surmonter des obstacles inutiles ». Le golf n’est pas une promenade gâchée. C’est une façon de rendre un paysage plus demandant et plus lisible. Le joueur accepte des contraintes absurdes pour explorer autrement le terrain.
Le chercheur en jeux vidéos propose donc une autre définition du fun. Fun signifie manipuler délibérément une situation connue pour y trouver de la nouveauté. Ce n’est pas un état intérieur, mais un processus. La difficulté et parfois la peur font partie intégrante de cette expérience.
La suspension de la folie
L’auteur approfondit l’exemple du golf. Le parcours, la météo, les autres joueurs, l’heure de la journée deviennent des variables. À chaque coup, figure et fond se réorganisent. Le terrain cesse d’être un simple décor.
Le flow peut expliquer certains moments de grâce, mais pas tout. Même le golfeur débutant sur un parcours mythique peut vivre quelque chose de fort. À condition d’accepter l’anxiété, l’échec et la lenteur. Le fun ne se limite pas à bien jouer.
Le match Isner-Mahut à Wimbledon illustre cette idée. En trois jours, les joueurs révèlent qu’un set peut durer presque éternellement. Ils poussent la structure du tennis jusqu’à ses limites. Cette obstination fait surgir un secret enfoui du jeu.
La même logique apparaît dans l’exemple de la pelouse de l’auteur. Ian Bogost choisit une tondeuse manuelle, découvre les ratés, écoute de mauvais conseils. Puis il ajuste sa vitesse, ses gestes, ses rituels. La tonte devient un art modeste, pas une simple corvée.
Le plaisir vient du raffinement patient, semaine après semaine. Ce n’est pas une chanson magique qui rend l’effort supportable. Même une activité stupide peut dévoiler une profondeur inattendue, si on la traite avec respect. Le fun naît alors de cette fidélité.
L’auteur distingue la « suspension volontaire d’incrédulité » en fiction et autre chose. Le jeu demande une « suspension de folie » : accepter des règles arbitraires comme valables. Bernard Suits appelle cela l’« attitude ludique ». On consent à entrer dans un cadre gratuit.
Fun devient alors une forme de respect pour ce qui paraît trivial ou agaçant. Au lieu de mépriser la tâche, on en explore patiemment les possibles. Cette attitude s’oppose directement à l’ironoïa, la méfiance envers les choses. Elle recolle les fissures ouvertes par l’ironie.
Pour Ian Bogost, le fun n’est donc plus du tout synonyme de plaisir. C’est un engagement obstiné envers des réalités limitées et parfois absurdes. En cherchant la nouveauté dans le familier, le fun réoriente notre attention vers le monde. Et il transforme la banalité en terrain d’aventure discrète.
4 — Le jeu réside dans les objets, pas en vous
L’auteur repart de la scène du centre commercial avec sa fille pour montrer que le fun naît des contraintes. Lui veut traverser le mall le plus vite possible, alors qu’elle transforme le trajet en jeu en sautant d’un carrelage à l’autre. Elle ne fuit pas l’ennui, elle s’y abandonne et découvre ce qui apparaît au-delà. Le fun ne vient donc pas d’une évasion hors de la situation, mais d’une soumission active à ce qui résiste.
Le chercheur en jeux vidéos affirme que le fun surgit de la misère ordinaire : ennui, lenteur, obstacles. Sans résistance initiale, aucune expérience vraiment signifiante ne peut émerger. Les jeux ne sont pas fun parce qu’ils seraient intrinsèquement divertissants, mais parce qu’ils offrent déjà des terrains de jeu bien circonscrits.
Jouer consiste à manipuler un système qui limite volontairement ce qu’il est possible de faire. Jouer n’est pas se distraire, mais éprouver le sentiment de faire fonctionner quelque chose en s’ajustant à ses matériaux.
L’auteur insiste alors sur l’idée que le jeu est d’abord dans les choses. Un volant possède un certain « jeu », tout comme les cordes d’une guitare sous tension. Nos manipulations ne sont possibles que parce qu’un dispositif offre une marge de mouvement. Autrement dit, le playground réside d’abord dans l’objet ou le système, avant d’exister dans notre tête.
Le contrôle du jeu
Ian Bogost décrit ensuite la panique contemporaine autour de la disparition du jeu chez les enfants. Peter Gray regrette son « enfance de chasseur-cueilleur » des années 1950, faite d’exploration libre dehors. Une anecdote familiale illustre la réduction progressive du rayon d’autonomie, passé de plusieurs kilomètres à quelques centaines de mètres.
L’école devient aussi un espace de contrôle : récréations réduites, déjeuners chronométrés, silence imposé à la cantine. Les exigences en tests standardisés, le manque de moyens et la surpopulation poussent à traiter les élèves comme des détenus. Le temps non structuré disparaît au profit d’activités encadrées et de performances mesurables.
Dans une culture obsédée par l’efficacité, le jeu est perçu comme inutile, voire suspect. Pourtant, des scientifiques s'opposent à cette vision. D. Sutton-Smith va jusqu’à dire que l’opposé du jeu n’est pas le travail, mais la dépression. A. Brown, en s’appuyant sur les neurosciences, affirme qu’un déficit de jeu alimente souffrance mentale et violence.
Le chercheur en jeux vidéos note que notre société efface les frontières temporelles entre travail et hors-travail. Les smartphones prolongent l’activité professionnelle à la maison, et les bureaux deviennent des espaces d’hyper-surveillance. À l’école, les enseignants sont eux aussi instrumentés par les indicateurs de performance, au détriment du jeu et de l’attention gratuite.
Un salut supposé
L'historien Johann Huizinga, avec l’idée d’Homo ludens, place le jeu au centre de la culture humaine. Le jeu est une activité libre, séparée de la vie ordinaire, mais fondée sur des règles strictes. Droit, religion, guerre et politique intègrent des éléments ludiques, comme les rituels codés des tribunaux. Le procès ressemble ainsi à une mise en scène théâtrale avec rôles, costumes et verdict final.
Certains penseurs mettent en avant le fait que jouer signifie s’approprier le monde, le rendre personnel et significatif. Le jeu permet de prendre distance avec le quotidien pour le voir autrement. Cependant, cette défense du jeu reste centrée sur les bénéfices subjectifs du joueur. Le monde matériel risque alors de devenir un simple réservoir d’expériences à consommer.
Dans une même veine, les défenseurs contemporains du jeu le réinstrumentalisent régulièrement pour la santé mentale, la créativité ou le développement des compétences. Ils transforment le jeu en « compétence » générale, comparable à la pensée critique, et en argument politique contre les régimes trop rigides.
L’exemple de l’école Sudbury Valley illustre ces tensions. Ce modèle sans programme ni notes est présenté comme une réussite éducative fondée sur la curiosité spontanée. L’auteur rappelle toutefois que ces trajectoires s’accompagnent souvent de privilèges sociaux et de débouchés très institutionnels. L’idéal de liberté ludique peut masquer une reproduction des élites.
En même temps, le chercheur en jeux vidéos reconnaît qu’un environnement totalement stérile n’est plus un terrain de jeu, mais une prison. Trop de rigidité annihile toute possibilité de jeu. À l’inverse, l’illusion d’un jeu absolument libre, sans contraintes, reste une fiction.
Les terrains de jeu réels, qu’ils soient écoles, jardins ou clubs, combinent toujours règles, cadres et marges de manœuvre.
Le jeu est soumission, pas libération
L’auteur refuse l’alternative caricaturale entre Walden et Walmart. Nous avons tendance à associer structure, institutions et travail à l’oppression; et nature ou spontanéité à la liberté. Cela renforce le différentiel travail/jeu et laisse croire que le salut passe par une fuite hors des cadres. Dans cette perspective, le jeu devient une soupape, jamais une façon de travailler le réel.
Mary Flanagan radicalise cette idée avec son concept d’unplaying, ou jeu subversif. Inspirée par Fluxus, elle met en avant des détournements de jeux existants, comme les échecs revisités de Takako Saito ou White Chess Set de Yoko Ono. Ces œuvres brouillent les règles et les identités des pièces pour critiquer la guerre ou le pouvoir.
Mais selon le chercheur en jeux vidéos, ces dispositifs montrent plutôt la robustesse des structures ludiques. Même transformés, les échecs continuent d’évoquer stratégie, confrontation et incertitude. White Chess peut aussi symboliser la brume de la guerre ou la confusion des alliances. Loin de renverser le système, ces pratiques restent souvent des commentaires ironiques, absorbés par le monde de l’art.
L’auteur critique donc l’idée que jouets et jeux « libèrent » automatiquement les espaces. Imaginer que les routes ou les parcs sont intrinsèquement mauvais tant qu’ils ne servent pas à la bicyclette ou au Frisbee est réducteur. La vraie transformation vient moins de la subversion symbolique que de la manière dont nous nous relions matériellement à ces environnements.
Le cercle magique
Tous les cercles magiques sont des « mondes temporaires » à l’intérieur du monde, régis par des règles spéciales. Le terrain de jeu n’est donc pas seulement un parc pour enfants, mais tout espace circonscrit matériellement ou mentalement.
Les game designers ont repris ce concept pour parler de la frontière entre monde du jeu et monde réel. Mais l’auteur estime qu’ils se sont trop focalisés sur l’étanchéité de ce cercle. Ce qui compte, c’est la démarche de circonscription elle-même, qui peut être physique ou purement mentale.
Quand M. Sicart affirme que « tout peut devenir jouet », l’auteur nuance en rappelant les conflits d’usage. Le cycliste qui « libère » la route, ou le joueur de Frisbee qui s’approprie le parc, peuvent gêner d’autres usagers. Transformer tout en terrain de jeu risque de devenir une forme d’aveuglement aux besoins des autres.
La leçon est que le monde n’a pas à être constamment converti en jeu. Il s’agit plutôt de le rencontrer comme il est, en acceptant ses contraintes et ses fonctions. La circonscription ludique doit composer avec des conditions existantes et des co-présences humaines, plutôt que prétendre tout subvertir.
Tout est en jeu, tout peut être joué
Une petite fille joue avec ses petits pois plutôt que de les manger. Les parents réagissent avec le classique « ne joue pas avec ta nourriture », car la nourriture est « faite pour » être ingérée. Pourtant, les caractéristiques matérielles des aliments invitent spontanément à l’exploration.
L’auteur souligne que les adultes jouent eux aussi avec la nourriture, via la texture, le dressage des plats ou la dégustation de vin. Nous valorisons cette forme de jeu lorsqu’elle se manifeste dans la haute cuisine ou l’œnologie. La différence tient surtout au cadre dans lequel nous jugeons certaines formes de jeu légitimes et d’autres dérangeantes.
Il oppose ensuite les visions libératrices du jeu (Gray, Brown, Sicart, Flanagan) à celle de l'historien Johann Huizinga. Pour les premiers, le jeu doit libérer, réparer ou politiser nos existences. Pour Huizinga, au contraire, le jeu est le processus même par lequel la culture se construit. Le jeu n’est pas en dehors du travail, il est une façon de travailler les structures.
L’auteur propose alors de voir le jeu comme condition générale du monde. Tout système – familial, économique, mécanique ou linguistique – possède un certain « jeu » interne. Plutôt que de déclarer que « tout est jeu » au sens de loisir, il invite à penser que tout est « jouable » : manipulable dans le respect de ses contraintes.
Il met cependant en garde contre la tentation de remobiliser aussitôt le jeu au service de la productivité. On risquerait alors de refermer le jeu dans la logique du travail utile, au lieu de le laisser comme manière d’explorer des structures pour elles-mêmes.
Le jeu est le travail de faire fonctionner quelque chose
Le fun n’est pas un bonus de plaisir ajouté ; c’est le nom que nous donnons à la sensation de faire fonctionner quelque chose, de préférence de façon nouvelle. Retrouver plusieurs fois une configuration improbable, comme un trajet particulier ou un rituel intime, fait partie de cette joie. Le fun surgit lorsqu’une structure est travaillée de l’intérieur, pas lorsqu’on y échappe.
L’auteur oppose la circonscription ironique à la circonscription ludique :
L’ironie enferme les choses dans une distance protectrice, comme sous un plastique de canapé, et nous prive d’expérience réelle.
Le jeu, lui, inclut le joueur, tout en gardant une frontière souple, comme une ligne de craie temporaire.
Découvrir, choisir et habiter un terrain de jeu, aussi banal soit-il, c’est là que résident à la fois le fun et le sens.
5 — De la retenue à la contrainte
Se souvenir des pots de ketchup et des déodorants
Ian Bogost part du paradoxe du choix de Barry Schwartz, illustré par les rayons infinis de Walmart. Plus il y a d’options, plus l’acheteur se sent anxieux et responsable de son éventuelle déception. B. Schwartz propose de réduire les choix et de se contenter de solutions « satisfaisantes », suffisamment bonnes. Le chercheur en jeux vidéos montre cependant que cette logique nourrit une obsession de l’optimisation plutôt qu’une vraie paix intérieure.
L’auteur donne des exemples d’ascétisme volontaire devenus à la mode :
Vivre sans argent à la manière des frugalistes ;
Habiter un conteneur ;
Tout désencombrer.
La tendance à « tout réduire » devient parfois un luxe de privilégiés, comme cette journaliste qui limite sa consommation de vin par principe. Sa « tempérance » paraît absurde vue depuis des vies moins confortables, où un verre de vin reste rare. Le problème ne semble plus seulement le nombre d’options, mais la culpabilité devant n’importe quel plaisir.
Quelque chose d’essentiel a changé
Le chercheur en jeux vidéos remarque qu’une part énorme de notre temps libre passe désormais sur les écrans. Dans le monde numérique, les contraintes matérielles disparaissent, mais les possibilités se multiplient jusqu’à l’épuisement. On peut rêver mille vies en un après-midi de smartphone, sans jamais s’y engager vraiment. Cette abondance purement symbolique accentue la fatigue plutôt qu’elle ne libère.
Le smartphone illustre parfaitement ce problème. Il vibre, appelle, promet qu’un message plus important se cache toujours ailleurs. Même quand on le pose sur la table, on reste mentalement accroché à ce « peut-être » permanent. L’appareil devient un générateur automatique d’ironoia, ce soupçon que quelque chose de mieux m’attend toujours hors champ.
Le jeu de la pile des téléphones illustre ce phénomène. À table, tous les téléphones sont empilés face cachée ; le premier qui craque et regarde l'écran paie l’addition. Ce petit jeu matérialise une contrainte claire, au lieu de compter sur la seule volonté. Il montre que la solution ne se trouve pas seulement dans l’abstinence, mais dans la construction de nouveaux terrains de jeu sociaux.
L’appel de Turkle à la présence
Sherry Turkle défend une éthique de la conversation face à l’envahissement des écrans. Elle voit dans l’échange en face-à-face la forme la plus humanisante de relation. Ian Bogost juge cette vision moralisatrice, proche des appels à la sincérité contre l’ironie. Elle ne prend pas assez en compte le caractère plus profond de notre malaise.
Dans le monde actuel, les normes morales ne viennent plus seulement des religions. Elles se déclinent en injonctions psychologiques, neuroscentifiques ou développement personnel. On nous dit, par exemple, de :
Manger mieux ;
Consommer moins ;
Être plus présent, plus conscient, plus sobre.
La responsabilité repose toujours sur l’individu, sommé de se dominer lui-même.
Cette obsession de la volonté crée un climat permanent de culpabilité ou de regret. Si je cède au gâteau, je me blâme ; si je ne le prends pas, je m’en veux aussi. Chaque choix banal peut remonter jusqu’aux questions existentielles : qui suis-je, que veux-je vraiment ? L’ironie devient alors un refuge pour éviter la décision réelle.
L’ironie permet de se tenir à distance des expériences, en les commentant au lieu de les vivre. On regarde des vidéos de gâteaux plutôt que d’en manger, on se moque des excès des autres. Cette stratégie semble protectrice, mais empêche tout engagement concret avec le monde. La fuite dans la distance critique remplace la rencontre avec des choses particulières.
La nouvelle ascèse
B. Schwartz propose de réduire les possibilités pour retrouver une vie plus simple et moins anxieuse. L’idée paraît séduisante face aux rayons infinis, mais reste très abstraite. En fait, limiter les couleurs de peinture ou les destinations de voyage ne suffit pas à calmer l’ironoia. Le problème vient moins du nombre de choix que de notre rapport global aux situations.
Le chercheur en jeux vidéos critique ainsi la solution par la seule restreinte. Dire « désire moins » revient simplement à demander plus de volonté. Imaginer une redistribution mondiale parfaite n’éliminerait pas la tentation de fantasmer d’autres options. Même avec moins de biens, nous pourrions toujours rêver de possibilités virtuelles, nourries par les images et les réseaux.
La retenue s’enracine dans une culture marquée par la culpabilité et l’idée de mérite. Se priver devient une manière de prouver sa valeur morale ou spirituelle. Mais émotionnellement, la retenue ressemble surtout à un refus perpétuel de la situation présente. L’auteur suggère donc de chercher une autre voie que ce simple serrage de vis intérieur.
Notre méfiance des choses et l’ascétisme
Ian Bogost analyse ensuite le succès planétaire de Marie Kondo et de la méthode KonMari. Elle invite à désencombrer son intérieur en conservant uniquement les objets qui « suscitent la joie ». Cette pratique rappelle des traditions esthétiques de vide et de simplicité, mais sous une forme très pragmatique. Elle propose un grand tri unique censé réorganiser durablement la vie.
KonMari repose sur un critère affectif très subjectif : l’item reste s’il provoque une émotion positive. Kondo encourage en plus une relation quasi animiste aux objets, traités comme des êtres sensibles. Les chaussettes « doivent se reposer », les vêtements méritent reconnaissance. En apparence, cela valorise les choses, mais le centre reste toujours l’émotion du propriétaire.
Pour le chercheur en jeux vidéos, ce tri massif contient une part de narcissisme. On se débarrasse des objets qui ne servent plus notre bien-être, tout en se félicitant de notre sobriété. La charge matérielle est simplement déplacée vers les circuits de seconde main ou de déchets. L’illusion d’avoir « réglé » le problème remplace une véritable attention aux trajectoires des choses.
Les smartphones incarnent un cas limite pour KonMari : joie ou menace ? Ils concentrent à la fois liens, distractions, travail et loisirs. Impossible de les classer simplement comme sources de bonheur ou de malheur. Cette ambiguïté illustre les limites d’une vision du monde fondée uniquement sur le critère « cela me rend-il heureux ? ».
Le narcissisme de la retenue
L’auteur rapproche cette logique des blagues de George Carlin sur « mes affaires » et « vos saletés ». « Mon » bazar est précieux, le vôtre est encombrant. Cette subjectivité rend la retenue profondément centrée sur soi, même lorsqu’elle se présente comme morale. On nettoie son espace intérieur en renvoyant les problèmes ailleurs.
Le philosophe écologique Timothy Morton rappelle qu’il n’existe pas vraiment d’ailleurs pour nos déchets. Ce que nous jetons trouve toujours une place dans le monde de quelqu’un d’autre. Le minimalisme — digital ou non — peut donc masquer une externalisation silencieuse des coûts matériels. Elle permet de se sentir vertueux tout en évitant la confrontation avec les conséquences.
Une journaliste explique par exemple que tout dans son placard lui procure de la joie. Ses vêtements forment un ensemble vivant, reconfiguré selon l’humeur du moment. Ses objets composent des relations multiples dans le temps, au-delà d’un simple oui/non moral. Cette vision souligne que la valeur d’une chose dépasse sa relation immédiate avec un individu.
La retenue devient alors un symptôme d’ironoia : on préfère renoncer plutôt qu’explorer vraiment. On tient l’objet à distance, on s’en débarrasse et on se glorifie de ce sacrifice. La chose revient ensuite sous forme de fantôme, comme ce gâteau que l’on n’a pas mangé. L’auteur invite à reconnaître cette dynamique plutôt que de l’ériger en vertu.
Les contraintes créent l’abondance
Ian Bogost distingue la retraite des contraintes adoptées volontairement. La première refuse la situation ; les secondes dessinent un terrain de jeu dans lequel on peut agir. Les jeux montrent que plus les règles sont claires, plus l’expérience devient intéressante. La liberté ne consiste pas à supprimer les limites, mais à travailler consciemment avec elles.
Le chercheur en jeux vidéos propose de comprendre la contrainte comme une circonscription. Elle trace une membrane autour d’un ensemble de matériaux et d’actions possibles. Cette membrane peut être étroite ou large, pauvre ou riche en contenus. Ce qui importe, c’est la manière dont nous explorons ce champ limité.
Ian Bogost montre par exemple que les micro-maisons et les lofts minuscules sont souvent des objets de luxe. Ils ne prouvent pas une vertu morale supérieure, mais incarnent un exercice d’architecture sous contraintes. Mieux vaut les considérer comme des terrains de jeu domestiques qu’une preuve d’humilité radicale. Cette lecture évite de transformer la réduction de surface en posture morale.
L’auteur raconte ensuite une anecdote : son propre passage d’un bungalow modeste à une maison bien plus grande. Il reconnaît le privilège matériel, mais insiste sur autre chose. Chaque configuration d’espace crée des possibilités différentes. Ce sont les usages explorés dans ces limites qui donnent sens au lieu, plus que sa taille absolue.
Les contraintes peuvent donc porter sur un petit ensemble ou un très grand. Ce qui compte, c’est l’adoption consciente d’un cadre, non la quantité d’objets ou de mètres carrés. La contrainte n’impose pas l’ascétisme, elle organise un champ d’action possible. Elle transforme la réalité en terrain de jeu plutôt que de la tenir à distance.
La créativité comme contrainte en contexte
L’auteur rappelle que la psychologie conseille de privilégier les expériences plutôt que les possessions. L’argent rend heureux jusqu’à un certain seuil, puis produit surtout adaptation et ennui. Des chercheurs recommandent de dépenser pour des voyages, des sorties ou des formations. Ils valorisent ce qui peut être « intégré » au soi plutôt que les objets inertes.
Ian Bogost critique cette incorporation comme idéal exclusif. Elle réduit les choses à ce qu’elles peuvent devenir pour nous, dans notre corps ou notre identité. Des chercheurs proposent la catégorie de « biens expérientiels » pour les objets qui facilitent des pratiques. Mais même ces biens finissent souvent oubliés sous le lit, dans le garage ou sur nos listes.
Pour le chercheur en jeux vidéos, la clé est de considérer chaque chose comme jouable. Un objet gagne en intérêt lorsqu’on prend au sérieux les pratiques qu’il rend possibles. La valeur provient de la manière dont nous explorons ses contraintes, même si elles semblent triviales. Un Cheeto peut devenir objet de gastronomie, au même titre qu’un fromage raffiné.
Dans ce cadre, l’art et le design offrent un modèle instructif. Le poète et multi-artiste William Morris affirme qu’il n’existe « pas d’art sans résistance du matériau ». Le pianiste et compositeur Igor Stravinsky explique que plus l’art se contrôle, plus il se libère.
La créativité naît ainsi d’un dialogue avec des contraintes concrètes.
Charles et Ray Eames proposent une définition pratique du design comme somme de contraintes. Le designer doit identifier le plus grand nombre possible de limites et travailler avec enthousiasme à l’intérieur. Chaque problème possède sa liste particulière :
Prix ;
Taille ;
Temps ;
Matériaux ;
Équilibre ;
Etc.
La créativité devient alors une compétence de navigation entre ces paramètres. L’auteur distingue trois attitudes face à un terrain de jeu donné. On peut :
L’accepter et l’explorer ;
Le rejeter et chercher ailleurs ;
Redessiner un autre cadre.
Chacune de ces options crée de nouveaux problèmes et de nouvelles solutions potentielles. La créativité consiste moins à s’exprimer qu’à multiplier les configurations jouables.
6 — Le plaisir des limites
Le plaisir des limites
Ian Bogost rappelle d’abord que la créativité n’a pas toujours été la valeur suprême de l’art. Dans l’Antiquité grecque, les poètes invoquent les Muses et se voient comme des exécutants d’une tradition, non comme des génies qui expriment leur intériorité. La poésie, au sens de poiesis (“faire”), sert à transmettre histoires et savoirs au sein d’une communauté.
Le chercheur en jeux vidéos montre que la célèbre épopée d'Homer n’est pas conçue comme un “livre d’auteur”, mais — à l'origine — comme une performance orale, reconstruite à chaque récitation. La valeur ne vient pas d’un moi créateur, mais du lien entre un petit groupe présent et une tradition immense, dans un cadre formel très structuré.
Les limites sont faites de matériaux
L’auteur explique que les rhapsodes (les chanteurs grecs) ne mémorisent pas mot à mot l’Iliade ou l’Odyssée, ce qui serait quasi impossible. Ils s’appuient sur la matérialité de la forme : le mètre (hexamètre dactylique), les pieds, les pauses, etc. Ces éléments servent de rails qui permettent d’improviser tout en restant dans les bornes du poème.
Comme un musicien de jazz qui improvise dans une grille harmonique, le rhapsode reconstruit le récit dans un cadre métrique précis. L’art n’existe pas malgré la résistance du matériau, mais grâce à elle. Sans ces structures et ces contraintes, ni l’épopée, ni le sonnet, ni nos petites activités quotidiennes ne prendraient de forme du tout.
Les limites créent des espaces de possibilité
Bogost discute le cliché selon lequel il n’y aurait “pas de règles” pour certains objets, tels qu'un simple bâton par exemple. Il convoque la notion d’affordances : un bâton n’est pas libre de tout, il a une longueur, une dureté, une forme qui rendent possibles certains gestes (cheval, épée, rame) et en empêchent d’autres. Les contraintes viennent du matériau lui-même.
Le chercheur en jeux vidéos introduit aussi l’idée d’espace de possibilité : l’ensemble des interactions qu’un objet rend possibles. Un livre peut instruire, mais aussi caler une table ou servir de projectile ! Jouer, c’est explorer ce champ de possibles, parfois en inventant une nouveauté, parfois en retrouvant encore une fois un schéma familier. Le plaisir peut venir autant de la découverte que de la répétition.
Littératie et visibilité
L’auteur montre que nous lisons souvent Homère comme un roman imprimé, sans la "littératie" — c'est-à-dire les compétences associées — qui a rendu l’épopée possible (improvisation, lecture orale, vers). Nous sommes donc sommés d’“aimer” un texte étranger à nos habitudes, à coups d’injonctions scolaires, au lieu de comprendre le jeu formel qui le soutient.
Il critique aussi l’idée des littéraires versus les matheux, popularisée dans les discours sur les études littéraires. Pour Bogost, essentialiser l’identité (“je ne suis pas un lecteur / un matheux”) devient une prophétie auto-réalisatrice. Le plaisir ne vient pas naturellement d’une essence intérieure, mais d’un apprentissage des formes et des limites.
Les limites dans leur contexte
Bogost rappelle que, pendant la Grande Dépression, cuisiner avec des substituts (pain grillé, pois grillés à la place du café) n’est pas un simple bricolage, mais une véritable austérité morale et religieuse. La contrainte matérielle s’accompagne d’un discours de vertu : il faut que ce café soit mauvais pour que la privation prenne sens.
Aujourd’hui, les situations de précarité et de budget serré rejouent ces scènes à une autre échelle. Des services comme Supercook exploitent cette privation pour en faire un jeu de cuisine : que faire avec du thon en boîte et du fromage industriel ?
Les concours culinaires rendent ces contraintes spectaculaires.
Iron Chef dramatise la difficulté mais offre en coulisse une grande marge de manœuvre.
Chopped, au contraire, impose des paniers presque absurdes et des délais serrés, tout en évaluant les plats comme s’ils venaient d’un restaurant étoilé.
À l’inverse, d'autres jeux (comme, aux États-Unis, l’“elevator pitch”, le 48 Hour Film Project, la Global Game Jam ou NaNoWriMo) posent des contraintes claires de délais et de forme :
Tant de temps ;
Tel format exigé ;
Objectif de simple complétion.
La valeur première n’est pas l’œuvre parfaite, mais l’expérience collective d’avoir mené quelque chose jusqu’au bout dans un cadre partagé.
Les limites sont à la fois conventionnelles et inventives
Bogost rappelle que nos goûts pour un genre ou un style reposent sur des conventions formelles souvent invisibles. Pourquoi aimons-nous ce tube ? Ou cette glace plutôt qu'une autre ? Souvent, nous l'ignorons.
L’expertise naît quand on plonge très profondément dans un domaine, au prix de négliger d’autres possibles. Mais cette obsession apprend ce que cela fait de vraiment “entrer” dans un système de contraintes. Une fois qu’on l’a fait quelque part, on peut transférer cette façon de respecter et d’explorer les formes dans d’autres domaines.
Certaines contraintes deviennent elles-mêmes des formats sociaux reconnus. PechaKucha, par exemple, impose 20 diapositives × 20 secondes, produisant des présentations rapides et visuelles qui forcent la condensation des idées. Ce format est adapté aux portfolios de designers, moins aux démonstrations abstraites, mais il montre comment une forme inventée peut devenir une convention stable.
Contrainte computationnelle
Le chercheur en jeux vidéos rappelle qu’aux débuts de l’informatique personnelle, les contraintes techniques (mémoire, disque, temps machine) étaient très visibles pour l’utilisateur. Aujourd’hui, on célèbre au contraire la capacité illimitée, même si certaines communautés continuent à explorer la virtuosité sous contrainte.
L’International Obfuscated C Code Contest inverse les valeurs de lisibilité et d’efficacité pour célébrer le multicodage : des programmes C volontairement illisibles, mais corrects. Le fameux programme de Brian Westley est à la fois une lettre d’amour tragique et une simulation du jeu d'amour ("elle m'aime,", "un peu", "beaucoup", etc.) avec une marguerite. Ici, un même texte fonctionne comme fiction, comme code et comme petit rituel divinatoire.
David Morgan-Mar va plus loin avec des langages “ésotériques” comme Piet, où le programme est une image, ou Chef, où le code est une recette de cuisine. Dans Chef, les langages de la gastronomie et de la programmation s’imbriquent :
Ingrédients = variables ;
Réfrigérateur = entrée ;
Plats = mémoire.
Les meilleurs programmes-recettes sont lisibles comme recettes, exécutables, cohérents en cuisine et, idéalement, délicieux.
Poussés jusqu’aux limites
Pour l’auteur, tous ces exercices servent d’entraînement à la vie ordinaire. Ils nous apprennent à tracer des cercles magiques, à voir les structures comme des objets d’attention, pas comme un simple arrière-plan invisible. Travailler avec des limites devient une forme d’éducation physique du jugement et du regard.
Twitter (désormais X depuis son rachat par Elon Musk) illustre une contrainte devenue modèle économique. Né sur la base de la limite SMS de 160 caractères ramenée à 140, le service impose un format court qui inspire hashtags, “RT”, liens raccourcis.
Mais avec les smartphones, la gratuité des messages et la pression du Twitter coté en Bourse, la contrainte se dilue : “tweetstorms” en chaîne, allongement implicite des messages, obsession des métriques (followers, likes, retweets) qui entretient une compulsion addictive.
On pourrait imaginer d’autres contraintes plus saines (un tweet par jour, un nombre limité d’abonnements, absence d’indicateurs publics), mais elles s’accordent mal avec le capitalisme de l’attention.
Dès lors, la bonne réponse n’est pas de chercher un milieu parfait ou de tout fuir, mais de multiplier et redessiner nos cercles magiques. En traitant les limites comme matière première – plutôt que comme prison –, on peut transformer contraintes, formats et cadres en terrains de jeu où naissent le plaisir, la compréhension et la créativité.
7 — L'opposé du bonheur
Le contraire du bonheur
Chaque année, la Game Developers Conference réunit des milliers de créateurs de jeux vidéo à San Francisco. En 2010, un conflit éclate entre développeurs “classiques” et concepteurs de “jeux sociaux” sur Facebook, accusés de manipuler les joueurs. FarmVille illustre cette dérive avec ses publicités douteuses, ses boucles virales et ses mécaniques compulsives centrées sur l’extorsion de temps et d’argent.
Invité à un séminaire intitulé “Social Games on Trial”, Ian Bogost choisit de répondre par un jeu plutôt que par un simple discours théorique. Il veut distiller l’essence du jeu social pour mieux la révéler. De cette décision naît Cow Clicker, une parodie jouable qui critique Facebook et les jeux à clics tout en les imitant.
Dans Cow Clicker, le joueur clique sur une vache toutes les six heures pour gagner un point. Il peut inviter des amis dans son “pré” et acheter de la monnaie virtuelle, la “mooney”, pour accélérer le processus ou obtenir d’autres vaches. Bogost ajoute progressivement de nombreuses fonctions, puis se retrouve lui-même pris dans la gestion obsessionnelle de ce jeu qu’il voulait critiquer.
Le succès surprend son créateur. Des dizaines de milliers de joueuses transforment ce qui devait être une expérience vide en espace de sociabilité. Un article de Wired montre une participante qui préfère discuter politique et philosophie avec ses amis Cow Clicker qu’avec ses anciens camarades d’école. Des figures de l’industrie, comme Brian Reynolds ou Gabe Zichermann, accusent alors Bogost d’élitisme face à un public qui “prend du plaisir”.
Ian Bogost rétorque à nouveau avec sa métaphore des “crayons de merde”. Il compare les joueurs à Wole Soyinka, qui écrivait en prison avec des moyens dérisoires. Les humains, rappelle-t-il, transforment même les pires matériaux en occasions de sens. Avec la “cowpocalypse”, il fait disparaître toutes les vaches, ne laissant qu’un carré d’herbe à cliquer, et un objectif absurde d’un million de clics.
Malgré cette conclusion ironique, certains continuent à cliquer “le vide” pour atteindre la cloche en diamant. Pour Bogost, cette persévérance montre que Cow Clicker est devenu un terrain de jeu à part entière, au-delà de son intention critique. D’autres prolongent la logique avec Cookie Clicker, où les cookies produits automatiquement rendent le clic superflu et donnent naissance à un nouveau genre de jeux ; les jeux incrémentaux, dit “idle” en anglais.
Ces jeux “inactifs” semblent ridicules lorsqu’on les défamiliarise, comme un sonnet ou Twitter pris au pied de la lettre. Pourtant, cette “stupidité” apparente crée une pause, un gel de l’évidence qui permet de regarder de plus près. Pour Bogost, jouer sert justement à rendre les choses étranges, afin de comprendre ce qu’elles font et ce que nous pouvons faire avec elles.
Le plaisir est le contraire du bonheur
Bogost reconnaît que Cow Clicker a rempli sa fonction de critique, mais aussi qu’il lui a échappé. Le monde ne se soucie ni de nos intentions ni de nos sensibilités d’auteurs. Il rapproche cette prise de conscience de l’obsession contemporaine pour le “bonheur”, illustrée par Marie Kondo et l’injonction à ne garder que les objets qui “suscitent la joie”.
Il remonte aux racines de l’optimisme moderne, chez Emerson, Thoreau et le transcendantalisme, qui exaltent l’individu et la nature contre les institutions. Au XXᵉ siècle, Norman Vincent Peale popularise la “pensée positive”, où la réussite confirme l’attitude mentale, et l’échec devient faute personnelle de manque d’optimisme. Le bonheur devient ainsi une obligation morale.
La psychologie positive prétend ensuite rendre le bonheur mesurable. Des chercheurs comme Sonja Lyubomirsky parlent de “bien-être subjectif” et de pourcentages attribués aux gènes, aux circonstances et aux actions. Pourtant, ces définitions restent vagues, et la rhétorique pseudo-scientifique masque souvent des jugements de valeur anciens habillés de chiffres.
L’épisode du fameux ratio 2,9 émotions positives pour 1 négative, proposé par Fredrickson et Losada, illustre ces dérives du scientisme. Un étudiant, Nick Brown, et le mathématicien Alan Sokal montrent que le modèle repose sur des équations sans pertinence réelle. Jackson Lears critique plus largement cette foi naïve dans une “Science” qui prétend trancher des questions morales complexes par de simples mesures.
La publicité exploite ce climat. Don Draper, dans Mad Men, définit le bonheur comme un panneau qui rassure en disant “Tout va bien, tu es OK”. Listerine invente la “halitose” pour vendre du bain de bouche en jouant sur la peur de l’exclusion sociale. De la psychologie positive au marketing, le bonheur sert souvent de levier pour la conformité et la consommation.
Oliver Burkeman rappelle, avec le concept d’adaptation hédonique, que le plaisir s’émousse vite. Un mariage, un gadget ou une promotion basculent rapidement dans l’arrière-plan de la vie. Les Stoïciens, comme Épictète, recommandent au contraire d’imaginer la perte de ce que nous aimons pour casser cette anesthésie et raviver la conscience de la valeur de l’autre.
I. Bogost relit ce geste stoïcien comme un exercice de jeu. Il ne provoque pas la joie, mais une intensification de l’attention à ce qui est déjà là. Imaginer la mort d’un enfant ou la fin d’une amitié crée une sorte de mini “cercle magique” autour de cette relation. On redécouvre un être familier comme s’il devenait figure sur un fond redevenu visible.
Le plaisir au sens de fun n’est donc pas une montée de bonheur intérieur. C’est la découverte ou redécouverte d’un trait du monde extérieur. Le jeu dirige l’attention vers les choses elles-mêmes, sans exiger de retour émotionnel garanti. Le fun, ainsi conçu, est l’opposé du bonheur centré sur soi.
Non pas pleine conscience mais attention au monde
Bogost voit pourtant dans Marie Kondo une phrase qui ouvre une autre voie : “Regardez plus attentivement ce qui est là.” Cette invitation rejoint le Shinto et la notion japonaise d’aichaku, expliquée par John Maeda comme un “love-fit”, un ajustement amoureux entre une personne et un objet pour ce qu’il est.
Le bouddhisme met en garde contre l’attachement, source de souffrance, et invite à accepter l’impermanence. Le jeu, lui, ne cherche pas la paix par retrait, mais la confrontation créative avec les limites. Plutôt que d’éliminer les choses qui dérangent, il propose d’explorer ce qu’elles permettent, même quand elles nous bousculent.
Pour éclairer cette attitude, Ian Bogost convoque Alan Watts, qui parle de “sagesse de l’insécurité”. Au lieu de chercher des certitudes via la religion ou la science, A. Watts propose de prendre l’impermanence comme point de départ. Le problème n’est pas le manque de réponses, mais notre refus d’accepter que rien n’est stable, y compris notre “moi”.
Dans cette perspective, le fun ressemble à un artisanat. Le joueur n’invente pas le sens à partir de rien, il apprend à discerner les significations déjà présentes dans les matériaux. La tâche de l'artisan n’est pas de fabriquer la valeur, mais de développer une sensibilité spécifique à ce qu'il travaille.
Ian Bogost propose de parler de worldfulness : d'attention au monde. Il ne s’agit plus seulement d’observer son propre flux mental, mais de prêter une attention active et respectueuse aux choses, personnes et situations. Tout ce qui nous entoure devient un partenaire potentiel pour jouer, expérimenter et comprendre.
L’opposé du bonheur n’est ni la souffrance ni la tristesse, mais l’estime pour ce qui existe indépendamment de nous. C’est la révérence pour des objets, des êtres ou des systèmes qui ne sont “pas là pour nous”, même si nous les avons fabriqués. Le fun, dans ce sens profond, découle de la décision de prendre le monde au sérieux, d’entrer en collaboration avec lui, plutôt que de chercher à le plier à notre quête de satisfaction.
Conclusion : Vivre avec les objets
En 1954, le colonel John Paul Stapp se fait projeter sur un traîneau-fusée à plus de 600 miles à l’heure, puis freiné en une seconde et demie. En acceptant de subir plus de quarante fois la gravité, il contribue à transformer la sécurité moderne : ce sont ses expériences qui sont à l'origine des ceintures de sécurité, des mannequins de crash-test et d'une partie des infrastructures de la mobilité contemporaine.
Quand la ceinture de la voiture se bloque alors qu’il tourne vers un Walmart, l’auteur pense à J.P. Stapp et comprend que ce “sol” invisible sur lequel il s'appuie englobe autant les routes et les réseaux que les ceintures et les hypermarchés.
Le père de Ian Bogost, alors jeune homme, est projeté à travers le pare-brise de sa voiture lors d'un accident. Il survit grâce à une chirurgie cérébrale, mais en ressort presque aveugle à vie. Des années plus tard, il devient psychologue en réadaptation professionnelle, exerçant précisément dans le domaine du handicap dont il souffre. Pour le chercheur en jeux vidéos, cette ténacité mêlée d’entêtement façonne un environnement familial où rien n’est jamais simple, ni pleinement “à portée de main”.
Au quotidien, la famille organise le monde autour de cette vision défaillante. Enfant, l’auteur vit tous ces rituels (lire le menu à voix haute, illuminer les clés, etc.) comme des manies gênantes, puis réalise qu’ils constituaient en réalité une éducation physique à l’attention aux choses.
Peu à peu, l’auteur comprend que ces détails ne sont pas du “bruit” à éliminer, mais la manifestation d’une richesse matérielle discrète. Plutôt que de trier les objets pour ne garder que les plus nobles, il se demande ce qui se passerait si l’on supposait que tout — des couches pour adultes aux bidons de liquide vaisselle — pouvait nous instruire.
Bien plus tard, Ian Bogost retrouve cette éducation par les choses en apprenant à programmer la console Atari 2600 pour un livre écrit avec Nick Montfort. Pour comprendre comment les jeux naissent de la machine, ils se plongent dans la puce graphique TIA et le fonctionnement des téléviseurs cathodiques. Programmer devient un labour précis plutôt qu’un dessin libre. Un cycle de processeur de trop et tout l’écran se met à onduler ou à se décaler.
Ce travail fait naître une étrange empathie pour la machine : l’auteur se surprend à se demander ce que cela fait “d’être un Atari” ou “d’être un tube cathodique”. Pour le savoir, il faut accepter de se rendre “aveugle” à d’autres mondes, et entrer dans ce cercle magique technique.
Cette fascination rejoint un souvenir d’enfance : le père assis à quelques centimètres du téléviseur en bois, sentant le souffle électrostatique du tube sur son visage. L’auteur s’assoit parfois à la même distance et voit l’image se décomposer en faisceaux rouge, vert et bleu. Des années plus tard, en travaillant sur l’Atari, il comprend que le téléviseur lui-même est un objet digne d’attention.
Vivre avec les choses, conclut l’auteur, suppose une forme de cécité volontaire qui nous empêche de les réduire à de simples outils ou obstacles. Il faut accepter de les voir à nouveau, comme si c’était la première fois, en habitant leurs limites plutôt qu’en les maudissant. Cécité, jeu, contrainte, limite et plaisir deviennent autant de noms pour une même attitude : l’humilité.
Entre la naïveté sérieuse et le cynisme ironique, il existe un espace où l’on cesse de reprocher au monde de ne pas nous satisfaire, et où l’on s’applique à faire ce que l’on peut avec ce qui est là. C’est là que se trouve, pour Ian Bogost, la véritable “jouissance des limites”.
Conclusion sur "Jouez à tout : Le plaisir des limites, les usages de l'ennui et le secret des jeux" de Ian Bogost :
Ce qu'il faut retenir de "Jouez à tout : Le plaisir des limites, les usages de l'ennui et le secret des jeux" de Ian Bogost :
Ian Bogost est un chercheur en jeux vidéo, philosophe des médias et concepteur de jeux américain reconnu internationalement. Professeur à l’université Georgia Tech, il dirige la chaire media studies et a fondé le studio Persuasive Games, spécialisé dans les jeux engagés. Chroniqueur pour The Atlantic, il explore les liens entre jeux, technologies numériques, culture populaire et vie quotidienne.
Dans Jouez à tout ! (Play Anything), il propose une idée simple et déroutante : le jeu naît des limites, pas de la liberté. Pour lui, la joie profonde ne vient pas du confort, mais de l’attention obstinée à ce qui nous résiste.
En critiquant le culte contemporain du bonheur et de la productivité, Ian Bogost défend une attitude de révérence envers les choses, jusque dans les objets les plus banals. Ce livre donne envie d’expérimenter autrement le quotidien : courses, mails ou vaisselle deviennent autant de petits terrains de jeu.
]]>Résumé du livre "L'art d'être seul : L'isolement était ma prison, la solitude est ma maison" de Renuka Gavrani : Et si ta plus grande peur, être seul, devenait ta super-puissance ? Dans L'art d'être seul (The Art of Being Alone), Renuka Gavrani t’apprend à transformer la solitude en refuge, en moteur de succès et en histoire d’amour avec la seule personne qui ne partira jamais : toi.
Par Renuka Gavrani, 2023, 149 pages.
Titre original : The Art of Being Alone. Solitude is my Home, Loneliness was my Cage.
Chronique et résumé de "L'art d'être seul : L'isolement était ma prison, la solitude est ma maison" de Renuka Gavrani
Introduction
Renuka Gavrani rappelle d’abord que la solitude affecte la santé autant que fumer plusieurs cigarettes par jour. Pourtant, elle refuse d’écrire un livre rempli de chiffres. Elle veut parler d’un cœur à un autre. Le lecteur cherche surtout comment apaiser sa propre solitude.
L’autrice montre que la solitude devient un tabou dès que le temps avec soi-même est perçu comme une anomalie. Elle raconte ses anciennes pensées autodépréciatives, persuadée qu’un défaut la rendait rejetable. Après une longue introspection, elle découvre qu’elle aime sa propre compagnie. Introvertie, elle préfère peu de relations, mais sincères.
Renuka Gavrani décrit ensuite une camarade de lycée toujours seule, vite cataloguée comme « bizarre ». À l’école, l’élève isolé suscite moqueries ou pitié. Les livres et les films reprennent ce schéma. Le personnage solitaire apparaît comme une victime à sauver.
Peu à peu, la créatrice de contenus relie cette peur à notre quête d’acceptation sociale. Nous craignons d’être jugés, ridiculisés, exclus. Cette peur freine nos projets bien avant les réactions réelles des autres. À l’université, Renuka Gavrani se sent terriblement seule alors que personne ne remarque son isolement.
Elle comprend alors que nous ne détestons pas être seuls, mais l’idée d’être laissé·e pour compte. L’enfance nous a appris que rester en arrière est honteux. Nos vies deviennent tributaires du regard supposé d’autrui. Nous finissons par nous juger plus durement que le monde extérieur.
L’autrice critique aussi la comparaison permanente nourrie par les réseaux sociaux. Les groupes d’amis « parfaits » et les voyages « goals » envahissent nos écrans. Chacun peut croire être la seule personne sans « vraie bande ». L’industrie du divertissement entretient le mensonge : « être seul = être malheureux ».
Pour l’autrice, la vraie clé est de distinguer solitude et isolement. Être seul signifie être avec soi-même, pas être misérable. La solitude devient problème lorsque l’on se regarde avec honte et pitié. Ce regard détruit l’estime de soi plus que l’absence de compagnie.
Aujourd’hui, Renuka Gavrani vit sans grande bande d’amis, mais avec plus de liberté. Elle choisit son quotidien, proche de ses parents et de l’écriture. Elle construit une vie qu’elle aime au lieu de jouer la « fille cool ». Sa solitude devient un espace de choix plutôt qu’un signe d’échec.
L’autrice invite enfin le lecteur à faire une pause et à repenser sa croissance personnelle. D’abord, accepter que la solitude n’est pas une malédiction. Ensuite, transformer la loneliness en vraie solitude. Puis utiliser cette solitude comme période de croissance, thème des deux parties du livre.
Première partie
Chapitre 1 - Arrêter d'idéaliser la solitude
L’autrice part de ces contenus qui incitent à romantiser sa vie et reconnaît qu’ils la font rêver elle aussi. Pourtant, elle s’interroge sur le danger caché derrière ce concept. Selon elle, nous jouons déjà un rôle de film, sans en avoir conscience.
Depuis l’enfance, nous intégrons des scénarios où un personnage brisé est sauvé par un héros sauveur ou un ami idéal. Films et séries répètent la même histoire : quelqu’un de perdu, puis quelqu’un qui arrive et répare tout. Cette narration façonne notre manière d’attendre la vie.
Renuka Gavrani raconte avoir longtemps espéré une amitié parfaite, comme Joey et Chandler, et s’être sentie incomplète. Elle analyse ensuite ce désir avec du recul et le voit comme une croyance inconsciente. Une petite fille qui veut simplement reproduire un objet de rêve vu à l’écran.
Le problème, souligne la créatrice de contenus, est que notre imagination crée un espoir illusoire. En attendant un sauveur, nous décidons que nous ne sommes pas "assez" pour changer notre vie. Quand la réalité ne correspond pas à ce scénario, le sentiment de solitude s’aggrave.
L’autrice précise qu’on peut encore rencontrer de « bonnes personnes », mais surtout dans une logique de fausse amitié ou de réseau. Après un certain âge, les liens relèvent davantage du networking que des « âmes sœurs ». Prendre chaque personne gentille pour un futur meilleur ami promet déceptions et chagrins.
Pour elle, il faut arrêter de se voir comme une victime en attente. La vie du lecteur est une histoire inédite dont il est le personnage principal. Il dispose d’une liberté créative immense pour écrire un récit centré sur lui-même.
Renuka Gavrani invite finalement à renoncer aux scénarios de sauvetage romantique pour assumer la responsabilité de soi. La question devient alors : choisir de se plaindre d’un rôle passif ou décider enfin d’écrire sa propre histoire.
Chapitre 2 - La souffrance de cacher sa vraie nature
Poussés par la peur d’être un weirdo, les gens se transforment peu à peu en versions lisses et acceptables d’eux-mêmes. Ils disent oui à tout, copient les autres et s’éloignent progressivement de leurs vrais désirs.
L’autrice explique que cette adaptation permanente crée une fracture intérieure. Plus on cherche l’approbation extérieure, moins on écoute ce qui nous plaît vraiment. Le fossé entre soi authentique et soi social grandit jusqu’à rendre méconnaissable sa propre identité.
Pour Renuka Gavrani, la véritable loneliness naît lorsque l’on ne se retrouve plus en soi-même. On peut être entouré et pourtant se sentir vide. La solitude devient insupportable car elle rappelle la disparition du vrai soi, enfoui sous les rôles joués.
La créatrice de contenus reconnaît s’être longtemps oubliée dans le people pleasing. Elle raconte ses « oui » donnés contre son propre gré. Elle réalise alors qu’elle est idéale pour les autres, mais presque étrangère à elle-même.
« Il y a des jours où l’on se manque soi-même plus qu’on n’a jamais manqué à personne d’autre. » (Renuka Gavrani, L'art d'être seul, Chapitre 2)
Peu à peu, l’âme cesse d’envoyer des signaux à force d’être ignorée. Quand le silence intérieur devient trop lourd, le face-à-face avec soi fait mal. On peut alors se surprendre à se manquer soi-même plus que n’importe quelle autre personne.
L’autrice conclut que cette fuite de soi alourdit le cœur et brouille nos vrais besoins. Elle ne se présente pas comme experte, mais comme humaine passée par là. Les chapitres suivants viseront à redevenir soi-même afin de transformer le temps seul en véritable solitude.
Chapitre 3 - Comment être soi-même
L’autrice décrit comment le besoin d’acceptation pousse chacun à jouer plusieurs rôles selon les personnes. Partenaire, amis, collègues : à chaque relation, une version différente de soi se présente. À force d’ouvrir ces « onglets » de personnalité, la créatrice de contenus estime que le système interne finit par « planter ». Le vrai soi disparaît sous les versions fabriquées.
Renuka Gavrani reconnaît qu’elle aussi cherche parfois à paraître « voulue » plutôt qu’authentique. Elle souligne l’absurdité de perdre son identité, puis de chercher des « hacks » de self-love sans se connaître vraiment. Pour aimer quelqu’un, il faut le connaître ; il en va de même pour soi-même. L’autrice invite donc le lecteur à retrouver qui il est vraiment afin de pouvoir enfin tomber amoureux de son vrai soi.
1 — L'amour de soi commence par l'acceptation de soi
L’autrice observe la popularité du self-love sur les réseaux sociaux et s’en éloigne. Pour elle, ce discours tourne souvent à la plainte. Les marques exploitent cette mode pour vendre des produits déguisés en amour de soi.
Renuka Gavrani propose une définition centrée sur la connaissance de soi et l’acceptation. Connaître ses pensées, sa nature et sa personnalité devient la première étape. Ensuite vient le fait d’assumer pleinement ce qui se cache sous les bonnes manières.
La créatrice de contenus critique l’injonction sociale à être toujours gentil et irréprochable. Vouloir appartenir au camp des « bons humains » épuise. On se force à être doux avec les autres, même quand on est brisé.
L’autrice explique que les « méchants » de fiction nous fascinent car ils assument toutes leurs émotions. Ils rappellent que l’être humain n’est pas programmé pour être parfait. Supprimer sa part sombre coupe de sa vérité intérieure.
Au fil de son introspection, Renuka Gavrani reconnaît sa tendance à être égoïste parfois. Plutôt que se haïr pour ce trait, elle choisit de l’utiliser pour se préserver. Cette lucidité lui permet d’ajuster ses attentes dans ses relations.
Pour l’autrice, la vraie guérison commence quand on voit clairement ses défauts et qu’on les transforme. Le self-love ne se limite pas aux bains moussants et au maquillage. Il s’agit de se choisir chaque jour et de comprendre ses propres mécanismes.
Elle décrit enfin l’amour de soi comme une maison intérieure. Un espace où l’on peut être soi, sans masque ni perfectionnisme. Accepter ses zones « sombres » devient alors une façon de se reconnaître pleinement.
2 — L’amour de soi grandit avec la connaissance de soi
L’autrice affirme que le monde intérieur de chacun dépasse les sept merveilles du monde. Pourtant, elle refuse de proposer des hacks rapides pour se connaître. Pour Renuka Gavrani, l’être humain change sans cesse, ses goûts et priorités évoluent en permanence. On ne peut donc pas le traiter comme un simple projet à optimiser.
La créatrice de contenus insiste sur le fait que la connaissance de soi est une démarche à vie, surtout dans un monde saturé de distractions. En quelques secondes, on désire ce que les autres semblent aimer. Se connaître et ne pas se perdre devient un effort continu. Elle propose alors non pas des astuces magiques, mais des habitudes quotidiennes à mettre réellement en pratique.
A) Être en tête à tête avec son esprit
Quand nous sommes seuls, nous faisons face uniquement à notre esprit. Pour beaucoup, ce tête-à-tête ressemble à une punition. L’autrice raconte comment, pendant le Covid, son flot de pensées l’a submergée avant qu’elle décide d’y regarder de plus près.
Renuka Gavrani comprend que ce n’est pas le mental qui est l’ennemi, mais tout ce qui reste refoulé. Ce que nous n’osons pas admettre revient sous forme d’angoisses, de regrets et de culpabilité. Nous fuyons alors dans les distractions et parfois dans des relations toxiques.
Selon la créatrice de contenus, la vraie liberté commence quand on ose regarder ses pensées en face. Il faut accueillir chaque regret, chaque mauvaise décision, une à une. Une fois les couches du passé reconnues, la respiration devient plus légère et la paix intérieure possible.
L’autrice souligne que l’ignorance de soi conduit à accepter le minimum des autres. Ils nous distraient et nous évitent de penser, ce que nous croyons vouloir. Pourtant, il n’existe aucune échappatoire durable : tout ce qui est enfoui reste en nous et demande tôt ou tard à être entendu.
Elle propose un exercice simple : s’asseoir chaque jour 10 à 15 minutes avec son âme.
Lire ses pensées comme un grand livre, sans jugement, comme son propre thérapeute. Avec le temps, découvrir ses réactions et ses manies devient fascinant, presque comme tomber amoureux de soi-même.
]]>Résumé du livre "Sauver le temps : Découvrir une vie au-delà de la montre" de Jenny Odell : Et si le temps n’était ni argent, ni productivité à optimiser, mais un commun vivant à cultiver ensemble ? Saving Time propose de sortir du compte à rebours capitaliste pour habiter d’autres rythmes, plus justes pour nos corps, nos liens et la planète.
Par Jenny Odell, 2023, 364 pages.
Titre original : Saving Time. Discovering a Life Beyond the Clock.
Chronique et résumé de "Sauver le temps : Découvrir une vie au-delà de la montre" de Jenny Odell
À propos de Jenny Odell et de son œuvre
Jenny Odell est une artiste et autrice basée à Oakland, connue pour son travail sur l’attention, le territoire et les effets du capitalisme numérique sur nos vies. Ancienne enseignante à Stanford, elle mêle art, observation minutieuse du quotidien et réflexion politique dans des essais devenus des best-sellers, comme Pour une résistance oisive : ne rien faire au XXIe siècle (How to Do Nothing: Resisting the Attention Economy) et Sauver le temps (Saving Time: Discovering a Life Beyond the Clock).
Dans Pour une résistance oisive (2019), elle critique les plateformes qui capturent notre attention et nous enferment dans une exigence permanente de visibilité et de productivité. Plutôt que de prêcher la déconnexion totale, Jenny Odell propose de rediriger notre attention vers le monde proche : les oiseaux, les parcs, les communautés locales. Faire « rien », chez elle, signifie refuser la logique de l’attention-marchandise pour retrouver des formes d’appartenance, de soin et de contemplation.
Avec ce nouvel ouvrage, elle élargit cette critique : après l’économie de l’attention, elle s’attaque à notre manière de vivre le temps lui-même. Jenny Odell montre comment l’idée que « le temps, c’est de l’argent » structure le salariat, les inégalités sociales et la crise écologique, et défend d’autres temporalités, inspirées des luttes sociales et des cosmologies non occidentales. Prêt à libérer votre temps ?
Introduction : Un message pour le moment présent
Mousses et autres temps
Pendant les confinements liés au Covid-19, Jenny Odell observe la mousse qui pousse dans un petit pot et dans les fissures de la ville. Elle y voit un être capable de sécher, dormir longtemps, puis revenir à la vie quand l’eau revient. La mousse devient une image d’un temps cyclique, qui se contracte, se gonfle, disparaît, recommence.
À partir de là, l’autrice critique l’idée que « le temps, c’est de l’argent ». Elle montre que notre rapport au temps vient du salariat : vendre ses heures, voir sa valeur décidée par d’autres. Le burn-out vient alors moins d’un manque d’heures que d’un manque d’autonomie et de sens, alors que chacun ressent aussi d’autres rythmes comme les saisons, par exemple.
Jenny Odell relie cette pression temporelle à l’angoisse climatique. Standardisation des horaires, colonisation et exploitation de la nature relèvent d’une même logique extractiviste. Elle oppose deux visions du temps :
Chronos, temps linéaire qui mène au pessimisme ;
Kairos, temps de l’occasion où une décision ou une parole peuvent changer le cours des choses.
Volcans, tourisme et extraction
Avec l’exemple du volcan Ijen, filmé par l’influenceur Jack Morris, l’autrice montre comment un même lieu devient à la fois décor touristique et site de travail mortel pour les mineurs de soufre. Ces hommes risquent leur vie pour un salaire misérable, pendant que les touristes « profitent de l’instant ». Or, le temps des uns est ajusté à celui des autres.
Jenny Odell rappelle aussi que le volcan est un sujet issu de millions d’années de transformations géologiques, avec sa propre temporalité. Le voir comme un « qui » et non un « quoi » brise l’idée d’une nature inerte, simple ressource à consommer.
Sauver le temps : du personnel au politique
Jenny Odell ne promet pas de « gagner du temps ». Elle propose plutôt de relier notre temps personnel aux temps historiques, sociaux et climatiques. Changer seul ne suffit pas si les règles collectives restent les mêmes.
Elle s’appuie sur les réseaux d’entraide apparus pendant le Covid, qui montrent d’autres valeurs possibles :
Soin ;
Solidarité ;
Interdépendance.
Face au nihilisme climatique, Jenny Odell se tourne vers des moments de soulèvement collectif où tout semble pouvoir basculer. « Sauver le temps », pour elle, signifie retrouver un temps vivant, inventif, non réduit à l’argent, pour que notre futur reste ouvert.
Chapitre 1 : À qui appartiennent le temps et l'argent ?
Acheter le temps : badgeage, surveillance et salariat
Jenny Odell part de la révolte de physiciens italiens contre le badgeage pour montrer comment le temps de travail est acheté. Les chercheurs refusent de vendre leur présence minute par minute, car l’inventivité scientifique ne se mesure pas à l’horloge. Elle retrouve cette logique dans Les Temps modernes de Chaplin : le temps devient une matière première à optimiser jusqu’au ridicule.
Aujourd’hui, cette logique se prolonge dans les entrepôts Amazon, les call centers ou la restauration low-cost. Les corps sont suivis par GPS, les pauses toilettes comptées, chaque seconde surveillée par un robot-manager.
Avec les logiciels de productivity monitoring, la surveillance s’étend même au télétravail. Peu à peu, ce régime de surveillance façonne même notre idée de ce qu’est “bien utiliser” sa journée.
Pour Jenny Odell, ce qu’elle appelle le temps fongible – des heures identiques qu’on peut remplir de tâches – est une invention historique. Dire que « le temps, c’est de l’argent » cache un rapport de pouvoir entre vendeur et acheteur de temps.
L’employeur cherche soit à étendre la journée (grignoter les pauses, allonger les horaires), soit à intensifier la cadence (remplir tous les “trous” avec plus de travail). Les machines promettent de “gagner du temps”, mais ce temps libéré est réinvesti dans encore plus de production.
Discipline du temps, colonisation et salariat
Jenny Odell montre que la discipline du temps naît dans les monastères chrétiens. Les Cisterciens associent déjà ponctualité, efficacité et gestion du temps, au service de Dieu et du profit. Les horloges mécaniques sortent ensuite des monastères pour organiser les villes commerçantes, et donc contrôler la journée achetée aux travailleurs.
Avec les chemins de fer, la poste et les fuseaux horaires centrés sur Greenwich, le temps abstrait européen devient la norme mondiale. Cette standardisation accompagne la colonisation : les clochers missionnaires imposent la semaine de 7 jours dans des sociétés réglées habituellement sur les saisons, les plantes et les rituels qui leur sont associés. Faire intérioriser le mot d'ordre “Le temps c'est de l'argent” devient un outil de domination, pas seulement un dispositif économique.
Elle rappelle aussi que soldats, esclaves et domestiques sont les premiers traités comme “machines humaines”. Les plantations esclavagistes expérimentent déjà tableaux, calculs, mesures pour optimiser chaque jour de travail.
Le salariat apparaît ensuite comme une forme plus “respectable” de dépendance : au XIXᵉ siècle, certains parlent d'"esclaves salariés" (“wage slaves”), et comparent la vente de son temps à une forme de servitude.
]]>Résumé de "Switch : Osez le changement" de Chip Heath et Dan Heath : Vous voulez changer une habitude, transformer votre équipe ou relancer un projet enlisé, mais vous ne savez plus par où commencer ? Ce livre vous montre, pas à pas, comment rendre le changement plus simple, plus motivant et surtout durable.
Par Chip Heath et Dan Heath, 2012, 319 pages.
Titre original : Switch: How to Change Things When Change Is Hard (2010).
Chronique et résumé de "Switch : Osez le changement" de Chip Heath et Dan Heath
Introduction. Trois surprises à propos du changement
1 — Un problème de personne ou d'habitude se confond souvent avec un problème de situation
Les auteurs ouvrent l’introduction avec une expérience de Brian Wansink dans un cinéma de Chicago. Des spectateurs reçoivent du pop-corn rassis dans des gobelets moyens ou très grands. Ceux qui ont les grands gobelets mangent beaucoup plus, alors même qu’ils n’aiment pas vraiment le pop-corn. Ils refusent pourtant de croire que la taille du récipient influence leur comportement.
Si l’on ne connaît pas l’existence des deux formats, on conclut que certains sont raisonnables et d’autres sont des « goinfres ». Un spécialiste de santé publique penserait devoir éduquer ces gros mangeurs, changer leurs habitudes, leur expliquer les dangers. Les auteurs montrent au contraire qu’il suffit de réduire la taille des gobelets. Ce qui ressemble à un problème de personne est souvent un problème de situation.
Les auteurs généralisent cette leçon à tous les projets de changement. Nous transformons volontiers des problèmes simples en défis psychologiques complexes. Nous cherchons à modifier les intentions, les croyances ou la motivation des individus. Ils invitent plutôt à commencer par ajuster l’environnement, car celui-ci guide massivement nos choix, souvent à notre insu.
2 — L'épuisement ressemble beaucoup à de la paresse
Dans cette section, les auteurs expliquent que le changement échoue souvent non pas à cause de la paresse, mais à cause de l’épuisement. Ils rappellent que l’autosurveillance mentale (se contrôler, résister à des tentations, gérer ses émotions, affronter la peur, surveiller ses dépenses, rester concentré) consomme énormément d’énergie psychique.
Des expériences citées dans l'ouvrage montrent que des personnes qui doivent refouler leurs émotions ou faire beaucoup de choix deviennent ensuite moins endurantes et moins capables de résoudre des problèmes.
Or, habituellement, tout projet de changement repose justement sur une vigilance permanente du Conducteur (la raison), qui doit corriger des comportements devenus automatiques. Quand cette réserve de maîtrise de soi se vide, ce sont la créativité, la concentration, mais aussi la capacité à résister aux impulsions et à persévérer qui s’effondrent.
Chip et Dan Heath en concluent que le changement paraît difficile non parce que les gens sont trop « fainéants », mais parce qu’ils sont mentalement épuisés.
3 — La résistance découle souvent d'un manque de clarté
Finalement, les auteurs expliquent que ce que l’on interprète comme de la « résistance au changement » est souvent… un manque de clarté.
En entreprise, par exemple, les collaborateurs n’avancent pas parce qu’ils ne savent pas exactement vers quoi aller ni quoi faire concrètement. On lance des slogans vagues (« innover », « être plus orienté client », « réduire les coûts »), mais on ne donne pas d’images précises ni de gestes à adopter au quotidien.
Chip et Dan Heath montrent qu’une démonstration visuelle simple peut soudain rendre le problème évident et urgent. Ce n’est pas l’analyse rationnelle qui déclenche le mouvement, mais une vision claire qui parle à l’émotion.
La leçon centrale de cette section est donc la suivante : si les gens paraissent freiner des quatre fers, commencez par vérifier si la « route » du changement est vraiment balisée. Quand la destination est concrète et les premiers pas explicitement définis, la résistance diminue fortement, car l’énergie peut enfin se canaliser dans une direction lisible.
Partie I. Dirigez le conducteur
1 — Trouvez les éléments prometteurs
Préférez une solution locale plutôt qu'importée
Les auteurs expliquent que les changements durables reposent rarement sur des solutions importées. Ils montrent que les « bonnes pratiques » copiées d’ailleurs échouent souvent, car elles ignorent la culture locale et les contraintes réelles. Une idée brillante sur le papier peut rester théorique si elle ne part pas de ce que les gens vivent déjà.
Chip et Dan Heath illustrent ce point avec l’exemple de la lutte contre la malnutrition au Vietnam. Plutôt que d’appliquer un modèle occidental, Jerry Sternin observe les familles pauvres dont les enfants vont bien. Il découvre leurs micro-innovations quotidiennes et les diffuse comme solutions locales, faciles à adopter par les autres.
Les auteurs en tirent un principe : pour changer une situation, mieux vaut repérer ce qui marche déjà « sur place » que chercher la recette miracle ailleurs. Les comportements exemplaires, visibles dans le même contexte et avec les mêmes ressources, sont plus crédibles et rassurants. Ils donnent l’impression de perfectionner l’existant, pas de renier ses habitudes.
Enfin, cette approche locale réduit la résistance de l'Éléphant (les émotions) dont parlent les auteurs. Les gens imitent plus volontiers un voisin qu’un expert lointain ou un consultant payé cher. En faisant grandir des solutions nées du terrain, on augmente les chances que le changement s’enracine vraiment.
Attachez-vous à la solution plutôt qu'au problème
Il est aussi plus efficace de se concentrer sur la solution que sur le problème. L’exemple de la thérapie brève centrée sur les solutions (TBCS), développée par Steve de Shazer et Insoo Kim Berg, le montre. Contrairement aux approches classiques qui fouillent le passé pour trouver les causes (l’« archéologie » du problème), la TBCS s’intéresse uniquement à ce qui fonctionne déjà et à la manière de le reproduire.
Le thérapeute pose notamment la « question miracle » : à quoi ressemblerait la vie si le problème était résolu ? Puis il demande quand le patient a déjà vécu, même brièvement, quelque chose qui s’en rapproche.
Ces « exceptions » au problème sont analysées en détail :
Que faisait la personne ?
Comment se comportait-elle ?
Quels signes concrets distinguaient ces moments ?
L’idée centrale est que le patient possède déjà, au moins partiellement, les ressources pour changer ; il s’agit d’identifier ces réussites, même petites, et de les amplifier plutôt que de disséquer indéfiniment ce qui ne va pas.
2 — Définissez les étapes décisives
La paralysie de la décision
La « paralysie de la décision » apparaît lorsque le nombre d’options augmente, même si ces options semblent a priori bénéfiques. Ils illustrent ce phénomène avec une expérience médicale :
Quand un médecin a un seul nouveau médicament à tester, près de la moitié choisit de l’essayer avant la chirurgie ;
Dès qu’un deuxième médicament similaire est ajouté, beaucoup basculent vers l’option par défaut, l’opération lourde, simplement parce qu’ils n’arrivent plus à trancher.
Cette paralysie se retrouve dans la vie quotidienne : en boutique gastronomique, les clients goûtent davantage de confitures quand il y en a 24, mais achètent dix fois plus souvent lorsqu’il n’y en a que 6. De même, dans les plans d’épargne retraite, chaque tranche de dix fonds supplémentaires fait baisser le taux de participation, les salariés renonçant même à l’argent abondé par leur entreprise.
Les auteurs généralisent ensuite : nos journées sont saturées de micro-choix (courses, investissements, carrière), ce qui épuise le Conducteur rationnel et renforce l’attrait du statu quo.
Dans les organisations, la multiplication des options et des tensions stratégiques (croissance vs rentabilité, qualité vs rapidité, créativité vs efficacité) pousse les décideurs à reconduire mécaniquement le passé plutôt qu’à choisir. Cette paralysie nourrit l’inaction et rend indispensable la définition d’étapes décisives claires pour sortir du flou.
Fuyez l'ambiguïté, source de paralysie
Le statu quo rassure : tant que rien ne change, le Conducteur fonctionne en pilote automatique, guidé par les habitudes. Mais dès qu’un changement survient, la routine ne suffit plus. De nouvelles décisions apparaissent, plus nombreuses, et surtout moins balisées :
Choisir quoi manger en régime ;
Comment travailler avec un nouveau patron ;
Etc.
Cette multiplication de décisions inhabituelles épuise le Conducteur et le met en difficulté.
Mais ce n’est pas seulement la multiplication des options qui paralyse ; c'est aussi l’ambiguïté. En période de changement, on ne sait pas clairement quelles sont les possibilités ni ce qu’on attend de nous.
Cette incertitude pousse l’Éléphant à se réfugier vers le chemin le plus familier. Face à l’inconnu, l’Éléphant devient anxieux et préfère automatiquement la solution connue, même si elle est mauvaise.
Les auteurs en tirent une conclusion stratégique : l’ennemi, ce n’est pas la résistance, c’est l’ambiguïté. Pour éviter la paralysie de la décision, il faut définir des étapes décisives claires, concrètes, presque « mécaniques », plutôt qu’énoncer de grandes orientations abstraites.
Une vision globale est utile, mais elle ne suffit pas : ce sont les détails flous qui bloquent l’action.
3 — Indiquez la destination
Donnez un aperçu de votre destination
Les auteurs racontent l’histoire de Crystal Jones, jeune institutrice à Atlanta qui reçoit une classe de CP très hétérogène : certains enfants reconnaissent quelques mots, d’autres ne savent pas tenir un crayon. Pourtant, Crystal est convaincue qu’ils peuvent progresser. Elle construit un programme solide mais sait qu’il lui manque un élément clé : un objectif motivant et compréhensible pour les enfants.
Elle formule alors une destination simple et parlante : « Vous serez bientôt en CE2 ». Cette phrase donne une direction au Conducteur (la part rationnelle) et, surtout, motive l’Éléphant (la part émotionnelle).
Résultat ? Les élèves se projettent dans un futur désirable, concret et proche. À la fin de l’année, plus de 90 % d’entre eux lisent au moins au niveau CE2, alors que beaucoup ne connaissaient pas l’alphabet neuf mois plus tôt.
Les auteurs généralisent ensuite : en matière de changement, nous n’avons pas besoin de grandes visions à 30 ans, mais d’un aperçu de la destination à court ou moyen terme, formulé comme une image parlante de ce qu’il est possible d’atteindre.
Cet aperçu doit guider le comportement et toucher l’émotion, comme un « grand objectif audacieux » à taille humaine, capable de mobiliser à la fois la tête et le cœur.
Gérez le manque d'inspiration et l'excès de justifications
Un aperçu de la destination très motivant ne suffit pas si l’équipe manque d’inspiration ou résiste intérieurement. Dans ces cas, un nouvel ennemi apparaît : la justification. Avec un objectif flou comme « vivre plus sainement », l’Éléphant réclame chips et chocolat, et le Conducteur invente aussitôt de bonnes raisons pour céder, tout en gardant l’illusion de progresser.
Le même mécanisme opère avec des objectifs chiffrés en entreprise : un résultat inférieur à la cible est facilement requalifié en succès grâce à quelques excuses bien trouvées.
Les auteurs montrent aussi que nous exploitons ces zones grises dans notre vie privée, par exemple avec la règle « un verre de vin par jour » que l’on contourne en remplissant le verre à ras bord ou en « échangeant » un verre contre un futur jour d’abstinence.
Pour neutraliser ces justifications, ils recommandent des objectifs clairs, nets et précis, formulés en tout ou rien :
« Jamais de vin » ;
« Plus de chips du tout » ;
« Gymnastique tous les jours » ;
Etc.
Mais ces objectifs, purement restrictifs, n’inspirent pas : ils ressemblent davantage à une critique qu’à une vraie destination souhaitable. D’où la nécessité, annoncée pour la suite, de combiner le pouvoir émotionnel d’une vision engageante avec la force anti-justification d’un objectif strict.
Pourquoi fixer des objectifs clairs, nets et précis?
Lorsque l’on craint l’inaction ou une résistance silencieuse, des objectifs « clairs, nets et précis » deviennent indispensables. Ils réduisent les zones d’ombre, coupent court aux excuses et obligent chacun à se positionner. Cependant, Chip et Dan Heath rappellent qu’on n’a pas toujours besoin de règles aussi rigides pour avancer.
À partir de l’exemple de la chirurgienne Laura Esserman, ils montrent qu’une vision inspirante ne suffit jamais seule. Sa réussite vient de la combinaison entre un objectif ambitieux à long terme et une multitude de petits changements comportementaux très concrets.
Pour les auteurs, la recette du changement durable consiste donc à associer une destination motivante à des étapes décisives de court terme.
Ils soulignent enfin qu’il est illusoire de vouloir planifier tout le chemin du changement à l’avance. Au début d’un projet, il est plus réaliste de se concentrer sur bien démarrer et bien arriver. Le milieu du parcours évoluera de toute façon, et les objectifs clairs, nets et précis servent alors de boussole plutôt que de plan détaillé.
Partie 2. Motivez l'éléphant
4 — Touchez la corde sensible
Jouez sur les émotions
Les grands changements passent rarement par des tableaux Excel mais par une expérience émotionnelle. Ils racontent l’exemple de Target, alors simple chaîne de supermarchés régionale, qui veut devenir un leader du design accessible. Robyn Waters, responsable des achats, comprend que pour convaincre ses collègues, il faut toucher leur ressenti plus que leur raison.
Plutôt que de présenter des rapports, elle organise des démonstrations visuelles :
Bols de M&M’s aux couleurs vives ;
iMac colorés ;
Photos de rayons de vêtements où un seul polo bleu électrique crée un contraste frappant.
Les acheteurs réagissent spontanément : ils s’exclament, voient l’effet de la couleur, comprennent physiquement ce que signifie un univers de marque plus audacieux.
Cette stratégie finit par transformer les choix produits de Target et contribuer à son repositionnement. Pour Chip et Dan Heath, cet exemple illustre une leçon clé : même dans des organisations obsédées par les chiffres, c’est en parlant à l’Éléphant plus qu’au Conducteur que l’on parvient réellement à faire bouger les comportements.
Laissez notre capacité de compréhension hors de cause
Lorsqu’un changement ne se produit pas, on incrimine trop facilement un manque de compréhension : une mère se dit que sa fille conduirait mieux « si seulement elle comprenait » ; un scientifique pense que les politiques agiraient différemment « s’ils comprenaient » le climat.
Pourtant, les fumeurs savent très bien que la cigarette est nocive, tout comme les constructeurs automobiles américains savaient leur dépendance dangereuse aux 4x4 sans pour autant changer de stratégie.
Les auteurs rappellent ainsi l’écart entre savoir ce qu’il faut faire et être motivé pour le faire. Face à un comportement à changer, notre réflexe est d’ajouter de l’information, des arguments rationnels, des avertissements. Nous parlons alors au Conducteur alors que c’est l’Éléphant qu’il faut toucher.
Ils en concluent que compter sur la seule pédagogie rationnelle est une illusion frustrante : pour déclencher un véritable changement, il faut provoquer un choc émotionnel ou une mise en scène marquante.
Faut-il plutôt des émotions négatives ou positives ?
Mais le changement doit-il plutôt s’appuyer sur des émotions négatives ou positives ? De nombreux leaders misent sur la peur, la menace ou l’idée de « plateforme en feu » pour pousser les gens à agir. Ce réflexe existe d'ailleurs aussi en thérapie, avec le mythe du drogué qui doit « toucher le fond ».
Les émotions négatives sont efficaces pour déclencher des réactions rapides et ciblées, comme enlever un caillou de sa chaussure :
Fuir ;
Attaquer ;
Éviter un danger ;
Etc.
Mais Chip et Dan Heath soulignent que la plupart des changements importants (transition écologique, stratégie d’entreprise, relation de couple) exigent au contraire créativité, flexibilité et inventivité.
En s’appuyant sur les travaux de Barbara Fredrickson, ils expliquent que les émotions positives :
Élargissent notre champ d’attention ;
Favorisent l’exploration, l’apprentissage et l’ouverture aux idées nouvelles.
Pour les grands changements, ils recommandent donc de privilégier l’espoir, l’enthousiasme et l’intérêt plutôt que la peur.
5 — Faites paraître le changement plus petit
Fractionnez l'effort
La motivation augmente quand on a le sentiment d’avoir déjà avancé. Les auteurs partent d’une étude menée auprès de femmes de chambre d’hôtel, qui dépensent énormément de calories au travail mais ne se perçoivent pas comme sportives.
Un groupe est informé que ses gestes professionnels constituent déjà un véritable exercice physique, chiffres à l’appui (calories brûlées par tâche). Un mois plus tard, ces femmes ont perdu du poids, sans changer ni leurs horaires, ni leur alimentation, ni leur mode de vie.
Les auteurs rapprochent ce résultat d’une autre expérience : une station de lavage qui donne une carte de fidélité avec deux tampons offerts sur dix se remplit beaucoup plus vite qu’une carte de huit cases vides, alors que l’effort total est identique.
Conclusion : pour déclencher le changement, il faut donner l’impression que le chemin est déjà entamé. Mettre symboliquement « deux tampons » au départ rend l’objectif moins intimidant et pousse l’Éléphant à avancer.
Commencez par de petites victoires
Chip et Dan Heath expliquent également que, pour lancer un changement, il vaut mieux viser des succès modestes et immédiats plutôt que l’objectif final, trop lointain pour motiver.
Ils montrent qu’en réduisant l’ampleur de la tâche – par exemple, commencer par nettoyer la petite salle de bains ou découper un long trajet en tronçons de 100 km – on donne à l’Éléphant intérieur une première expérience de réussite, qui suffit à créer de l’élan.
Ils s’appuient sur l’idée de « small wins » de Karl Weick : une petite victoire rend le problème moins impressionnant, clarifie ce qu’il y a à faire et renforce le sentiment de compétence. On ne contrôle pas tous les facteurs d’un projet, mais on peut choisir comment définir la victoire finale et surtout les petites victoires qui y mènent.
Celles-ci doivent idéalement être à la fois significatives et à portée immédiate. À défaut, Chip et Dan Heath recommandent de privilégier l’accessibilité, quitte à ce que la victoire soit symbolique, car l’essentiel est de mettre les personnes en mouvement et de transformer l’inertie en dynamique de progrès.
6 — Faites grandir les gens
L'identité, facteur du changement
Cela dit, la clé d’un changement durable n’est pas seulement de modifier des comportements, mais de transformer la façon dont les gens se définissent eux-mêmes. Les auteurs expliquent comment une espèce de perroquet en voie d’extinction a été sauvée en devenant un symbole de fierté nationale, et non en culpabilisant la population.
L’organisation Rare reproduit cette stratégie dans de nombreux pays : en construisant une identité positive (« protecteur de la nature », par exemple), on donne aux individus l’envie d’agir et de persévérer.
Les auteurs s’appuient ensuite sur les travaux de James March pour opposer le modèle des conséquences (on pèse coûts et bénéfices) au modèle de l’identité (on se demande : « Qui suis-je ? Que ferait quelqu’un comme moi ? »).
Ils montrent que nos décisions importantes suivent souvent ce second modèle :
Infirmières fières de leur métier ;
Salariés de l’entreprise brésilienne Brasilata qui se voient comme des « inventeurs » ;
Habitants de Palo Alto qui se mettent à agir en « citoyens concernés » après un engagement minimal.
Toute tentative de changement qui contredit l’identité déclarée d’une personne a de fortes chances d’échouer ; inversement, ancrer le changement dans une identité valorisante donne de la motivation, de la fierté et un puissant sentiment de cohérence.
Prévoyez l'échec
Tout changement profond, surtout lié à une nouvelle identité, passe inévitablement par des faux pas. L’Éléphant déteste l’échec : au premier revers, il pousse à fuir. Pour éviter cette fuite, ils recommandent de prévoir l’échec : non pas l’échec final du projet, mais des échecs intermédiaires, intégrés dès le départ comme étapes normales du processus.
Les auteurs s’appuient alors sur l’état d’esprit de développement (Carol Dweck) : voir les capacités comme évolutives transforme les erreurs en occasions d’apprendre plutôt qu’en preuves d’incompétence. Dans les organisations, cela implique de se comporter en coach plutôt qu’en comptable, en préparant les équipes au « creux » émotionnel au milieu d’un projet (la courbe en U d’IDEO) plutôt qu’à une progression linéaire.
L’exemple de l’adoption de la chirurgie cardiaque mini-invasive montre que les équipes qui cadrent la nouveauté comme un apprentissage progressif réussissent, tandis que celles qui veulent « bien faire du premier coup » abandonnent. Anticiper l’échec, c’est donc protéger la motivation, encourager la pratique, et installer une culture où trébucher fait partie du chemin vers le changement.
Partie 3. Tracez le chemin
7 — Adaptez l'environnement
Rendez le parcours plus facile
Chip et Dan Heath montrent que nous surestimons les « défauts » des gens et sous-estimons le rôle de la situation. Quand un automobiliste nous coupe la route, nous le jugeons « abruti », alors que, dans notre propre cas, nous invoquons les circonstances.
C’est ce biais d’analyse – l’erreur fondamentale d’attribution – qui pousse à vouloir « réparer » les personnes plutôt que modifier leur environnement. Les auteurs défendent au contraire l’idée que, pour réussir un changement, il faut adapter le contexte afin que le comportement souhaité devienne le chemin le plus simple.
Ils illustrent ce principe par plusieurs exemples :
Des soldats héroïnomanes qui arrêtent presque tous en rentrant du Vietnam, non pas grâce à une volonté héroïque mais parce qu’ils sortent d’un environnement saturé de drogue ;
Des systèmes conçus pour forcer le bon geste (DAB qui ne délivre l’argent qu’après retrait de la carte, commande « en un clic » d’Amazon) ;
Une entreprise où l’on obtient l’adoption du logiciel de feuilles de temps simplement en supprimant un assistant électronique agaçant.
Dans tous les cas, les comportements changent dès qu’on rend le bon choix plus facile que le mauvais : adapter l’environnement, c’est tracer un chemin où même des personnes peu motivées finissent par se laisser entraîner.
Manipulez-vous vous-même
Les auteurs expliquent que, pour changer durablement, il est souvent plus efficace de se manipuler soi-même en modifiant son environnement plutôt qu’en comptant sur la seule volonté. Ils s’appuient sur les travaux de Brian Wansink : de simples changements de vaisselle (assiettes plus petites, verres hauts et étroits) suffisent à réduire la quantité ingérée sans même s’en rendre compte.
]]>Résumé de "Vivez mieux et plus longtemps" de Michel Cymes : un petit guide pratique — et riche en vitamines ! — pour (ré)apprendre à bien vivre au quotidien en profitant des excellents conseils et de l'humour potache qui ont rendu Michel Cymes si célèbre.
Par Michel Cymes, 2016, 288 pages.
Chronique et résumé de "Vivez mieux et plus longtemps" de Michel Cymes
I. Les aliments bons pour la santé
Les principes du « bien manger »
Pour Michel Cymes, bien manger est à la portée de tous. Le médecin donne cinq règles de base simples, à appliquer pour se sentir mieux rapidement :
Équilibrer ses repas : inclure des glucides (céréales complètes), des protéines (lentilles, poissons, viandes blanches) et de bons lipides (noix, huile d’olive). Une combinaison gagnante pour l’énergie et la santé.
Varier son alimentation : ne pas se limiter aux pâtes ou au riz. Explorer d’autres céréales comme le quinoa, le seigle ou le kamut. La diversité est bénéfique pour le corps et le palais.
Privilégier la fraîcheur et la qualité : limiter les plats industriels, trop transformés, et leur préférer des produits frais. Une habitude qui change tout pour la forme.
Être raisonnable sur les quantités : éviter de se resservir sans faim. Réduire les portions d’aliments caloriques et augmenter celles des légumes. Utiliser de petites assiettes peut aussi aider à manger mieux.
Préserver le plaisir des saveurs : cuisiner avec des herbes aromatiques pour remplacer le sel, le sucre et les graisses en excès. Manger sain peut aussi rimer avec gourmand.
L'ail, un super-aliment
L’ail (allium sativum) se consomme cru ou cuit — mais de préférence cru —, car ses propriétés protectrices sont alors renforcées.
Ce super-aliment réduit les risques de cancer de l’estomac et de l’intestin. Il pourrait aussi protéger le larynx, les seins ou la prostate, selon une étude de l’Institut du cancer de Shanghai. Mais ses bienfaits vont plus loin : il lutte contre les maladies cardiovasculaires, le vieillissement cellulaire et les infections.
Et pour ceux que son odeur rebute ? Pas de panique. Un peu de persil, de menthe ou de grains de café, et le tour est joué.
L'indispensable germe de blé
La vitamine E, un puissant antioxydant, se trouve en grande quantité dans le germe de blé. Deux cuillères suffisent pour couvrir un tiers des besoins quotidiens, tout en apportant zinc et magnésium, utiles contre les infections, le stress et la fatigue.
Le germe de blé protège aussi la rétine et aide à réguler le cholestérol. Il ne faut surtout pas le chauffer, mais le saupoudrer sur crudités, yaourts ou compotes, sans altérer le goût. Un petit geste pour un grand effet santé.
La levure de bière : le combiné santé-beauté
Fatigue ou irritabilité ? La levure de bière est une alliée à tester. En paillettes, gélules ou comprimés, elle apporte protéines, vitamines B et D, et agit comme un excellent détoxifiant.
Elle améliore la digestion, notamment chez les femmes enceintes sujettes aux nausées ou aux maux d’estomac. Elle renforce aussi les ongles, illumine la peau et redonne de l’éclat aux cheveux.
Mais inutile d’en abuser : pas plus de trois cuillerées à café par jour. Sinon, gare à l’effet boomerang et au déséquilibre de la flore intestinale.
Fonio : 100 % céréalière, 0 % gluten
Envie de changer des céréales habituelles ? Le fonio est une excellente alternative. Ancienne céréale africaine, encore peu connue en France, elle séduit par ses richesses nutritionnelles : zinc, magnésium, calcium, manganèse.
Certes, son goût est neutre, mais elle est facile à cuire, bio et surtout sans gluten — un atout pour les personnes allergiques ou sensibles. On la trouve dans les boutiques spécialisées.
Le fonio est aussi très rassasiant, ce qui en fait un bon allié pour les personnes en surpoids. Une option à essayer pour varier les plaisirs tout en prenant soin de sa santé.
Mettez-vous à l’amande
Les amandes, riches en calcium, protéines et vitamine E, méritent une place de choix dans l’alimentation. Leur pouvoir antioxydant est reconnu, et elles apportent un bon gras, les oméga-3, bénéfiques contre le cholestérol, l’hypertension et l’arthrose.
Elles sont aussi riches en fibres, ce qui favorise la satiété et facilite la digestion. Pratiques, elles se grignotent partout et se marient aussi bien avec une compote qu’avec un plat de légumes.
Une poignée par jour suffit pour faire du bien au corps, sans impression de privation.
Rooibos : le thé rouge qui fait fureur
Le rooibos, aussi appelé thé rouge, se boit chaud, froid ou glacé. Originaire d’Afrique du Sud, il offre une saveur fruitée et fumée, tout en facilitant la digestion et améliorant le sommeil.
Riche en antioxydants, il protège l’organisme contre le vieillissement, certains cancers et troubles cardio-vasculaires. Sans théine ni caféine, il évite les effets indésirables comme la diurèse excessive.
Apprécié des médecins sud-africains, il est même recommandé pour soulager les coliques des bébés. Une boisson santé à adopter sans hésiter.
Le lait est le meilleur fermenté
Le lait fermenté, qu’on appelle lassi, leben ou kéfir selon les régions, conserve les qualités du lait classique tout en étant plus digeste. Il contient autant de protéines, glucides et calcium, mais surtout des probiotiques, ces bonnes bactéries qui renforcent la flore intestinale.
Ces micro-organismes résistent à la digestion, adhèrent aux parois intestinales et luttent contre les bactéries nocives. Résultat : une digestion facilitée, une meilleure tolérance au lactose et parfois une aide en cas de diarrhée, notamment sous antibiotiques.
À boire nature, avec des fruits ou en remplacement de la crème dans les soupes froides, il faut le consommer rapidement : plus le temps passe, plus les bonnes bactéries disparaissent.
La bergamote : l'agrume oublié
La bergamote, fruit méconnu à la chair verte et au parfum unique, mérite d’être redécouverte. Elle est déconseillée en début de grossesse, mais en dehors de cette période, elle offre de nombreux bienfaits.
Elle favorise la mélatonine, aidant ainsi à réguler le sommeil et à lutter contre le décalage horaire. Elle soulage les crampes d’estomac, même liées au stress, et stimule la digestion.
Utilisée aussi contre le psoriasis et l’hyperactivité, elle se décline en fruit, thé, crème ou huile essentielle. Un petit concentré de nature à intégrer avec plaisir.
« Pain de singe » : le fruit des fruits
Le pain de singe, fruit du baobab, débarque discrètement dans nos assiettes en version poudre, boisson ou pulpe à intégrer à des sauces ou des laitages. Original, certes, mais surtout excellent pour la santé.
Il contient six fois plus de vitamine C qu’une orange, deux fois plus de calcium que le lait, et une bonne dose de fer, phosphore et antioxydants. Parfait pour ceux qui veulent préserver leur jeunesse.
Autre atout : il améliore la concentration et favorise la récupération après le sport. Un super-aliment à découvrir sans attendre.
Le citron, atout détox
Avec son goût acidulé, le citron stimule les papilles et facilite la digestion. Il est riche en vitamine C, anti-inflammatoire, diurétique et détoxifiant, tout en étant très peu calorique : 19 calories pour 100 g.
Consommé à jeun, pur ou dilué, il active la bile, nettoie le système digestif, booste les reins et lutte contre la cellulite. Un jus pressé suffit à donner un vrai coup de fouet.
C’est aussi un coupe-faim naturel qui régule le sucre sanguin et tempère l’appétit. À boire avant les repas ou à ajouter dans les plats, le citron s’invite partout — même en huile essentielle.
La grenade, fruit explosif
La grenade, fruit aux allures de bombe, est une mine d’antioxydants comme l’anthocyanine ou l’acide ellagique. Elle nettoie les artères, améliore la circulation sanguine et protège le cœur en luttant contre l’athérosclérose et l’hypertension.
Riche en vitamine C, elle agit aussi sur la santé des os, la vision, la flore intestinale et même la plaque dentaire. C’est un super fruit de récupération, parfait après un effort physique intense.
À consommer nature ou en jus, mais pas en grenadine industrielle, bourrée d’additifs et de sucres. Rien ne vaut la vraie grenade, fruit de compétition par excellence.
Mangez des clémentines !
La clémentine, star de l’hiver, remonte le moral, lutte contre la fatigue et se croque sans modération. Deux fruits suffisent à fournir la moitié de l’apport conseillé en vitamine C.
Elle est peu calorique (moins de 50 kcal pour 100 g), riche en fibres, calcium, magnésium et fer, de quoi booster le transit, les muscles et les nerfs.
Facile à transporter, elle se conserve au réfrigérateur et sa peau non traitée se recycle en zestes pour desserts.
Les pruneaux, ça compte
La prune crue, qu’elle soit noire, rouge, mauve ou jaune, est un fruit antioxydant puissant, riche en vitamines A, C et K. Elle soutient la vision, la peau, le système immunitaire et la coagulation sanguine.
Pour en profiter pleinement, il faut la consommer bien mûre : souple aux extrémités. Sinon, on la laisse mûrir à température ambiante, puis on la conserve au frais.
Riche en fibres, elle favorise aussi un transit intestinal régulier. Bref, un petit fruit aux grands effets… à savourer sans attendre !
Les petits secrets du pamplemousse
Le pamplemousse qu’on consomme en France est en réalité un pomelo, mais qu’importe son nom : c’est un fruit santé à ne pas négliger. Rafraîchissant, riche en vitamine C et en antioxydants, il aide à prévenir certains cancers et soutient les personnes en surpoids.
Il se conserve facilement : une semaine à température ambiante ou six semaines au frais, bien emballé. Mais attention, il interagit avec certains médicaments : mieux vaut demander l’avis d’un professionnel si vous suivez un traitement.
Un fruit à savourer… en toute connaissance de cause !
Avec le melon, sur un tout bon
Le melon, qu’il soit orange, vert ou jaune, est un fruit hydratant, riche en sels minéraux essentiels pour les os, le cœur, les nerfs et les muscles. Une tranche de 100 g couvre déjà 10 % des besoins en vitamine C, idéale pour l’immunité.
Il protège les vaisseaux sanguins, améliore la circulation, soutient les reins et les intestins grâce à sa richesse en potassium et sa faible teneur en sodium. En bonus, il est bon pour la vue grâce au bêta-carotène.
À déguster seul, avec du jambon sec, en soupe citronnée ou en jus avec du concombre : un plaisir pour les papilles… et les reins.
Pastèque : à consommer sans modération
La pastèque, fruit ultra juteux, est désaltérante et riche en lycopène, un antioxydant puissant aussi présent dans la carotte. Elle lutte contre le cholestérol, prévient les inflammations et pourrait réduire les risques de cancer. Même ses pépins, souvent boudés, contiennent de la vitamine C.
Une fois entamée, elle se conserve 4 jours maximum, sinon elle perd en lycopène. Pour mieux assimiler ses bienfaits, il est conseillé de l’accompagner de lipides : quelques noix ou un peu de fromage feront très bien l’affaire. Étonnant, mais efficace.
Le jus ne fait pas le fruit
Fruit ou jus ? Ils n’ont pas le même impact sur le corps. Un jus contient eau, sucre et vitamines, mais très peu de fibres, contrairement au fruit entier.
Prenons la pomme : croquée avec la peau, elle offre une belle dose d’antioxydants et de fibres, bons pour le cœur, la digestion et même contre le cancer. Les fibres ralentissent l’absorption du sucre, évitant les pics de glycémie.
Un jus, même frais, provoque l’effet inverse. Il est donc préférable de manger les fruits entiers, ce qui en plus vous oblige à mâcher, un geste simple mais bénéfique pour la santé.
]]>Résumé du livre "Mars et Vénus font la paix : savoir résoudre les conflits pour une vie de couple harmonieuse" de John Gray : la suite du grand classique de John Gray "Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus" dans laquelle l'auteur poursuit ses investigations sur les couples modernes — de quoi se faire plaisir, mais aussi retrouver le goût de la vie ensemble !
De John Gray, 2016, 416 pages.
Titre original : Men, Women and Relationships, Making Peace with the Opposite Sex (2014)
Chronique et résumé de "Mars et Vénus font la paix" de John Gray
Introduction
Une relation épanouie repose sur un équilibre entre effort et plaisir. Les femmes comprennent instinctivement que l’amour demande du travail émotionnel, tandis que les hommes, influencés par leur passé de pourvoyeurs, réservent souvent leur énergie à la sphère professionnelle. Cette différence de perception crée des malentendus, surtout quand un homme se retire dans sa « caverne » pour se détendre et que sa compagne y voit un désintérêt affectif.
Comme dans son premier livre, le psychologue John Gray explique dans Mars et Vénus font la paix que les hommes et les femmes fonctionnent comme s’ils venaient de planètes différentes : Mars et Vénus. Les hommes valorisent l’efficacité, les femmes privilégient l’échange émotionnel. Lorsqu’une femme parle de ses problèmes, elle cherche une écoute, pas une solution. Et lorsque l’homme se tait, il ne fuit pas : il se régénère. Respecter ces différences, c’est éviter les conflits inutiles.
La clé d’une relation réussie, c’est de ne pas chercher à changer l’autre, mais à le comprendre. Cela demande du temps, de la bienveillance et une communication adaptée à chacun. En apprenant à respecter les besoins et les rythmes de l’autre, les partenaires créent un espace de confiance où chacun peut s’épanouir pleinement, sans renier sa nature.
Chapitre 1 – Aimer un être différent de soi est un Art
L’auteur insiste d’abord sur une vérité essentielle mais souvent négligée : nous sommes tous différents. Pourtant, dans la vie de couple, nous cherchons souvent à faire changer l’autre, à le modeler selon nos attentes. Nous rejetons ses différences, surtout lorsqu’elles ne correspondent pas à notre manière de penser ou de ressentir. Ce rejet bloque l’amour véritable, qui ne peut exister sans acceptation inconditionnelle. Aimer vraiment, c’est respecter l’autre pour ce qu’il est, sans chercher à le transformer. En cessant de croire que l’autre doit nous ressembler, nous ouvrons la voie à une relation plus riche et plus profonde.
Cette prise de conscience s’accompagne d’une exploration des nombreuses manières dont les humains ont tenté de classer les personnalités : typologies psychologiques, astrologie, ennéagramme, ou encore modèles comportementaux utilisés en entreprise. Même si ces outils peuvent sembler réducteurs, ils aident à mieux comprendre que nos différences ne sont pas des défauts, mais des expressions variées de l’humanité. Ce n’est pas la différence qui blesse, mais notre jugement sur elle. Apprendre à apprécier l’autre tel qu’il est constitue le premier pas vers une relation harmonieuse.
Le psychologue illustre ces écarts à travers des couples fictifs : Kathy, qui veut parler à Tom de sa journée, se heurte à son besoin de silence ; Alise, qui surinvestit son couple, provoque sans le vouloir la passivité d’Henry ; Patrick, qui donne des conseils à Jennifer au lieu de l’écouter, nie ses émotions. Dans chaque cas, les intentions sont bonnes, mais mal comprises parce qu’elles s’appuient sur des codes opposés. La femme attend un échange émotionnel ; l’homme croit devoir apporter une solution ou prendre du recul.
Cette dynamique repose sur des tendances générales : les femmes ont besoin de partager, de parler, d’être écoutées, tandis que les hommes ont besoin d’espace, de solitude, de sentir leur compétence reconnue.
Quand ces besoins sont ignorés ou incompris, chacun se sent blessé. L’homme pense qu’on le critique ou qu’on l’étouffe ; la femme croit qu’on la rejette ou qu’on la méprise. L’un se tait, l’autre insiste, et les conflits s’enchaînent.
L’image de la « caverne » permet d’illustrer le repli masculin en cas de stress. C’est un besoin naturel de retrait, non un signe d’indifférence. Les femmes, elles, ressentent souvent le besoin de parler immédiatement. Cette opposition produit des malentendus, parfois très douloureux. Mais dès lors que l’on comprend ces mécanismes, le respect des besoins de chacun redevient possible.
En somme, les conflits naissent souvent de la fausse idée que notre partenaire doit penser et réagir comme nous. Reconnaitre que l’autre vient d’une autre “planète”, comme le propose l’auteur de Mars et Vénus font la paix avec humour, aide à cultiver la tolérance, la patience et l’émerveillement. En acceptant cette altérité, l’amour peut s’épanouir. C’est dans la complémentarité, et non dans la fusion, que naît la richesse d’un couple.
Chapitre 2 – Construire une relation amoureuse
Une relation gratifiante repose sur quatre piliers :
Communiquer avec bienveillance ;
Faire preuve d’ouverture ;
Ne pas juger ;
Assumer ses responsabilités.
Ces principes simples mais puissants permettent aux couples de mieux se comprendre, de s’aimer durablement et de se soutenir mutuellement.
John Gray commence par rappeler que la communication doit naître d’une intention sincère : comprendre et se faire comprendre. Quand elle est guidée par la peur, la colère ou la manipulation, elle devient toxique. Une anecdote au restaurant montre comment une question mal formulée peut créer un conflit inutile.
Lorsqu’il change sa manière d’interroger le serveur, John Gray obtient enfin une réponse claire et retrouve sa sérénité. Il réalise que ce n’était pas le fait d’attendre qui le rendait furieux, mais l’incompréhension. Dès qu’il obtient une explication, il redevient calme et aimant. Une bonne communication apaise, même dans des situations tendues.
Mais la communication seule ne suffit pas. Il faut aussi de l’ouverture d’esprit. Beaucoup de malentendus naissent de fausses interprétations. Chacun projette ses propres intentions sur l’autre, sans vérifier leur validité. Un geste, une expression, une parole peuvent être mal compris et créer un malaise durable.
L’auteur de Mars et Vénus font la paix évoque un couple, Martha et Joe. Elle croit que son mari la méprise alors qu’il se sent simplement impuissant. En réalité, ils s’aiment, mais ne se comprennent pas. Leur échange le montre : dès que leurs émotions sont reformulées avec justesse, la tension retombe.
Cette ouverture mène naturellement à une réduction des jugements. En cessant de vouloir avoir raison ou de cataloguer l’autre, on se rend plus disponible. On se libère aussi de ses propres critiques intérieures. Quand on se juge sévèrement, on finit par juger les autres. À l’inverse, quand on apprend à aimer les autres avec leurs défauts, on s’autorise à s’aimer soi-même avec plus de douceur. Cette dynamique vertueuse enrichit toutes les relations.
Mais pour que ces changements soient durables, il faut sortir du rôle de victime. John Gray insiste : assumer ses responsabilités est essentiel. Cela ne veut pas dire se blâmer, mais reconnaître que nos pensées, nos émotions et nos gestes influencent les réactions de l’autre. Même des sentiments refoulés, comme une rancune silencieuse, se font sentir et provoquent un rejet.
L’exemple de Linda montre qu’une femme peut vouloir bien faire tout en transmettant un malaise profond. Son mari, sans comprendre pourquoi, s’éloigne. Quand elle prend conscience de sa propre amertume et accepte de la transformer, leur relation renaît.
Les ressentiments cachés détruisent lentement le lien amoureux. Ils se traduisent par des gestes secs, une voix tendue, une absence d’élan. Même quand les intentions sont bonnes, ils bloquent l’amour. À l’inverse, quand on comprend que nos pensées peuvent influencer l’autre, on devient plus prudent, plus humble. On cesse de penser que l’autre devrait deviner ce qu’on ressent. On apprend à parler avec justesse, à demander sans reprocher, à aimer sans exiger.
Ces quatre piliers sont les fondations d’une relation épanouissante. Ils permettent d’aimer mieux, de s’aimer soi-même, et de construire une union forte, faite de respect, de compréhension et de tendresse partagée.
Chapitre 3 – Les différences fondamentales entre les hommes et les femmes
John Gray rappelle que les différences entre les sexes ne se limitent pas aux organes reproducteurs. Les caractéristiques physiques, comme la peau, la voix ou la masse musculaire, sont autant d’éléments biologiques qui distinguent les hommes des femmes. Ces distinctions préparent à comprendre les différences psychologiques, elles aussi marquées et complémentaires.
Les femmes sont plus intuitives et centrées sur les relations, tandis que les hommes sont plus rationnels et centrés sur l’action. Ces différences ne sont pas de simples constructions sociales. Elles sont biologiquement fondées mais influencées par l’environnement. Le problème survient quand l’un rejette sa nature profonde pour développer l’autre polarité. Ainsi, un homme sensible qui sacrifie sa virilité perd son équilibre. De même, une femme indépendante qui rejette sa vulnérabilité compromet son épanouissement affectif.
La complémentarité homme-femme repose sur deux forces : centrifuge (féminine) et centripète (masculine). La femme se tourne naturellement vers les autres, l’homme se recentre sur lui-même. Sous stress, ces traits s’exacerbent. Cela explique pourquoi les femmes se sentent ignorées et les hommes accablés. Les styles de communication contrastés aggravent l’incompréhension : la femme explore ses pensées à voix haute, l’homme résume sa réflexion par une conclusion directe.
La passion naît de l’attirance entre forces opposées. Chacun projette sur l’autre un aspect refoulé de lui-même. L’homme froid est attiré par la chaleur d’une femme, la femme dominante par un homme doux. Cette alchimie active un processus de réalisation de soi. Mais si chacun essaie de changer l’autre ou se conforme pour être aimé, le désir s’éteint.
L’auteur identifie quatre profils de résistance à l’équilibre :
Le macho (masculinité rigide) ;
La martyre (féminité soumise) ;
L’homme sensible (féminité dominante) ;
La femme indépendante (masculinité dominante).
Chacun projette ses jugements intérieurs sur le partenaire, générant conflits et incompréhension. La reconnaissance de cette dynamique est essentielle pour désamorcer les tensions.
Retrouver l’harmonie passe par l’accueil des deux polarités en soi. L’homme doit développer sa douceur sans renier sa force ; la femme, sa force sans renier sa douceur. Ce travail permet de préserver l’attirance, la complicité et l’amour durable. En somme, respecter les différences, c’est non seulement aimer l’autre tel qu’il est, mais aussi apprendre à s’aimer soi-même.
Chapitre 4 – Les hommes et les femmes n’ont pas la même vision du monde
Les hommes et les femmes perçoivent le monde à travers des formes de conscience différentes : ciblée pour les hommes, large pour les femmes. Les hommes avancent vers un but, séquencent les données, et concentrent leur attention sur un seul problème à la fois. Les femmes, quant à elles, adoptent une vue d’ensemble, perçoivent l’environnement global et naviguent parmi les détails en les reliant à un contexte émotionnel.
Cette divergence se manifeste dans les tâches quotidiennes. Une femme anticipe les besoins à venir, un homme reste focalisé sur l’objectif immédiat. Elle remplit son sac pour parer à toute éventualité ; lui garde l’essentiel sur lui. Au téléphone, elle peut écouter, cuisiner et consoler en même temps ; lui ne supporte pas qu’on le dérange. Elle explore un centre commercial pour le plaisir ; lui y va pour acheter un objet précis.
Sous stress, l’homme se replie, focalise encore davantage et devient émotionnellement absent. La femme, au contraire, s’éparpille, se sent submergée, veut parler. Ce besoin de verbaliser, souvent mal compris, vise simplement à réduire la charge mentale. L’homme croit devoir proposer des solutions alors qu’elle attend une écoute empathique. À l’inverse, lorsqu’il cherche de l’aide, il veut une réponse directe, pas une analyse émotionnelle.
Cette méconnaissance réciproque des attentes entraîne tensions et malentendus. L’homme se sent critiqué, la femme jugée. Pourtant, chacun cherche simplement du soutien. Connaître ces différences, c’est apprendre à mieux aimer, à mieux écouter, à préserver l’équilibre dans la relation.
Les conflits de couple surgissent souvent à cause de malentendus émotionnels. Lorsqu'une femme exprime ses besoins ou critiques, elle l’a déjà fait en interne. L’homme pense qu’elle l’accuse à tort, alors qu’elle a longuement réfléchi à sa propre implication.
En cas de tension, les femmes ont tendance à s’autoaccuser avant d’envisager que l’autre ait une part de responsabilité. Les hommes, eux, blâment d’abord leur entourage. Cette différence de perspective crée un déséquilibre dans la gestion des conflits.
Un homme qui manque d’estime de soi se montre souvent moralisateur. Plus il doute de lui-même, plus il critique les autres. La femme, dans la même situation, retournera plutôt ses reproches contre elle.
Quand une femme fait des remarques, l’homme croit souvent qu’elle ne s’est pas remise en question. En réalité, elle l’a déjà fait avant de parler. Ce décalage de perception empêche l’homme de comprendre la légitimité de ses demandes.
Pour éviter les conflits, il faut apprendre à écouter sans juger. L’homme doit comprendre que l’expression des besoins féminins n’est pas une attaque. La femme, de son côté, gagnera à ne pas interpréter l’accusation masculine comme un verdict définitif.
Chapitre 5 – Comment les hommes et les femmes réagissent-ils au stress ?
Face au stress, les hommes et les femmes réagissent selon des schémas opposés. L’homme tend à prendre du recul, à analyser objectivement la situation, et à chercher des solutions dans l’action ou le changement extérieur. La femme, elle, se tourne vers son monde intérieur, traverse d’abord une vague émotionnelle, puis tente de rétablir son équilibre en modifiant son état d’esprit. Ces deux démarches sont complémentaires, mais sources de malentendus si elles ne sont pas reconnues comme telles.
Un homme stressé peut devenir irritable, critique, voire destructeur s’il perd son objectivité. Il se coupe alors de sa force intérieure, ne parvient plus à se contrôler et laisse éclater une colère souvent démesurée. À l’inverse, une femme peut perdre sa clarté émotionnelle si elle ignore ses ressentis. En se forçant à être rationnelle sans avoir d’abord exploré ses émotions, elle devient exigeante, fermée, voire manipulatrice.
Lorsqu’une dispute éclate, ces différences se heurtent violemment. L’homme, croyant se soulager en parlant avec rudesse, blesse sa compagne qui n’oubliera ni les mots ni la douleur. La femme, en tentant de raisonner ou de critiquer, pousse l’homme à se refermer et à se taire. Chacun agit selon sa logique propre, sans comprendre que l’autre fonctionne autrement.
Sous pression, une femme cherchera d’abord à se transformer intérieurement. Elle tentera d’être plus tolérante, patiente, bienveillante pour apaiser ses tensions. L’homme, de son côté, préférera agir sur les causes extérieures du stress. Il changera de comportement, éliminera les obstacles, ou tentera de maîtriser son environnement pour retrouver son calme.
Quand leurs efforts n’aboutissent pas, chacun risque de basculer dans son « côté obscur ». La femme devient manipulatrice ou accusatrice, l’homme se montre dur ou indifférent. Ces dérives naissent du sentiment d’impuissance : elle n’est pas entendue, il se sent inefficace. Pour éviter ces impasses, il est crucial que chacun puisse exprimer ses besoins dans un climat d’écoute et de respect.
La violence, qu’elle soit physique, verbale ou passive, est souvent le signe d’une douleur non exprimée. Chez l’homme, elle peut naître d’un besoin de vengeance ou d’une incapacité à mettre des mots sur sa souffrance. Chez la femme, elle prend la forme de culpabilisation ou d’auto-dévalorisation, parce qu’elle n’a pas pu partager ses émotions en sécurité.
Pour retrouver l’harmonie, chacun doit apprendre à guérir par l’écoute, la parole et la compassion. L’homme doit reconnaître sa peine et la verbaliser avant qu’elle ne se transforme en colère. La femme doit oser dire sa tristesse sans s’enfermer dans un rôle de victime. C’est par cette reconnaissance des émotions que la paix intérieure – et conjugale – devient possible.
Chapitre 6 – Les symptômes du stress
Les hommes réagissent au stress par le retrait, l’irritabilité ou un repli total sur eux-mêmes. Ces réactions sont souvent mal interprétées par leur compagne, qui les perçoit comme du désamour ou de l’indifférence. En réalité, elles traduisent une stratégie masculine pour gérer l’accablement émotionnel sans s’effondrer.
Le retrait est la première réponse masculine. L’homme cesse de parler, se détache émotionnellement et devient insensible aux besoins de sa partenaire. Celle-ci se sent rejetée alors qu’il tente simplement de reprendre le contrôle en se coupant de ses émotions.
Lorsque la tension persiste, l’homme devient grincheux. Il grogne, oppose une résistance passive à toute demande, mais cette mauvaise humeur cache une volonté de rester centré sur ce qui le préoccupe. Les femmes, capables de passer facilement d’une tâche à l’autre, interprètent mal ce comportement qu’elles jugent injustifié.
En phase de stress aigu, l’homme opère un repli total. Il devient froid et silencieux, non par vengeance ou rejet, mais parce que ses émotions sont trop envahissantes pour être traitées. Comme les femmes se referment par choix, elles perçoivent ce mécanisme masculin comme une punition.
La femme, de son côté, réagit au stress en se sentant dépassée. Son attention se disperse sur une multitude de tâches perçues comme toutes urgentes. Elle donne encore plus qu’à l’accoutumée, néglige ses propres besoins et se retrouve à bout de souffle sans oser demander d’aide.
En s’enlisant, elle peut se montrer excessive, dramatisant des détails et reportant ses tensions sur son compagnon. Ce dernier, croyant à des reproches, se met sur la défensive et s’éloigne, ce qui augmente encore la détresse de sa compagne. Il ne comprend pas que cette intensité émotionnelle est issue d’un cumul de stress.
Finalement, la femme peut craquer et sombrer dans un épuisement nerveux. Elle pleure, se sent impuissante et perd tout espoir. L’homme, désemparé, croit qu’il ne pourra jamais satisfaire sa partenaire, alors qu’il suffirait souvent de prendre en charge quelques tâches simples pour alléger son fardeau.
Les hommes doivent comprendre que leur rôle n’est pas de résoudre les problèmes évoqués par leur compagne, mais de l’écouter avec bienveillance. Des phrases comme « Et quoi d’autre ? » ou « Continue… » l’aident à exprimer son ressenti et à retrouver son équilibre émotionnel.
Les femmes, elles, doivent apprendre à demander de l’aide sans exiger ni culpabiliser leur partenaire. Un homme grogne souvent non par refus, mais parce qu’il a besoin de temps pour quitter ce qui mobilise son attention.
Dans une relation équilibrée, chacun accepte de ne pas toujours être en mesure de soutenir l’autre. L’amour véritable n’exige pas que l’autre comble tous nos besoins, mais qu’il nous accompagne quand nous en faisons la demande, avec respect et liberté.
]]>Résumé de "Pourquoi personne ne m'en a parlé avant ?" de Julie Smith : un ouvrage de psychologie accessible pour mieux comprendre les ressorts du stress, de la déprime et du manque de motivation, notamment, et apprendre à les surmonter pour retrouver énergie, calme et joie de vivre — par l'une des influenceuses "psy" les plus en vue du moment !
De Julie Smith, 2023, 352 pages.
Titre original : Why has nobody told me this before (2022).
Chronique et résumé de "Pourquoi personne ne m'en a parlé avant ?" de Julie Smith
Introduction
Julie Smith était une jeune femme autrefois anxieuse ; aujourd'hui, elle se dit confiante et capable de surmonter les difficultés. Ce changement est-il magique ? Pas du tout ! Il vient de l’apprentissage d’outils simples et accessibles à tous.
Trop de gens ignorent le fonctionnement de leur esprit. Pour y remédier, l’autrice se met à publier des vidéos, sur TikTok notamment, puis se décide à écrire ce livre.
Son but ? Transmettre des compétences essentielles pour mieux vivre. Ces outils, utilisés régulièrement, renforcent la résilience et la conscience de soi. Cet ouvrage est donc comme une boîte à outils, qui vous aidera à affronter la vie avec clarté et force.
Partie 1 - Sur la vie en gris
1 - Comprendre les raisons d'un moral en berne
Julie Smith constate que tout le monde connaît des phases de déprime, mais que beaucoup les cachent par peur du jugement. Les personnes pensent souvent que le bonheur est un trait de personnalité ou que leur mal-être vient uniquement de leur cerveau, ce qui renforce leur sentiment d’impuissance.
Pourtant, l’humeur, comme la température corporelle, est influencée par des facteurs internes et externes. Manque de sommeil, stress ou déshydratation peuvent altérer l’état émotionnel. La psychologue montre qu’en comprenant ces influences, il devient possible d’agir.
Elle explique que pensées, sensations physiques, émotions et comportements sont liés. Ce cercle peut entretenir la déprime, mais aussi aider à en sortir. Il faut donc apprendre à repérer les signes, puis à utiliser des outils concrets pour modifier ses habitudes et ses réactions.
Le livre propose d’adopter une posture d’exploration : observer ce que l’on ressent, penser, faire, et en tirer des enseignements. Ces habiletés sont simples, accessibles, et efficaces, même hors d’une thérapie. Ce sont des leviers puissants pour reprendre la main sur sa santé mentale.
2 - Les pièges à éviter en matière de moral
Julie Smith explique que face à la déprime, beaucoup recherchent un soulagement immédiat : écrans, nourriture, alcool… Ces réactions, bien qu’efficaces à court terme, aggravent l’état émotionnel sur le long terme. Comprendre cette dynamique aide à choisir des stratégies plus saines.
Elle décrit aussi plusieurs biais de pensée qui renforcent la déprime, tels que :
Deviner les pensées d’autrui ;
Surgénéraliser ;
Raisonner avec ses émotions ;
Se fixer des injonctions irréalistes ;
Adopter un raisonnement tout ou rien ;
Etc.
Ces schémas, bien que fréquents, amplifient le mal-être. Il importe de repérer ces biais et de s’y entraîner régulièrement, par l’écriture, la discussion ou la pleine conscience. Il ne s’agit pas de supprimer les pensées, mais d’en prendre conscience et d’envisager d’autres interprétations plus nuancées.
Grâce à cette pratique, chacun peut éviter qu’un simple agacement devienne une journée de morosité. Cela demande de la patience, mais ces outils rendent la vie émotionnelle plus stable et plus libre.
3 - Les mesures utiles
Lorsque la déprime s’installe, les pensées négatives s’imposent comme un masque : elles parasitent la perception et influencent le comportement. Julie Smith montre que se distancier de ces pensées est essentiel. Grâce à la métacognition, chacun peut apprendre à les observer sans s’y identifier.
Ce recul passe par l’attention. Plutôt que lutter contre les pensées, il s’agit de choisir consciemment où diriger son projecteur mental. Trop souvent, l’esprit reste focalisé sur ce que l’on rejette, au lieu de s’orienter vers ce que l’on souhaite. L’attention, bien utilisée, redonne un cap.
Les pensées ruminées à répétition alimentent la spirale dépressive. Plus elles sont récurrentes, plus elles s’ancrent. Pour y remédier, des actions simples, comme bouger, changer de posture ou se poser la question suivante permet de rompre le cycle :
« Que ferait mon moi en forme ? »
Le lien humain aide aussi à sortir de cette boucle mentale. Un ami ou un thérapeute offre un miroir extérieur, recentre et éclaire. Parler, c’est déjà transformer la pensée.
La pleine conscience aide également à développer ce recul. Elle s’exerce comme un muscle : méditation guidée, observation sans jugement, recentrage volontaire. Plus on la pratique, plus on apprend à choisir comment réagir aux émotions et pensées.
Enfin, la gratitude renforce l’attention positive. Noter chaque jour trois éléments plaisants, même infimes, habitue l’esprit à chercher ce qui apaise. Cette pratique quotidienne renforce la stabilité émotionnelle et le sentiment de bien-être.
4 - Rendre les mauvais jours meilleurs
Lorsque la déprime s’installe, prendre une décision simple peut devenir épuisant. Le cerveau pousse vers des choix qui soulagent à court terme mais aggravent l’état général. Julie Smith recommande de viser des bonnes décisions, pas parfaites. Même minimes, elles créent un mouvement salutaire.
Plutôt que d’agir selon son humeur, il est utile de s’ancrer dans ses valeurs personnelles. Se demander ce qui est important pour sa santé mentale aide à agir avec cohérence. Il suffit parfois d’un petit pas répété chaque jour pour construire un changement durable.
La déprime amplifie souvent l’autocritique. On se juge durement, sans appliquer la compassion qu’on aurait pour un proche. L’autocompassion n’est pas de la complaisance, mais une posture honnête et encourageante, semblable à celle d’un bon coach.
Se demander comment on aimerait se sentir permet de ne plus seulement fuir la souffrance mais de choisir une direction. En remplissant un schéma basé sur les bons jours, on identifie les comportements et pensées à cultiver pour s’en rapprocher.
Enfin, imaginer un miracle où les problèmes disparaissent révèle ce qui compte vraiment. Ces indices éclairent les premiers petits gestes à poser au quotidien. Même si les difficultés persistent, il est possible d’avancer vers plus de clarté, d’équilibre et de sens.
5 - Maîtriser l'essentiel
Quand la santé mentale vacille, on néglige souvent les fondamentaux :
Sommeil ;
Alimentation ;
Exercice ;
Routine ;
Lien social.
Julie Smith les compare à des défenseurs dans une équipe : discrets mais décisifs. Sans eux, même une bonne attaque ne tient pas !
L’exercice physique agit comme antidépresseur naturel. Il augmente la dopamine, améliore l’humeur et favorise la résilience. Il n’a pas besoin d’être intense : une marche, une danse ou du yoga suffisent. L’essentiel est de commencer petit, avec plaisir, et de répéter.
Le sommeil régule l’humeur et renforce la capacité à faire face. Créer des conditions propices à l’endormissement – lumière naturelle le matin, calme le soir, apaisement mental – favorise un repos de qualité. Le sommeil ne se force pas : il se prépare.
L’alimentation influence directement le moral. Pas besoin d’un régime parfait, mais privilégier les aliments simples, complets et non transformés. Une amélioration progressive des choix alimentaires suffit à soutenir durablement l’équilibre émotionnel.
Une routine quotidienne prévisible stabilise l’esprit. Même minimes, des habitudes ancrées rétablissent un rythme et évitent les dérives. Elle permet aussi de se recentrer dès que l’on s’en éloigne, comme un point d’ancrage régulier.
Enfin, les relations humaines jouent un rôle clé dans la résilience. Même sans parler, être entouré apaise. Aller vers les autres avant d’en ressentir l’envie brise le cercle de l’isolement. Le lien, même simple, restaure un sentiment de sécurité intérieure.
]]>Résumé de "Apprendre l'optimisme. Le pouvoir de la confiance en soi et en la vie" de Martin Seligman : le père de la psychologie positive révèle ici tous les secrets d'une vie épanouie et joyeuse — un ouvrage classique rempli de références scientifiques et de ressources pratiques pour vous aider à transformer la perception que vous avez de votre propre existence.
Par Martin Seligman, 2008, 378 pages.
Titre original : Learned Optimism (1990).
Chronique et résumé de "Apprendre l'optimisme. Le pouvoir de la confiance en soi et en la vie" de Martin Seligman
Partie I. En route vers une vision de la vie : qui frappe à votre porte ? Ami ou ennemi ? Une prise de conscience
1 — Tout va bien ! Rien ne va plus ! Une question de regard sur la vie ?
Un père observe sa fille endormie dans son berceau et s’inquiète de son manque de réaction aux bruits. Il pense qu’elle est sourde. La mère lui explique que l’enfant est encore en train de se développer. Le pédiatre finit par rassurer le père après un test. Que se passe-t-il ?
Ce récit montre deux attitudes différentes face aux difficultés. Le père imagine toujours le pire et se laisse envahir par la peur. La mère, quant à elle, reste sereine et voit les événements comme temporaires. Chacun réagit selon son style de pensée (appelé aussi "mode d'explication").
Les études scientifiques citées dans l'ouvrage démontrent que les pessimistes se découragent rapidement. Ils voient l’échec comme définitif et se blâment eux-mêmes. Les optimistes, pour leur part, considèrent les revers comme passagers. Ils réussissent mieux à l’école, au travail et dans leur vie sociale.
La psychologie moderne explique ces différences par le contrôle personnel. Les pessimistes se sentent impuissants et s’enferment dans leur malheur. Les optimistes, en revanche, se sentent capables d’agir et de changer les choses. Ce contrôle personnel joue un rôle crucial dans la réussite et la santé.
Martin Seligman remet en question les théories traditionnelles de la dépression. La dépression est ici conçue non pas comme une fatalité, mais comme le résultat d’interprétations négatives des événements. Grâce à cet ouvrage, vous allez découvrir qu’il est possible d’apprendre à penser autrement.
En fait, des compétences cognitives permettent de transformer la douleur en énergie positive. C'est la "science de l’optimisme" proposée par le célèbre psychologue. Celle-ci montre que chacun peut changer son mode de pensée. Les pessimistes peuvent apprendre à modifier leur manière d’interpréter les échecs. Ils peuvent ainsi réduire leur sentiment d’impuissance et améliorer leur bien-être.
2 — Se sentir impuissant, un sentiment qui n'est pas rare
À 13 ans, Martin Seligman comprend qu’un séjour chez son ami Jeffrey signifie un problème sérieux à la maison. Cette fois, son père, d’ordinaire solide et stable, semble troublé. Il s’effondre peu après, victime de plusieurs AVC, et devient physiquement et émotionnellement dépendant. Ce choc marque Seligman à vie.
Adolescent, il s’intéresse à Freud, séduit d’abord par la justesse apparente de ses interprétations. Mais avec le temps, il rejette ses méthodes et se tourne vers la psychologie expérimentale. À 21 ans, il rejoint le laboratoire de Richard Solomon, où il assiste à une scène inattendue : des chiens, incapables d’échapper à une décharge, finissent par abandonner, même lorsqu’une issue s’offre à eux.
Seligman comprend que ces chiens ont appris à être impuissants. Ce sera le point de départ de sa théorie de la learned helplessness (impuissance acquise). Avec Steven Maier, il conçoit des expériences prouvant que, lorsqu’un animal comprend qu’aucune action ne peut soulager sa souffrance, il cesse d’agir.
Ce constat remet en question le dogme du behaviorisme, qui exclut la pensée des causes du comportement. Seligman et Maier montrent que les attentes et croyances jouent un rôle décisif.
Ils découvrent aussi que cette impuissance peut être prévenue ou guérie. Chez l’humain, les expériences de Donald Hiroto le confirment : certaines personnes résistent à l’impuissance. Ce pouvoir d’agir face aux épreuves n’est pas inné, il peut s’apprendre. Pour le psychologue, cette découverte ouvre un espoir immense contre la dépression.
3 — Comment affrontez-vous la vie et ses vicissitudes ? Comment expliquez-vous ce qui vous arrive ?
En 1975, Martin Seligman présente sa théorie de l’impuissance apprise devant les plus grands chercheurs d’Oxford. Mais à la fin de sa conférence, un certain John Teasdale le met au défi : pourquoi certaines personnes deviennent-elles impuissantes et d’autres pas, même face aux mêmes épreuves ? Cette critique bouscule Seligman, qui décide de retravailler sa théorie.
Avec Teasdale, puis avec les chercheuses Lyn Abramson et Judy Garber, il élabore un concept clé : le style explicatif. Ce style correspond à la manière dont chacun interprète les causes des échecs et des réussites.
Trois dimensions le composent :
La permanence (est-ce que le problème durera ?) ;
La globalité (touche-t-il tous les aspects de ma vie ?) ;
La personnalisation (est-ce ma faute ou celle de facteurs extérieurs ?).
Les personnes optimistes pensent que les échecs sont temporaires, limités à un domaine précis, et ne remettent pas en cause leur valeur personnelle. À l’inverse, les pessimistes voient les problèmes comme durables, globaux et causés par leurs propres faiblesses. Ces croyances influencent profondément la santé mentale, la réussite et même l’immunité.
Seligman conçoit alors un test sur l'optimisme permettant de déterminer le style explicatif d’une personne. Les résultats révèlent à quel point l’individu est susceptible de développer un état de découragement, voire de dépression.
Bonne nouvelle 1 : ce style n’est pas figé. Grâce à certaines techniques, il est possible de transformer une vision pessimiste du monde en une perspective plus souple et pleine d’espoir.
Bonne nouvelle 2 : Vous pouvez réaliser ce test dans l'ouvrage (voir pages 49-57) !
4 — Degré de pessimisme, mélancolie et dépression
La dépression, selon Martin Seligman, est une version amplifiée du pessimisme. Étudier ses mécanismes permet de mieux comprendre les pensées négatives qui nous traversent lors d’un échec. Il distingue trois formes : la dépression normale (temporaire et courante), la dépression unipolaire (sans phase maniaque) et la dépression bipolaire (avec épisodes maniaques). Si cette dernière est clairement biologique et traitée par médicament, la majorité des cas unipolaires trouvent leur origine dans des problèmes de vie et une manière pessimiste de penser.
À travers de nombreuses études, Seligman montre que la dépression partage huit des neuf symptômes de l’impuissance apprise, dont :
Perte d’énergie ;
Repli ;
Troubles du sommeil ;
Manque d’intérêt ;
Pensées négatives ;
Etc.
Chez les humains comme chez les animaux, les individus exposés à des situations qu’ils ne peuvent pas contrôler cessent progressivement d’agir. Cette passivité se prolonge, même lorsque de nouvelles opportunités apparaissent.
Les chiffres sont alarmants. Deux grandes enquêtes ont révélé qu’au fil du siècle, les cas de dépression sévère ont été multipliés par dix, notamment chez les jeunes adultes. Et les premières dépressions frappent aujourd’hui dix ans plus tôt qu’avant.
La cause ? Seligman avance que notre manière d’expliquer les échecs joue un rôle déterminant. Si l’on pense que nos actions sont vaines, on se condamne à l’impuissance. À l’inverse, ceux qui croient que leurs efforts peuvent changer les choses restent actifs. Cette idée ouvre une piste précieuse : en changeant notre style explicatif, on peut apprendre à résister à la dépression.
5 — Ce que je pense, je le ressens
Dans les années 1980, la compréhension et le traitement de la dépression évoluent radicalement grâce à deux pionniers : Albert Ellis et Aaron Beck. Ils montrent que la dépression n’est pas un trouble mystérieux, mais le fruit de pensées négatives conscientes et répétées. Leur approche, connue sous le nom de thérapie cognitive, repose sur un postulat simple : changer la manière dont on explique ses échecs permet de sortir de la dépression.
Selon Martin Seligman, la combinaison d’un style explicatif pessimiste (causes internes, permanentes et globales) et de la rumination (rejouer sans cesse les pensées négatives) est le terreau de la dépression. À l’inverse, les optimistes ou les personnes orientées vers l’action résistent mieux aux coups durs.
La thérapie cognitive aide les patients à identifier leurs pensées automatiques, les remettre en question, les remplacer par des pensées plus nuancées, et à interrompre la rumination. Contrairement aux antidépresseurs, qui soulagent temporairement, cette méthode permet une transformation durable du mode de pensée, réduisant les risques de rechute.
"Après un échec, chacun éprouve des sentiments passagers d'impuissance. On sombre dans la tristesse, l'énergie physique fait défaut, l'avenir est sombre et fournir le moindre effort présente des difficultés insurmontables. Certains récupèrent presque immédiatement et voient tous leurs symptômes d'impuissance acquise se dissiper en l'espace de quelques heures. D'autres, au contraire, restent dans un état d'impuissance pendant des semaines ou, si l'échec est grave, des mois, voire plus longtemps." (Apprendre l'optimisme, Chapitre 5)
Des études confirment que le pessimisme précède et prédit la dépression, y compris chez les enfants. L’épidémie actuelle touche particulièrement les femmes, en partie parce qu’elles ont tendance à ruminer davantage que les hommes.
Seligman conclut que, tout comme on peut changer son corps, on peut rééduquer son esprit. La dépression n’est pas une fatalité, et la clé du changement repose sur la capacité à modifier notre dialogue intérieur.
]]>Résumé de "Petit manuel de philosophie à l'intention des grands émotifs" de Llaria Gaspari : un livre accueillant et attachant pour comprendre quelles sont nos émotions, qui nous sommes et mieux agir au quotidien en acceptant nos sentiments et toutes ces bizarreries qui font que nous sommes tous humains.
Par Llaria Gaspari, 2023, 243 pages.
Titre original : Vita segreta delle emozioni (2021).
Chronique et résumé de "Petit manuel de philosophie à l'intention des grands émotifs" de Llaria Gaspari
Qui est Llaria Gaspari ?
Llaria Gaspari est une philosophe et écrivaine italienne, née en 1986 à Milan. Après avoir étudié la philosophie à l’École normale supérieure de Pise, elle poursuit ses recherches à l’Université Panthéon-Sorbonne de Paris, où elle se spécialise dans l’étude des passions et de la pensée du XVIᵉ siècle. Cette formation académique rigoureuse se retrouve dans son œuvre, qui mêle habilement réflexion philosophique et exploration des émotions humaines.
Son premier roman, Etica dell'acquario (2015), marque l’entrée de Llaria Gaspari dans le monde littéraire. Ce livre allie philosophie et intrigue policière, une combinaison originale qui interroge les rapports entre éthique et comportement humain. Elle enchaîne avec Lezioni di felicità (2019), une œuvre où elle aborde la quête du bonheur avec une perspective humoristique et une analyse philosophique fine, tout en plaçant l’humain au cœur de ses réflexions. En 2021, dans Vita segreta delle emozioni, elle s’intéresse davantage aux émotions, leur influence sur nos vies et comment elles façonnent notre existence.
Loin d'être une simple réflexion académique, son écriture se veut accessible à tous, cherchant à établir un lien entre la philosophie et les préoccupations quotidiennes. Son dernier ouvrage, Petit manuel philosophique à l'intention des grands émotifs (2022), traduit parfaitement cette démarche. Elle y explore les subtilités des émotions humaines et offre des clés pour comprendre et apprivoiser ses propres sentiments dans un monde de plus en plus complexe.
Aujourd'hui, Llaria Gaspari divise son temps entre Rome et Paris, où elle enseigne la philosophie et l'écriture créative, tout en continuant à publier des ouvrages qui interpellent et nourrissent la réflexion des lecteurs modernes.
Nostalgie - L'émotion au passé morbide
"Le passé est une terre étrangère : on y fait les choses autrement qu’ici." (Leslie P. Hartley, citée dans Petit manuel philosophique à l'intention des grands émotifs)
Le terme "nostalgie" trouve son origine dans un contexte médical. Johannes Hofer, un médecin alsacien, l'utilise pour décrire une pathologie chez des jeunes soldats suisses qui, après avoir quitté leur patrie, développent une tristesse liée à leur éloignement. La nostalgie, un désir ardent de retour chez soi, est différente du simple mal du pays. Le terme implique un désir inaccessibile, un souhait de retour dénué de possibilité, une souffrance émotionnelle liée à l'impossibilité de revenir.
L'autrice évoque une période de sa jeunesse lorsqu'elle se rend en Allemagne pour poursuivre ses études. Au début de son séjour, elle fait l'expérience de la solitude ; un mois passé sans interaction, où seule la compagnie d'un étudiant coréen lui permet de sortir de l'isolement. Ce mois d'attente, au milieu de paysages monotones et d'un quotidien ennuyeux, fait naître en elle un fort désir de retour, un besoin désespéré de retrouver sa maison et ses proches. Cet appel du passé est pour elle une forme de nostalgie, qu'elle décrit comme une émotion déchirante et réconfortante à la fois.
Malgré ses difficultés initiales, Llaria Gaspari finit par s'adapter à la vie allemande, par apprendre la langue et par trouver une forme de bonheur. Cependant, l'ombre de cette nostalgie, liée au désir de retourner chez elle, ne la quitte jamais complètement. Elle se souvient de ses soirées solitaires, pleurant sur la mer et la distance. Ces moments d'isolement sont devenus pour elle une référence de la nostalgie pure, une souffrance qui rend tout souvenir encore plus précieux.
Llaria Gaspari établit un lien entre la nostalgie et les mythes antiques, en particulier celui d'Ulysse, dont le désir de retourner chez lui, à Ithaque, est une figure de la nostalgie par excellence. Même sur une île enchantée, entouré de confort et d'immortalité avec la nymphe Calypso, Ulysse ressent une douleur profonde, un besoin irrésistible de revenir à sa terre natale. Cette idée de la nostalgie comme une quête impossible mais nécessaire pour l'intégrité humaine est au cœur de la réflexion sur cette émotion.
La nostalgie est une maladie à la fois moderne et ancienne. Elle existe depuis longtemps et a été explorée par des écrivains et des philosophes à travers l'histoire. Elle peut être une souffrance intime, incommunicable, car chacun la vit différemment.
Regret et remords, ou : j'avoue que j'ai vécu
Llaria Gaspari évoque ensuite son trouble neurologique, l’amusie, qui l'empêche de pleinement ressentir la musique. Ce handicap influence son lien avec les mots et la poésie. Son désir de comprendre la musique se heurte à cette incapacité de saisir et de mémoriser les mélodies.
Elle raconte aussi un souvenir d'enfance où, à 9 ans, elle apprend un poème de Giuseppe Ungaretti sur Mohammed Scheab, un jeune homme solitaire et apatride. Ce poème, qu'elle mémorise, évoque des thèmes de solitude, de regret et de perte, des émotions qu'elle commence à comprendre avec le temps.
Le regret, selon la philosophe, est une émotion liée à la prise de conscience du temps qui passe et des occasions perdues. Il diffère de la nostalgie, qui est associée à la perte de lieux, tandis que le regret concerne les choix manqués et les erreurs commises.
Pour ressentir le regret pleinement, il faut avoir vécu et avoir perdu, car cette émotion naît de la confrontation avec des décisions non prises et les conséquences des choix passés. Le regret, contrairement au remords, est lié à l'acceptation de la perte, alors que le remords reflète la volonté de réparer une faute.
Llaria Gaspari explique comment le regret se transforme à mesure qu'on vieillit, et comment la jeunesse, protégée par son insouciance, ignore cette douleur. Elle raconte une expérience personnelle d'enfance où elle pleure dans le confessionnal, mais sans encore éprouver de remords, ce qui lui semble étrange aujourd'hui.
Elle illustre son propos avec l'exemple de son dernier amour perdu, où le regret de ce qui n'a pas été vécu émerge. Llaria Gaspari reconnaît que la vie implique des choix qui se font au détriment d'autres possibles, et que le regret est une conséquence inévitable de ce processus.
Elle conclut en expliquant que la littérature, la philosophie et l'humanisme trouvent leur origine dans cette recherche de sens autour des émotions humaines universelles, telles que le regret et le remords. Ces émotions, bien que profondément intimes et solitaires, révèlent notre humanité partagée.
L'angoisse est une question
"L’homme ne sait pas se mesurer ; ses miroirs sont déformants ; Ses Arcadies les plus vertes pullulent de spectres, Ses utopies cherchent la jeunesse éternelle, Ou l’autodestruction." (H. W. Auden, cité dans Petit manuel philosophique à destination des grands émotifs)
Dans ce chapitre, Llaria Gaspari partage son expérience de l’angoisse, un trouble qu’elle vit depuis l’enfance et qui a profondément affecté sa vie, notamment son incapacité à passer l'examen du permis de conduire malgré plusieurs tentatives.
L’angoisse, pour elle, est un compagnon constant, et cette émotion s'est manifestée dès ses cinq ans sous la forme d’une douleur thoracique inexpliquée. Ce premier épisode marquera le début d’une relation intime et conflictuelle avec l’angoisse. L'autrice admet que cette émotion, bien qu'incommodante, lui a aussi permis de faire face à des situations difficiles.
Elle décrit comment l’angoisse se traduit physiquement par des symptômes comme la sensation d’étouffement et une peur intense sans objet précis. L’angoisse est différente de la peur, qui est une réaction immédiate à un danger réel. L’angoisse, elle, est diffuse, constante et envahit l’esprit, devenant un fardeau invisible que l’on porte constamment, tout en étant difficile à comprendre pour ceux qui ne la vivent pas.
Cette réalité est partagée par les héros tragiques comme Électre, qui, dans la tragédie de Sophocle, incarne parfaitement le poids de l’angoisse par ses lamentations incessantes et ses tourments intérieurs.
L'écrivaine fait également référence à d'autres symptômes tels que l’insomnie et les palpitations. Elle relie l’angoisse à un conflit intérieur. Le chœur d’Électre, par ses reproches, rappelle l’incompréhension sociale face à l’angoisse, une émotion qui reste souvent invisible et incomprise.
Llaria Gaspari continue en explorant les racines historiques de l'angoisse. Les anciens pensaient déjà que l’anxiété était liée à un excès d’imagination ou de mélancolie. À travers les siècles, l’angoisse a été traitée de différentes manières, depuis les remèdes antiques comme l’opium et la mandragore, jusqu'aux découvertes modernes en psychiatrie.
Freud, qui a reconnu l’angoisse comme un symptôme lié à des conflits inconscients, a souligné l’importance de comprendre et d’accepter ces émotions pour mieux les traiter. L’autrice lui rend hommage en soulignant que l’angoisse, bien que difficile à vivre, a aussi joué un rôle catalyseur dans sa vie, la poussant à écrire et à se confronter à ses propres peurs.
Elle finit par réfléchir à la manière dont la société moderne traite l’angoisse, souvent en cherchant à la supprimer plutôt qu’à l’écouter. Selon elle, il est crucial de prendre au sérieux cette émotion et de comprendre ce qu’elle cherche à nous dire. Il est capital, notamment, d'accepter notre propre imperfection et d’écouter notre anxiété pour mieux la comprendre, plutôt que de chercher immédiatement à la neutraliser.
Pour Llaria Gaspari, la véritable guérison passe par l'acceptation de cette émotion, en la transformant en un moyen de grandir et de mieux comprendre le monde. L'écriture devient ainsi un moyen d’exorciser l’angoisse, de lui donner une forme et une voix, pour mieux coexister avec elle et se réinventer.
Compassion, ou : se découvrir humains
La philosophe explore maintenant l'expérience de la compassion. C'est une émotion complexe qui n'est pas nécessairement altruiste. Pour illustrer sa pensée, elle raconte une nouvelle expérience personnelle vécue en 2016 lors d'un tremblement de terre en Italie, après lequel elle décide de donner son sang en signe de solidarité, alors que la vue du sang la bouleverse profondément.
Cette action est motivée par la proximité d’une tragédie, mais elle commence à se demander si son geste était vraiment empreint de compassion ou si c’était simplement une manière de se sentir impliquée sans comprendre véritablement la souffrance des autres…
Llaria Gaspari revient sur l’étymologie du mot "compassion", qui signifie "souffrir avec". Elle note que la souffrance semble plus facilement partagée que la joie, et se demande si cet acte d'ajouter sa propre douleur à celle d'autrui permet vraiment d’alléger la souffrance ou s'il s'agit plutôt d'une appropriation narcissique de la douleur d’un autre.
Cette réflexion la mène à une analyse plus profonde sur la nature de la compassion. Selon elle, celle-ci peut être une émotion égoïste qui cherche à se libérer de l'angoisse personnelle en projetant cette souffrance sur autrui.
L’autrice évoque aussi le philosophe Voltaire, qui, après le tremblement de terre de Lisbonne, critique l'optimisme théologique en questionnant la bonté d’un monde où de telles tragédies se produisent. Elle mentionne également Lucrèce, qui compare la compassion à l'observation d'un naufrage, soulignant combien il est facile de contempler la souffrance d’autrui sans y participer activement. La compassion, dans ce sens, est une réaction complexe et parfois paradoxale, entre détachement et implication.
Mais un tournant dans sa pensée se produit lorsqu'elle rencontre une jeune femme pendant un atelier d’écriture. Celle-ci garde une paire de chaussures qu'elle a portées lors de l'événement tragique. Cette image de la souffrance vécue en première personne la touche profondément. C'est à ce moment qu'elle ressent véritablement de la compassion, non comme un acte superflu ou égoïste, mais comme une reconnaissance sincère de la douleur de l'autre.
Elle conclut que la compassion, bien qu’elle ait des aspects difficiles et parfois égoïstes, est un moyen de reconnaître notre vulnérabilité commune. Elle cite Spinoza et d'autres philosophes pour montrer que cette émotion, loin d'être pure, est liée à la conscience de notre propre fragilité humaine, et qu’elle peut nous rapprocher de l’autre, dans un geste de solidarité véritable.
Antipathie, l'émotion inconfessable
"Nos expériences nous marquent ; nos antipathies nous précèdent." (Leo Longanesi, cité dans Petit manuel philosophique à l'intention des grands émotifs)
La notion d'antipathie est comparée à la façon dont les chiens interagissent entre eux. Lors de ses promenades avec son chien, elle observe comment les chiens se rencontrent, se reniflent et déterminent instantanément s'ils s'apprécient ou se détestent, sans aucune ambiguïté.
Ces rencontres canines, simples et directes, contrastent avec la complexité des relations humaines où l'antipathie, souvent perçue comme un défaut, est difficile à accepter. Elle souligne qu'en tant qu'humains, nous devons composer avec des émotions plus nuancées, comme la culpabilité, lorsque nous ressentons de l'antipathie envers quelqu'un, et que cette émotion est difficile à accepter ou à justifier.
L'autrice confesse qu'elle éprouve de l'antipathie envers certaines personnes, souvent dès la première rencontre, et qu'elle se sent coupable de ces jugements instantanés. Plutôt que de simplement accepter cette antipathie, elle tente de la réprimer en compensant par une gentillesse excessive, ce qui entraîne des déceptions.
Mais elle remarque que l'antipathie, lorsqu'elle est ignorée ou réprimée, peut devenir plus forte et contre-productive. Elle en vient alors à la conclusion qu'il est plus sain de reconnaître et d'accepter l'antipathie, sans chercher à la justifier ni à la réprimer. L'autrice plaide pour un rapport plus conscient avec cette émotion : il faut prendre le temps de comprendre pourquoi certaines personnes provoquent en nous de l'antipathie, sans chercher à se convaincre que c'est injustifié.
Elle s'appuie sur les travaux de Spinoza, qui affirme que les émotions ne se soumettent pas à la raison, et explique que l'antipathie est une émotion "naturelle", immédiate et instinctive. Llaria Gaspari cite également l'Encyclopédie, où d'Alembert parle de l'antipathie comme d'une "inimitié naturelle" et mentionne des exemples d'animaux ou de phénomènes naturels, comme l'aversion instinctive entre certains animaux.
Elle souligne que l'antipathie est souvent inévitable et qu'elle peut être projetée sur tout et tout le monde, indépendamment des actions ou comportements de l'autre.
L'autrice conclut que l'antipathie n'est pas nécessairement négative et peut être un moteur pour la fiction. Elle évoque la littérature, qui nous permet de vivre les antipathies sans conséquences sociales, en nous offrant une catharsis. Les personnages de romans, même antipathiques, sont une invitation à accepter cette émotion et à comprendre nos propres défauts humains.
Enfin, elle suggère que l'antipathie, loin de signifier un échec, peut nous enseigner à mieux comprendre la nature humaine et à accepter nos propres faiblesses sans chercher à les cacher. Accepter la possibilité de paraître antipathique est, selon elle, un signe de maturité, et elle l'attribue en partie à son expérience de l'écriture et de la littérature.
Colère funeste ou colère importune ?
Llaria Gaspari rappelle la célèbre colère d'Achille dans L'Iliade. Elle commence par la description de la colère comme premier mot de la littérature grecque, soulignant son rôle central dans le récit homérique. Achille, le héros de l’Iliade, incarne une colère primordiale qui se déclenche lorsqu’Agamemnon lui prend Briséis, son trésor de guerre et esclave préférée. Cette colère, démesurée et obstinée, refuse de se laisser dompter par la raison.
Pour Achille, sa rage est justifiée par l’honneur personnel. Il refuse de reprendre les armes, peu importe les conséquences. Cette « colère juste » relève d’une société antique fondée sur la honte, où l’honneur se gagne et se défend publiquement, à travers la reconnaissance des autres, et non par la culpabilité intérieure qui caractérise nos sociétés modernes.
L’autrice compare la colère d’Achille à d’autres exemples dans la littérature et la culture. Par exemple l'Ajax de Sophocle, qui incarne une rage incontrôlable et irrationnelle. Ajax, privé des armes d’Achille, sombre dans la folie et massacre un troupeau de brebis, croyant tuer ses ennemis. Sa colère le conduit à un acte irrationnel et grotesque, illustrant le côté destructeur de celle-ci quand elle se tourne en folie. Ce thème apparaît également dans la Bible, où même Dieu, dans l'Ancien Testament, est pris de colère.
L'expression moderne de la colère est différente. Freud, par exemple, analyse la colère à travers la statue de Moïse de Michel-Ange, soulignant l'effort intérieur de maîtriser cette émotion. Ce contrôle de soi est vu comme un combat pour ne pas laisser exploser la rage. C'est d'ailleurs un thème qui résonne dans la réflexion de Sénèque sur la colère et la manière de la réprimer dans sa philosophie stoïque.
En parallèle, l’autrice relate ses propres expériences de colère, montrant comment elle peine à l’exprimer de manière appropriée. Elle compare sa propre incapacité à se mettre en colère avec l’expérience d’Achille, soulignant sa difficulté à faire valoir ses droits et à se défendre face à l’injustice.
Elle décrit des situations où sa colère aurait été justifiée, comme face à des agressions sexuelles ou des comportements inappropriés, mais où elle a préféré la réprimer. Cela montre une difficulté profonde à accepter l’expression de la colère, souvent liée à la honte et à la peur du jugement social. Elle évoque un événement où, en défendant une amie accusée à tort, elle a finalement manifesté sa rage, mais de manière maladroite.
Llaria Gaspari conclut en se demandant si elle pourra un jour pleinement s'autoriser à exprimer sa colère. Elle reconnaît que sa tendance à réprimer cette émotion se fait au détriment de son bien-être. Elle se questionne sur sa propre incapacité à s'emporter et considère qu'elle est liée à un manque de confiance en elle et à une peur intérieure. Elle ajoute que la société réprime généralement davantage la colère des femmes que celle des hommes.
Envie : l'œil et le mauvais œil
L'écrivaine évoque son enfance, qui était marquée par une peur étrange et irrationnelle de l'envie, qu'elle associait à un malheur imminent. Aujourd'hui, elle note que cette crainte reproduisait l'histoire d'Andromède, enchaînée à un rocher par les dieux, après que sa mère se soit vantée de sa beauté.
De même, Llaria Gaspari, enfant, croyait que les compliments pouvaient attirer l'envie divine et avait créé une sorte de superstition autour de cette émotion. Sa peur de l'envie se manifestait par une réticence à accepter les compliments, qu'elle percevait comme une menace.
Bien qu'elle soit consciente de son propre comportement névrosé et superstitieux, elle explique que l'envie est souvent liée à un désir de nuire à autrui pour des raisons personnelles et inconscientes. Ce regard porté sur l'autre, parfois déguisé en admiration, doit être considéré avec méfiance. Dans La Belle au bois dormant, par exemple, la faute des parents de la princesse, qui négligent d'inviter la méchante fée, leur coûte cher.
Le mot envie provient du latin "invidere", signifiant "regarder avec animosité". Ce regard, rempli de désir et de haine, est comparé à une forme de magie, qui a le pouvoir de détruire par l'acte d'observer. D'ailleurs, ce concept se retrouve dans de nombreuses cultures sous la forme du "mauvais œil".
Elle souligne également que l'envie est l'opposée de la félicité : alors que la félicité est fertile, expansive et bienveillante, l'envie est asséchante et destructrice. Elle crée une souffrance gratuite chez l'envieux, qui se compare constamment aux autres et se voit comme une victime injustement exclue de certains privilèges. En outre, cette souffrance est inutile, car même si l'envieux obtenait ce qu'il désirait, il resterait insatisfait, pris dans un cycle d'auto-dénigrement et de ressentiment.
Mais quel est son propre rapport à l'envie ? Elle se souvient de son enfance, où elle se sentait différente, exclue des jeux et des plaisirs de ses camarades en raison de la manière dont elle avait été éduquée. Elle décrit un paradoxe dans sa vie : bien qu'elle ait été épargnée de nombreux désirs matérialistes, une part d'elle-même était secrètement envieuse.
Cette dualité, entre son orgueil et ses désirs réprimés, l'a conduite à ne pas comprendre l'envie chez les autres, mais aussi à rejeter l'idée de l'éprouver elle-même. C'est seulement en rencontrant les écrits de Melanie Klein, psychanalyste qui a étudié l'envie chez les enfants, qu'elle a pris conscience de l'aspect humain et universel de l'envie.
Klein explique que l'envie n'est pas un péché ou une défaillance, mais une émotion naturelle. Cette reconnaissance de l'envie comme une partie intégrante de l'expérience humaine permet à Llaria Gaspari de comprendre que l'envie est partagée par tous, y compris par ceux qui la refoulent ou la projettent. En grandissant, elle a appris que l'envie ne venait pas seulement de la comparaison, mais aussi du manque de confiance en soi, un aspect qui, paradoxalement, alimentait cette émotion.
Jalousie, paradoxe et supplice
"La mémoire est la tourmenteuse des jaloux." (Victor Hugo, cité dans Petit manuel philosophique à l'intention des grands émotifs)
Llaria Gaspari admet d’abord qu’elle a menti pendant des années en niant sa jalousie. Cette émotion, qu’elle réprouvait profondément, est pourtant au cœur de son récit. Lors d’une interview, elle évoque un souvenir d’enfance marquant : un caprice lié à sa fourrure rose, symbole de son désir d’être aimée et de son besoin de se faire remarquer.
Ce souvenir révèle un moment où elle a cherché à imposer sa volonté contre l’ordre des adultes, un comportement enfantin dicté par un orgueil démesuré, mais aussi par l’émotion de la jalousie, née du changement dans sa vie après la naissance de sa sœur.
Elle remarque que ce souvenir de la fourrure rose symbolise un sentiment de jalousie, un besoin d’attirer l’attention dans un contexte où l’autonomie et l’amour étaient désormais partagés avec sa sœur. Ce caprice, bien que comique et anodin, est perçu par l'autrice comme une réaction jalouse face à l’arrivée d'un rival, une forme de possession infantile et possessive.
La souffrance du jaloux est liée à une idée de l’insécurité et de l’incertitude quant à l’amour de l’autre. Elle cite le personnage d’Othello, dont la jalousie, exacerbée par les manipulations de Lago, le conduit à tuer sa femme, Desdémone, malgré son amour sincère. La jalousie, en effet, fait naître des doutes constants et des souffrances profondes, alimentées par des soupçons et des failles émotionnelles.
Cette émotion est souvent exacerbée par l’idée de la perte d’affection, ainsi que par la peur de l’abandon. Elle est alimentée par des fantasmes et des peurs irrationnelles.
Llaria Gaspari évoque aussi la "jalousie rétrospective", une forme de jalousie basée sur des spéculations sur le passé amoureux, nourrie par des doutes et des inquiétudes sans fondement concret.
Le philosophe Spinoza affirme que la vertu elle-même est une forme de béatitude, et que la véritable récompense ne réside pas dans l’attente d’une validation extérieure, mais dans l’acceptation des émotions humaines, y compris la jalousie.
La clé pour surmonter cette émotion est donc de la reconnaître, d’accepter nos faiblesses et de se tourner vers la gratitude et l’émerveillement, afin de s’ouvrir à une vie plus pleine et moins dominée par les passions négatives. La jalousie, comme d’autres émotions, est humaine et inévitable, mais elle ne doit pas définir notre relation à soi et aux autres.
Émerveillement, ici naît la philosophie
Llaria Gaspari se questionne sur l'impact de la technologie : amenuise-t-elle notre capacité à éprouver de l'émerveillement ? En grandissant dans les années 90, elle a vécu une époque où la communication était marquée par des surprises, comme les appels téléphoniques inattendus ou les photos argentiques qui prenaient plusieurs jours à être développées. Souvent, cette attente provoquait l'émerveillement.
Aujourd'hui, avec la domination des smartphones et des applications, ces moments de surprise se sont raréfiés. Les téléphones mobiles, par exemple, ont transformé la manière dont nous communiquons, au point que les appels impromptus sont presque devenus inexistants.
Ce changement a aussi engendré ce que l'on appelle la "ringxiety" (contraction de ring, sonner, et anxiety, angoisse), une angoisse d'entendre son téléphone sonner, même quand il est en mode silencieux !
Tout comme pour les appels téléphoniques, la photographie a évolué. À l'époque analogique, l'attente de découvrir les photos prises offrait un moment de surprise, où l’on découvrait des détails et des perspectives inconnues sur soi-même et les autres. Aujourd'hui, avec la photographie numérique, nous avons instantanément accès à l'image, sans surprise, et nous avons la possibilité de supprimer les photos qui ne nous conviennent pas.
Ce contrôle sur notre image nous éloigne également de l'émerveillement, car nous avons perdu la spontanéité du moment capturé. Les selfies, en particulier, montrent notre désir de maîtriser la perception qu'ont les autres de nous et d’éliminer tout ce qui pourrait être inattendu.
La technologie, en apportant des solutions pratiques et une immédiateté d'accès à l'information et à la communication, a donc modifié notre rapport à la surprise et à l'émerveillement. Toutefois, malgré ces changements, la capacité à s'émerveiller reste essentielle à notre bien-être et à notre développement intellectuel et émotionnel.
Elle évoque en particulier Descartes, qui considérait l'émerveillement comme la première des passions, celle qui pousse à la recherche et à la philosophie, et qui nourrit la curiosité humaine.
L’autrice cite également Aristote et Platon, pour qui l’émerveillement était la source de la philosophie, la force motrice de la quête de compréhension du monde. Cette notion est renforcée par Schopenhauer, qui souligne que seul l'homme, parmi tous les êtres vivants, éprouve une forme de stupeur face à sa propre existence, un processus qui mène à la réflexion métaphysique.
L'émerveillement est un retour à l'étonnement enfantin, un regard neuf sur le monde, et une ouverture à l'inconnu. Pour préserver l'émerveillement, il est crucial de rester vulnérable et ouvert à l'inattendu. L’émerveillement, loin d’être une naïveté, est un état essentiel pour la philosophie, la réflexion, et la vie elle-même.
« Bonheur atteint, par toi / On marche sur le fil d'une lame »
Llaria Gaspari raconte qu'elle a passé une nuit seule dans un hôtel de sa propre ville, un luxe qu'elle s'accorde rarement. Elle décrit ce moment comme un moyen de se retirer du monde et de réfléchir sur le bonheur.
Alors qu’elle écrit sur ce thème, elle se remémore la pandémie qui a paralysé le monde et éveillé en elle un sentiment de culpabilité, comme si penser au bonheur était égoïste en période de souffrance collective. Mais elle finit par se libérer de cette culpabilité et accepte l'idée que le bonheur n'est pas un privilège à expier mais une vocation humaine, une quête légitime.
Elle évoque le bonheur selon les Grecs. Ceux-ci le définissaient comme une vertu, une quête d’autonomie et de connaissance de soi. Le bonheur n'est pas un moment fugace mais un parcours qui inclut aussi les souffrances.
Elle cite Épicure et Socrate qui soulignaient que le bonheur demande de rester fidèle à soi-même, de ne pas se trahir, et de se connaître. Elle fait également référence aux travaux de Jean Rouch et Edgar Morin, qui en 1960 ont filmé des Parisiens en leur posant la question "Êtes-vous heureux ?", pour immortaliser un instant de bonheur.
Le bonheur, selon la philosophe, n'est pas un idéal abstrait ou un moment figé, mais une expérience qui se construit au fil du temps. Elle critique la tendance moderne à associer le bonheur à des moments parfaits et à les immortaliser sur les réseaux sociaux, soulignant que ce processus peut, en réalité, nous en éloigner.
Elle fait le parallèle avec sa propre enfance, où elle a cherché à capturer chaque instant parfait avec un appareil photo, mais où elle a également compris que les souvenirs ne sont pas simplement des images, mais des expériences vécues et ressenties profondément.
Llaria Gaspari conclut que le bonheur n’est pas un caprice ou une illusion, mais une forme de sagesse qui repose sur la compréhension de soi et de la vie. Elle souligne l'importance de vivre pleinement chaque moment, sans chercher à tout contrôler ni à le retenir, mais en appréciant ce que la vie a à offrir, y compris les moments de tristesse, car ils font aussi partie du voyage vers le bonheur.
Gratitude, la sensation d'être au monde
"Bienfaiteur : personne qui entreprend d’acquérir de grandes quantités d’ingratitude, sans se soucier réellement du prix, lequel reste néanmoins à la portée de chacun." (Ambrose Bierce, cité dans Petit manuel philosophique à l'intention des grands émotifs)
Durant son enfance, l'écrivaine avait un rêve : recevoir un chien en cadeau. Ce désir, inspiré d'une scène de La Belle et le Clochard, l'a poursuivi pendant des années. Puis, à sept ans, lors de vacances dans les Apennins, elle rencontre un chien errant qui la fascine. Il est soigné par son père, et, touchée par cette scène de bonté, elle espère l’adopter.
Mais, après un court moment de bonheur, le chien disparaît, et son rêve se brise. Les années passent, et bien que ses parents lui offrent d’autres animaux, le désir d’un chien reste intact. Cependant, elle se résigne progressivement à l’idée que ce rêve ne se réalisera jamais.
Beaucoup plus tard, elle décide de franchir le pas et d’adopter un chien. Avec l’aide de son fiancé, elle se rend dans un chenil à Rome, où elle rencontre un chien nommé Stanislao, un petit chien blond au regard triste. Ils l’adoptent, et le chien, bien qu’effrayé par le passé, commence à leur accorder sa confiance.
Touchée par ce chien maltraité, Llaria Gaspari comprend la différence entre le fantasme d’un chien idéal et la réalité d’une adoption pleine d’incertitudes et de peurs.
Rebaptisé Emilio, ce chien devient une métaphore de l’amour et de la gratitude. Au début, Emilio craint tout : les balais, les bruits, l’isolement. Mais peu à peu, il se laisse apprivoiser et, avec patience et amour, il développe une relation de confiance avec l’autrice et son fiancé. L’expérience lui enseigne à accepter l’amour sans réserve, à dépasser ses peurs et à accepter ce qu’il reçoit sans culpabilité.
Il n'est pas toujours facile d’accepter l’aide des autres et de reconnaître les bienfaits qu’on reçoit. Llaria Gaspari elle-même cesse peu à peu de se sentir indigne d’être aimée et apprend à recevoir sans culpabilité. Elle cite plusieurs philosophes pour souligner que la gratitude est la clé d’une relation authentique, basée sur l’échange, la reconnaissance mutuelle et la compréhension de soi-même.
Llaria Gaspari termine en affirmant que la gratitude et l’amour, bien que complexes et souvent entravés par des barrières intérieures, sont essentiels à l’épanouissement humain. Elle réalise que la véritable relation est celle qui se nourrit de confiance et d’acceptation.
L’amour véritable ne se mesure pas, ne se négocie pas, mais se vit pleinement.
Conclusion sur "Petit manuel de philosophie à l'intention des grands émotifs" de Llaria Gaspari :
Ce qu'il faut retenir de "Petit manuel de philosophie à l'intention des grands émotifs" de Llaria Gaspari :
Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs de Llaria Gaspari est un véritable guide pour ceux qui cherchent à comprendre, maîtriser et apprécier la richesse des émotions humaines. Dans cet ouvrage, l’autrice nous invite à un voyage à la fois intellectuel et introspectif, en explorant avec finesse les concepts de la philosophie des émotions tout en apportant des réponses concrètes aux défis quotidiens que posent nos sentiments.
À travers des réflexions inspirées des grands penseurs de l’histoire, Llaria Gaspari aborde la complexité des émotions, telles que la tristesse, la joie, la colère ou l’angoisse, en les démystifiant et en les inscrivant dans un cadre philosophique accessible. Ce manuel se distingue par sa capacité à rendre les idées philosophiques à la fois claires et appliquées, tout en utilisant des exemples simples tirés de la vie quotidienne pour illustrer ses propos.
La philosophe nous propose des outils pour mieux gérer nos sentiments et les intégrer de manière constructive dans nos vies. Elle nous pousse à cultiver une forme de sagesse émotionnelle, qui permet de mieux comprendre nos réactions et d’apprendre à vivre avec elles de façon harmonieuse.
Bref, ce livre est donc un véritable petit trésor pour ceux et celles qui souhaitent allier philosophie et développement personnel. Que vous soyez en quête de sérénité, de compréhension ou simplement d’un éclairage philosophique sur vos émotions, Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs est une lecture indispensable.
Avec son style clair et engageant, il permet à chacun de mieux se connaître et de naviguer avec plus de sagesse dans le monde des émotions. Un ouvrage à mettre absolument entre les mains de tous ceux et celles qui souhaitent vivre plus pleinement et sereinement !
Points forts :
Llaria Gaspari explique des concepts philosophiques complexes de manière simple et claire ;
Le livre offre des outils pratiques pour mieux comprendre et gérer ses émotions ;
Il encourage une gestion sage des émotions pour vivre plus harmonieusement ;
Le livre est fluide et facile à lire, même pour ceux qui ne sont pas familiers avec la philosophie.
Points faibles :
Petit manuel philosophique à l'intention des grands émotifs est un très beau livre. Je n’ai pas trouvé de défauts !
Ma note :
★★★★★
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]]>Résumé de “Mourir avec zéro” de Bill Perkins : "Mourir avec zéro" propose de repenser notre façon de gérer l’argent et le temps pour vivre un maximum d’expériences pendant qu’on le peut, en choisissant consciemment comment utiliser nos ressources — argent, temps, santé — au lieu de simplement accumuler de l’épargne sans but.
Titre original : Die With Zero : Getting All You Can from Your Money and Your Life
Par Bill Perkins, 2021, 240 pages.
Note : Cette chronique est une chronique invitée écrite par Julien Loboda du blog Automatiser Son Business.
Chronique et résumé du livre “Mourir avec zéro” de Bill Perkins :
Imaginez un instant… Vous êtes allongé sur votre lit de mort, à la fin de votre vie. Votre compte en banque est plein à craquer, mais votre cœur, lui, est vide. Pas de souvenirs, juste des regrets. Rien à quoi vous raccrocher, rien qui vous fasse sourire une dernière fois.
C’est pour éviter cette fin amère que Bill Perkins a écrit Mourir avec zéro. Entrepreneur, investisseur, joueur de poker aguerri, il signe ici un manifeste percutant : utiliser son argent pour vivre plus, plutôt que mourir riche et frustré.
Dans un monde obsédé par l’épargne et la possession, ce livre fait figure de coup de tonnerre. Perkins nous pousse à reconsidérer notre rapport au temps, à l’argent et au bonheur, avec une idée simple : planifier sa vie pour créer tôt des souvenirs forts, profiter pleinement de chaque étape, et transmettre en conscience, de son vivant.
Nourri par sa propre trajectoire et une observation fine des autres, il remet en cause un dogme bien ancré : épargner sans fin n’est pas toujours une vertu — c’est parfois du gâchis. Chapitre après chapitre, il déroule une méthode claire pour apprendre à vivre... avant qu’il ne soit trop tard.
Dans cette chronique, je vous emmène à travers les idées majeures du livre, je partage avec vous mon ressenti, j’en décortique les points forts, les limites, et vous explique pourquoi, à mes yeux, Mourir avec zéro va bien au-delà d’un simple livre sur l’argent : c’est un vrai guide de vie.
Chapitre 1 : optimiser sa vie
Dès le départ, Mourir avec zéro pose un principe clair et dérangeant : la vie n’a pas pour but d’amasser de l’argent, mais de collectionner des expériences positives. Trop souvent, on économise machinalement, par habitude, comme si le temps dont nous disposions était infini. Pourtant, chaque jour grignote notre capital temps.
L'argent comme moyen, pas comme fin
Dès les premières pages, Perkins insiste : l’argent n’a de valeur que lorsqu’il est converti en expériences vécues. Stocker de l’argent pour un futur vague, c’est courir le risque de laisser filer sa vie sans jamais vraiment en profiter.
Il illustre cette idée avec l’histoire d’Erin et John, un couple rattrapé brutalement par la maladie. Confrontés à l’urgence vitale, ils font le choix radical d’arrêter de travailler pour partager des moments ensemble. Une décision courageuse, qui souligne une vérité souvent ignorée : le temps est une ressource bien plus rare et précieuse que l’argent. Alors que l’argent dépensé peut être gagné à nouveau, le temps perdu, quant à lui, l’est de façon définitive.
Le piège de l'illusion du temps infini
L’auteur nous rappelle que nous vivons souvent comme si la vie n’avait pas de fin. Nous reportons nos projets, pensant qu’il sera toujours temps plus tard de voyager, d’aimer, d’apprendre ou d’explorer.
Mais ce "plus tard" n'arrive pas toujours. Optimiser sa vie, c’est donc reconnaître qu’il existe un moment pour chaque chose — et que certaines expériences sont éphémères. Escalader une montagne, faire le tour du monde en sac à dos, danser jusqu’à l’aube... ces aventures ont une fenêtre d'opportunité qui se referme avec le temps et le déclin physique.
Une approche réaliste et humaniste de la vie
Perkins ne prône pas l’imprudence ni l’insouciance totale. Il plaide pour un équilibre conscient : vivre pleinement aujourd'hui tout en préparant demain.
Son message est profondément humaniste : le but n’est pas de mourir riche, mais de vivre richement. Chaque dollar économisé doit être vu comme une opportunité d’achat de moments de vie, et non comme une victoire en soi.
En planifiant nos dépenses intelligemment selon nos âges et nos capacités, nous pouvons transformer notre argent en souvenirs inoubliables, au lieu de laisser ces potentiels rêves s’éteindre dans l'attente d'un hypothétique "meilleur moment".
Chapitre 2 : investir dans les expériences
Après avoir posé les bases de son raisonnement, Bill Perkins enfonce le clou avec une idée puissante : il faut investir tôt dans les expériences, comme on investirait tôt dans un portefeuille financier.
Plus vite nous vivons des expériences marquantes, plus elles nous rapportent en bonheur, et plus longtemps nous bénéficions de leur "dividende-mémoire".
Les souvenirs, un actif qui se valorise
Contrairement à une croyance répandue, les expériences ne sont pas des dépenses éphémères. Perkins les considère comme de véritables investissements à haut rendement émotionnel.
Chaque voyage, chaque rencontre, chaque aventure vécue enrichit notre capital de souvenirs. Et, particularité magique : ces souvenirs prennent de la valeur avec le temps. Ils se remémorent, se racontent, se chérissent; générant à chaque évocation une nouvelle vague de plaisir.
C’est ce que l’auteur appelle le "memory dividend" : un souvenir continue de rapporter du bonheur bien après que l'expérience initiale soit terminée.
Pourquoi il faut commencer tôt
Le timing est essentiel. Plus vous investissez dans des expériences jeunes, plus vous capitalisez longtemps sur votre dividende-mémoire.
À 20 ou 30 ans, votre énergie, votre santé et votre soif d’aventure vous permettent de vivre des expériences que vous ne pourrez plus reproduire de la même manière à 60 ou 70 ans.
Perkins illustre cette idée par l’exemple d’un ami qui avait emprunté de l’argent à un prêteur douteux pour partir en voyage en Europe en sac à dos, pendant un an, alors qu’il venait de finir ses études. À l’époque, ce choix semblait fou. Mais des années plus tard, le souvenir de ce périple restait vivace et inestimable, tout en ayant transformé son ami.
L’expérience vécue était devenue bien plus précieuse que l'argent emprunté.
Ce que coûte vraiment la procrastination
Repousser l'investissement dans les expériences à « plus tard » peut sembler raisonnable, mais ce "plus tard" arrive souvent trop tard.
Le risque ? Se retrouver avec beaucoup d'argent... et peu d’énergie, ou pire, des regrets. Car certaines activités (voyager en sac à dos, gravir des montagnes, découvrir des cultures de manière immersive) sont des opportunités qui périment avec le temps.
Perkins encourage donc à consommer stratégiquement sa vie, en semant des expériences riches au bon moment, plutôt que d’attendre un hypothétique « meilleur instant » qui ne viendra peut-être jamais.
Chapitre 3 : pourquoi mourir avec zéro ?
Au cœur du message de Mourir avec zéro se trouve une idée radicale : votre objectif financier ultime ne devrait pas être de mourir riche, mais de mourir avec zéro.
Cela ne signifie pas vivre dans la pauvreté ou l'insécurité, mais utiliser votre argent au maximum de son potentiel pendant votre vie, pour vous-même et pour les autres.
L'illusion de la richesse éternelle
Dans nos sociétés modernes, épargner est vu comme une vertu absolue. Nous travaillons sans relâche, économisons sans cesse, parfois jusqu’à en oublier pourquoi nous le faisons.
Bill Perkins nous alerte : accumuler des millions que nous ne pourrons jamais dépenser n’est pas un succès, c’est un immense gaspillage de vie. Chaque dollar non utilisé pour créer des expériences est un fragment d’énergie vitale dilapidé. En effet, en partant du principe que nous avons travaillé (et donc donné une partie de notre temps) pour gagner notre argent, refuser de le dépenser revient, selon lui, à avoir gaspillé une partie de notre temps.
L’auteur partage notamment l’histoire de son ami John Arnold, devenu milliardaire à 38 ans. Malgré cette réussite financière fulgurante, Arnold n’a pas pleinement profité de sa jeunesse. Il a gagné bien plus qu’il ne pouvait raisonnablement dépenser, et a sacrifié des années précieuses à travailler, par simple habitude. Lorsqu’il s’est rendu compte que ses milliards ne lui permettraient pas de revivre sa jeunesse passée, il s’est mis à voir les choses différemment.
L'inutilité de l'épargne posthume
Beaucoup pensent :
"Si je ne dépense pas mon argent, au moins mes enfants en hériteront."
Perkins répond à cette idée avec lucidité :
D’une part, vos enfants auraient sans doute préféré bénéficier de votre soutien financier pendant qu'ils en avaient vraiment besoin, et pas à 60 ans.
D’autre part, vous sacrifiez vos propres rêves et votre potentiel de bonheur au nom d'un héritage futur incertain.
Mourir avec un compte en banque bien garni n'est pas une réussite. C'est un aveu d'opportunités manquées : voyages annulés, passions inexplorées, souvenirs jamais créés.
Un appel à vivre intensément et consciemment
Mourir avec zéro, c’est refuser de vivre sur le mode automatique. C’est planifier activement sa vie pour répartir son argent sur les moments où il aura le plus d’impact émotionnel.
Cela implique parfois de dépenser sans culpabilité quand les opportunités se présentent. Mais ça exige aussi de résister à la tentation du toujours plus; ce réflexe qui pousse à accumuler encore, même lorsque l’essentiel est déjà largement atteint.
En suivant cette philosophie, nous apprenons à aligner nos dépenses sur nos désirs profonds et à faire de notre existence une collection riche de souvenirs inestimables, pas un solde bancaire inutilement élevé.
Chapitre 4 : comment bien dépenser son argent
Dans Mourir avec zéro, Bill Perkins ne se contente pas de critiquer l'accumulation excessive d’argent. Il nous propose une véritable méthode pour dépenser de façon intelligente, c’est-à-dire en maximisant notre bonheur sans tomber dans l’imprudence financière.
Planifier la consommation, pas seulement l’épargne
Le grand tort de notre éducation financière traditionnelle est de nous apprendre à épargner sans jamais nous enseigner à dépenser sciemment et intelligemment.
Perkins renverse cette logique : il invite à planifier sa consommation aussi soigneusement que son épargne.
Cela signifie répartir consciemment l’utilisation de son argent tout au long de la vie, en tenant compte :
De nos envies,
De notre état de santé,
De nos projets personnels,
Et surtout, de la fenêtre temporelle optimale pour certaines expériences.
Le but est clair : aligner son argent sur son niveau de vitalité et ses rêves réels, pas sur un chiffre abstrait.
Éviter le double piège : la peur et l’insouciance
Bien dépenser son argent implique de trouver un équilibre subtil entre deux écueils :
La peur : conserver son argent par crainte d'en manquer un jour.
L’insouciance : tout dépenser sans aucune prévoyance.
L’auteur propose une approche rationnelle pour calculer les dépenses optimales à chaque étape de sa vie. Il recommande par exemple d'utiliser des outils financiers (comme les assurances ou les rentes) pour se protéger contre les risques extrêmes, tout en libérant le reste de son capital pour vivre pleinement.
L’idée n’est pas de flamber, mais d’optimiser : dépenser intelligemment aujourd’hui pour profiter de ce que demain pourrait ne plus permettre.
Dépenser selon son "capital énergie"
Un autre concept fondamental de Perkins est celui du capital énergie.
Notre capacité à profiter d’expériences n’est pas linéaire : elle décroît avec l’âge. À 30 ans, un voyage d’aventure est enthousiasmant ; à 70 ans, il devient pénible, voire impossible.
Par conséquent, chaque dépense doit être pensée en fonction de son niveau d’énergie actuel :
Profiter des activités physiques tant qu'on est jeune,
Miser sur des plaisirs plus contemplatifs ou familiaux à mesure que l'on vieillit.
Cette approche permet de valoriser pleinement chaque euro investi, au lieu de repousser sans cesse au risque de manquer son moment.
Chapitre 5 : que faire pour ses enfants ?
Un des chapitres les plus sensibles de Mourir avec zéro est consacré à une question délicate : quel est le meilleur moment pour transmettre son argent à ses enfants ?
Bill Perkins défend ici une position contre-intuitive mais puissante : il est plus utile de donner à ses enfants de son vivant, quand ils peuvent vraiment en profiter, plutôt que de leur laisser un héritage après sa mort.
Hériter tard : un cadeau inutile ?
Selon l’auteur, l’âge moyen auquel on hérite est de 60 ans.
À cet âge-là, la plupart des gens :
Ont déjà leur carrière bien avancée (voire terminée),
Ont acheté leur maison,
Ont élevé leurs propres enfants,
Et n'ont plus vraiment besoin d’un coup de pouce financier.
Résultat : l’héritage arrive trop tard pour avoir un impact significatif sur leur qualité de vie ou leur trajectoire personnelle.
Perkins affirme qu’un dollar donné à 30 ans est infiniment plus précieux qu'un dollar donné à 60. À 30 ans, l’argent peut aider à acheter une première maison, créer une entreprise, élever des enfants dans de meilleures conditions… À 60 ans, il sert souvent à renforcer un patrimoine déjà constitué, sans véritable effet transformateur.
Donner quand l'impact est maximal
Plutôt que d’attendre la fin de sa vie pour léguer son patrimoine, l’auteur conseille de programmer des dons importants au moment où ils auront le plus de valeur émotionnelle et pratique.
Il propose même une règle simple :
Transmettez votre argent autour de 30 ans pour vos enfants.
Cela permet :
D’aider vos enfants à construire leur vie,
De voir concrètement les effets positifs de votre aide,
De partager des moments de gratitude et de reconnaissance de votre vivant.
C’est une approche vivante et joyeuse de la transmission, loin des successions froides et bureaucratiques.
Préserver l’équilibre entre donner et vivre
Évidemment, donner tôt ne signifie pas tout donner sans discernement. Il faut conserver suffisamment d’argent pour vivre pleinement soi-même, sans devenir dépendant de quelqu’un d’autre.
Perkins insiste sur l'importance d'une planification rigoureuse :
Évaluer ses besoins futurs,
Calculer ce qu’on peut transmettre sans se priver,
Et répartir ces dons sur des moments-clés de la vie de ses enfants.
Ainsi, chacun profite au maximum de l’argent au bon moment, sans sacrifier son autonomie ni son plaisir personnel.
Ne sacrifiez pas vos rêves les plus chers au profit d’un héritage incertain et tardif pour vos enfants.
Chapitre 6 : trouver l’équilibre de vie
Au fil des pages de Mourir avec zéro (Die with zero), Bill Perkins martèle une conviction forte : vivre pleinement demande un savant équilibre. Pas une course folle à la consommation, ni une frilosité paralysante, mais un art délicat de la mesure, où le temps, l'argent et l'énergie sont alignés.
Le triangle temps-argent-énergie
Perkins nous pousse à penser notre vie comme un jeu de ressources limitées :
Le temps : il s’écoule irréversiblement, et il est impossible de revenir en arrière.
L’énergie : elle décline progressivement.
L’argent : il fluctue, mais il est inutile si mal utilisé.
L'erreur commune ? Croire que l’argent est la ressource clé. En réalité, c’est l'interaction entre ces trois dimensions qui conditionne la réussite d'une vie pleinement vécue.
Par exemple :
Avoir beaucoup d'argent mais plus d'énergie pour voyager est frustrant.
Avoir du temps mais aucun moyen financier pour vivre des expériences est tout aussi limitant.
Trouver l’équilibre, c’est donc planifier ses choix en fonction du moment où ces trois ressources sont encore présentes en quantité suffisante. De plus, contrairement à une idée reçue, vous n’avez pas forcément besoin de travailler comme un forcené, 80 heures par semaine, pour vous offrir les expériences de vie qui vous intéressent.
La courbe décroissante de l'énergie
Un concept puissant introduit par Perkins est celui de la courbe de décroissance de l'énergie.
Il nous rappelle que nos capacités physiques et mentales déclinent inexorablement avec l’âge. Même avec des moyens financiers importants, certaines activités (escalader le Machu Picchu, faire un trek en Patagonie, pratiquer le surf) deviendront peu à peu inaccessibles.
C'est pourquoi chaque âge a ses expériences optimales, qu’il est crucial de vivre avant qu’elles ne deviennent impossibles.
L’auteur nous incite donc à prioriser les expériences exigeantes physiquement tant que c’est encore possible, au lieu de les reporter à une retraite hypothétique.
Savoir dire stop à l'accumulation
Un autre message fort de Perkins est l’importance de savoir stopper l’accumulation au bon moment.
Trop souvent, nous continuons à travailler ou à économiser par inertie, dépassant de loin le niveau de richesse nécessaire pour vivre heureux.
Or, l'argent au-delà de nos besoins réels n'ajoute aucune valeur à notre existence, surtout s'il est amassé au détriment du temps et de l'énergie disponibles pour en profiter.
Trouver l’équilibre, c’est aussi avoir le courage :
D'arrêter de courir après le toujours plus,
De savourer ce que l'on a,
Et de convertir ses ressources en souvenirs tangibles, avant qu’il ne soit trop tard.
Chapitre 7 : les "Time Buckets"
L'un des concepts les plus marquants de Mourir avec zéro (Die With Zero) est celui des "Time Buckets", littéralement, des "seaux temporels". Bill Perkins propose ici un outil simple mais puissant pour structurer sa vie autour des expériences que l'on veut absolument vivre, à différents âges.
Découper sa vie en périodes
Le principe des Time Buckets est de diviser sa vie en tranches temporelles de 5 à 10 ans chacune :
20-30 ans
30-40 ans
40-50 ans
etc.
Dans chaque "bucket", on inscrit les expériences que l'on souhaite vivre absolument durant cette période spécifique.
Cela peut être :
Faire un tour du monde à 25 ans
Lancer une entreprise à 35 ans
Gravir le Kilimandjaro à 40 ans
Apprendre à jouer du piano à 50 ans
L'idée est d'assortir chaque envie au moment de vie où elle sera la plus réaliste et la plus agréable.
Adapter ses rêves à la réalité du temps
Ce système oblige à réfléchir sérieusement à l'alignement entre nos projets et nos capacités physiques, émotionnelles et financières.
Par exemple, vouloir traverser l'Amazonie à 70 ans est beaucoup plus difficile qu’à 30 ans. Vouloir apprendre à coder un nouveau langage informatique à 80 ans est possible, mais sera plus lent et moins gratifiant qu’à 40 ans.
Avec les Time Buckets, on anticipe ces réalités et on adapte nos rêves à l'évolution naturelle de notre corps, de notre énergie et de nos envies.
Ce processus pousse aussi à faire des choix clairs : tout ne peut pas être repoussé au "plus tard", car tout n’est pas réalisable à n’importe quel âge.
Planifier pour mieux agir
Créer ses Time Buckets, c’est aussi s’obliger à passer à l’action.
En visualisant ce que l’on veut vivre,
En s'engageant sur des échéances concrètes,
En évitant la procrastination mortifère du "un jour peut-être".
Bill Perkins insiste : chaque expérience ratée faute d’anticipation est une perte définitive. Avec une vie organisée autour des Time Buckets, nous nous assurons de répartir harmonieusement notre capital temps, énergie et argent sur l’ensemble de notre existence.
En fin de compte, le but n’est pas de tout cocher dans une liste, mais de maximiser son épanouissement et ses souvenirs, période après période, sans regret.
Certaines activités ou expériences ont une date de péremption, après laquelle vous ne pourrez plus les vivre.
Chapitre 8 : connaître son pic d’activité
Dans Mourir avec zéro (Die With Zero), Bill Perkins nous invite à identifier notre "pic d’activité", c’est-à-dire le moment précis de notre vie où nos capacités physiques, mentales et émotionnelles atteignent leur apogée.
Pourquoi ? Parce que c’est à ce moment-là qu’il faut maximiser les expériences les plus intenses et mémorables.
Comprendre la courbe de performance de la vie
Notre vie suit une courbe naturelle de performance :
Dans l’enfance, notre énergie grandit ;
À l’âge adulte, elle atteint un sommet ;
Puis, progressivement, elle décline.
Le pic d’activité ne dépend pas uniquement de l'âge biologique. Il est aussi influencé par notre santé, notre style de vie, nos priorités personnelles.
Pour certains, le pic peut être à 30 ans ; pour d’autres, à 40 ou 45 ans. L'essentiel est de prendre conscience que ce sommet existe, pour l’exploiter intelligemment au lieu de le laisser passer dans l’inconscience.
Faire les expériences au bon moment
Certaines expériences nécessitent une pleine forme physique ou mentale :
Faire un marathon,
Gravir une montagne,
Fonder une start-up exigeante,
Faire le tour du monde en sac à dos,
Si nous attendons trop longtemps pour réaliser ces projets, même avec de l’argent disponible, nous n’aurons plus l’énergie ni la motivation nécessaires.
Perkins insiste : chaque expérience doit être placée au moment optimal de votre vie; pas seulement en fonction de votre compte bancaire, mais surtout en fonction de vos capacités réelles.
Anticiper son déclin avec lucidité
Parler de "déclin" peut sembler pessimiste. Mais en réalité, c’est un formidable moteur d’action.
En acceptant que notre énergie diminue avec le temps :
Nous devenons plus stratégiques dans nos choix,
Nous osons vivre nos rêves au bon moment,
Nous évitons le regret amer de l’opportunité manquée.
Plutôt que de nier cette réalité, Perkins nous invite à l’embrasser avec courage. Connaître son pic d’activité, c’est se donner le pouvoir de vivre intensément, en toute conscience de ses ressources.
Chapitre 9 : être audacieux sans être imprudent
Dans le livre Mourir avec zéro - Die With Zero, Bill Perkins nous pousse à vivre pleinement, mais jamais sans discernement.
Il fait une distinction essentielle entre être audacieux et être imprudent : l’audace réfléchie est source de richesse intérieure, tandis que l’imprudence mène souvent au chaos.
Oser sortir de sa zone de confort
La vie la plus riche est rarement celle qui se déroule dans une routine figée. Oser prendre des risques calculés(changer de carrière, voyager loin, lancer un projet personnel, etc) est souvent le secret pour accumuler des expériences mémorables.
Perkins invite à :
Briser l'inertie,
Affronter ses peurs raisonnables,
Aller chercher activement les expériences que l'on désire.
Rester trop longtemps dans le confort apparent, selon lui, c’est s’exposer au regret de ne jamais avoir vraiment vécu.
Calculer intelligemment ses risques
Audace ne signifie pas imprudence.
Prendre des risques doit toujours être réfléchi et proportionné :
Peser les gains possibles contre les pertes envisageables,
Prévoir des plans de repli,
S'assurer de ne jamais mettre en danger irrémédiablement sa santé, sa famille ou sa stabilité essentielle.
Bill Perkins propose une approche presque "ingénieur" de la prise de risque : minimiser les risques de ruine, tout en maximisant les gains en souvenirs et en satisfaction personnelle.
En clair, prendre des risques, oui, mais des risques "intelligemment asymétriques", où le potentiel de bonheur dépasse largement la possibilité de perte.
Vivre avec panache, mais avec prudence
La plus grande erreur, selon Perkins, serait :
Soit de vivre trop prudemment, en ratant toutes les occasions d’intensité,
Soit de se précipiter inconsidérément, en ruinant sa santé, son argent ou ses relations.
L’idéal est entre les deux : être audacieux avec méthode.
C’est dans cet esprit que l'on peut :
Multiplier les voyages,
Se lancer dans de nouveaux apprentissages,
Aimer intensément,
Et construire une vie pleine de souvenirs riches et d’aventures inoubliables — sans jamais compromettre ses fondations essentielles.
Vivre avec audace, oui, mais vivre intelligemment : voilà l’un des plus beaux enseignements du livre.
Conclusion sur "Mourir avec zéro" de Bill Perkins : un objectif impossible, mais digne d’être poursuivi
À la fin du livre "Mourir avec zéro", Bill Perkins reconnaît une vérité humble mais essentielle : atteindre parfaitement l’objectif de mourir avec zéro est pratiquement impossible. En effet, nul ne peut prédire exactement la durée de sa vie, ni anticiper tous les imprévus financiers ou de santé.
Mais, et c'est là tout l'esprit du livre, l'important n'est pas la perfection : c'est la direction.
Viser le maximum de vie, pas le maximum de fortune
Le message ultime de l’auteur est clair : il vaut mieux viser activement à vivre pleinement que de mourir passivement avec des regrets et des économies inutilisées.
Même si nous n'atteignons jamais le "zéro" absolu, la quête d'optimisation de notre vie à travers nos expériencesnous permet :
De savourer davantage le présent,
De créer des souvenirs impérissables,
De donner du sens à notre trajectoire personnelle,
De transmettre de la valeur et non seulement de l'argent.
C’est cette dynamique d’action consciente et d'engagement dans sa propre vie qui fait toute la beauté de sa philosophie.
Apprendre à accepter l’imperfection
Perkins nous invite aussi à lâcher prise sur l'obsession du contrôle parfait.
La vie est, par nature, imprévisible :
Certaines opportunités se présenteront,
D'autres disparaîtront,
Nos envies évolueront avec le temps.
Ce n’est pas grave. Ce qui compte, c’est d’avoir essayé de maximiser chaque période de notre existence, avec audace, intelligence, et amour.
Plutôt que de juger notre succès à la somme laissée sur un compte bancaire, il nous propose de mesurer notre réussite à l'intensité de nos souvenirs, à la richesse de nos relations et à la plénitude de notre vécu.
Une philosophie de vie, plus qu'une stratégie financière
En refermant le livre Mourir avec zéro (Die With Zero), on comprend qu'il va bien au-delà d’un simple guide sur la gestion de l’argent.
C’est :
Un manifeste pour oser vivre pleinement,
Une invitation à reprendre le contrôle de son temps,
Et un appel vibrant à mettre nos ressources au service de notre bonheur et de celui des autres, tant que nous en avons la capacité.
Poursuivre l'objectif de "mourir avec zéro", même sans jamais l’atteindre parfaitement, c’est embrasser la vie dans toute son intensité et sa beauté éphémère.
Osez vivre pleinement pour ne pas avoir de regrets lorsque la fin arrivera.
Mon ressenti personnel sur Mourir avec zéro (Die With Zero)
La lecture de Mourir avec zéro (titre original : Die With Zero) a profondément résonné en moi. En tant qu'investisseur et entrepreneur, j'ai été élevé dans une culture où l'accumulation financière était perçue comme la plus grande preuve de réussite.
Tout dans mon parcours m'avait conditionné à viser :
Une croissance constante du patrimoine,
Une épargne toujours plus conséquente,
Une sécurité financière sans faille.
À travers ses pages, Bill Perkins est venu bousculer ces certitudes.
Son message est simple mais puissant :
L’argent n’a de sens que s’il est transformé en expériences vécues. Accumuler pour accumuler est un non-sens si cela se fait au détriment de la vie elle-même.
En lisant ce livre, j’ai eu la sensation que l’auteur s’adressait directement à moi. Chaque exemple, chaque principe résonnait avec mes propres choix passés, avec cette tendance naturelle à repousser les expériences au profit d’une sécurisation toujours plus grande de l'avenir.
Pour autant, et c’est là toute la complexité, être convaincu par le message de Perkins ne signifie pas qu’il est facile de l’appliquer.
Le poids de notre éducation financière est immense. Depuis l’enfance, on nous enseigne que la prudence, l’épargne, et la préparation du futur sont les piliers d’une vie réussie. Changer cette perspective ne se fait pas du jour au lendemain. Même en adhérant pleinement aux idées de Die With Zero, j’ai ressenti une résistance intérieure forte, presque instinctive, au moment de modifier mes comportements.
C’est une lutte subtile mais constante :
Entre la peur de manquer, profondément ancrée,
Et l’envie de vivre plus pleinement, comme le préconise l’auteur.
Ce livre m'a fait comprendre que la transition vers une vie réellement optimisée pour l'expérience est un cheminement, pas un simple déclic. Il m’a donné l’élan pour amorcer ce changement, mais aussi la lucidité nécessaire pour reconnaître qu’il demande du temps, de la réflexion, et une véritable reprogrammation mentale.
Aujourd’hui, je suis encore en chemin :
J’accorde plus de place aux expériences,
Je questionne davantage mes réflexes d'accumulation,
Je planifie plus consciemment l'utilisation de mes ressources.
Die With Zero n’est pas un livre que l’on referme en ayant tout changé instantanément. C’est un livre qui sème une graine, une idée puissante, qui pousse lentement mais sûrement dans l’esprit de ceux qui l’accueillent avec honnêteté.
Et pour moi, cette graine est appelée à transformer durablement ma façon de concevoir le succès, la richesse, et surtout… la vie.
Points forts et points faibles de Die With Zero
Points forts
Un concept radicalement rafraîchissant. Bill Perkins propose une approche totalement différente de l’argent et du succès, en mettant l'accent sur l'expérience plutôt que sur l'accumulation. Son message est simple, puissant et profondément contre-culturel.
Une lecture accessible et fluide. Le style de Perkins est direct, sans jargon inutile. Il sait captiver son lecteur avec des anecdotes personnelles, des exemples concrets et des arguments percutants.
Des outils pratiques pour passer à l’action. Avec des concepts comme les Time Buckets ou l’idée de planifier activement sa consommation, le livre ne se contente pas de donner une philosophie : il fournit de vrais leviers concrets pour changer sa vie.
Un équilibre entre émotion et raison. L’auteur sait toucher à la fois la dimension émotionnelle (le regret, le souvenir, la mémoire) et la dimension rationnelle (calcul du risque, optimisation de la dépense), ce qui rend son propos très convaincant pour des profils variés.
Un livre qui reste en tête longtemps après sa lecture. Contrairement à de nombreux ouvrages de développement personnel, Die With Zero ne se limite pas à l'inspiration du moment. Il provoque une véritable remise en question durable, une transformation profonde dans la manière de concevoir sa vie et ses priorités.
Points faibles
Un modèle difficile à appliquer immédiatement. Même si le message est séduisant, le poids des habitudes éducatives et culturelles liées à l’épargne rend la mise en pratique complexe. Beaucoup de lecteurs auront besoin de temps pour intégrer pleinement ces principes.
Un manque de prise en compte de certaines réalités socio-économiques. Le livre suppose souvent que le lecteur a une marge de manœuvre financière suffisante pour planifier ses expériences. Ceux qui luttent pour satisfaire leurs besoins de base pourraient trouver le discours moins pertinent.
La répétition excessive de certains concepts. Certaines idées fortes (comme celle du "Memory Dividend") sont martelées à plusieurs reprises. Si cela renforce le message pour certains, d'autres lecteurs pourraient trouver cela légèrement redondant.
Peu d’accompagnement psychologique sur la peur de manquer. Si Perkins évoque cette peur, il ne propose pas toujours d'outils concrets pour la surmonter en profondeur, alors qu’elle constitue l’un des principaux freins à l’application de ses conseils.
Ma note sur 5 :
★★★★★
Je choisis de donner à Die With Zero la note maximale, 5 étoiles sur 5, et cela pour plusieurs raisons fondamentales.
Tout d’abord, l’impact transformateur du livre est réel. Bill Perkins ne se contente pas de livrer une énième méthode pour "réussir sa vie financière". Il propose une remise en question profonde de nos priorités de vie, en replaçant l'expérience humaine et le souvenir au cœur de notre quête personnelle. C’est une démarche rare, précieuse, et à mes yeux, indispensable.
Ensuite, la pertinence du message est universelle. Que l’on soit investisseur, entrepreneur, salarié ou étudiant, nous sommes tous confrontés à cette tension entre épargner pour demain et vivre aujourd’hui. Perkins parvient à toucher chacun avec simplicité et humanité, en utilisant des exemples concrets et des concepts accessibles.
Certes, la mise en application peut être difficile. Changer des décennies de conditionnements culturels liés à l'épargne demande du temps, de la réflexion et parfois du courage. Mais la puissance d'un livre ne se mesure pas à la facilité d'exécution de ses conseils : elle se mesure à la clarté de son message, à l'authenticité de sa vision, et à la profondeur de son impact.
Enfin, Die With Zero a cette rare capacité à laisser une empreinte durable. Longtemps après avoir refermé le livre, son message continue de résonner : dans chaque choix de dépenses, dans chaque projet de voyage, dans chaque réflexion sur la valeur réelle de notre temps.
Pour toutes ces raisons, je considère que ce livre mérite pleinement un 5/5. Non parce qu’il est parfait — aucun livre ne l’est — mais parce qu’il apporte une boussole essentielle dans un monde qui glorifie trop souvent l'accumulation au détriment de l'expérience vécue.
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]]>Résumé de "Braver sa nature sauvage" de Brené Brown : un livre sur l'appartenance et l'estime de soi par l'une des auteures de développement personnel les plus plébiscitées de ces dernières années — L'idée principale ? Ne changez rien, mais soyez enfin qui vous êtes !
Brené Brown, 2018, 162 pages.
Titre original : Braving the Wilderness (2017).
Chronique et résumé de "Braver sa nature sauvage" de Brené Brown
Chapitre 1 : Partout et nulle part
Quand Brené Brown écrit, la peur l’envahit. Elle doute de sa légitimité, surtout quand ses recherches bousculent les idées reçues. Elle se demande si elle a le droit de choquer ou de remettre en cause des croyances établies. Dans ces moments, elle s’entoure mentalement de figures courageuses qui l’inspirent.
Elle pense à J.K. Rowling, Bell Hooks, Shonda Rhimes, Oprah Winfrey, Maya Angelou. Ces voix l’aident à garder le cap, à ne pas céder à la peur ou à l’autocensure. Brené Brown rejette aujourd’hui l’ancienne méthode consistant à satisfaire les critiques et les cyniques. Cette approche étouffait son authenticité.
Son lien avec Maya Angelou reste profond. La poétesse la guide depuis ses années universitaires. Pourtant, une citation la déstabilise : « Vous êtes libre quand vous comprenez que vous n’êtes de nulle part. » Pendant des années, l’auteure rejette cette idée.
Pour Brené Brown, ne pas appartenir représente une douleur ancienne et viscérale. Dès l’enfance, elle vit l’exclusion. À l’école, son prénom complet, Casandra Brené Brown, la fait passer pour afro-américaine. Dans une Louisiane encore marquée par la ségrégation, cela suffit à l’écarter des fêtes et des cercles sociaux.
L’apprentissage de la solitude
Elle vit les rejets des deux côtés, sans comprendre pourquoi elle dérange. Sa différence devient un obstacle. Elle cherche désespérément une place, un groupe, une reconnaissance. Chaque déménagement rend cette quête plus difficile.
Son grand espoir réside dans l’équipe des Bearkadettes (sorte de danse chorégraphiée nommée "meneuses de claque"). Elle s’entraîne intensément, suit un régime strict, et croit en ses chances. Mais son numéro n’apparaît pas sur la liste. Ses parents gardent le silence. Ce rejet, couplé à l’absence de réconfort familial, devient fondateur.
Convaincue de ne pas mériter l’amour ni l’appartenance, elle apprend à se conformer. Elle lit les attentes des autres, s’adapte, joue des rôles. Elle devient caméléon, mais s’éloigne d’elle-même. Plus tard, elle choisit l’observation des comportements comme mode de survie.
En analysant les autres, elle développe des compétences qui l’amènent à la recherche. Pourtant, elle reste coupée de son authenticité. À 21 ans, elle est perdue, en fuite. Puis, elle rencontre Steve, qui la voit vraiment. Leur relation lui offre un espace de réparation.
Peu après, elle entame un parcours vers la sobriété. Elle teste plusieurs groupes, sans trouver sa place. Elle comprend que sa vraie dépendance est une fuite constante de la vulnérabilité. Elle commence alors à s’écrire des permissions pour vivre pleinement.
Retrouver sa voix
Lors d’un tournage avec Oprah Winfrey, elle se sent nerveuse, peu présente. Un collègue lui rappelle de vivre l’instant au lieu de l’analyser. Ce conseil provoque un déclic. Elle s’écrit une permission d’être joyeuse et gauche.
Cette journée devient un moment fondateur. Elle rencontre Maya Angelou, qui lui dit : « Ne te laisse pas ébranler. » Ces mots résonnent comme une bénédiction. Brené Brown comprend qu’elle doit s’ancrer pleinement en elle-même.
Plus tard, à une conférence, elle refuse de se déguiser en femme d’affaires. Elle choisit de s’habiller comme elle est vraiment. Elle refuse aussi de censurer sa foi ou son langage. Elle veut rester fidèle aux histoires qu’on lui confie.
Elle partage ses doutes avec Steve, qui l’écoute sans jugement. Il lui rappelle qu’elle appartient à leur foyer, à leurs enfants. Ce soutien lui permet de saisir enfin le sens des mots de Maya Angelou. Elle comprend que la véritable appartenance commence par soi-même.
En relisant l’entrevue complète de la citation qui la gênait, elle découvre que Maya Angelou affirme s’appartenir à elle-même. Cette révélation transforme le récit fondateur de sa douleur. Elle n’a plus besoin d’un groupe pour exister. Elle accepte enfin de ne pas s’ébranler.
Chapitre 2 : La quête de la véritable appartenance
Brené Brown explore la notion de véritable appartenance, ce besoin humain profond d’être accepté pour ce que nous sommes réellement. Elle distingue l’appartenance authentique de la conformité ou de la quête d’approbation, qui, loin d’y mener, en sont les ennemis.
Présenter son moi imparfait au monde exige une acceptation de soi complète. Mais cette définition évolue. La véritable appartenance ne dépend pas des autres : elle réside en nous. Elle nécessite parfois de rester seul, debout dans la vulnérabilité, l’incertitude et la critique.
Dans un monde divisé, s’appartenir devient un acte de courage. Il ne s’agit pas de rejoindre un groupe ou d’adhérer à une idéologie, mais de se relier à quelque chose de plus grand : l’amour et l’esprit humain. Même isolés, nous restons connectés. La véritable appartenance commence donc par une foi profonde en soi et la capacité de rester fidèle à son identité dans un monde incertain.
Définition de la véritable appartenance
Dans le cadre d’une recherche en théorie ancrée qualitative, Brené Brown explore la préoccupation majeure liée à l’appartenance. Les participants souhaitent appartenir à un groupe sans renoncer à leur authenticité, leur liberté ou leur pouvoir. Ils dénoncent une culture polarisée du « nous contre eux », source de déconnexion spirituelle.
Beaucoup redoutent que la peur et le mépris aient remplacé l’humanité partagée, l’amour et la compassion. Cette crise d’appartenance apparaît surtout spirituelle, non religieuse, traduisant un besoin profond de se sentir connectés aux autres sans se conformer.
Brené Brown pose quatre questions pour comprendre comment certains développent une véritable appartenance enracinée en eux. Les réponses dégagent quatre éléments clés, ancrés dans le monde actuel et réel. Ces éléments sont au centre des chapitres suivants :
Les gens sont difficiles à haïr de près. Rapprochez-vous.
Contrez les conneries avec la vérité. Soyez poli.
Tenez-vous la main. Avec des étrangers.
Dos fort. Devant doux. Cœur sauvage.
Sa démarche ne suit donc pas une idée préconçue : elle suit les données, même lorsqu’elles révèlent un monde chaotique.
La nature sauvage
Brené Brown compare la véritable appartenance à une nature sauvage : un lieu solitaire, indompté et exigeant, à la fois redouté et recherché. Appartenir pleinement à soi-même nécessite de braver cette nature, de quitter ses refuges idéologiques et d’oser la vulnérabilité.
Ce chemin, imprévisible, ne peut être dicté par autrui. Il implique de s’ouvrir aux autres sans renier son identité, de dialoguer malgré les divergences. La véritable appartenance est active, pas passive. Elle demande du courage, de l’inconfort, et un engagement sincère envers l’authenticité, même dans l’adversité. C’est une pratique personnelle et spirituelle, non une simple adhésion sociale.
Aptitudes à la bravoure
Brené Brown affirme que pour s’aventurer dans la nature sauvage de la véritable appartenance — cet espace de solitude, de courage et d’authenticité — un élément est essentiel : la confiance. Elle s’appuie sur la définition de Charles Feltman, qui voit la confiance comme le choix de rendre quelque chose de précieux vulnérable aux actions d’autrui. La méfiance, au contraire, suppose que ce qui compte n’est pas en sécurité avec l’autre.
Pour clarifier ce concept complexe, Brené Brown développe l’acronyme BRAVING, une grille qui s’applique autant à la confiance en soi qu’en les autres :
Faire confiance aux autres :
Boundaries (limites) : respect des limites, capacité à dire non.
Reliability (fiabilité) : tenir ses engagements, connaître ses limites.
Accountability (responsabilité) : reconnaître ses erreurs et réparer.
Vault (coffre-fort) : préserver la confidentialité des confidences.
Integrity (intégrité) : choisir le courage, l’éthique, et vivre ses valeurs.
Nonjudgment (impartialité) : exprimer ses besoins sans crainte d’être jugé.
Generosity (générosité) : interpréter les intentions d’autrui avec bienveillance. (Braver sa nature sauvage, Chapitre 2)
Faire confiance à soi-même implique de se poser ces mêmes questions avec les pronoms personnels :
B — Ai-je respecté mes propres limites ?
R — Ai-je été fiable ?
A — Me suis-je tenu responsable ?
V — Ai-je respecté la confidentialité et partagé de façon appropriée?
I — Ai-je agi avec intégrité ?
N — Ai-je demandé de l’aide sans me juger ?
G — Ai-je été généreux envers moi-même ? (Braver sa nature sauvage, Chapitre 2)
Ce chemin vers la reconnaissance est paradoxal. Il semble absurde d’appartenir partout et nulle part, mais c’est pourtant vrai. Carl Jung et Maya Angelou affirment tous deux la valeur de cette vérité profonde : elle est exigeante, mais sa récompense est immense.
« La véritable appartenance est la pratique spirituelle de croire et d’appartenir à vous-même si profondément que vous pouvez partager votre moi le plus authentique avec le monde et trouver le sacré à la fois dans le fait de faire partie de quelque chose et de vous tenir debout seul dans la nature sauvage. La véritable appartenance n’exige pas de changer qui vous êtes, mais d’être qui vous êtes. » (Braver sa nature sauvage, Chapitre 2)
Chapitre 3 : Grande solitude : une crise spirituelle
Brené Brown évoque le « high lonesome », un cri musical du bluegrass, symbole d’une douleur profonde transformée en expérience partagée. L’art a ce pouvoir : il donne forme à la solitude et au chagrin pour qu’ils deviennent sources de connexion. Aujourd’hui, au lieu de partager nos blessures par la musique ou les récits, nous crions, nous nous replions, nous nous opposons.
Pour l'autrice, le monde traverse une crise spirituelle collective. Nous avons rompu notre lien d’humanité partagée. Cynisme, peur et méfiance dominent. Nous nous divisons selon nos idéologies, oubliant notre interconnexion essentielle, ancrée dans l’amour et la compassion.
Braver cette crise exige un courage immense. Se taire ou se battre ne fait qu’amplifier la solitude. Peu cherchent à bâtir des ponts entre les différences. Or, la véritable appartenance repose sur cette humanité commune. Pour la retrouver, il faudra oser sortir des lignes et affronter la nature sauvage relationnelle.
Nous répartir
Brené Brown s’appuie sur les travaux de Bill Bishop pour montrer comment la société américaine s’est idéologiquement et géographiquement fragmentée. En cherchant le confort de l’homogénéité, les gens se regroupent avec ceux qui partagent leurs idées, ce qui accroît l’extrémisme, étouffe la dissidence et renforce les stéréotypes.
Cette polarisation crée une solitude croissante, même au sein des familles. Malgré des divergences profondes, beaucoup refusent de couper les liens avec leurs proches. La société valorise pourtant les factions au détriment des relations humaines.
Brené Brown constate que cette répartition n’a pas nourri le sentiment d’appartenance, mais a provoqué isolement, méfiance et repli. Les comtés deviennent idéologiquement uniformes, tandis que les taux de solitude doublent. Le paradoxe est clair : plus les gens vivent entre semblables, plus ils se sentent seuls. Comprendre la nature de cette épidémie de solitude devient crucial pour restaurer le lien humain et la véritable appartenance.
Regard de l'extérieur
La solitude, définie par John Cacioppo comme un isolement social perçu, survient lorsque nous nous sentons déconnectés des autres. Contrairement au fait d’être seul, qui peut être réparateur, la solitude signale un manque de liens significatifs : famille, amis, communauté. Elle affecte même notre perception des lieux, qui peuvent parfois « vibrer de déconnexion ».
Espèce sociale, l’humain a biologiquement besoin de connexion pour s’épanouir. Cacioppo explique que notre cerveau envoie des signaux – comme la faim ou la soif – pour signaler ce besoin vital. Mais la solitude est stigmatisée, associée à la faiblesse ou à l’anormalité. Cette honte nous pousse à nier notre solitude, même lorsqu’elle résulte de pertes ou de deuils.
Le danger est réel : le cerveau solitaire entre en mode autoprotection, réduisant l’empathie et renforçant la défensive. Ce cercle vicieux aggrave l’isolement. Il faut d’abord reconnaître la solitude comme un avertissement, puis rechercher des connexions de qualité, non de quantité.
Selon une méta-analyse, la solitude augmente de 45 % le risque de mort précoce, un taux supérieur à ceux liés à l’obésité ou à l’alcool. La connexion humaine n’est donc pas un luxe, mais une nécessité biologique.
La peur nous a menés ici
La peur est identifiée comme le moteur principal de la fragmentation sociale et de la déconnexion. Alimentée par le terrorisme, les violences et les discours polarisants, elle pousse les individus à se retrancher dans des bunkers idéologiques. Ces refuges promettent sécurité, mais renforcent solitude et isolement. Les vraies conversations, vulnérables et inconfortables, sont évitées.
Pourtant, la véritable appartenance exige de braver cette nature sauvage intérieure, en quittant le confort pour la connexion. L’espoir repose sur une masse critique de personnes prêtes à écouter, ressentir et se relier, au-delà des différences. C’est ainsi que la peur cesse de gagner.
"Je viendrais vers toiJe traverserais les mers Pour soulager ta peine." (Town Van Sandt, cité dans Braver sa nature sauvage, Chapitre 3)
Chapitre 4 : Les gens sont difficiles à haïr de près. Rapprochez-vous
Dans un monde saturé de haine, de polarisation politique et de jugements instantanés, Brené Brown invite à passer du regard global à l’expérience personnelle. En zoomant sur nos vies, nous découvrons que la haine généralisée s’effondre face à des relations humaines réelles et nuancées.
Face à la douleur, beaucoup choisissent la colère comme refuge, mais s’y accrocher nous ronge. La colère, si elle est transformée, devient un catalyseur de courage, de justice et de connexion. Refuser de haïr, comme l’illustre la lettre d’Antoine Leiris après la mort de sa femme au Bataclan, devient un acte radical de résistance.
Reconnaître notre souffrance et celle des autres est essentiel pour guérir. La haine dissimule souvent une peine non reconnue. Pour bâtir un monde plus humain, nous devons transformer notre douleur, briser les cercles de l’égoïsme et reconnecter par la compassion. La haine coûte trop cher. La vraie force est dans la vulnérabilité et l’amour.
Il y a toujours des limites, même dans la nature sauvage
Se rapprocher des autres implique d’affronter des conflits réels, parfois douloureux, surtout au sein de la famille. Pour maintenir une véritable appartenance, il faut définir des limites claires. Les participants à la recherche insistent sur deux formes de sécurité indispensables à la vulnérabilité : la sécurité physique et la sécurité émotionnelle. Cette dernière ne signifie pas fuir le désaccord, mais refuser le langage déshumanisant.
La déshumanisation transforme l’autre en ennemi, en être « moins que », rendant acceptable l’exclusion morale. Elle commence par des mots et se poursuit par des images. Dans l’histoire, elle a justifié des génocides, l’esclavage et les violences extrêmes.
Le langage inhumain est le premier signe. Une fois les gens réduits à des caricatures ou à des menaces, l’empathie disparaît, et le conflit se fige dans une opposition bien/mal. Tous les humains sont vulnérables à ce processus. Reconnaître ce glissement est essentiel pour préserver notre humanité partagée et résister à l’exclusion morale.
Le courage d'étreindre notre humanité
La déshumanisation commence souvent par des mots et des images qui excluent certaines personnes. Ce processus, largement alimenté par les réseaux sociaux, pousse à rejeter sans nuance ceux avec qui nous sommes en désaccord. Pourtant, cette tendance nuit autant à ceux qu’elle vise qu’à ceux qui y participent. La véritable appartenance exige de tracer une ligne claire fondée sur le respect de la dignité humaine.
Voici cinq principes à retenir selon Brené Brown :
Si des insultes sexistes vous choquent envers certaines femmes, elles devraient vous déranger dans tous les cas, peu importe leur camp politique.
Si un propos vous a blessé parce qu’il vous visait, soyez attentif aux paroles similaires dirigées contre d’autres.
Le langage dégradant, d’où qu’il vienne, doit être dénoncé, même s’il vise un adversaire politique.
Traiter des personnes comme des bêtes ou des objets est un signal d’alerte : cela facilite l’exclusion morale.
Si des images haineuses vous offensent selon leur cible, elles doivent toutes vous inquiéter, quel que soit leur auteur.
Déshumaniser n’est pas tenir responsable. Cela ne favorise ni la justice ni le changement. L'auteure appelle à dépasser les faux choix entre loyauté et responsabilité. Aimer un groupe, c’est aussi le rendre meilleur en nommant les abus. Refuser les espaces où la dignité est bafouée, ce n’est pas chercher le confort émotionnel, c’est refuser la violence symbolique. La véritable appartenance commence par le courage de réhumaniser.
Transformation des conflits
Pour mieux naviguer les conflits, la Dre Michelle Buck — interrogée par Brené Brown pour le livre — propose une approche qui transforme la confrontation en connexion. Plutôt que de fuir ou de «convenir de ne pas être d’accord», elle suggère d’explorer les intentions sous-jacentes de chacun. Cela permet de dépasser les malentendus et de renforcer la relation.
Elle recommande aussi de déplacer la conversation du passé vers un avenir commun à construire ensemble. Pour elle, il ne s’agit pas de «résoudre» mais de transformer le conflit, en créant de nouvelles perspectives et une compréhension mutuelle plus profonde. Enfin, elle insiste sur l’importance de ralentir, de poser des questions comme «Dites-m’en davantage» et surtout d’écouter pour comprendre, pas pour répondre.
]]>Résumé de "Steve Jobs" de Walter Isaacson : la biographie autorisée de l'un des entrepreneurs les plus doués du XXe siècle, qui a changé notre rapport aux technologies numériques — un best seller du New York Time ayant donné lieu à un film avec Michael Fassbender en vedette.
Walter Isaacson, 2011, 453 pages.
Titre original : Steve Jobs (2011).
Chronique et résumé de "Steve Jobs" de Walter Isaacson
Introduction — La genèse de ce livre
Walter Isaacson raconte que Jobs l'a appelé en 2004, en lui demandant d'écrire sa biographie. Au départ, l'écrivain refuse. Selon lui, la personnalité de Steve Jobs fait controverse et sa carrière n'est pas encore complètement établie.
Toutefois, lorsque Steve Jobs tombe malade du cancer pour la deuxième fois, Walter Isaacson accepte la mission en se disant que c'est maintenant ou jamais. En deux ans, il réalise une quarantaine d'entretiens et de conversations — avec le principal intéressé, bien sûr, mais aussi avec son entourage (amis, famille, collègue).
Selon l'auteur, ce livre est une biographie qui peut inspirer chacun d'entre nous, car elle "est pleine de leçons sur l'innovation, le caractère, le leadership et les valeurs".
1 — L'enfance : abandonné puis choisi
Steve Jobs a été adopté lorsqu'il était enfant.
Ses parents biologiques, Joanne Schieble et Abdulfattah Jandali, préfèrent l'abandonner car ils vivent une situation familiale compliquée. Ils ne sont pas mariés et le père de Joanne désapprouve fortement leur relation. Lorsque celle-ci tombe enceinte, la décision de se séparer de l'enfant est prise.
Mais le couple pose une condition : que les parents adoptifs aient étudié à l'université.
Bien que ce ne soit pas le de Clara et Paul Jobs, le petit Steve entre dans cette nouvelle famille. Ce sont des travailleurs et, surtout, ils promettent de s'investir complètement dans la vie de leur fils adoptif.
Dès son enfance, Steve Job sait qu'il est adopté : Clara et Paul lui disent même qu'il est, en fait, un enfant spécial parce qu'ils l'ont choisi. Ce sentiment d'élection est un puissant moteur de confiance en soi.
À l'école, l'enfant s'ennuie. Il trouve peu de sollicitations.
C'est en dehors de l'école, dans la Silicon Valley, qu'il découvre ses premiers hobbies. Il apprend les rudiments de mécanique avec son père, Paul, qui répare des voitures. Il se passionne aussi pour l'électronique au sein du Hewlett-Packard Explorers Club voisin.
Vivant au cœur de la révolution informatique, au moment même où les premiers ordinateurs y sont assemblés (par Hewlett-Packard, justement), Il tourne naturellement toute son attention vers ce nouveau domaine en plein boom.
2 — Un couple improbable : les deux Steve
Dans ce chapitre, Walter Isaacson relate la rencontre entre Steve Jobs et Steve Wosniak. Celui-ci a cinq ans de plus que l'autre Steve. Pourtant, ils font connaissance autour d'intérêts communs (l'électronique et l'informatique). Steve Wosniak est déjà à l'université mais Steve Jobs, lui, est toujours au lycée.
Un jour, les deux amis veulent répondre à une annonce trouvée dans un journal. Il s'agit de créer un dispositif permettant de passer des appels interurbains gratuitement. Au départ, ils voient cela comme une blague et comme un passe-temps. Mais ils réussissent pourtant à créer des "Blue Box" (boîtes bleues), puis à les vendre (pour 150 $/pièce).
C'est le début d'une fructueuse — et tumultueuse — relation d'affaires.
D'un côté, Steve Jobs, assez manipulateur et très ambitieux, plutôt tourné vers le design et le marketing (comme cela apparaîtra plus tard) ;
De l'autre, Steve Wosniak, plus calme, profondément geek et s'intéressant avant tout à la conception technique.
Un soir, dans une pizzeria de Sunnyvale, quelqu'un leur vole une Blue Box en les menaçant avec une arme à feu. C'est un choc. Mais cela ne décourage pas les amis de continuer à travailler ensemble et à développer d'autres projets.
Pour Steve Jobs :
« Sans les Blue Boxes, il n'y aurait pas eu de pomme. » (Steve Jobs, Chapitre 2)
3 — Tout lâcher : harmonie, ouverture, détachement…
À la fin de ses études secondaires, Steve Jobs se met en couple avec Chrisann Brennan, une jeune fille cool, artiste peintre. Ensemble, ils explorent les trips d'acide (LSD) et leur sexualité. Ils partagent même, durant tout un été, un petit studio, où ils expérimentent la vie commune.
Lorsque Steve Jobs entre à l'université, il est conscient de réaliser le souhait de sa mère biologique, qui souhaitait ardemment le voir faire des études supérieures. Pourtant, il s'ennuie vite et son caractère, qui devient de plus en plus affirmé, dérange.
Il quitte le Reed College (son université) rapidement. Il a l'impression de ne rien apprendre. Cela dit, il se consacre à quelques cours en élève libre, tels que la calligraphie. C'est également à cette époque qu'il se lie d'amitié (de courte durée) avec un adepte des spiritualités orientales et, notamment, de l'hindouisme.
4 — Atari et l'Inde : du zen et de l'art de concevoir des jeux
Après cette expérience universitaire, Jobs revient chez ses parents à Los Altos. En cherchant son premier emploi, il s'intéresse à la société de jeux vidéo Atari. Sa personnalité fait le reste : il convainc l'ingénieur en chef Al Alcorn qui lui offre un poste de technicien.
Steve Jobs est ainsi l'un des cinquante premiers employés d'Atari.
Mais ses excentricités ne font pas l'unanimité. Au niveau social, les manières du jeune homme ne laissent pas indifférent. Hippie, son comportement et son hygiène détonnent dans l'entreprise…
Après quelques mois seulement, il décide de partir pour l'Inde. Il veut y rejoindre un ami : Daniel Kottke.
À son retour, le chef d'Atari, Nolan Bushnell, le met au défi de développer une version solo du célèbre jeu de l'entreprise : Pong. Il recevra même un bonus, lui dit son supérieur, s'il peut minimiser les puces informatiques utilisées.
C'est là que Steve Jobs va faire appel à son vieux camarade, Steve Wosniak.
À l'époque, celui-ci travaille chez Hewlett Packard (également dans la Silicon Valley). En quatre jours seulement, les deux Steve créent le programme et parviennent à miniaturiser les puces !
Dans un entretien réalisé par Walter Isaacson, Steve Wosniak se souvient que Steve Jobs ne l'a pas rémunéré justement. En fait, alors qu'il avait reçu le bonus promis par Atari, il ne l'a pas partagé avec son ami. Toutefois, cela ne compromet pas leur collaboration.
5 — L'Apple I : allumage, démarrage, connexion
Dans ce chapitre, Walter Isaacson raconte l'histoire de la naissance d'Apple.
Il rappelle que la Silicon Valley est alors électrisée entièrement par le projet de développer et de démocratiser les ordinateurs qui sont encore, à l'époque, des machines réservées à quelques élites et passionnés.
Steve Wozniak est particulièrement fasciné par l'arrivée des microprocesseurs sur le marché. Il observe des amateurs créer leurs propres ordinateurs à partir de ces nouveaux composants et veut faire de même. C'est en y travaillant qu'il a l'idée de créer un ordinateur personnel qui pourrait être utilisé par tous.
C'est l'origine d'Apple I, l'ordinateur.
Steve Wozniak le construit avec l'intention d'en donner les plans de fabrication gratuitement, en s'inspirant de l'éthique des hackers. Toutefois, Steve Jobs parvient à convaincre Steve Wosniak qu'il sera plus profitable de les vendre.
C'est l'origine d'Apple Computers, l'entreprise.
Selon l'histoire racontée ici, le nom Apple aurait été donné tout simplement à la suite d'une visite de Steve Jobs dans une ferme de production de pommes.
L'entreprise est un succès ! En 30 jours seulement, Apple fait des bénéfices substantiels qui lui permettront de développer son activité de façon exponentielle.
6 — L'Apple II : l'aube d'une ère nouvelle
L'enthousiasme du succès initial doit maintenant faire place à une vision rationnelle et pragmatique. Bref, l'entreprise doit se solidifier de façon durable autour de produits phares.
Steve Jobs est ici à la manœuvre. Il se rend compte que le prochain ordinateur, l'Apple II, doit "être emballé dans un produit de consommation entièrement intégré". En somme, il faut que le client achète un produit complet, facile d'accès et au packaging attrayant.
Pour l'aider dans cette tâche, le jeune entrepreneur embauche Mike Markkula.
Cette approche s'avère être un grand succès, puisque l'Apple II se vend à plus de six millions d'unités dans le monde. L'entreprise à la pomme décolle pour de bon !
Selon Walter Isaacson :
"Plus que toute autre machine, [l'Apple II] a lancé l'industrie de l'ordinateur personnel;"
Encore une fois, la paire des deux Steve fonctionne.
Steve Wozniak fournit le talent et l'expertise techniques ;
Steve Jobs tient les rennes de l'entreprise et apporte ses idées sur l'expérience du consommateur et le design des produits.
7 — Chrisann et Lisa : celui qui a abandonné…
Retour sur l'histoire personnelle. La petite amie de Steve Jobs, Chrisann, tombe enceinte.
Le jeune homme, complètement tourné vers sa réussite professionnelle, refuse toute implication. Il va même jusqu'à refuser de reconnaître la paternité de la petite Lisa et accuser l'un de ses amis d'être le père.
Cette réaction met un terme à la relation entre les deux amants.
Plus tard, Chrisann réalise un test qui démontre la paternité de Steve Jobs. À partir de ce moment, celui-ci se décide à payer une pension alimentaire. Mais il agit contraint par les événements et ne s'implique toujours pas dans la relation avec sa fille.
Plus tard, Steve Jobs exprimera des remords face à la façon dont il s'est comporté pendant cette période. Comme pour se racheter, il concevra même un ordinateur du nom de sa fille…
8 — Xerox et Lisa : les interfaces graphiques
Après ce nouveau succès entrepreneurial, Steve Jobs est persuadé qu'il doit développer un produit qui portera sa griffe, son nom. En effet, dans le monde informatique et dans l'entreprise elle-même, il est clair que c'est d'abord Steve Wosniak qui est crédité pour le résultat final de l'Apple II.
De nouveaux projets voient le jour :
L'Apple III ;
Lisa, un nouvel ordinateur personnel doté d'une interface graphique (GUI pour graphic user interface) et d'une souris.
Ces deux nouveaux modèles d'ordinateurs sont des échecs commerciaux.
Pourtant, il est indéniable que les idées de Steve Jobs se révèlent porteuses. En effet, c'est grâce à lui que se forme peu à peu l'environnement bureautique et numérique que nous connaissons aujourd'hui.
Mais l'entrepreneur ambitieux et capricieux devra attendre son heure. Malgré tous ses efforts, la direction d'Apple décide de sanctionner ces échecs et le dépossède de ses fonctions exécutives ; il n'a plus la main sur la conception des ordinateurs.
Il s'en sent très frustré. C'est, de son point de vue, la première trahison professionnelle qu'il subira.
9 — Passer en Bourse : vers la gloire et la fortune…
Apple entre en bourse moins de quatre ans après sa création. Un exploit !
À la fin des années 1980, l'entreprise est évaluée à 1,79 milliard de dollars. Pour Steve Jobs, qui n'a que 25 ans, cela signifie une fortune de 256 millions de dollars…
Comment appréhender cette richesse quand vous êtes un jeune hippie intéressé aux spiritualités orientales ? Dans ce chapitre intéressant, Walter Isaacson étudie la relation de l'entrepreneur à la pomme avec la richesse.
D'un côté, Steve Jobs a une vision du monde anti-matérialiste. Mais de l'autre, il aime profondément certains objets de consommation haut de gamme, tels que les Porsche, les couteaux Henckels ou les pianos Bösendorfer. Il cherche avant tout la beauté dans des objets de luxe ; c'est un esthète.
Qui peut aussi être un requin. Lors de l'entrée en bourse d'Apple, Steve Jobs interdit à de nombreux employés de la première heure d'acheter des options. Il se les réserve.
À l'inverse, Steve Wozniak offre généreusement un nombre important de ses propres actions pour compenser le comportement égoïste de son compagnon.
10 — Le Mac est né : vous vouliez une révolution
Le Macintosh ou Mac est certainement l'ordinateur le plus connu de sa génération. Vous le connaissez sans doute mieux que les Apple I et II. Le voilà, le premier grand succès commercial véritablement signé Steve Jobs !
Pourtant, en réalité, ce projet était initialement dirigé par Jeff Raskin. Ce spécialiste talentueux des relations homme-machine, d'abord embauché pour écrire un manuel pour l'Apple II, avait fait son chemin dans la hiérarchie, au point d'être aux commandes du projet.
D'ailleurs, c'est lui qui donna son nom au Macintosh, qui est en fait sa variété de pomme préférée !
Mais Steve Jobs, grâce à ses qualités rhétoriques et à son ambition, reprend peu à peu le contrôle et met toutes les cartes de son côté pour faire du Mac une véritable "révolution technologique".
11 — Le champ de distorsion de la réalité : imposer ses propres règles du jeu
Walter Isaacson décrit en effet un phénomène intéressant concernant Steve Jobs. Celui-ci est capable, selon ses propres collègues, de créer un "champ de distorsion de la réalité" grâce auquel il parvient à convaincre les gens et à les faire travailler à son avantage.
Selon l'auteur :
« À l'origine de la distorsion de la réalité se tenait la croyance de Jobs que les règles ne s'appliquaient pas à lui. »
D'où lui vient ce pouvoir et cette croyance ? Sans doute de son enfance. À force de lui avoir répété qu'il était spécial et "élu" par ses parents, Steve Jobs avait l'impression d'avoir à accomplir un destin hors norme.
En bref, le jeune entrepreneur veut être le nouvel Einstein ou Ghandi et pense pouvoir y parvenir !
Ce caractère charismatique a ses avantages et ses inconvénients.
Côté inconvénients : ses collègues se plaignent de sa vision du monde étriquée où vous êtes soit un génie, soit un abruti. Par ailleurs, Steve Jobs n'a pas peur de s'approprier les idées des autres sans leur en reconnaître le mérite.
Côté avantages : chef né, il parvient à créer des équipes talentueuses et motivées, qui veulent absolument faire partie de l'aventure Apple — malgré les désavantages !
12 — Le design : les vrais artistes simplifient
Steve Jobs a une ambition : trouver le design parfait. C'est là sa "patte" spécifique et ce qu'il espère infuser dans tous les aspects du projet Macintosh. Le Mac doit être un objet parfait et total.
"La simplicité de la conception devrait être liée à la facilité d'utilisation des produits." (Steve Jobs, Chapitre 12)
L'entrepreneur veut que les produits Apple soient intuitifs. L'expérience utilisateur doit être aisée. C'est notamment pourquoi, selon lui, il insiste sur le caractère fermé des ordinateurs Apple (impossible à modifier et incompatibles avec d'autres marques).
Mais plus important encore, Steve Jobs veut que ses ingénieurs se perçoivent comme des artistes ou des artisans à l'ancienne. Pour lui, créer un Mac est du domaine de l'art avant d'être uniquement un produit technologique.
Pour symboliser cette vision, il demande à tous les membres de l'équipe Macintosh de graver leurs noms dans chaque Macintosh, tout comme le feraient des artistes pour leur œuvre.
13 — Fabriquer un Mac : le voyage est la récompense
Pour Walter Isaacson, une autre caractéristique importante de la personnalité de Steve Jobs est sa compétitivité. Même au sein de l'entreprise, il cherche à gagner sur tous les fronts.
C'est ce qui se passe avec les projets Macintosh et Lisa. Comme il a été évincé du projet Lisa, il reporte toute son attention sur le projet Macintosh et fait tout pour que celui-ci soit sur le marché avant l'autre.
C'est pourtant le Lisa qui sera mis sur le marché avant… et qui connaîtra un échec (voir le chapitre 8).
Tous les regards se tournent déjà vers le Macintosh qui est, de fait, bien plus avancé que le Lisa. Et Steve Job en est bien plus fier.
L'anticipation est telle que le magazine Time décide de publier un article sur les coulisses du projet. L'ambitieux entrepreneur pensait devenir « l'homme de l'année » en 1982, mais, à la place, c'est le Mac lui-même qui est élu « Machine de l'année » !
14 — Entrée en scène de Sculley : le défi Pepsi
Dans le même temps, Steve Jobs recrute John Sculley, ancien président de PepsiCo, pour assumer le rôle de PDG d'Apple. Encore une fois, l'entrepreneur doit user de ses compétences rhétoriques pour le convaincre d'accepter.
Une fois en place, John Sculley et Steve Jobs deviennent très proches. Ils s'entendent si bien dans les premiers temps que la compréhension est totale. Cela dit, des querelles vont apparaître au fil du temps.
Leur premier désaccord majeur porte sur le coût du Mac.
Steve Jobs prévoit un prix à 1 995 $.
John Sculley, quant à lui, souhaite le pousser à 2 495 $, pour prendre en compte le coût des campagnes marketing.
Finalement, c'est le PDG John Sculley qui l'emporte. Steve Jobs regrettera cette décision, car elle a permis à Microsoft, selon lui, de dominer le marché pendant plus longtemps (au niveau des logiciels installés dans les ordinateurs, voir le chapitre 16).
15 — Le lancement : changer le monde
Un autre concurrent attire l'attention de Steve Jobs et de ses collègues. En effet, IBM commence à dépasser Apple sur le marché des ordinateurs personnels.
Pour résoudre ce problème, Steve Jobs décide de faire appel à la publicité. Il souhaite créer une publicité mémorable qui retienne l'attention des consommateurs comme jamais.
Pour ce faire, il en appelle au célèbre directeur Ridley Scott (réalisateur d'Alien, entre autres). Apple dépense 750 000 $ pour créer la campagne publicitaire la plus célèbre des années 1980 et peut-être du XXe siècle.
C'est la désormais mythhique publicité télévisée "1984". Celle-ci met en scène le Mac comme étant l'ordinateur anti-establishment, le moyen de contrer un pouvoir dystopique de type orwellien. Qui est la cible ? Les jeunes rebelles créatifs qui veulent se libérer de toutes les contraintes.
La publicité est diffusée au Super Bowl de 1984. C'est un événement. Considérée par certains comme la plus grande publicité télévisée de tous les temps, elle fait son effet : c'est en partie grâce à elle que le Mac devient un succès planétaire.
16 — Gates et Jobs : quand deux orbites se croisent
Revenons à Microsoft, l'autre grand concurrent de Apple. La rivalité est personnelle : Bill Gates est presque l'antithèse — sur le papier au moins — de Steve Jobs. Excepté le fait qu'ils travaillent tous dans le secteur de la tech et qu'ils sont nés en 1955, tout les sépare !
Steve Jobs est un ancien hippie à la spiritualité orientale. Il est intuitif, avec un caractère fort et désinhibé.
Bill Gates est le fils d'un riche avocat de Seattle, chrétien. Il est rationnel, doué pour le codage informatique et timide.
Au départ, la relation d'affaires officielle est bonne. Microsoft (Gates) écrit des logiciels pour le Macintosh ; essentiellement des programmes de traitement de texte et de feuilles de calcul (Word et Excel, aujourd'hui).
Cette collaboration fructueuse se grippe lorsque Bill Gates (qui est aussi un ambitieux) annonce le lancement de Windows, qui concurrence directement le système d'exploitation Mac.
Pour Bill Gates, Steve Jobs a, comme lui, pris son inspiration chez une troisième entreprise : Xerox. Il considère donc qu'il n'a rien volé à la firme à la pomme. Mais pour Steve Jobs, c'est une nouvelle trahison.
17 — Icare : à monter trop haut…
Le lancement du Mac est un véritable événement et un succès. Pour autant, les ventes se tassent après un petit temps.
L'ordinateur a en effet ses limites. Malgré son caractère novateur et son design attractif pour l'époque, il est lent et peu puissant.
Ces mauvaises performances amènent Steve Jobs sur une mauvaise pente. Il commence à être particulièrement désagréable, voire agressif avec les propres membres de son équipe. Au point que certaines personnes décident de quitter l'entreprise par sa faute.
Ces problèmes internes vont si loin que ce sera finalement lui qui sera mis à la porte !
En effet, John Sculley, pourtant ami et PDG de Apple, décide — avec l'aval du conseil d'administration — de virer Steve Jobs. Évincé de son propre business, l'entrepreneur se sent à nouveau trahi.
18 — NeXT : Prométhée délivré
Mais celui-ci rebondit. Il crée "NeXT" en finançant lui-même l'entreprise et en embauchant d'anciens employés d'Apple. Son objectif : vendre des ordinateurs et des dispositifs numériques aux écoles et aux universités.
Steve Jobs veut absolument soigner l'apparence et l'expérience utilisateur. Pour lui, du logo jusqu'au design de l'objet, les éléments esthétiques sont primordiaux.
Mais les prouesses techniques ne sont pas au rendez-vous. L'ordinateur de NeXT est un échec car ses performances ne sont pas la hauteur de ses concurrents.
19 — Pixar : quand la technologie rencontre l'art
C'est toutefois pendant cette périodre que Steve Jobs va trouver à se diversifier. Il s'intéresse de près à la division d'animation de la société de George Lucas, Lucasfilm : Pixar. Steve jobs achète 70 % de l'entreprise pour la bagatelle de 10 millions de dollars.
Au départ, l'entrepreneur n'a pas pour souhait de promouvoir le contenu animé. Il s'intéresse avant tout à la technologie qu'il pourrait exploiter et vendre. Mais c'est un nouvel échec.
Pourtant, il décide de ne pas abandonner. Lorsqu'il voit ce que les employés de Pixar sont capables de faire au niveau de l'animation, il décide tout de même de continuer à investir pour la réalisation de films.
En 1988, après avoir investi 50 millions de dollars dans la société, Pixar sort un court-métrage, Tin Toy, qui remportera l'Oscar du meilleur court métrage d'animation.
20 — Un homme comme les autres : Love is a four letter word
La vie personnelle de Jobs est également mouvementée . Plusieurs relations amoureuses marquent sa vie à cette époque :
Avec Joan Baez (la chanteuse) ;
Et Jennifer Egan (la romancière).
Après la mort de sa mère adoptive, il cherche aussi à renouer avec sa mère biologique. Il la rencontre finalement et découvre qu'il a également une demi-sœur, Mona, qui écrit et vit à Manhattan.
Steve Jobs cherche aussi à entretenir de meilleures relations avec sa fille Lisa. Mais celles-ci sont très instables. Ils se disputent, puis renouent avant de se disputer à nouveau. Il arrive qu'ils ne se parlent plus pendant des mois.
En 1989, Jobs rencontre sa future épouse : Laurene Powell. Laurene Powell est étudiante en MBA (Master of business affairs) à la Stanford Business School, où Steve Jobs est invité à prononcer un discours. C'est la rencontre.
Laurene tombe enceinte lors de leurs premières vacances en couple à Kona Village, Hawaï. Ils se marient en 1991 et organisent une cérémonie intime dans le parc national de Yosemite. Trois enfants naitront de ce mariage : Reed, Erin et Eve.
Lisa, la fille de Steve Jobs, emménagera un temps avec la famille avant d'aller à l'université de Harvard.
21 — Toy Story : Buzz et Woody à la rescousse
Dans ce chapitre, Walter Isaacson raconte comment Pixar et Disney se sont associés pour créer Toy Story, qui a été le point de départ d'un succès massif de Pixar dans l'industrie du divertissement.
C'est le PDG de Pixar, John Lasseter, qui présente l'idée du film à Disney pour que cette entreprise le distribue. L'idée est simple : c'est un film de copains sur des jouets… vivants. La plus grande crainte de ceux-ci consistant à être rejeté par leur propriétaire au profit de nouveaux jouets.
Le succès de Toy Story a donné lieu à un accord entre Disney et Steve Jobs qui durera plusieurs années.
22 — La Seconde Venue : le loup dans la bergerie
Selon Walter Isaacson :
"Au milieu des années 1990, Jobs trouvait du plaisir dans sa nouvelle vie de famille et son triomphe étonnant dans l'industrie du cinéma, mais il désespérait de l'industrie des ordinateurs personnels." (Steve Jobs, Chapitre 22)
Or, le temps du retour en grâce ne se fait plus attendre très longtemps. Chez Apple, le cours des actions est en baisse et John Sculley quitte le navire. Un nouveau PDG, Gil Amelio, le remplace. Et il fait appel à Steve Jobs en tant que consultant. Son rôle : insuffler une nouvelle dynamique à la multinationale.
Onze ans après son départ spectaculaire en 1985, Steve Jobs est nommé conseiller du PDG. Son entreprise, NeXT, est rachetée par Apple. Désormais, l'entrepreneur a les cartes en main pour jouer un nouveau coup de poker.
23 — La restauration : car le perdant d'aujourd'hui sera le gagnant de demain
Jobs commence par placer ses collègues les plus fidèles de NeXT à des postes de de direction chez Apple.
D'un autre côté, Steve Jobs s'assure des soutiens à l'extérieur. Le célèbre fondateur d'Oracle, Larry Ellison, lui déclare qu'il est disposé à acheter Apple et à l'installer à sa tête.
Steve Jobs refuse toutefois l'offre. Comme il refuse d'ailleurs de prendre les rennes en tant que PDG lorsque le conseil d'administration d'Apple l'invite à remplacer Gil Amelio. Il attend un moment plus favorable et plus sûr.
Mais l'entrepreneur exerce bel et bien son influence. Grâce à son statut, il conclut un accord historique avec Microsoft. Pour encourager la collaboration, Microsoft continuera à développer des logiciels pour le Mac. En échange, l'entreprise de Bill Gates recevra des actions Apple.
Ce pacte a mis fin à une bataille de longue haleine entre les deux géants de l'informatique et a instantanément augmenté la valeur d'Apple en tant qu'entreprise sur les marchés boursiers.
24 — Think Different : Jobs, iPDG
Steve Jobs va plus loin. Face à la crise que connait l'entreprise, il décide qu'il est temps de galvaniser à nouveau les foules grâce à une nouvelle campagne publicitaire audacieuse.
Le résultat ? La campagne publicitaire — elle aussi désormais légendaire — de "Think Different". À nouveau, Apple se positionne comme une entreprise pour les rebelles qui souhaitent exprimer leur créativité en s'opposant aux normes en place.
Steve Jobs choisit aussi de réorienter la production. Moins de nouveaux projets et de produits, mais plus de conception de produits de grande qualité.
Pour l'auteur, Walter Isaacson :
« Cette capacité à se concentrer a sauvé Apple. ».
Finalement, les efforts de Steve Jobs se révèlent payants. Un nouvel élan commercial en faveur d'Apple voit le jour et l'entreprise commence progressivement à retrouver sa valeur sur le plan financier.
25 — Principes de design : le duo Jobs et Ive
Comme auparavant, les principes esthétiques sont fondamentaux pour Steve Jobs. Celui-ci veut des produits faciles d'usage et beaux comme des œuvres d'art.
C'est pour cette raison qu'il embauche Jony Ive, un designer talentueux qui va l'aider à définir encore davantage l'essence des produits Apple. Leur collaboration durera de nombreuses années.
Obsédés par la valeur d'un design parfait et simple, ils prennent divers brevets de conception pour les produits Apple. Tout est pensé : même des choses aussi simples que l'emballage des produits sont conçues avec soin dans le but d'augmenter l'engagement des consommateurs pour le produit..
26 — L'iMac : hello (again)
Apple renaît. Grâce à la collaboration de Steve Jobs avec Jony Ive, de nouvelles idées émergent. L'iMac fait son apparition : un boîtier bleu translucide où l'on devine la mécanique de la machine, sans pouvoir y accéder.
Chaque détail a été pensé intelligemment. Faut-il un lecteur CD avec boîtier ou non ? Encore une fois, Apple cherche la précision et la perfection.
Son prix ? Environ 1 200 $. Conçu pour les utilisateurs de tous les jours. Et c'est un phénomène commercial, tout le monde en veut un à l'époque.
Lors de sa sortie en 1998, l'iMac devient l'ordinateur le plus vendu de toute l'histoire d'Apple.
27 — JOBS P-DG : toujours aussi fou malgré les années
Après le succès de l'iMac et de la campagne publicitaire "Think Different", Steve Jobs revient définitivement aux commandes d'Apple en tant que PDG.
Il n'exige qu'un salaire symbolique de 1 $, mais ne se laisse pas aller pour autant : avec 20 millions d'options d'achat d'actions en compensation, il a de quoi voir venir.
Entre-temps, Apple est devenu une entreprise globale qui a des fans dévoués dans le monde entier. Cette Apple mania, comme on le sait, n'est pas près de s'éteindre.
Bref, Steve Jobs prouve, à l'aube des années 2000, qu'il peut être à la fois un visionnaire d'affaires et un génie créatif. Et ce n'est, d'une certaine manière, que le début !
28 — Les Apple Store : genius bar et grès de Florence
Obsédé par l'expérience client, Steve Jobs envisage un espace de vente au détail où seuls les produits Apple seraient vendus. Et il le fait !
Après la construction d'un prototype en 2001 en Virginie, des magasins Apple commencent à émerger partout dans le monde. Souvent situés dans des endroits stratégiques et prestigieux, ils accueillent, dès 2004, plus de 5 000 visiteurs par semaine en moyenne.
Conçus de façon minimaliste et luxueuse, ces espaces de vente sont les premiers magasins de détail technologiques du genre. Ils sont organisés pour mettre en évidence le caractère unique des produits Apple.
À nouveau, Steve Jobs fait mouche. Il a cette capacité fascinante d'offrir à ses clients des expériences nouvelles et de créer de nouveaux désirs.
29 — Le foyer numérique : de l'iTunes à l'iPod
Et l'entrepreneur ne s'arrête désormais plus. Alors que tout le monde se met à télécharger de la musique en ligne et à la graver sur des compact-discs, lui voit plus loin.
Convaincu que la musique sera une fonction essentielle des outils numériques, il cherche le moyen de "disrupter" le secteur. C'est comme ça qu'il développe en parallèle :
iTunes, la plateforme pour télécharger de la musique en ligne de façon légale ;
l'iPod, à savoir le baladeur audio qui permet d'écouter la musique téléchargée.
C'est là, véritablement, le début de l'hégémonie d'Apple dans le domaine technologique. L'entreprise a une longueur d'avance sur tous ses concurrents.
Et l'entrepreneur pense connexion entre les appareils. C'est-à-dire : connexion entre les outils Apple. En effet, la logique commerciale est claire : si les utilisateurs peuvent transférer leur musique de l'iPod vers leur iMac (et vice-versa), il y a de bonnes chances pour que ceux-ci achètent l'ordinateur qui leur permettra de le faire.
30 — L'iTunes Store : je suis le joueur de flûte
Alors que l'iPod est devenu un énorme succès commercial, Jobs a vu le besoin de l'iTunes Store, qui contournerait le processus d'achat de musique, ajoutant ainsi à la fois légitimité et commodité à l'expérience client.
Les dirigeants de grandes maisons de disques ont eu du mal à lutter contre le piratage et les téléchargements illégaux, ils étaient donc venus chez Apple - à Jobs - pour obtenir de l'aide.
La proposition de Jobs était une plate-forme plus transparente et intégrée pour l'achat de musique, qui comprenait des téléchargements de 99 cents pour des chansons individuelles. iTunes a changé la donne pour l'industrie de la musique et, à bien des égards, a contribué à la sauver du piratage.
Au cours de sa première année d'existence, l'iTunes Store a vendu 70 millions de chansons.
31 — Music Man : la bande-son de sa vie
Dans ce chapitre, Walter Isaacson parle de l'amour de Steve Jobs pour la musique. En particulier, l'entrepreneur, ancien hippie, est un inconditionnel de :
Bob Dylan ;
Les Beatles.
Obsédé par le catalogue musical de ces artistes, il cherche à les rendre disponibles sur sa plateforme. Et il y réussit.
Pour Bob Dylan, cela s'avère plutôt facile. L'utilisateur peut s'offrir toutes les chansons du chanteur rebelle pour 199 $ seulement. Le célèbre parolier apparaît même dans une publicité pour l'iPod à l'occasion de son dernier album, Modern Times.
Pour les Beatles, c'est plus compliqué. Il faudra attendre quelques années — jusqu'en 2010 — avant de pouvoir télécharger leur musique via iTunes.
Par ailleurs, U2, le célèbre groupe de rock irlandais, s'associe à Apple pour promouvoir :
Leur album How to Dismantle an Atomic Bomb ;
La sortie d'un iPod spécial.
Enfin, l'auteur mentionne la passion de Steve Jobs pour un autre artiste, plus classique : Jo-jo Ma. Ce violoncelliste virtuose jouera aux obsèques de l'entrepreneur quelques années plus tard.
32 — Les amis de Pixar : … et ses ennemis
Steve Jobs, qui possède Pixar, veut conclure un accord avec Disney. Dans ce nouvel accord :
Disney achète Pixar ;
Mais Pixar conserve sa propre identité indépendante.
Après la conclusion de l'accord, Jobs a déclaré :
"mon objectif a toujours été non seulement de fabriquer d'excellents produits, mais aussi de construire de grandes entreprises […] nous avons gardé Pixar comme une grande entreprise et avons aidé Disney à le rester aussi." (Steve Jobs, Chapitre 32)
33 — Le Mac du XXI siècle : Apple se démarque
Alors que de nombreuses marques se contentent de copier des designs ou de fabriquer des ordinateurs sans aucune originalité, Apple cherche constamment à se renouveler et aller au-delà de ce que l'entreprise a déjà fait. Quitte, parfois, à échouer à nouveau.
Dans les années 2000, Apple sort un ordinateur portable grand public, ainsi que le Power Mac G4 Cube. C'est un échec, mais l'ordinateur sera tout de même exposé au Musée d'art moderne de Californie.
C'est le caractère entrepreneurial profond de Steve Jobs. Oser échouer et expérimenter sa créativité.
34 — Premier round : memento mori
Mais tous les hommes sont mortels. Et même Steve Jobs.
Celui-ci apprend qu'il a un cancer du pancréas lors d'un examen urologique de routine en octobre 2003. Il refuse la chirurgie pendant neuf mois. À la place, il a recours à des médecines alternatives et suit un régime strict.
Mais cela ne fonctionne pas. Ses médecins lui intiment de se faire opérer, sans quoi — lui prédisent-ils — il mourra.
Il subit donc une opération en juillet 2004. Mais il découvre dans le même temps que le cancer s'est propagé, gagnant d'autres parties du corps. Une chimiothérapie est nécessaire.
En juin 2005, il prononce son célèbre discours d'ouverture à l'université Stanford. Aaron Sorkin, ami et célèbre scénariste, l'aide dans la rédaction.
Steve Jobs réfléchit bien sûr à sa mortalité. Il cherche à faire amende honorable pour certaines erreurs du passé. Il se demande, aussi, si son travail acharné pour Apple et Pixar ne l'ont pas conduit à développer ce mal qui le ronge.
Le coût de son génie serait-il ce mal physique ?
35 — L'iPhone : trois produits révolutionnaires en un
L'entrepreneur charismatique va pourtant aller encore plus loin. Après le succès de l'iPod, Steve Jobs entrevoit la suite : un téléphone avec écran tactile et, comme toujours, un design élégant et minimaliste.
La recherche est complexe. Il faut trouver les matériaux adéquats et réussir à tout assembler. L'équipe en charge du projet doit s'y reprendre à deux fois. Mais finalement, le premier iPhone est mis en vente en juin 2007.
En 2010, comme le note Walter Isaacson :
"Apple avait vendu quatre-vingt-dix millions d'iPhones, et elle a récolté plus de la moitié des bénéfices totaux générés sur le marché mondial des téléphones cellulaires."
C'est indéniable : le smartphone a changé nos existences, tout autant — voire peut-être plus — que les ordinateurs personnels.
36 — Deuxième round : la récidive
Désormais, les épisodes de rechutes s'accélèrent. En 2008, le cancer de Jobs refait surface. Il doit subir une opération de transplantation du foie en 2009.
Durant de longs mois, il ne divulgue pas ses problèmes de santé. Mais le secret, peu à peu, s'évente.
Affaibli par la greffe du foie, il revient néanmoins à la charge et retrouve son caractère combatif et novateur. Il a déjà eu de nombreux succès ? Qu'à cela ne tienne ! Un nouveau défi l'attend…
37 — L'iPad : l'ère post-PC
L'iPad a reçu le surnom de « tablette Jésus » lorsqu'elle a été présentée au grand public en 2010. C'est, en effet, un petit objet miraculeux qui permet de se passer de l'ordinateur pour bien des tâches. Une sorte d'hybride entre un téléphone et un ordinateur.
C'était d'ailleurs un projet que Steve Jobs avait depuis longtemps, mais qu'il avait mis en pause afin de sortir l'iPhone d'abord.
Apple vend plus d'un million d'iPads au cours du premier mois, puis quinze millions au cours des neuf premiers mois de son existence, ce qui en fait "le lancement de produits de consommation le plus réussi de l'histoire".
Isaacson note :
« avec l'iPod, Jobs avait transformé l'industrie de la musique. Avec l'iPad et son App Store, il a commencé à transformer tous les médias, de l'édition au journalisme en passant par la télévision et les films » (503).
Encore une fois, Steve Jobs réussit à surpasser tout le monde. Les autres entreprises suivront, plus tard, en créant des tablettes en tous genres.
38 — Nouvelles batailles : un écho des anciennes
Quelques jours seulement après la révélation de l'iPad au public, Steve Jobs s'en prend au système Android de Google, qui, selon lui, est une copie du système d'exploitation d'Apple.
À nouveau, l'entrepreneur vit cette concurrence comme une trahison personnelle. Pourquoi ? Car, au départ, Larry Page et Sergey Brin, les fondateurs de Google, avaient manifesté leur respect pour lui.
Steve Jobs intente une action en justice, en invoquant une violation du droit d'auteur.
Au milieu de cette bataille, Jobs est resté attaché à l'idée d'un système fermé, compatible uniquement avec d'autres appareils Apple afin de fournir aux consommateurs une expérience optimisée et simplifiée.
Pourtant, même en insistant sur des notions qui déconcertaient souvent les autres, Jobs est resté profondément passionné par les choses qui lui tenaient vraiment à cœur, y compris enfin l'introduction des Beatles sur iTunes, ce qui s'est produit à l'été 2010.
39 — Le nuage, le vaisseau spatial, et au-delà
Après avoir mis sur le marché l'iPad 2, Steve Jobs donne la priorité à deux autres projets :
l'iCloud ;
Le nouveau siège social d'Apple, avec ses douze mille employés, et son allure de "vaisseau spatial".
Épuisé mais convaincu par ces projets, l'entrepreneur se donne corps et âme pour les mener à bien. Mais la maladie le rattrape encore et, cette fois, il doit faire face à la dure réalité.
40 — Troisième round : dernier combat au crépuscule
En 2010, Steve Jobs souhaite à tout prix assister à la cérémonie de remise des diplômes d'études secondaires de son fils, Reed. Ce jour-là, il écrit à Walter Isaacson que c'est "l'un des jours les plus heureux de sa vie".
À la même période, Steve Jobs rencontre le président Barack Obama pour parler d'éducation, et en particulier sur la formation d'ingénieurs, trop peu mise en avant lors des cursus scolaires.
Selon lui, c'est la raison pour laquelle Apple, et tant d'autres entreprises mondiales, font fabriquer leurs dispositifs électroniques dans d'autres pays.
Les derniers mois de Steve Jobs sont consacrés à sa vie intime. Il ne participe plus à de grandes réunions ou à des lancements historiques. Il cherche à se ménager et à ménager ses proches, à qui il doit faire ses adieux.
Il se retire également de la direction d'Apple en août 2011. Tim Cook, l'un de ses collaborateurs passionnés, prend le relais en tant que PDG.
41 — Héritage : "Jusqu'au ciel le plus brillant de l'invention"
Quel est l'héritage de Steve Jobs ? Selon Walter Isaacson :
"Steve Jobs est devenu le plus grand dirigeant d'entreprise de notre époque, celui dont on se souviendra le plus certainement dans un siècle. (...) L'histoire le placera dans le panthéon juste à côté d'Edison et Ford » (566). (Steve Jobs, Chapitre 41)
Pour autant, l'auteur ne cache pas les difficultés. L'entrepreneur a été, bien souvent, un être à l'ambition démesurée. Pour parvenir à ses fins, il s'est montré parfois calculateur, désagréable et même manipulateur.
Il n'en reste pas moins que son impact sur le monde est durable et évident.
C'est pourquoi, à côté de ses défauts, il faut ajouter sa vision. Steve Jobs rêvait de l'impossible et il avait la force de le réaliser. Il souhaitait allier l'art à la technologie et mettait la créativité et l'innovation au cœur de toute sa démarche.
Isaacson cite ensuite les propres mots de Steve Jobs pour conclure le livre :
"Nous essayons d'utiliser les talents que nous avons pour exprimer nos sentiments profonds, pour montrer notre appréciation de toutes les contributions qui nous ont précédés et pour ajouter quelque chose à ce flux. C'est ce qui m'a motivé. » (Steve Jobs, Chapitre 41)
Conclusion sur "Steve Jobs" de Walter Isaacson :
Ce qu'il faut retenir de "Steve Jobs" de Walter Isaacson :
J'avais déjà donné mon avis sur ce livre dans une vidéo et un court article. Mais l'ouvrage valait bien un compte rendu complet, tant il est important ! Alors, voilà : je vous conseille vivement la lecture de Steve Jobs si vous ne l'avez pas encore lu.
C'est tout simplement une biographie de référence sur cet entrepreneur d'exception aux multiples visages. Et c'est, surtout, une mine d'idées inspirantes pour vous aider à vous lancer, vous aussi, dans l'aventure de l'entrepreneuriat — ou de l'infopreneuriat.
Par ailleurs, si vous voulez continuer à explorer ce thème, je vous conseille la lecture de :
Les secrets de présentation de Steve Jobs ;
Les 65 meilleures citations de Steve Jobs ;
Bill Gates et la saga Microsoft.
Points forts :
Ce livre est très bien écrit, c'est un "page turner" ;
Il vous fera entrer dans l'aventure entrepreneuriale la plus saisissante de notre temps, à la charnière entre la fin du XXe siècle et le début du XXIe siècle ;
Vous apprendrez à comprendre la personnalité complexe de Steve Jobs ;
Et vous pourrez utiliser sa pensée pour avancer dans vos propres projets.
Point faible :
Je n'en ai pas trouvé.
Ma note :
★★★★★
Avez-vous lu le livre de Walter Isaacson, « Steve Jobs » ? Combien le notez-vous ?
[ratings]
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]]>Résumé de "Seuls ensemble" de Sherry Turkle : une psychologue reconnue se demande si nous vivons dans un monde avec "de plus en plus de technologies" et de "moins en moins de relations humaines" et elle en vient à la conclusion qu'il faudrait peut-être repenser notre façon d'être ensemble en société — un livre événement par l'une des spécialistes de sciences humaines les plus en vue du moment.
Sherry Turkle, 2015, 523 pages.
Titre original : Alone together (2011).
Chronique et résumé de "Seuls ensemble" de Sherry Turkle
Préface — Trois tournants
Sherry Turkle a une longue expérience en tant que psychologue et anthropologue. Étudiante à Paris, elle est ensuite partie faire carrière au célèbre Massachussetts Institute of Technology (MIT) pour y étudier "les cultures informatiques". Plus précisément, elle s'intéresse aux rapports intimes que nous entretenons avec le monde numérique.
Au cours des 40 dernières années, elle a écrit trois livres importants :
The Second Self (1984) ;
Life on the Screen (1995) ;
Alone together (2011) (traduit par Seuls ensemble) ;
Reclaiming Conversation (2015) (traduit par Les yeux dans les yeux).
Introduction — Seuls ensemble
« La technologie se présente comme l'architecte de nos intimités. » (Seuls ensemble, Introduction)
Toute la technologie dite "numérique" — depuis l'utopie virtuelle de Second Life aux hamsters de compagnie Zhu Zhu — nous est présentée comme une série d'améliorations artificielles de la réalité. Mais ces "améliorations" sont-elles réelles ? Et sont-elles sans risque ?
Pour l'auteure, il y a un inconvénient majeur à cette promesse de l'hyperconnexion numérique, à savoir la possibilité de la perte des relations humaines directes. Elle le montre bien en citant l'histoire d'une jeune fille qui envoie des textos à son amie alors qu'elles sont dans la même maison !
Sur la base de ce constat, Sherry Turkle propose de demander :
« comment en sommes-nous arrivés là — et sommes-nous contents d'y être ? » (Seuls ensemble, Introduction)
Sherry Turkle utilise plusieurs anecdotes et arguments pour présenter son propos.
Par exemple, alors qu'elle emmène sa fille au New York Museum of Natural History, celle-ci lui dit que le musée aurait dû utiliser des robots à la place des tortues Galápagos, au lieu d'emprisonner des créatures vivantes. Selon l'autrice, beaucoup d'autres enfants réagissent de la même façon, et cela l'inquiète.
Elle critique également le livre d'un expert en intelligence artificielle, David Levy, qui promeut les relations romantiques avec les robots. Elle craint qu'une interaction avec un objet inanimé "comme s'il" était vivant puisse, d'une manière ou d'une autre, nous faire "perdre" une dimension essentielle de notre humanité.
La technologie moderne promet de nous rapprocher. Ce qui est sûr, c'est qu'elle s'appuie sur nos "vulnérabilités humaines" — à savoir, en premier lieu, le besoin d'intimité avec autrui et de connexion sociale. Mais nous aide-t-elle vraiment à combler ce besoin, ou nous fait-elle courir de nouveaux risques ? Telle est toute la question de cet ouvrage.
Première partie — Le moment robotique : nouvelles solitudes, nouvelles intimités
Chapitre 1 — Nos plus proches voisins
Quelles sont nos relations aux robots domestiques qui peuplent déjà nos quotidiens ? L'auteure a mené de nombreuses études pour tenter de répondre à cette interrogation.
Tout d'abord, en tant qu'étudiante du MIT dans les années 1970, elle a fait l'expérience d'ELIZA, un programme informatique de base qui avait pour propriété essentielle de mimer un dialogue avec un psychothérapeute.
En réalité, ELIZA se contentait souvent de reformuler (éventuellement sous forme de questions) ou de paraphraser les propos de l'utilisateur. Mais la plupart des personnes l'ayant utilisé étaient prises au jeu et lui révélaient leurs secrets.
Pour Sherry Turkle, les participants ne pensent en rien qu'ils parlent à une véritable intelligence, mais ils "jouent le jeu", en quelque sorte. Autrement dit, ils sont complices du programme et utilisent les capacités du programme pour provoquer ce qu'ils attendent, à savoir des réponses réalistes d'ELIZA.
Il en va sensiblement de même pour les enfants avec les Furbies, ces peluches animées qui peuvent interagir avec leurs propriétaires. À travers les interviews qu'elle a menées durant de longues années, Sherry Turkle découvre que les petits considèrent les Furbies comme vivants, tout en sachant qu'ils ne sont pas "biologiquement vivants".
En fait, les enfants n'ont pas peur de brouiller les catégories : ils voient leur Furby à la fois comme une machine et comme un être vivant. Wilson, un petit garçon interrogé par l'auteure, affirme qu'il peut "toujours entendre la machine à l'intérieur".
D'un autre côté, dans ses études sur l'usage des Tamagotchis par les enfants, Sherry Turkle a remarqué que certains d'entre eux pleurent la mort de leurs petits animaux de compagnie électroniques. Elle donne ainsi l'exemple d'une petite fille qui refuse d'appuyer sur reset après la "mort" de son Tamagotchi.
Selon l'auteure, la pensée de ces enfants est directement liée à leurs interactions — c'est une pensée pragmatique, orientée vers l'action. Ils se prennent au jeu, comme si les Tamagotchis étaient en vie, et se demandent : que veut-il ? Quelles sont les expériences significatives que j'ai eues avec lui ?
Chapitre 2 — Assez vivants
Sherry Turkle amène avec elle huit Furbies dans une école primaire au printemps 1999. Directement, les enfants essaient de se connecter avec les jouets en leur parlant. Ils remarquent que les Furbies ont beaucoup en commun avec eux :
Ils ont des besoins ;
Ils sont distincts les uns des autres ;
Enfin, ils ont besoin d'être nourris.
Étrangement, certains enfants utilisent le vocabulaire des êtres vivants pour parler des machines, et parfois s'appliquent à eux-mêmes le vocabulaire des machines pour parler d'eux-mêmes. Un flou se crée. Pour l'auteure :
« [Les Furbies] promettent la réciprocité parce que, contrairement aux poupées traditionnelles, elles ne sont pas passives. Ils font des exigences. Ils se présentent comme ayant leurs propres besoins et leur vie intérieure. » (Seuls ensemble, Chapitre 2)
Autre expérience : le « test à l'envers ». Ici, des adultes tiennent trois "choses" à l'envers :
Une Barbie ;
Une gerbille (sorte de hamster) ;
Et enfin un Furby.
Apparemment, les gens sont plus réticents à laisser le Furby à l'envers trop longtemps. Pourquoi ? Car celui-ci, contrairement aux deux autres, est capable de dire "J'ai peur" (langage programmé dans la machine). Ils savent que c'est un robot, et pourtant c'est plus fort qu'eux, ces paroles les touchent.
Sherry Turkle raconte encore les opinions de deux garçons sur les robots, à vingt-cinq ans d'intervalle.
En 1983, l'auteure parle à Bruce, un garçon qui pense que, bien qu'un robot puisse faire moins d'erreurs, les défauts des humains sont ce qui les rend spéciaux.
En 2008, elle s'entretient avec Howard, qui voit quant à lui l'infaillibilité d'un robot comme un avantage. Il pense qu'un robot est susceptible de donner de meilleurs conseils qu'un humain, car il a accumulé davantage de connaissances.
Dans le cas de Bruce, c'est l'humanité et sa singularité qui sont mises en avant. La réponse de Howard, quant à elle, est typique de l'optimisme qui caractérise les constructeurs de technologies numériques et de robots. Mais celle-ci, pour Sherry Turkle, comporte le risque de se satisfaire des relations robotiques.
En d'autres termes, l'auteure craint que nos interactions répétées avec des robots sociables ne mènent à une réduction de ce que nous considérons comme "la vie", et tout particulièrement la vie humaine, avec les liens sociaux complexes qui la caractérisent.
Chapitre 3 — De vrais compagnons
C'est ce qu'elle cherche à exemplifier à partir d'un autre cas : la relation entre les robots AIBO — les chiens robots — et leurs propriétaires. Est-ce un véritable animal de compagnie ? Et plus important : est-ce que le fait de faire "comme si" il s'agissait d'un vrai chien peut amener ces personnes à se suffire de ce type de relation, somme toute limitée ?
Que leur manquent-ils ? Pour Sherry Turkle, la réponse est claire : l'altérité, à savoir la capacité de voir le monde à travers les yeux d'un autre.
Pour l'auteure, comme le robot n'est pas vivant, il devient simplement une prothèse ou une extension de la personne qui le possède. Lorsque nous interagissons avec des êtres humains, nous avons l'habitude de considérer l'altérité. Ne pas le faire est même le signe certain d'un problème psychologique (personnalité narcissique, manipulatrice, etc.).
Dans leurs relations avec AIBO, les enfants sont à nouveau pragmatiques. Ils le considèrent "comme si" il était un animal de compagnie normal et agissent en fonction. Toutefois, une jeune fille interviewée par l'auteure dit que l'AIBO est plus facile que les animaux de compagnie à certains égards parce qu'elle peut l'éteindre, à la différence d'un "vrai" animal vivant.
Sherry Turkle appelle cela un « attachement sans responsabilité ». Selon elle, s'habituer à ce type d'interaction peut être risqué dès lors qu'il influence nos rapports avec les autres personnes.
Bien sûr, il y a des nuances à faire. Les personnes n'interagissent pas de la même manière avec ces robots et ces interactions ne disent pas la même chose de notre façon d'agir avec les autres. À la fin du chapitre, l'auteure présente plusieurs exemples qui permettent de nuancer le propos.
Chapitre 4 — Enchantement
My Real Baby est une poupée robotique sortie en 2000. C'est un robot sociable légèrement plus avancé que le Furby. Il mûrit et devient plus indépendant. Sa "personnalité" est peu à peu façonnée par la façon dont il est traité par son propriétaire.
Sherry Turkle étudie les interactions entre My Real Baby et les enfants âgés de 5 à 14 ans. Elle remarque tout d'abord qu'ils voient les robots sous un jour positif, à la manière dont ils sont présentés dans les blockbusters hollywoodiens (R2D2 dans Star Wars ou Wall-e, par exemple).
L'auteure s'intéresse à la question de savoir si les enfants pensent que les robots pourraient, à l'avenir, prendre soin d'eux ou de leurs proches (enfants ou personnes âgées). Elle récolte des réponses — et des questions — intéressantes.
Certains se demandent concrètement si les robots ont de l'empathie pour eux. Selon Sherry Turkle, c'est une idée particulièrement courante chez ceux qui ont des parents absents. Un enfant nommé Kevin, âgé de 12 ans et particulièrement précoce, demande à l'auteure :
« Si les robots ne ressentent pas de douleur, comment pourraient-ils vous réconforter ? »
Mais d'autre part, Sherry Turkle remarque aussi que le comportement pragmatiste de bon nombre d'entre eux ne change pas : ils se satisfont de l'action simulée du robot et s'inquiètent seulement du fait qu'il pourrait tomber en panne.
Lorsqu'elle les interroge sur l'utilisation des robots pour aider leurs grands-parents, certains enfants affirment qu'ils pourraient être utilisés pour intervenir en cas de problème (chute, mort, etc.) ou de les aider à se sentir moins seuls. Mais certains enfants craignent aussi que leurs grands-parents en viennent à aimer le robot plus qu'eux !
Sherry Turkle termine ce chapitre par deux autres illustrations intéressantes.
Elle donne d'abord l'exemple de Callie, une jeune fille de 10 ans qui a une relation forte avec son jouet My Real Baby. Comme son père est souvent absent, la présence du robot la réconforte et lui fait "se sentir plus aimée". Investie d'un sentiment de responsabilité, elle se considère même comme la mère du bébé.
Tucker, un enfant de sept ans, est atteint d'une maladie grave. Il utilise AIBO pour exprimer ses sentiments sur la mort, sur son corps et sa propre peur de mourir. Il compare AIBO à son chien, mais considère que l'AIBO "fait mieux". Selon Sherry Turkle, il identifie le robot à « un être qui peut résister à la mort par la technologie ».
Chapitre 5 — Complicités
Sherry Turkle fait la découverte du robot Cog pour la première fois en 1994, au MIT. Cog est un robot assez évolué qui apprend de son environnement et cherche à créer du lien social.
Lors de nouvelles expériences avec des enfants, Sherry Turkle présente deux robots — Cog et Kismet (un autre robot "sociable") — à un groupe d'enfants. Ceux-ci, naturellement curieux, interagissent avec les robots et cherchent à faire connaissance.
Ils essaient de plaire aux robots et se font les complices de l'effort des concepteurs pour rendre les robots plus humains qu'ils ne le sont vraiment. Ils parlent et ils dansent avec eux ; bref, ils cherchent à attirer leur attention et à créer du lien social.
Même lorsque les concepteurs expliquent à certains enfants le mécanisme qui se cache derrière ces robots, ou bien lorsque ceux-ci tombent en panne, les élèves interrogés continuent de trouver des justifications et des explications pour conserver cet aspect "vivant".
Pour aller plus loin, Sherry Turkle raconte notamment l'histoire d'une petite fille de 11 ans qui, en raison de ses origines indiennes, a quelques difficultés à s'intégrer dans le groupe.
Elle n'aime pas la façon dont les filles qu'elle fréquente font semblant d'être ses amies, puis se moquent de son accent. Par contraste, elle aime la "fiabilité" de Cog. Selon Sherry Turkle, la petite fille s'assure ainsi d'être aimée, sans risquer le rejet d'autrui.
Une autre petite fille, à l'inverse, considère que c'est de sa faute si le robot ne parle pas suffisamment. Elle se demande pourquoi il n'est pas très bavard et s'en impute la responsabilité. Ici, c'est un sentiment d'échec qui est fabriqué par la relation avec la machine.
L'auteure donne de nombreux autres exemples très parlants. À chaque fois, elle pose la question du sens de créer des robots sociables. Quelles sont les implications éthiques de ce type de technologie et sommes-nous capables de les assumer ?
"Voulons-nous vraiment être dans le business de la fabrication d'amis qui ne pourront jamais être des amis ?" (Seuls ensemble, Chapitre 5)
L'amitié avec les robots ne pourra jamais être réciproque. Ce sera toujours une projection de nos propres sentiments sur un être finalement indifférent. Autrement dit, l'amitié véritable nécessite l'altérité.
Chapitre 6 — L'amour au chômage
Connaissez-vous Paro ? C'est un robot thérapeutique introduit dans certaines cliniques à partir du printemps 2009. Sa cible : les personnes âgées et, avant tout, les résidents des maisons de retraite. C'est l'occasion, pour Sherry Turkle, de revenir sur ses réflexions et ses observations auprès de ce groupe d'individus.
Sherry Turkle raconte d'abord les expériences qu'elle a menées avec My Real Baby. Elle explique que le robot est bien accepté, même si, de façon générale, elle remarque que les personnes âgées cherchent surtout à interagir avec les personnes humaines réelles qui organisent l'étude ou prodiguent les soins.
L'auteure raconte ensuite son incursion auprès des chercheurs en robotique. En 2005, elle assiste à un symposium intitulé « Caring Machines [machines de soin] : l'intelligence artificielle dans les soins aux personnes âgées ». Elle questionne notamment les participants au sujet du titre du symposium lui-même : veut-on vraiment que les machines prennent soin de nos ainés ?
Selon elle, prendre soin est ce qu'elle nomme "le travail de l'amour". Il s'agit avant tout d'une activité fondamentalement humaine.
Plus tard, toutefois, elle parle avec Tim, un homme d'âge moyen qui affirme que le robot Paro améliore la vie de sa mère. Celle-ci, selon lui, semble plus vivante grâce à la compagnie du robot. Mais est-elle pour autant moins seule qu'auparavant ? Telle est l'inquiétude de l'auteure.
Voici quelques autres exemples donnés par Sherry Turkle :
Une personne âgée nommée Andy devient très attachée à un My Real Baby et en vient à lui parler comme à son ex-femme.
Johnathan, un autre résident, ancien ingénieur, est plus terre-à-terre. Il démonte My Real Baby et trouve une puce informatique dont il ignore la composition.
Une femme âgée nommée Edna préfère le jouet à sa véritable arrière-petite-fille de 2 ans parce qu'elle peut jouer avec elle sans aucun risque. Le robot la détend.
Les robots comme Paro ou encore Nursebot (un autre robot de ce genre) commencent à intégrer les maisons de repos. Ils peuvent aider dans certaines tâches, comme la prise de médicaments. Mais nous devons faire attention aux conséquences inattendues de ces technologies sur les liens sociaux et, en particulier, sur la façon dont nous prodiguons l'amour et les soins.
Chapitre 7 — Communion
Sherry Turkle relate une série d''études visant à tester les compétences du robot Kismet dans la conversation entre adultes. Rich, jeune homme de vingt-six ans, participe à cette expérience.
Il commence par activer ce que l'auteure a appelé dès le premier chapitre "l'effet ELIZA". C'est-à-dire qu'il cherche activement à faciliter la relation avec le robot afin de créer l'illusion de son caractère "vivant". Peu à peu, un rapport se crée et Rich se prend au jeu — au point d'oublier que le lien est factice !
Avec Domo, une version améliorée de Kismet pensée pour l'aide ménagère, les effets sont semblables. Selon son concepteur, peu importe de savoir que le robot n'as pas de sentiments ; ce qui compte, c'est ce que nous ressentons lorsqu'un robot, par exemple, nous tient la main.
Mais Sherry Turkle n'est pas d'accord avec ce point de vue. Elle considère que, derrière ce "fantasme de communion", se cache en réalité "l'indifférence ultime" du robot. Et que cette indifférence n'est pas sans conséquences.
Selon le psychologue Clifford Nass, les personnes tendent à éviter les conflits ou à blesser les "sentiments" de l'ordinateur, même s'ils savent, au fond d'eux, que l'ordinateur n'en a pas. C'est toute la thématique de l'"informatique affective", une discipline inventée par Rosalind Picart dont parle l'auteure à la fin de ce chapitre.
Deuxième partie — En réseau : dans l'intimité, de nouvelles solitudes
Chapitre 8 — Toujours connectés
Sherry Turkle se souvient d'un groupe de personnes surnommées « les cyborgs » au MIT, dans les années 90. "Errant dans et hors du réel physique", ils étaient les premiers passionnés des jeux en ligne.
Leur attachement à l'espace virtuel semblait bizarre et marginal dans ces années-là. Mais qu'en est-il aujourd'hui ? L'auteure souligne que beaucoup d'entre nous vivent comme cela désormais, que ce soit par le biais des réseaux sociaux ou des jeux en ligne comme Second Life.
Pour Sherry Turkle, notre vrai moi, notre moi physique, se confond peu à peu avec notre moi virtuel. Ou, à tout le moins, l'un et l'autre se transforment mutuellement. La psychologue-anthropologue prend plusieurs exemples tirés de ses recherches plus récentes.
En voici un. Pete est un homme d'âge moyen qui vit un mariage malheureux. Mais il a une femme virtuelle dans Second Life. Selon lui, cette relation en ligne aide effectivement son mariage dans la vie réelle à perdurer.
Pourquoi ? Car elle lui donne un exutoire. Dans le jeu, il peut aborder des sujets que sa femme refuse d'entendre. Les moments où il se sent le plus "lui-même", c'est dans le jeu, dit-il encore.
Sherry Turkle s'intéresse aussi au multitâche et à ses implications. Elle rappelle des études ayant montré les effets plutôt négatifs, en terme d'efficacité d'apprentissage, notamment, de ce mode de travail.
Par ailleurs, l'auteure remarque que la patience des gens diminue à mesure que les technologies de communication nous offrent des services toujours plus rapides. Les nuances se perdent aussi. Dans un monde où les réponses instantanées deviennent la norme, il faut faire court et direct.
Sherry Turkle voit ainsi une « symétrie effrayante » émerger : à mesure que les robots sont promus au rang d'être (quasi-) vivants, les personnes qui communiquent en ligne sont rétrogradées au stade de « machines maximisantes », sommées d'être toujours plus efficaces.
Finalement, Sherry Turkle observe un lien fort entre la robotique et les réseaux sociaux. Nous sommes profondément séduits par les deux technologies.
Les robots sociaux attirent les utilisateurs avec leurs besoins artificiels et créent une réponse positive chez les utilisateurs, qui se mettent à "jouer le jeu".
Les réseaux sociaux exigent de nous un engagement de plus en plus intense. Nous nous sentons obligés, ici aussi, d'entrer dans le jeu et de répondre le plus rapidement possible aux notifications et aux messages qui nous sont envoyés.
Chapitre 9 — Grandir constamment reliés
Depuis l'apparition des smartphones, de nombreux adolescents (et adultes) sont "scotchés" à leurs écrans. Quitte, parfois, à les utiliser lorsqu'ils conduisent ou quand ils savent que cela est dangereux.
La génération native d'Internet pense que la connexion via les réseaux sociaux est quelque chose d'acquis, de déjà-là et de premier. Mais, selon l'auteure, cette attitude peut nuire à l'auto-réflexion, qui passe par l'intimité et la solitude.
Par ailleurs, le médium lui-même, à savoir la forme des messages que nous envoyons, encadre la façon dont nous pensons et réagissons. L'auteure craint que le caractère rapide, court et direct des messages déposés sur les réseaux sociaux empêche les adolescents d'exprimer et de ressentir complètement leurs sentiments.
Aujourd'hui, une étudiante qui envoie des messages 15 fois par jour n'est pas considérée comme "anormale". Mais pensez-y. Était-ce ainsi il y a dix ans ? Pas du tout. À cette époque, vous auriez sans doute trouvé cela "bizarre". Les codes sociaux et culturels changent.
Sherry Turkle utilise de nombreux entretiens qu'elle a elle-même réalisés afin de montrer comment les jeunes se "créent des identités" en ligne et comment celles-ci peuvent causer des troubles intérieurs ou participer à réparer (partiellement ou artificiellement) des blessures dans la vie réelle.
Trish, par exemple, est une jeune fille de 13 ans qui est maltraitée physiquement. Dans les Sims Online, elle se crée une famille respectueuse et aimante.
Katherine, 16 ans, expérimente diverses personnalités dans ce même jeu.
Mona et un autre lycéen s'inquiètent de la relation de conséquence entre la création de leur profil sur Facebook et les opportunités qu'ils peuvent avoir dans la vie réelle. Leur profil virtuel peut avoir des conséquences importantes sur leur bien-être et leur avenir.
Sherry Turkle montre qu'un certain nombre d'étudiants sont fatigués de cet "audit" constant et de cette simplification de soi-même qu'implique l'univers des réseaux sociaux.
En résumé :
« Les réseaux sociaux nous demandent de nous représenter sur un mode très simplifié. Et devant notre public, nous nous sentons ensuite tenus de nous conformer à ces représentations simplificatrices. » (Seuls ensemble, Chapitre 9)
Chapitre 10 — Plus la peine de passer un coup de fil
Dans ce chapitre, Sherry Turkle continue son investigation sur les réseaux sociaux et la communication en ligne de façon plus générale.
Elle donne l'exemple d'Elaine, 17 ans, qui préfère envoyer des textos plutôt qu'appeler. Pourquoi ? Car cela lui donne le temps de construire ses pensées sans pression et souvent pendant qu'elle est seule. Ici, le message écrit peut aider la réflexion.
Audrey, 16 ans, est quant à elle timide. Elle préfère envoyer des textos, plutôt que de parler. Mais c'est surtout parce qu'elle n'aime pas mettre fin aux appels. Ses parents sont divorcés et ses frères sont souvent occupés ; dès lors, elle ressent chaque fin d'appel comme un rejet. Avec les textos, c'est plus simple, dit-elle.
Cela dit, elle avoue que, lorsqu'elle a déménagé, elle aurait aimé dire au revoir à l'un de ses amis par téléphone ou en personne, plutôt que par message écrit.
D'ailleurs, les adolescents ne sont pas les seuls à préférer les textos. L'auteure cite une femme adulte qui cherche à convertir son mari à ce mode de communication. Lui qui préfère téléphoner se voit contraint d'écrire afin d'être "plus efficace".
Sherry Turkle utilise de nombreux autres exemples en relation aux textos. À chaque fois, elle montre bien l'ambiguïté de ce médium. En effet, celui-ci peut aider à l'expression. Mais il contraint également énormément les échanges.
Et — comme nous avons toujours le mobile à côté de nous — il ne permet plus que rarement les moments de solitude et de remise en question.
Chapitre 11 — Réduction et trahison
Sherry Turkle se prête ici au jeu et crée un personnage de Second Life nommé Rachel. Elle affirme que "quand nous jouons à recréer notre vie via un avatar, nous exprimons nos espoirs, nos forces et nos fragilités".
À nouveau, l'auteure n'est pas contre la technologie. Elle reconnaît même qu'un tel « jeu » peut avoir des effets thérapeutiques ou éducatifs sur la vie réelle d'une personne.
Les psychologues distinguent deux processus mentaux que Sherry Turkle propose d'utiliser pour penser les formes de vie en ligne :
Le « retour du refoulé » ;
Le « travail sur les problèmes ».
Le « retour du refoulé » désigne ici le fait de rester bloqué au sein des mêmes conflits intérieurs, sans pouvoir avancer et trouver une solution. Votre présence en ligne ne vous aide pas à grandir, mais plutôt à vous cacher.
Par contraste, en « travaillant sur les problèmes », vous utilisez l'univers virtuel pour explorer de nouveaux comportement et mettre un terme à vos soucis.
Par exemple, Joel, un programmeur informatique à succès, utilise Second Life pour « explorer son potentiel d'artiste et de leader ». Son avatar est un éléphant miniature nommé Rashi qui organise et construit de grands projets artistiques et bâtiments dans le jeu et qui est respecté pour cela.
La vie en ligne de Joel "rejaillit" de façon positive sur sa vie hors ligne.
En revanche, Adam a plutôt tendance à s'enfermer dans le virtuel et à "laisser tomber" sa vie réelle. Il est insatisfait de sa vie hors ligne et en particulier de son travail. Mais il aime sa vie virtuelle dans Quake, un jeu de tir à la première personne auquel il joue seul ou avec des amis. Il aime aussi Civilization, un jeu dans lequel il peut construire des univers entiers.
« Tel est le secret de la simulation : elle offre l'exaltation de la créativité sans la pression, l'excitation de l'exploration sans le risque. » (Seuls ensemble, Chapitre 11)
Cette caractéristique peut être mise à profit pour évoluer dans la vie, ou simplement nous divertir. Mais elle peut aussi susciter des phénomènes d'addiction et la perte des repères avec le monde réel.
Chapitre 12 — De vraies confessions
Sur un site appelé PostSecret, les gens envoient des cartes postales manuscrites confessant quelque chose, et ces confessions de cartes postales sont ensuite mises en ligne. Il existe plusieurs sites de ce genre où l'idée est, à chaque fois, de faire part aux autres internautes de ses questionnements les plus intimes.
Sherry Turkle remarque qu'il est plus facile de se confesser de cette façon. En effet, nous pouvons rester plus évasifs et nous nous dévoilons sous couvert d'anonymat. Mais c'est aussi moins efficace, car nous ne confrontons pas à une relation directe (avec un ami ou un membre de la famille, par exemple).
En fait, ces confessions en ligne sont, dans un sens, semblables à ces compagnons robots analysés dans la première partie. Comme avec eux, nous n'avons plus à traiter avec de vraies personnes ; nous pouvons juste nous satisfaire de faire "comme si" nous nous excusions vraiment, ou comme si nous réparions vraiment nos erreurs.
Par ailleurs, confesser ses problèmes en ligne augmente le nombre de réponses auxquelles nous pouvons nous attendre. Or, ce ne sont pas toujours des réponses bienveillantes ou justifiées, loin de là. La "cruauté" des internautes peut rendre l'expérience vraiment pénible.
Enfin, ces messages peuvent avoir pour effet de limiter l'empathie de ceux qui les lisent. Nous doutons de l'aspect "réel" et sincère de la confession. Et comme nous estimons qu'il pourrait s'agir d'une "performance", nous nous lassons des messages.
Chapitre 13 — Angoisses
Autre phénomène analysé par Sherry Turkle : le stress et l'anxiété. L'anxiété est monnaie courante à l'ère du numérique. Nous avons peur de manquer une information ou un bon plan (le fameux FOMO pour fear of missing out) et nous avons le sentiment simultané que tout est disponible et de devoir toujours être accessible.
Pour l'auteure, c'est d'ailleurs à partir des attentats du 11 septembre que les mobiles sont devenus "des symboles de sécurité physique et émotionnelle". En l'ayant toujours avec nous, nous nous sentons davantage protégés. Même si ceux-ci nous stressent aussi d'un autre côté.
À la fin du chapitre, Sherry Turkle aborde la question délicate du harcèlement sur Facebook et celle de la surveillance généralisée qu'impliquent les réseaux sociaux. Elle rappelle l'importance cruciale de la vie privée pour la démocratie.
Chapitre 14 — La nostalgie des jeunes
Finalement, Sherry Turkle note que de nombreux jeunes aspirent à une connexion plus profonde et en face à face. Ils se sentent enfermés dans le cercle vicieux créé par la technologie numérique. Envoyer des textos, par exemple, crée « une promesse qui génère sa propre demande ».
La promesse est que vous pouvez envoyer un SMS et demander à un ami de le recevoir en quelques secondes, ;
La demande est que l'ami soit obligé de répondre.
Robin, une jeune journaliste ambitieuse de 26 ans, se sent par exemple obligée de garder son BlackBerry avec elle à tout moment. Elle se sent même anxieuse et presque malade lorsqu'il n'est pas à bout de bras.
Pourquoi cet attachement si fort aux mobiles ? Parmi ses arguments, Sherry Turkle fait valoir que l'une des raisons pour lesquelles les enfants d'aujourd'hui souhaitent être connectés est qu'ils ont grandi en concurrence avec les téléphones pour attirer l'attention de leurs parents.
Conclusion — Des débats nécessaires
La psychologue et anthropologue démontre que les ordinateurs nous "utilisent" — et nous façonnent — autant que nous les façonnons. Nous inventons de nouvelles technologies pour nous aider à vivre et à travailler au quotidien, mais celles-ci nous transforment profondément !
L'un de ses amis et collègues handicapés, Richard, lui raconte comment il valorise l'aide que lui apportent les personnes humaines. Selon lui, un robot ne pourrait pas agir vis-à-vis de lui de cette façon. L'être humain, dit-il, surtout quand il est fragile, a besoin d'être raccroché à son histoire et à des liens concrets de fraternité. C'est ce qui lui donne sa dignité.
Non, la seule "performance du sentiment" ne suffit pas. Bien sûr, nous pouvons être tentés par cette solution, car nous contrôlons (ou pensons mieux contrôler) les rapports que nous entretenons avec les robots. Mais nous nous exposons moins à l'altérité.
Par ailleurs, nous risquons de ne plus supporter la solitude, pourtant essentielle à la création de nouvelles idées. Constamment aux prises avec cette performance du sentiment (aussi bien avec les robots qu'avec les autres virtuels), nous en oublions de nous retrouver avec nous-même pour nous poser ou réfléchir.
Au final, Sherry Turkle voit bien que certaines générations ressentent davantage le besoin de se mettre au vert et de concevoir d'autres formes de connectivité — c'est d'ailleurs tout l'objet du cyberminimalisme.
Que ce soit avec les robots ou les réseaux sociaux, nous pouvons créer des limites. Les robots, par exemple, peuvent très bien nous aider dans certaines tâches, mais nous ne devrions pas nous laisser avoir par l'illusion de l'amour robotique — dans le domaine des soins, surtout.
En somme, c'est à nous de reprendre le contrôle des usages acceptables et indésirables !
Épilogue — La lettre
Sherry Turkle raconte ici une anecdote personnelle. Elle envoie un texto à sa fille, qui prend une année sabbatique à Dublin avant l'université. Mais elle est insatisfaite : elle se souvient avec nostalgie des lettres qu'elle envoyait et recevait de sa propre mère alors qu'elle était à l'université.
Elle se rappelle que ces lettres étaient longues, sincères et pleines d'émotions. Bien qu'elle apprécie les échanges écrits et les visioconférences par Skype avec sa fille, quelque chose lui manque. Et elle remarque aussi que d'autres mères sont dans la même situation.
Alors, que faire ? Sherry Turkle évoque différentes méthodes pour « capturer la vie ». Il y a l'art et la science, bien sûr. Mais aussi la volonté, pour certaines personnes, d'archiver leur vie complète en écrivant des mémoires — ou en consignant chaque petit moment sur Instagram ou sur Facebook !
Pourtant, au quotidien, comment échanger de façon à la fois simple et plus profonde ? Sherry Turkle propose à sa fille de s'écrire des lettres, comme elle le faisait quand elle était elle-même plus jeune. Une correspondance à l'ancienne, pourquoi pas !
Conclusion sur "Seuls ensemble" de Sherry Turkle :
Ce qu'il faut retenir de "Seuls ensemble" de Sherry Turkle :
Ce livre se lit presque comme un roman. Pourtant, il repose sur un nombre impressionnants d'études et d'expériences réalisées par l'auteure et ses collègues pendant plus de quatre décennies. Grâce à sa force narrative et sa rigueur scientifique, l'ouvrage est devenu un classique à la fois dans les universités et en dehors.
Ses deux champs d'expérimentation sont :
La conception et la commercialisation de robots domestiques et en particulier de robots sociaux (jouets, robots domestiques, de compagnie, de soin, etc.) ;
L'apparition, grâce à Internet, de mondes en ligne divers (jeux, réseaux sociaux, etc.) et d'une connexion accrue (via les messageries, les textos, etc.).
Elle remarque une similitude entre ces deux domaines. En effet, à chaque fois, les êtres humains, jeunes ou vieux, se prêtent au jeu de la simulation et en oublient qu'ils deviennent, à leur tour, les jouets de réactions préprogrammées.
Or, ce qui l'intéresse plus que tout, c'est de voir comment ces relations à sens unique affectent notre sens de l'intimité, de la solitude et des relations humaines.
Et sa contribution principale consiste à documenter avec précision les difficultés auxquelles nous sommes confrontés avec les technologies actuelles issues de la robotique et d'Internet. À savoir :
Le risque de se couper de l'altérité et de l'imprévisibilité ;
La tentation de préférer des émotions artificielles aux joies et aux peines concrètes ;
Le manque de solitude nécessaire à la constitution du soi et des relations humaines.
Pour autant, Sherry Turkle, qui est une fine psychologue et anthropologue, ne considère pas qu'il faille — comme on dit — jeter le bébé avec l'eau du bain. Selon elle, il existe des usages positifs de la robotique ainsi que des réseaux sociaux et des jeux en ligne. Mais ce n'est qu'en les pratiquant avec conscience et réflexion que nous pouvons en tirer le meilleur.
Points forts :
Un style personnel qui permet d'entrer dans l'étude comme s'il s'agissait d'un roman ;
De très, très, très nombreux exemples issus de toutes ses études de terrain et entretiens ;
Un effort théorique solide ;
Une bibliographie et des annexes intéressantes.
Point faible :
C'est un livre peu ardu, mais qui en vaut la peine.
Ma note :
★★★★★
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]]>Résumé de « Faire plus avec moins » de Vicky Payeur : la créatrice du blog Vivre avec moins nous propose ici un condensé de son savoir et de ses conseils pour « redécouvrir l’abondance grâce à la frugalité » et apprendre à vivre mieux au jour le jour.
Vicky Payeur, 2022, 204 pages.
Chronique et résumé de "Faire plus avec moins" de Vicky Payeur
Avant-propos
Connaissez-vous le frugalisme ? Il s'agit de cette tendance à rechercher l'indépendance financière hors travail le plus tôt possible dans son existence. Autrement dit, prendre sa retraite dès 30 ou 40 ans ! Mais est-ce vraiment réalisable ?
Au Québec — pays de Vicky Payeur — comme ailleurs, la réponse est oui. À condition, bien sûr, de respecter certains principes de vie et d'avoir mis suffisamment d'argent de côté pendant les années de labeur.
Le mouvement FIRE, pour Financial Independence Retire Early est pionnier et particulièrement représentatif de cette tendance de fond des sociétés contemporaines. Il a émergé aux États-Unis dans les années 2010, quand des blogueurs ont publié leurs idées concernant l'épargne et la retraite précoce.
Vicky Payeur dit s'inspirer de tous ces auteurs du mouvement FIRE. Mais elle voudrait répondre à une question restée selon elle largement sans réponse : "comment vivre la frugalité au quotidien ?" C'est-à-dire concrètement (p. 8-9) :
« Comment faire augmenter la valeur de ses placements ?
Quelles stratégies utiliser pour réduire les impôts à payer ?
Comment travailler davantage ou gagner plus d'argent ?
Quelles dépenses est-il nécessaire d'enlever de son budget pour peut-être espérer vivre librement un jour ?
Comment épargner un peu plus chaque mois ? » (Faire plus avec moins, Avant-propos)
L'autrice s'est posé ces questions dans sa propre existence : en 2015, elle est passée d'un mode de vie hyperconsommateur à une existence frugale, principalement pour rembourser ses dettes. Aujourd'hui, elle est très heureuse de son choix et veut partager ses bons plans avec vous. Sympa, non ?
Si vous voulez en savoir plus, rendez-vous sur son blog Vivre Avec Moins.
Introduction
"Frugalité est un mot que j'entends bien rarement. Probablement parce qu'il est souvent associé péjorativement à l'avarice ou, comme on dit, au fait d'être cheap. Personne ne souhaite être perçu ainsi dans une société où l'étalage des richesses et la démonstration d'exploits professionnels sont valorisés ! Cependant, il y a une nuance importante entre frugalité et avarice."
Quelle est-elle ?
L'avare ne veut pas se séparer de son argent ; il veut même en accumuler toujours plus, sans raison.
La personne frugale (ou le "frugaliste") est sobre, oui, économe, encore, mais elle n'est pas attachée à l'argent et pourra se montrer généreuse ou s'octroyer des plaisirs de temps à autre.
La frugalité ne date pas d'hier
En un sens, la frugalité est une habitude de grand-mère. Rappelez-vous ses petits plats et sa manie à "tout" réparer ou à tout garder. Eh bien, c'est l'inverse de notre mode de vie actuel et, pourtant, c'est vers cela que nous pouvons aller si nous le voulons.
Oui, penser sa consommation est (re)devenu essentiel ! Oui, penser, réfléchir à ce qui est utile et à ce qui ne l'est pas. Commençons petit à petit et voyons comment amplifier peu à peu cette attitude dans notre existence de tous les jours. L'enjeu est économique, mais aussi environnemental.
Oser devenir libre
"En consommant moins, mais mieux, on peut transformer notre budget en entier", dit l'auteur. Épargner : voilà la clé. Et ce livre est justement conçu pour vous aider à le faire de manière efficace. Certaines propositions peuvent paraître "extrêmes", mais c'est parce qu'elles visent à "atteindre des objectifs ambitieux".
C'est possible. Par ailleurs, être frugal ne veut pas dire arrêter complètement de travailler. Vous pouvez vous consacrer à des projets qui ont du sens pour vous, mais vous ne dépendez plus d'un emploi qui ne vous plaît pas.
À vous de définir exactement votre idée de la liberté financière. À vous, aussi, de laisser de côté les conseils qui vous plairont le moins pour adapter la méthode en fonction de vos aspirations profondes.
Partie 1 — L'heure des bilans
Au Québec, un tiers de la population environ vit d'une paie à l'autre sans pouvoir épargner ou en épargnant très peu. Pour Vicky Payeur, c'était la même chose. Jusqu'au jour où elle s'est mise en tête d'étudier les dépenses de son compte bancaire.
Elle donne ce premier conseil :
"Prenez le temps d'analyser votre situation financière en toute franchise et posez-vous la question suivante : "où va mon argent ?"." (Faire plus avec moins, Chapitre 1)
Posez-vous des questions telles que :
Combien est-ce que je dépense en… (restaurant, vêtements, etc.) ?
Quand ai-je réalisé ma dernière grosse dépense ?
Combien est-ce que j'épargne par mois ?
Jusqu'à quand pourrais-je survivre si je perdais mon travail demain ?
En fait, nous pensons souvent agir plus vertueusement que nous ne le faisons en réalité. Lorsque nous nous imposons cette petite analyse, nous voyons mieux où le bât blesse et ce que nous pouvons faire pour corriger le tir. Et cela vaut à 20 ans comme à 50 !
Nous ne sommes pas les victimes. L'état de nos finances dépend de nous. Bien sûr, nous avons diverses obligations, mais il est toujours possible de revenir à la question : "qui a choisi de contracter ce prêt ?", etc.
Commençons donc par nous dire que c'est possible. Et que nous avons la responsabilité de gérer correctement notre argent. Chacun, en fonction de sa situation propre, peut faire un premier pas.
Quels sont les postes de dépenses que vous pouvez revoir ?
Les déplacements
Si vous avez besoin d'une voiture, interrogez-vous sur l'utilité réelle (et non symbolique) d'avoir une voiture neuve, en location (leasing) ou achetée avec un prêt, par exemple. Ne vaut-il pas mieux opter pour une voiture d'occasion ?
Et si vous ne possédiez pas de voiture ? Le quotidien deviendrait-il impossible ? Si la réponse est non, alors interrogez-vous sur le caractère nécessaire de cet achat et envisagez les autres options en comparant l'aspect financier (autobus, train, etc.).
L'hypothèque
Les prix des logements montent, grimpent, volent ! Vous voulez acheter ? Avez-vous les reins assez solides pour vous embarquer dans une hypothèque à long terme ?
Vicky Payeur met surtout en garde au niveau de la tentation de voir trop grand. Pensez votre logement en fonctions, ici encore, de vos besoins réels. Selon le nombre de personnes dans votre famille, vous aurez certes besoin d'une maison ou d'un appartement plus petit ou plus grand, mais à quoi bon vouloir un palace difficile à chauffer ?
Le ratio des dépenses mensuelles liées au logement devrait être d'un tiers (30 %) et idéalement d'un cinquième (20 %). Dans beaucoup d'endroits, il est difficile de tenir ce ratio, mais vous pouvez agir à d'autres endroits.
"En réduisant le coût obligatoire associé à votre habitation, vous aurez plus de marge de manœuvre pour les autres postes de dépenses et, par le fait même, pourrez épargner davantage." (Faire plus avec moins, Chapitre 2)
Les sorties au restaurant
Nous aimons tous aller au restaurant. Mais nous avons aussi tendance à y aller… beaucoup. Surtout lorsque nous travaillons à l'extérieur. Petit-déjeuner, déjeuner et dîner : parfois les trois repas y passent !
Faites le compte. Cela revient vite cher, vous verrez. Nous verrons dans la suite de l'ouvrage (partie 2) comment mettre en place une alimentation plus frugale et plus saine — sans pour autant nous priver du restaurant lors des occasions spéciales !
Les achats impulsifs
Les trois postes de dépenses précédents (voiture, logement, nourriture) sont souvent les plus gourmands et ceux qui nous empêchent d'épargner. Il faut y ajouter tous ces achats impulsifs qui allègent grandement notre portefeuille.
À quoi pensez-vous ? À la télévision que vous venez d'acheter ? Au cafe latte de 16 h ou à cette dernière paire de chaussures commandée en ligne ? Pas besoin de vous faire un dessin ; vous voyez certainement de quoi Vicky Payeur veut parler !
"Tous ces achats que vous faites parfois sans réfléchir ont un effet direct sur votre liberté. Plus vous dépensez, plus vous devrez travailler pour payer ces abonnements mensuels et ces achats spontanés. Chaque fois que vous utilisez votre carte bancaire, vous venez de retarder l'heure, le jour et l'année de l'atteinte de votre liberté." (Faire plus avec moins, Chapitre 2)
Cette dernière phrase peut faire réfléchir, pas vrai ? Gardez-la à l'esprit au moment de sortir votre carte bleue plus vite que Zorro.
Choisir sa vie
Bien entendu, personne ne vous demande de vivre une vie qui ne vous conviendrait pas. Vous avez le contrôle. Si, pour vous, cette vie plus dépensière vous satisfait et que vous pouvez vous l'offrir (même si c'est à crédit sur votre retraite anticipée), alors pourquoi pas !
Mais si vous avez l'ambition de moins travailler et/ou de vous consacrer davantage à ce que vous aimez vraiment, bref si votre vie ne vous convient pas en l'état, alors pensez-y…"Prenez quelques minutes pour analyser votre mode de vie actuel et les frais occasionnés", dit l'autrice. "Où aimeriez-vous habiter ? Quelle vie aimeriez-vous mener ?".
Le changement est aussi psychologique et social. Nous avons l'habitude d'écouter certains discours qui nous poussent à la consommation. Mais correspondent-ils à nos valeurs et à nos aspirations ? Pas vraiment, ou rarement.
Changer dans le sens du frugalisme, c'est donc aussi ouvrir son esprit à d'autres manières de voir le monde et d'agir en son sein.
Par ailleurs, la motivation à vous limiter aujourd'hui peut être boostée par votre volonté à atteindre un objectif précis. C'est aujourd'hui que commence ce projet, et pas demain ! Établissez dès que possible votre pourquoi (votre objectif) et votre comment (les moyens pour y parvenir).
Progressez à votre rythme
"Ne vous inquiétez pas, je ne vous suggère pas de devenir un ermite dans le fond des bois, loin de la consommation de notre société capitaliste (bien que je trouve ce mode de vie inspirant !). Il suffit de modifier quelques-uns des gestes que vous accomplissez quotidiennement au profit d'une option plus économique." (Faire plus avec moins, Chapitre 3)
Autre point central qui est même la "règle d'or" selon Vicky Payeur : y aller à son rythme. Sans quoi, vous risquez fort bien d'abandonner rapidement.
Par ailleurs, utilisez ce que vous avez déjà. Prenons un exemple. Terminez tous vos produits de ménage habituels afin de penser à en acheter d'autres qui seront plus économiques et écologiques (par exemple en vrac).
Selon Vicky Payeur, la durée de "mise en route" d'un mode de vie frugal peut fortement varier selon les personnes. Dans son cas, cela lui a pris un an et demi pour "atteindre un niveau satisfaisant". "Il ne faut pas devenir fou et rechercher la perfection", dit-elle encore pour nous rassurer.
L'important, c'est d'être curieux et de tester les astuces. D'en faire de petites habitudes à intégrer dans votre quotidien progressivement. Laissez de côté celles qui ne vous correspondent pas et adoptez les autres !
Cherchez l'inspiration
Vous trouverez sur Internet différentes inspirations, des plus radicales (comme Mark Boyle et son livre L'homme sans argent) au plus softs.
Vous pouvez aussi trouver l'inspiration plus directement autour de vous. Nous avons parlé plus tôt de la grand-mère, mais cela peut être un cousin ou un oncle. Qui sait ! Demandez-leur comment ils font et ils partageront certainement leurs astuces frugales avec vous.
Mais Vicky Payeur ne veut pas s'arrêter là. Selon elle, vous pouvez devenir votre propre source d'inspiration. Comment ça ?
En fait, vous pouvez rapidement devenir "accro" à ce petit jeu de l'épargne. Dès que notre focale se concentre sur la liberté financière, vous avez envie d'éliminer les dépenses superflues. cela devient un jeu !
Persévérez
Comment tenir bon, même dans les moments difficiles ? L'autrice rapporte ici sa propre expérience et donne des dates précises :
2015-2016 : elle freine sa surconsommation et met de l'ordre dans ses finances.
2016-2018 : elle commence à voir son endettement se réduire peu à peu. En un peu moins de deux ans, elle rembourse 16 000 $.
2018-2019 : elle se constitue un fonds d'urgence pour "assurer sa sécurité financière". Elle décide de quitter son emploi au bout d'un an d'épargne.
2019-2020 : ce n'est pas toujours facile d'être complètement à son compte. Mais elle a réussi à ne pas s'endetter à nouveau et à vivre modestement, mais correctement.
2020-2021 : elle achète un bien immobilier avec son compagnon, beaucoup de dépenses en une fois, mais un investissement rendu possible par les efforts réalisés jusque-là !
"Parfois, il faut mettre la main à la pâte pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, pour changer son quotidien." (...) Le chemin le plus facile pour y arriver, c'est celui de la frugalité." (Faire plus avec moins, Chapitre 3)
Petit à petit, vous pouvez voir le ciel s'éclaircir et penser non seulement à l'épargne, mais aux investissements financiers tels que la bourse ou l'immobilier.
"Êtes-vous obligé de parler de vos nouvelles motivations, de votre changement de vie ou de vos prises de conscience ? La réponse est non." (Faire plus avec moins, Chapitre 4)
Parfois, nous pouvons percevoir notre entourage comme un frein dans la réalisation de nos objectifs. À d'autres moments, ils sont une grande source d'inspiration et de motivation. À vous, donc, de voir quand et avec qui vous voulez partager votre nouveau goût pour la simplicité.
Vicky Payeur, pour sa part, a décidé d'ouvrir complètement les vannes, puisqu'elle a créé un blog dans lequel elle s'est mise à raconter son parcours, depuis ses erreurs jusqu'à ses réussites. Elle partage au quotidien avec son audience des trucs et astuces et répond aux questions qui lui sont adressées.
☀️ En véritable infopreneuse, elle propose aujourd'hui des ateliers et des formations pour aider celles et ceux qui le souhaitent à prendre le chemin de la frugalité. Bref, à sa manière, elle suit la méthode des rebelles intelligents proposée dans votre livre gratuit Vivez la vie de vos rêves grâce à votre blog !
Le jugement des autres
Le jugement des autres peut avoir une influence négative sur vous. Certaines personnes peuvent être fermées à ce mode de vie. D'autres peuvent (parfois même les mêmes) ressentir de la jalousie. Savoir s'y préparer permet de mieux affronter ce problème.
Comment faire ? En ne parlant pas quand vous n'en sentez pas le désir et en ignorant ceux et celles qui vous critiquent ou vous envient. Malgré ses activités de blogueuse, Vicky Payeur prône plutôt la voie du "en dire moins, c'est souvent mieux'.
Surtout lorsqu'il s'agit de parler de ce que vous arrivez à mettre de côté ! En effet, ce n'est pas la même chose de parler de ses difficultés et de trucs et astuces pour les surmonter que d'exposer ses objectifs et ses revenus réels.
La prudence est donc de mise. Mais dans tous les cas, vous restez maître de vos prises de parole.
Une histoire de collègues
Au travail, vous pourrez faire face à des collègues qui sont eux aussi dans des situations d'endettement ou de difficultés financières, mais qui refuseront (voire se moqueront) de vos objectifs frugaux. C'est ce qu'a vécu Vicky Payeur. Comme elle, laissez vos chemins se séparer.
Focalisez-vous sur votre propre réussite et adoptez la pensée positive.
"Aujourd'hui, je sais pertinemment qu'adopter la pensée positive dans mes différentes actions du quotidien a été la clef de ma réussite." (Faire plus avec moins, Chapitre 4)
La force des amitiés
À côté des personnes qui vous tirent vers le bas, il y — aussi ! — toutes celles qui vous aident dans votre parcours. Les vrais amis sont ceux qui accepteront de ne plus sortir au restaurant comme avant mais vous aimeront toujours autant.
Redécouvrez ensemble des activités que vous aviez perdues de vue, par exemple. Pourquoi ne pas se retrouver chez soi plutôt que d'aller dans un bar ? Aller se promener ou jouer aux cartes… Ce ne sont que quelques illustrations.
Vous pouvez également adapter certaines activités pour les rendre plus frugales. Par exemple : les vacances. Vous pouvez épargner tout au long de l'année dans l'optique de ces vacances entre amis que vous avez l'habitude de faire.
"Croire qu'on ne peut pas adopter de nouvelles habitudes par crainte de l'avis de ses amis ou d'autrui, c'est s'enfermer dans une cage sans même avoir essayé d'en sortir. Essayez de nouvelles choses, osez, puis vous verrez ce qui en découlera !" (Faire moins avec plus, Chapitre 4)
Partie 2 — Comment se vit la frugalité ?
Revenons encore une fois à nos grands-parents. Non pas pour nier les progrès dont nous profitons aujourd'hui, mais pour éclairer de leur perspective notre tendance à l'hyperconsommation.
Ils avaient l'habitude de recycler et d'entretenir les choses ; nous jetons sans même prendre le temps de réparer. Qui a raison ? Prenons-les en exemple, soutient Vicky Payeur.
S'inspirer de la Grande Dépression
La grande crise qui fit suite au Krash boursier de 1929 intéresse beaucoup l'autrice. Selon elle, il y a même "7 astuces économes" à retenir en particulier :
« Cuisiner à partir de rien ;
Réparer avant de remplacer ;
Se divertir dans le confort de son foyer ;
Faire soi-même ;
Faire du troc ;
Dépenser seulement l'argent qu'on a ;
Réutiliser. » (Faire plus avec moins, Chapitre 5)
Retourner à la base
Nos ancêtres avaient beaucoup d'imagination pour vivre de peu ! En allant fouiller pour nous dans les savoirs de nos aïeux, la blogueuse retrouve plein de trucs et astuces qu'elle partage dans cet ouvrage.
Parmi les conseils supplémentaires, très pratico-pratiques, qu'elle donne à la suite du chapitre pour concrétiser les "7 astuces économes", vous trouverez :
Faire son bouillon (alimentation) ;
Sécher les poches de thé (alimentation) ;
Entretenir un potager (alimentation) ;
Réutiliser les vieux tissus (textile) ;
Raccommoder les vêtements (textile) ;
Revaloriser les emballages alimentaires (organisation) ;
Prendre des notes sur des vieilles enveloppes (organisation) ;
Etc.
À vous de consulter l'ouvrage afin de voir quels sont les trucs qui vous plaisent et vous paraissent réalisables chez vous ;). Maintenant, entrons dans le détail des propositions de Vicky Payeur.
"Il faut arrêter de consommer en mode automatique et commencer à se poser les bonnes questions qui nous rapprocheront un peu plus de notre liberté financière. L'argent qu'on évite de gaspiller aujourd'hui est peut-être ce qui fera la différence entre une retraite à 45, 50 ou 55 ans, plutôt qu'à la mi-soixantaine !" (Faire plus avec moins, Chapitre 6)
La cuisine est sans doute l'un des endroits où nous pouvons agir le plus efficacement pour réduire nos dépenses et mettre en pratique le frugalisme. Voyons comment.
L'évolution de mon panier
Vicky Payeur raconte comment elle est passée d'un panier d'achat de 120 $ à 50 $ par semaine (et même à 20 $ lorsqu'elle remboursait ses dettes !). Plusieurs actions sont à mettre en place, comme utiliser ce que vous avez dans vos tiroirs et n'acheter que ce dont vous avez besoin.
Progressivement, vous pouvez également changer durablement vos habitudes alimentaires. Manger moins de viande est économique et écologique, sans compter que c'est également bon pour votre santé.
Autre astuce : être attentif aux aubaines : réductions en tout genre dans les magasins ou via des applications dédiées, par exemple.
Viser l'équilibre, pas les extrêmes
Il est important de continuer à s'alimenter correctement. Manger des pâtes au beurre tous les jours n'est pas la solution… Votre santé est plus précieuse que vos économies !
Manger frugal
Manger frugal, c'est donc manger des produits frais et variés. Bref, c'est manger sainement et économiquement en suivant ces 9 règles d'or de l'alimentation frugale (p. 83) :
« Ne rien gaspiller ;
Cuisiner ce que l'on a ;
Utiliser des techniques de conservation adaptées ;
Planifier ses repas ;
Connaître les prix ;
Adopter la semaine sans épicerie ;
Mettre en place un système anti-gaspillage ;
Faire pousser des aliments ;
Manger principalement des repas maison." (Faire plus avec moins, Chapitre 6)
L'autrice présente en détail ces 9 points et vous donne encore plus de conseils dans les pages qui suivent. Mais passons à la suite.
Les fameux gadgets de cuisine
Minimalisme et frugalisme vont de pair. Pas besoin d'avoir les nouveaux robots ménagers à la mode ou les ustensiles hyperspécialisés qui vous serviront trois fois dans l'année. Débarrassez-vous de tous ces gadgets inutiles, encombrants. Et surtout : ne les achetez pas ! Ou bien si vraiment c'est indispensable, achetez en promotion…
N'oubliez pas : les produits dits "révolutionnaires" censés vous "simplifier la vie" ne sont souvent que des machins compliqués qui, au final, ne vous font pas gagner une seule minute — et encore moins un centime.
Économiser un dollar à la fois
En apprenant la simplicité et le recyclage en matière d'alimentation, vous pouvez vraiment commencer à voir la différence dans votre portemonnaie et votre compte en banque. C'est l'un des domaines où vous pouvez être le plus créatif et le plus rapidement efficace.
"Imaginez : chaque jour, le tiers de votre temps passé au travail ne sert qu'à mettre un toit sur votre tête. Réduire sa mensualité pour se loger est donc, sans surprise, une piste de solution majeure pour réduire vos dépenses de manière générale et alléger votre budget." (Faire plus avec moins, Chapitre 7)
Ne partons pas du principe que c'est impossible ; se loger à coût raisonnable est parfaitement faisable. Il y a des solutions plus radicales, telles que vivre en yourte ou sur un bateau, par exemple, et d'autres qui le sont moins. Explorons-les ensemble.
Les pièges à éviter
La première erreur est peut-être… de choisir une propriété "qui utilise le maximum de notre capacité d'emprunt pour l'hypothèque". À quoi bon ? Le plus important n'est-il pas de bien vivre au quotidien, sans se créer (trop) de stress supplémentaire ?
La modestie peut ici vous éviter de gros ennuis plus tard, lorsque vous devrez rembourser mensuellement votre prêt.
Autre écueil (lié au premier) : éviter de faire le "voisin gonflable", c'est-à-dire celui qui a tendance à gonfler son importance de biens trop chers pour lui, jusqu'à l'endettement insupportable.
Nous avons toujours tous tendance à nous comparer aux autres et à vouloir ce qu'ils ont (voire mieux). C'est la base sociologique de ce phénomène problématique.
Mais nous pouvons y résister. Au lieu d'agir de façon impulsive, attendez deux semaines ou un mois avant d'agir. "Il y a de fortes chances que vous ayez déjà oublié ce désir et que vous soyez rendu à autre chose", prédit Vicky Payeur !
Les autres frais
Il existe des dépenses plus essentielles que d'autres. Parmi celles-ci, bien sûr, le paiement de l'hypothèque ou du loyer, ainsi que les assurances diverses et les frais fixes (abonnements à l'électricité, internet, eau, gaz) qui nous permettent de vivre confortablement et en sécurité au jour le jour.
Par contre, réfléchissez aux dépenses qui sont accessoires. Cela dépend de chacun, mais voici quelques exemples :
Femme de ménage ;
Entretien paysager ;
Télévision câblée (ou abonnement Netflix) ;
Etc.
Se loger à petit prix
Dans cette section, l'autrice vous donne quelques idées pour vivre de façon moins conventionnelle et plus économique — voire plus rentable :
Opter pour un petit logement (genre tiny house, yourte, etc.) ;
Vivre en colocation ;
Habiter avec ses parents ;
Déménager dans une autre région ;
Louer une partie de son bien immobilier ;
Vivre en van ;
Faire du "home sitting" (gardiennage de maison) ou du WWOOFing (travail contre logement) ;
Etc.
Les solutions sont nombreuses et très variées !
Vivre de façon alternative, même avec des enfants
Peut-être pensez-vous que ces solutions sont réservées à des jeunes gens. Impossible d'agir de la sorte quand on a une famille ! Et pourquoi pas ? L'autrice rapporte plusieurs anecdotes de parents vivant frugalement et différemment en ayant un ou plusieurs enfants.
Hypothèque ou location ?
Impossible à dire de façon générale. "Pour savoir si vous gagnez à louer ou à acheter une propriété, il vous faudra sortir la calculatrice", prévient Vicky Payeur. Toutefois, il est possible de mettre en évidence quelques avantages et inconvénients de chaque situation.
Pour la location :
Prix fixe chaque mois (+) ;
Mais possibilité de hausse du prix du loyer au renouvellement du contrat, voire d'expulsion (-) ;
Moins de frais liés à l'entretien (+) ;
Mais moins de liberté d'action (-).
Pour l'achat/hypothèque :
Marge de manœuvre accrue (+) ;
Mais frais "surprises" (-) ;
Épargne "forcée" qui nous permet de constituer un capital (+).
"Plutôt que de dépenser votre argent en biens matériels, dépensez-le en nouveaux apprentissages. Le savoir est la seule chose que personne ne pourra jamais vous retirer." (Dominique Loreau, L'art de la simplicité, Cité dans Faire plus avec moins, Chapitre 8)
Nous avons plus de loisirs aujourd'hui qu'avant, mais souvent nous passons notre temps libre à passer d'une activité payante à une autre. Pourtant, il est tout à fait possible de profiter du quotidien sans en faire des tonnes.
Vivre plutôt que consommer
Les émotions que nous ressentons lorsque nous achetons quelque chose (bien ou service) ne durent généralement pas. En revanche, celles qui nous prennent lorsque nous vivons quelque chose de fort, fortuit et gratuit, celles la restent ancrées en nous.
Ces expériences peuvent être de différentes natures : bénévolat ou simple jardinage, il y a le choix ! L'idée consiste à se détourner des possessions et du matériel pour insister sur le moment passé ensemble.
Le coût des loisirs
Vous pouvez limiter les dépenses et mieux profiter de l'existence. Comment ? En réfléchissant à vos achats de "gadgets". Encore une fois, il tient à vous seul de savoir ce qu'est, pour vous, une dépense légitime et une dépense superflue.
Si vous faites un sport, par exemple, certaines dépenses seront nécessaires. Mais comment les gérer ? Vicky Payeur vous propose de mettre tout cela par écrit et de faire le point.
Quelle est l'enveloppe budgétaire que vous avez consacrée en un an à votre loisir principal (sport, activité culturelle) ? Êtes-vous heureux du résultat et souhaitez-vous continuer ainsi ?
Et les autres activités ?
Lesquelles vous semblent pertinentes et satisfaisantes ? Lesquelles pourraient être supprimées ou limitées ?
Les modes
Les stigmatisations vont bon train. Pour les sports, on vous reprochera de ne pas avoir le matériel dernier cri. Pour la musique, par exemple, certains vous demanderont pourquoi vous n'avez "que" la version freemium…
Nous l'avons déjà dit : nous sommes influencés par nos pairs. Cela vaut dans le domaine de l'alimentation et du logement comme du loisir. Mais vivre sobrement, c'est penser différemment et c'est donc "arrêter de faire… comme tout le monde" !
Les activités déjà payées à même les taxes
Eh oui, chaque année, nous payons en impôts et en taxes des infrastructures et des institutions de loisirs dont nous aurions bien tort de nous priver. Par exemple ?
Au niveau du sport :
Chemins de randonnée publics et gratuits ;
Parcs municipaux et infrastructures sportives qui y sont installés ;
Sentiers, trottoirs et pistes cyclables pour courir ou faire du vélo ;
Groupes d'entraide et de création d'événements gratuits ;
Piscines municipales (moins chères) ;
Etc.
Au niveau culturel :
Musées (parfois gratuits) ;
Festivals et spectacles gratuits l'été ;
Bibliothèques ;
Conférences et cours gratuits ;
Quartiers et villages proches ;
Groupes et associations locales ;
Etc.
En outre, vous pouvez vous divertir en restant chez vous. Recréez, par exemple, l'ambiance cinéma à la maison… Ou profitez de votre temps libre pour écrire sur des thématiques qui vous intéressent ou jouer de la musique en autodidacte…
Des loisirs modestes
Vicky Payeur a plein d'idées ! Elle propose de noter les activités en fonction de leur coût ($$$, $$, $ ou 0) et à voir ce que vous pouvez changer par des loisirs gratuits et "modestes". Il y en a pour tous les goûts :
Au niveau du sport (utiliser les infrastructures gratuites pour courir, faire du vélo, jouer au ping-pong, etc.) ;
Ou des activités culturelles (depuis les visites gratuites, jusqu'aux conférences citées plus haut, etc.) ;
Et des activités domestiques (comme le jardinage, la construction/restauration de meubles, etc.) ;
Ou sociales (bénévolat, organisation de dîner partagé ou de pique-nique, chez soi ou dans la nature) ;
Etc.
L'autrice donne une foule d'idées impossible à reproduire ici. Consultez l'ouvrage pour vous faire une meilleure idée !
Voyager léger
Faire le tour du monde sans argent ? C’est ce qu’ont fait Muammer Yilmaz et Milan Bihlmann pour démontrer que c’était possible. Vous ne souhaitez pas aller jusque là ? C’est compréhensible.
Voyons donc les solutions qui s’offrent à vous. :
Être flexible (si vous travaillez de chez vous en freelance, par exemple, c'est plus facile de voyager les jours "creux") ;
Faire du couchsurfing ;
Prendre le bus de ville et acheter vos propres aliments au lieu d'aller au resto tous les jours ;
Aller dans des pays où vous avez un meilleur pouvoir d'achat (en Asie, notamment).
La frugalité et les loisirs dans la vraie vie
Il y a un équilibre à trouver entre le souhait d'épargner et l'envie de vivre le moment présent. L'important consiste à ne pas devenir avare. Sachez dépenser votre argent, mais dépensez-le sagement !
"La frugalité n'est pas la privation", répète Vicky Payeur. "C'est économiser là où d'autres dépensent tout leur argent et le faire de manière intelligente et réfléchie", conclut-elle.
Combien dépensez-vous par mois en vêtements et soins personnels ? Pour un Canadien, c'était en moyenne 400 $ par mois en 2019. Si cela vous semble beaucoup, faites votre propre compte. Vous aurez peut-être des surprises !
La différence entre besoin — quelque chose de nécessaire à notre bien-être — et désir — plus proche du caprice inutile — est ici importante.
Moins, c'est mieux !
Vicky Payeur prête beaucoup d'attention à son physique, mais elle le fait de façon minimaliste et frugaliste.
Elle a fait le vide et n'a gardé que 20 % de sa garde-robe ; ce qu'elle porte vraiment. Elle a aussi modifié son style pour qu'il soit plus simple et que ses vêtements soient plus faciles à assembler au quotidien.
"La confiance en soi est probablement le plus bel accessoire", dit encore Vicky Payeur. Plus besoin de chercher le dernier sac à la mode, contentez-vous d'être bien dans vos baskets !
Les vêtements
Réduire ses achats vestimentaires passe par :
Un tri de sa garde-robe et par l'appréciation de ce qu'on a déjà ;
De petites retouches par-ci par-là pour garder ses vêtements plus longtemps ;
Des achats de seconde main, des friperies ou des échanges, etc. ;
Via de petites (e-)boutiques ou des sites/applications de petites annonces ;
Des achats de qualité !
L’autrice recommande d’éviter certains tissus qui se dégradent plus rapidement comme l’acrylique et la viscose et privilégier des matières organiques comme le lin ou le coton.
Les cheveux
Parfois, nous dépensons des sommes folles chez le coiffeur. Et nous pensons qu'avoir du shampoing chez soi est tout simplement évident. Mais il y a des alternatives…
Au menu de cette section :
La méthode no-poo à base de bicarbonate de soude et de vinaigre de cidre de pomme ;
Du savon ;
La réduction des produits utilisés (surtout pour mesdames).
Pour le coiffeur ? À vous de voir. Vous pouvez aussi apprendre à couper les cheveux de vos proches.
Le corps
Vicky Payeur relate avoir ressenti un mal-être physique très jeune, alors qu'elle avait à peine 24-25 ans. Elle s'est rendu compte qu'elle bougeait peu et ne mangeait pas toujours bien. Pas besoin pour autant de dépenser une centaine de dollars en abonnement à la salle de gym ou en équipement.
Vous pouvez suivre les conseils déjà donnés plus haut (chapitre 8 sur les loisirs). Quant à l'autrice, voici sa routine santé quotidienne :
Faire une balade dehors de 30 minutes au moins ou faire une activité sportive ;
Boire de l'eau tout au long de la journée ;
Soupe et salade au moins une fois par jour ;
Bien dormir !
J'achète, donc je suis
La pression sociale peut être forte : nous voulons être beaux et belles pour apparaître parmi nos collègues et nos amis. Alors, nous recourons aux moyens les plus aisés… mais souvent les plus coûteux.
Et pourquoi ne pas se simplifier la vie ? Cela ne signifie certainement pas arrêter de prendre soin de soi. Au contraire ! En consommant de façon réfléchie, vous vous sentirez mieux et cela se verra.
"Avoir des enfants, ça coûte de l'argent." (Faire plus avec moins, Chapitre 10)
Certes. Et même beaucoup. Et pourtant, là encore, il est possible d'économiser. Il n'est pas question de parler ici de l'éducation proprement dite. Simplement de faire un petit arrêt sur image pour se demander ce que nous faisons et se rappeler ce que nous aimions quand nous étions enfants.
Êtes-vous influençable ?
Nous voulons être de bons parents. Alors, nous écoutons les publicitaires nous raconter que ce produit est essentiel au bien-être de notre bambin (ou de nous-mêmes). Nous capitulons devant leurs arguments. Bref, nous nous montrons influençables.
Si vous remarquez ce ciblage marketing, prenez vos distances. Interrogez toujours le caractère "nécessaire" et "essentiel" de ce produit ou de ce service. Cache-t-il un vrai besoin ou seulement un désir ?
Réduire le rythme
Autre point : voulons-nous que nos enfants aient des horaires de ministres ? Pas nécessairement. Ralentir le rythme est à la fois sain pour eux et pour la vie financière de la famille.
Leur créativité n'en sera pas abîmée, détrompez-vous ! Un peu de temps, un peu d'ennui est plus que nécessaire au développement des aptitudes créatrices des petits comme des grands.
Les objets de seconde main
Vos familles et vos amis vous donnent de vieux vêtements et des objets de leurs précédents enfants ? Quel bonheur ! Si ce n'est pas le cas, tournez-vous vers du seconde main dès que c'est possible. Surtout pour les vêtements, qui ont souvent la vie courte.
Bien sûr, la sécurité doit avoir votre priorité : un siège-auto ou ce genre de choses devront être adaptés à votre environnement et devront donc peut-être être achetés neufs.
Emprunter et échanger plutôt qu'acheter ?
Aujourd'hui, il existe de nombreux groupes, notamment sur Facebook, pour s'échanger des objets en tout genre ou emprunter ce dont nous avons besoin. Cela vaut aussi pour les jouets et autres objets infantiles. Pourquoi ne pas essayer ?
La nature comme terrain de jeux
Nous l'avons dit plus haut : le monde autour de nous recèle d'espaces où découvrir le monde et où faire ses premiers pas et ses premières expériences. Il suffit souvent de quelques kilomètres pour trouver un parc ou un espace naturel où faire évoluer son enfant en toute liberté.
"Laisser à un enfant du temps de jeu libre et actif en nature lui apporte de nombreux avantages qui lui rendront service tout au long de sa vie." (Faire plus avec moins, Chapitre 10)
Les trois cadeaux
La frugalité en famille repose également sur l'apprentissage d'autres voies possibles à côté de la surconsommation. Les cadeaux sont souvent l'occasion d'un excès. Mais pourquoi ne pas en faire un rituel vertueux ?
Vicky Payeur propose d'offrir 3 cadeaux (à se répartir entre parents et grands-parents, par exemple) :
Quelque chose que l'enfant veut vraiment ;
Une chose dont il a vraiment besoin ;
Un livre.
Voici une autre idée : offrir quelque chose de commun pour la famille. Par exemple : une activité à pratiquer tous ensemble.
Conclusion sur "Faire plus avec moins" de Vicky Payeur :
Ce qu'il faut retenir de "Faire plus avec moins" de Vicky Payeur :
"Adopter des habitudes frugales au quotidien est LA façon viable pour atteindre ses objectifs de devenir libre financièrement et de prendre sa retraire hâtivement." (Faire plus avec moins, Conclusion)
Selon Vicky Payeur, il est souvent difficile de faire jouer son salaire. Nous ne savons pas avec certitude si nous gagnerons plus dans 5 ou 10 ans. Il est donc préférable de commencer dès maintenant à épargner, petit à petit.
Certes, cela demande du travail et quelques efforts. Mais le jeu en vaut vraiment la chandelle. Tant d'un point de vue économique qu'éthique. Finalement, c'est la porte d'entrée vers vos objectifs de vie !
Points forts :
Un manuel très clairement présenté ;
Plein de conseils pour commencer à épargner tout de suite ;
Une belle mise en page ;
Une annexe avec des recommandations de lectures utiles ;
Des résumés à la fin de chaque chapitre.
Point faible :
L'aspect blogging (qui permet d'augmenter ses revenus en faisant quelque chose qu'on aime) est peu abordé, ainsi que les façons plus proactives (placements en bourse, investissements) de développer son capital financier.
Ma note :
★★★★★
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]]>Résumé de "Le grand saut" de Gay Hendricks : ce psychologue vous montre comment retrouver un surplus de confiance en vous et découvrir que tout ce que vous voulez entreprendre est réellement possible — un best-seller du New York Time lors de sa sortie aux États-Unis.
Gay Hendricks, 2010, 284 pages.
Titre original : The Big Leap (2009).
Chronique et résumé de "Le grand saut" de Gay Hendricks
Introduction - Supprimez le dernier obstacle à la réussite ultime en amour, au travail et en santé
Le seul problème qui vous retient
Pour Gay Hendricks, ce problème a un nom : c'est le problème de la limite supérieure. Lorsque vous êtes déjà une personne motivée et avec du succès, il se peut que vous perdiez confiance au moment d'atteindre vos objectifs ultimes. Ou que vous les pensiez impossibles.
C'est ça, le problème de la limite supérieure : la difficulté à "franchir les derniers kilomètres". Pour le résoudre, une chose est à accomplir : apprendre à apprendre ou, si vous voulez, être ouvert à l'apprentissage. Telles sont la question et la thèse principales de l'auteur.
Comment atteindre votre zone de génie ? Telle est une autre formulation de cette même interrogation. Cela dit, pour être heureux, il ne suffit pas de réussir dans les affaires. L'important est de parvenir au meilleur de soi-même dans tous les domaines de l'existence.
Pour vous aider à réaliser ce potentiel que vous sentez en vous, Gay Hendricks choisit de s'adresser à vous simplement et directement, à partir de sa propre expérience personnelle et comme thérapeute.
Le moment de la découverte
L'auteur raconte comment lui est venue l'idée principale de sa méthode. C'est alors qu'il s'inquiétait inutilement pour sa fille (qui était en sécurité dans un camp de vacances) qu'il a pris conscience que son inquiétude était générée à cause de bien-être antérieur. Comment ? Cela mérite une explication !
"Une partie de moi craignait de jouir d'une énergie positive pour une période prolongée de temps. Lorsque j'atteignais ma limite supérieure, quant à la quantité de sentiments positifs que je pouvais gérer, je créais une série de pensées désagréables pour me dégonfler." (Le grand saut, Introduction)
Ce schéma fonctionne dans tous les domaines :
Vous mangez sainement puis vous "craquez" ;
Ou bien vous vous disputez après une période de couple harmonieuse ;
Etc.
Les pensées ou attitudes négatives seraient donc un moyen — mis en place de façon inconsciente ou presque inconsciente — pour stopper net une avancée positive. Pourquoi ? Car, ainsi, nous restons dans notre zone de confort, c'est-à-dire dans ce que nous connaissons déjà.
D'où une première question pratique : "Comment puis-je augmenter les périodes de contentement dans ma vie ?" Suivie de trois autres :
"Si je peux éliminer les comportements qui interrompent le flot d'énergie positive, puis-je apprendre comment me sentir bien tout le temps ?
"Puis-je permettre aux choses d'aller bien dans ma vie en tout temps ? Dans mes relations, puis-je vivre en harmonie et en intimité tout le temps ?"
" Notre espèce peut-elle vivre des périodes plus longues de paix et de prospérité, libres du schéma où nous chamboulons tout lorsque les choses vont bien ? » (Le grand saut, Introduction)
Chapitre 1 - Vous préparer pour le grand saut
Comment commencer
Dans ce chapitre, tout l'enjeu consiste à identifier le problème et la façon de le résoudre. Commencez par vous demander si vous êtes prêt à être mieux au quotidien. Cela peut paraître stupide (tout le monde a envie de répondre "oui !"), mais ne l'est pas.
"Se sentir bien", pour Gay Hendricks, c'est avant tout ressentir un "sentiment profond et naturel de bien-être qui ne dépend pas de facteurs extérieurs".
Prenez un peu de temps chaque jour pour rechercher ce sentiment. Puis, vous pourriez progressivement vous demander si vous voulez étendre ce bien-être à votre "vie tout entière" (dans tous les aspects de votre existence) et, finalement, si vous voulez vous sentir bien absolument "tout le temps".
Ici encore, la réponse évidente semble être positive. Mais quand nous y pensons un peu, nous voyons qu'en fait, nous nous mettons des bâtons dans les roues ou, plutôt, nous nous imposons des limites. Or, celles-ci n'ont pas lieu d'être ; elles sont simplement issues de croyances restrictives et erronées.
En fait, répondre par oui à ces questions est un acte courageux. Il vous prépare au "grand saut" !
Le grand saut de Maynard
Maynard Webb est l'une des personnes qui ont permis à la plateforme eBay de connaître un grand succès dans les années 2000-2010. Dans cette compagnie, il était dans sa zone d'excellence, selon Gay Hendricks, mais pas dans sa zone de génie. Il pouvait — et souhaitait — faire mieux.
Il s'est finalement décidé à entrer dans une autre compagnie et a connu un succès retentissant.
Autre exemple. Le Dr Jordan a lui reculé au dernier moment, lorsqu'une grande entreprise a voulu racheter sa petite compagnie. Il a tellement créé de difficultés que les acheteurs se sont enfuis. Mais cela lui a permis d'apprendre la leçon et il est devenu un adepte du grand saut.
Vous concentrer sur vous-même
"Une fois que vous vous engagez à vivre votre plein potentiel, votre ego est soudainement menacé d'extinction. Il a fabriqué des excuses pour vous tout le long de votre vie. Si votre engagement à faire votre grand saut est sincère, vous devrez montrer la porte à votre ego. Mais à moins que vous ayez de la chance, votre ego ne partira pas calmement. Il a toute une carrière derrière lui." (Le grand saut, Chapitre 1)
Que veut dire ce passage ? Eh bien que nous nous faisons un cinéma intérieur et que le projectionniste n'est autre que notre ego, qui cherche à nous protéger contre une perte d'estime de nous-même en préférant se bercer d'illusions.
Le chemin à parcourir
En fait, c'est de la peur. La peur est ce brouillard qui vous empêche d'avancer et de trouver votre chemin hors de votre zone de confort (le cinéma intérieur). Pourtant, la crainte peut être maîtrisée et mise à profit comme un carburant. À condition de "respirer".
En fait, la peur est de l'excitation "sclérosée".
Pour lui redonner vie, il faut respirer, c'est-à-dire prendre concrètement des bouffées d'air pour donner de l'espace à cette émotion et la contrôler. C'est ce que font de nombreux acteurs et actrices quand ils ont le trac, par exemple !
Si votre envie d'atteindre votre zone de génie est sincère, la méthode qui sera exposée dans les lignes qui suivent vous sera d'un secours précieux.
Comment fonctionne le problème de la limite supérieure
Selon l'auteur, nous sommes dotés d'un "thermostat" qui nous indique les limites d'amour, de réussite professionnelle, etc. que nous pouvons tolérer. Ces mesures ont été arrêtées, pour la plupart, dans l'enfance. Autrement dit, nous avons appris à limiter les hausses "dangereuses" du thermostat.
La culpabilité joue un rôle particulièrement important dans ce processus :
"La culpabilité est un moyen dont dispose notre esprit pour presser douloureusement sur le conduit où circulent nos sentiments positifs." (Le grand saut, Chapitre 1)
Une idée radicale
Pour Gay Hendricks, tout l'enjeu consiste à dissiper ces sentiments négatifs en prenant appui sur la réserve de bien-être intérieur que nous pouvons retrouver à chaque instant en nous.
Souvent, nous pensons que, pour être heureux, vous devez avoir réussi, être en bonne santé, etc., c'est l'inverse qui est vrai. Retrouvez cette source de bien-être et faites-la grandir progressivement : c'est là que vous serez en bonne voie pour vous accomplir dans tous les domaines !
Cette idée est radicale car elle s'oppose à ce qui est communément cru. Vous n'avez besoin de rien pour commencer à être heureux, sinon d'une pensée positive qui vous aide au quotidien dans vos réalisations.
Apprenons à ne pas saboter notre capacité à vivre mieux en "enclenchant le commutateur de la limite supérieure", c'est-à-dire en nous créant des problèmes inutiles (et parfois graves). Trouvons le moyen de retrouver notre énergie positive.
Le thermostat de la limite supérieure des personnes à succès
Gay Hendricks prend plusieurs exemples de personnalités qui achoppent au moment même où ils réussissent. Certains, en effet, se "tirent une balle dans le pied" parce qu'ils ne supportent pas avoir autant de succès. L'auteur prend les exemples de :
Christian Bale ;
John Belushi ;
Bill Clinton.
Il montre aussi comment la chanteuse Bonnie Raitt est parvenue à entrer dans sa zone de génie et à accomplir ses plus grands espoirs musicaux.
Résoudre un problème et vous libérer
"Par sa nature, le problème de la limite supérieur est impossible à résoudre dans votre état de conscience ordinaire. Si cette résolution avait été possible, il y a déjà longtemps que vous l'auriez faite. Le problème de la limite supérieure ne se résout que par un bon dans la conscience." (Le grand saut, Chapitre 1)
Impossible, ici, de recueillir des informations, puis de faire le choix adéquat. Il faut purement et simplement "dissoudre" le problème, en une seule fois.
Pour bien faire comprendre de quoi il s'agit, le psychologue rappelle les quatre "zones" d'interaction efficace avec le monde :
Incompétence (nous ne savons pas comment agir) ;
Compétence (nous pouvons résoudre des problèmes donnés) ;
Excellence (nous avons la maîtrise de notre environnement et sommes reconnus pour notre travail) ;
Génie (nous créons sans aucune difficulté et c'est notre don qui est mis en avant).
Souvent, c’est autour de 40 ans que notre « génie naturel » nous envoie des alarmes pour se rappeler à nous. Nous avons souvent évolué en faisant taire les petites voix qui nous appelaient, mais celles-ci se font de plus en plus pressantes.
Chapitre 2 - Faire le saut
Souvent, les problèmes et les réussites s'emmêlent. Une réussite dans la sphère du travail peut vous procurer un problème côté "cœur". Et vice-versa : les gâchis dans un domaine se répercutent ou peuvent se répercuter dans un autre.
Le déclenchement du problème de la limite supérieure
Selon Gay Hendricks, il y a quatre croyances limitantes qui nous empêchent d'accéder à notre plein potentiel. La plupart du temps, après un effort, nous sommes capables d'en reconnaître au moins deux ou trois. Il est plus rare d'arriver à quatre.
Avant de les présenter, l'auteur montre que ces barrières intérieures se manifestent sous la forme de mantras négatifs du type :
"Je ne peux développer mon plein potentiel parce que (...)" ;
"Je suis incapable de vivre des relations sereines parce que (...) ;
Etc.
Barrière cachée numéro 1 : se sentir fondamentalement imparfait
Souvent, nous pensons que quelque chose manque en nous. Ce défaut nous empêcherait d'atteindre nos objectifs professionnels ou de développer notre créativité, par exemple. Mais est-ce si sûr ?
Si vous réussissez, alors vous entrez en contradiction avec ce mantra négatif. Il y a "dissonance cognitive", c'est-à-dire conflit intérieur entre vos valeurs ou croyances (limitantes) et vos actions (réussite).
Pour résoudre cette tension intérieure, votre thermostat cherche à se remettre à la normale et à évacuer la réussite gênante par un nouveau problème ! Mais il y a une autre voie : vous pouvez mettre fin à cette croyance fausse et limitante, que l'auteur compare à un "bug" de notre cerveau.
Barrière cachée numéro 2 : déloyauté et abandon
Une autre façon de s'interdire de faire les choses est de considérer que vous souffrirez d'abandon ("je serai seul") ou que vous trahirez vos origines ("je ne peux pas lui/leur faire ça") en cas de réussite.
Souvent, vous vous inquiétez pour votre famille (vos parents). "Vais-je réussir à combler les attentes de mes proches ?" Telle est l'une des questions que vous vous posez. Vous vous sentez coupable et n'osez pas avancer.
Souvent, une bonne conversation permet de mettre les choses à plat et d'éteindre ces peurs inutiles. Celle-ci demande du courage, mais vous soulage d'un poids immense ensuite. L'auteur donne l'exemple d'un couple nouvellement marié qui a dû en passer par là pour vivre pleinement la relation.
Barrière cachée numéro 3 : croire qu'un plus grand succès entraîne un plus grand fardeau
Vous pouvez penser que vous serez un plus grand fardeau pour vous-même ou pour les autres si vous réussissez. Ce type de croyance peut vous poser problème depuis votre plus jeune âge, selon les messages que votre entourage familial vous a transmis inconsciemment ou implicitement.
Gay Hendricks raconte une histoire liée à sa propre enfance. Selon lui, sa mère et son frère l'ont toujours vu comme un fardeau, alors qu'il était une bénédiction pour ses grands-parents. Heureusement, il a fini par le comprendre et à voir que sa culpabilité reposait sur une faute imaginaire.
Barrière cachée numéro 4 : le crime d'éclipser les autres
Parfois, nous nous sentons retenu dans nos actions par la peur de faire du tort aux autres — souvent un proche. Nous ne voulons pas qu'il se sente exclu ou éclipsé par nos réussites. C'est un phénomène qui se produit régulièrement avec les enfants doués et talentueux.
Demandez-vous si vous avez peur d'éclipser quelqu'un en exprimant qui vous êtes et ce que vous faites de mieux. Peut-être que la dissolution de votre limite supérieure est liée à cet interdit qui vous a été imposé un jour…
Aller de l'avant
Ces 4 barrières cachées forment des mantras négatifs qui, répétés au fil des jours, peuvent vous limiter considérablement. Apprenez à les repérer par une réflexion honnête ; peut-être aussi à l'occasion de discussions avec des proches ou des professionnels de psychologie.
Une fois identifiés, vous serez capable d'aller de l'avant… C'est-à-dire de faire le grand saut !
Chapitre 3 - Pour être plus précis
Voyons maintenant de façon plus précise comment détecter le problème de la limite supérieure dans la vie quotidienne. Autrement dit, entrons dans encore plus de détails ; cette enquête nous aidera à nous préparer au changement.
Modèles typiques où nous atteignons notre limite supérieure
Voici les cinq modèles typiques de limite supérieure que Gay Henricks développe dans ce chapitre :
L'inquiétude ;
Le blâme et la critique ;
La "déviation" ;
Les disputes ;
Le fait de tomber malade ou de se blesser.
Pourquoi survient l'inquiétude ? Souvent, elle survient… pour rien, c'est-à-dire pour rien d'important. Elle est alors la manifestation évidente de notre limite intérieure. Bien sûr, il y a des inquiétudes légitimes, mais elles ne sont pas en cause ici. Pour dissocier l'une de l'autre, demandez-vous :
Si elle est liée à une possibilité réelle (et non imaginée) ;
S'il y a quelque chose que vous pouvez mettre en œuvre ici et maintenant pour créer une différence positive (pour résoudre le problème).
Si ce n'est pas le cas, alors c'est sans doute que l'inquiétude ne mérite pas toute cette énergie mentale de votre part. L'auteur prévient qu'il n'est pas si aisé de se déprendre de ses inquiétudes inutiles. En quelque sorte, nous y tenons. Le psychologue donne néanmoins un plan en 7 étapes pour parvenir à la maîtriser (voir pages 98-99).
Souvent, la critique a aussi peu avoir avec la réalité que l'anxiété.
"En d'autres termes, lorsque nous critiquons quelque chose, cela n'a habituellement rien à voir avec la chose que nous critiquons. Quand nous blâmons quelqu'un — ou quelque chose — nous le faisons parce que nous avons atteint notre limite supérieure et que nous essayons de retarder le flot d'énergie positive." (Le grand saut, Chapitre 3)
Souvent, nous sommes accro au blâme et à la critique. Nous nous en prenons à l'autre (ou aux choses ou aux autres de façon générale) de façon répétée et, en fait, nous ne pouvons nous arrêter. Faites l'expérience : cessez de critiquer ou blâmer pendant une journée et voyez si vous avez des difficultés.
Il en va de même lorsque vous vous critiquez vous-même. C'est le même processus. Souvenez-vous : la critique et le blâme ne visent jamais à parvenir à des résultats tangibles. Ils ont juste pour objet de vous mettre des bâtons dans les roues.
Apprenez donc à vous observer très attentivement pour reconnaître les moments où vous jouez le rôle du critique et de l'accusateur. Ici encore, apprenez à trier entre celles qui sont véritablement méritées et demandent une action concrète ici et maintenant — puis celles qui sont véritablement inefficaces et destructrices.
"Faire dévier" signifie ici minimiser ou se refuser à profiter de l'énergie positive qui émane de nos actions. Concrètement, vous refusez par exemple de recevoir une critique positive ou un compliment sur votre travail.
Ce faisant, vous ne pouvez mettre en place une véritable scène de reconnaissance, où chacun des interlocuteurs estime l'autre. C'est dommage, puisque cela nuit à votre propre énergie. Nous restons dans notre zone de compétence, peut-être, mais nous refusons l'excellence et le génie.
Dans ce cas-ci, apprenez à distinguer la louange honnête et méritée (de la flatterie sans intérêt) et à la recevoir comme il se doit. De cette façon, vous vous mettrez au défi d'aller encore plus loin !
Gay Hendricks aborde la question à la fois sur le plan personnel du couple et sur celui, international, des conflits entre pays ou confessions religieuses et politiques. Selon lui, c'est à chaque fois le même scénario : quelqu'un revendique le statut de victime et veut rendre l'autre partie responsable.
Comment sortir de ces engrenages ? En affirmant à 100 % sa propre responsabilité à la fois dans la création du conflit et dans sa volonté à le résoudre. Chacun, bien sûr, doit s'engager de la même façon. En fait, il n'y a pas 100 % à diviser, mais 100 % à additionner de part et d'autre !
Gay Hendricks affirme que certaines — pas toutes, bien sûr ! — affections ou accidents peuvent survenir de façon à créer un problème de limite supérieure. Et, dans tous les cas, cela ne doit pas vous empêcher de le traiter avec des médecins compétents.
Simplement, demandez-vous si ce problème de santé survient à un moment particulièrement "inadéquat", lorsque vous venez tout juste de réussir quelque chose ou que vous vous apprêtiez à faire le grand saut, par exemple.
Pour savoir si vos douleurs peuvent être liées à un problème de limite supérieure, utilisez la technique suivante.
Les trois P
Que sont les trois P ? Ils sont comme une carte. Les trois P signifient :
Punition ;
Prévention ;
Protection.
La punition peut survenir lorsque vous faites quelque chose manière irrationnelle et que votre corps vous "punit" pour vous signaler un souci. L'auteur prend l'exemple d'une personne ayant des migraines affreuses après des ébats amoureux hors mariage.
Selon Gay Hendricks, voilà un signe que cette personne se châtie de son comportement irrationnel et ne s'autorise pas, en fin de compte, d'explorer sa zone de génie. Solution ? Reconnaître que les "sensations délicieuses" qu'il expérimente avec sa maîtresse pourraient être libérées de façon plus saine, sans tricher.
Quant à la prévention et la protection, elles surviennent souvent ensemble. Ce peut être dû à une tentative de votre corps et de votre subconscient de vous éviter de faire quelque chose que vous n'avez pas totalement (ou du tout, en fait) envie de faire.
Atteinte à l'intégrité
"Poser une atteinte à votre intégrité est l'un des moyens les plus rapides pour vous rabaisser après une excursion au-delà de votre limite supérieure. Les atteintes à l'intégrité les plus répandues sont les mensonges, le non-respect d'un accord, et les vérités cachées." (Le grand saut, Chapitre 3)
Nous sommes souvent des experts au petit jeu de nous cacher ce que nous pensons vraiment. Nous évitons d'être honnêtes avec nous-mêmes et avec les autres pour ne pas dépasser notre limite supérieure, mais nous nous imaginons que ce sont d'autres raisons qui nous y poussent.
Le psychologue prend de nombreux exemples, dont celui de Bill Clinton à nouveau, pour illustrer ce phénomène. Il suggère aussi de considérer l'intégrité moins comme un problème moral (même si c'en est un) que comme un problème physique : le manque de sincérité, par exemple, "bouche" les relations et les rend moins fluides.
En reconnaissant que nous n’avons pas été sincères, nous pouvons enlever le caillou et laisser le flux de la communication se rétablir naturellement. De ce fait, nous pouvons, dans nos interactions quotidiennes, atteindre de bien meilleurs niveaux de succès et de bien-être.
L'auteur propose de faire le point en acceptant de prendre en considération le fait que le mensonge ou le manque d'intégrité soit lié à une peur d'évoluer positivement (pour soi-même ou au sein d'une relation).
La première étape vers la plénitude : découvrir votre histoire
Pour découvrir ce qui empêche la plénitude d'être restaurée, il importe de se pencher sur son histoire. Posez-vous les questions suivantes :
"À quel moment est-ce que je sens que je ne suis plus intègre face à moi-même ?"
"Qu'est-ce qui m'empêche de me sentir complet et entier ?"
"Quels sont les sentiments importants que je ne laisse pas apparaître dans ma conscience ?"
"Y a-t-il un aspect de ma vie où je ne révèle pas toute la vérité ?"
"Y a-t-il un aspect de ma vie où je n'ai pas tenu mes promesses ?"
"Dans ma relation avec (...), qu'ai-je besoin de dire ou de faire pour me sentir complet et entier ?"
Ces interrogations vous aideront à "déprogrammer" votre histoire et à vous reconnecter à votre zone de génie.
L'attitude
Ces exercices peuvent paraître longs et fastidieux. Mais Gay Hendricks se veut rassurant : recherchez des choses déterminées (un sentiment de tristesse ou de peur, par exemple) et cherchez à l'analyser.
Important : agissez avec une tonalité de remerciement et d'émerveillement, plutôt que sur le mode du blâme ! Rechercher la vérité est une activité qui s'exerce préférablement dans une atmosphère ludique.
Actions requises
En ayant cette attitude à l'esprit, commencez vos recherches de "problèmes de limite supérieure", ce que l'auteur résume par ULPs (pour upper limit problem, en anglais). Chaque fois que vous constatez que votre problème est lié à un ULP, cherchez à le dissoudre en utilisant l'une des techniques citées plus haut.
Cherchez aussi consciemment à accroître l'épanouissement, l'amour et le succès dans votre corps et votre esprit. Savourez les sensations corporelles qui sont liées au bien-être et à la plénitude intérieure.
Enfin, mettez-vous à la recherche d’une histoire de vous-même qui soit en lien avec votre zone de génie. Créez votre propre récit positif afin de reconnaître votre plein potentiel et accepter de le partager.
Chapitre 4 - Construire un nouveau nid dans votre zone de génie
"Ceux et celles qui ont le courage de découvrir et de faire naître leur génie font une percée vers des hauteurs sans précédent de productivité et de satisfaction." (Le grand saut, Chapitre 4)
La plupart du temps, nous "sautillons" dans notre zone de compétence, mais nous n'osons pas franchir le pas, faire le grand saut — le seul qui compte vraiment. Notre tâche consiste à repérer les moments où nous n'avançons plus en raison du problème de la limite supérieure afin de déverrouiller ce plafond de verre.
De façon régulière, les personnes souhaitent réaliser un projet créatif, mais n'y parviennent pas. Le grand saut consiste à passer le cap et à se donner les cartes en main. Les histoires que nous construisons et que nous racontons pour justifier notre maintien dans la zone de compétence ne peuvent pas durer éternellement !
Votre engagement au génie
Dans cette partie, Gay Hendricks cherche à vous faire passer le précipice ; bref, il veut que vous vous engagiez à sauter. Pour vous faire à l'idée, il vous propose de commencer par la répétition de cette phrase :
"Je m'engage à vivre dans ma zone de génie, maintenant et pour toujours." (Le grand saut, Chapitre 4)
En répétant plusieurs fois cette phrase et en étant attentif à ce qu'elle provoque en vous, vous ancrerez cette nouvelle croyance positive et vous serez prêt à changer.
Les questions géniales
Voici une série de questions à vous poser pour identifier votre zone de génie et ne pas la laisser s'échapper :
"Qu'est-ce que j'aime le plus faire ?"
"Quel est le travail que je fais sans sentir que c'est du travail ?"
"Dans mon travail, qu'est-ce qui produit le ratio le plus élevé de rentabilité et de satisfaction par rapport au temps consacré ?"
"Quelle est mon habilité unique ?"
L'auteur explicite chacune de ces questions pour que vous puissiez y répondre de façon précise. À noter : c'est aussi la méthode employée dans Vivre la vie de ses rêves grâce à son blog !
Articuler votre habileté unique
Il n'est pas si aisé de la rencontrer. Il faut souvent défaire "les poupées russes" qui la cachent. Par exemple, ce n'est pas "animer les réunions" qui sera, peut-être, l'habilité de quelqu'un. Mais plutôt : la capacité à sentir des changements d'humeur dans les groupes et à les canaliser.
Trouvez une affirmation simple et précise commençant par :
"J'excelle dans…"
Selon Gay Hendricks :
« Vous saurez que vous approchez de votre habileté unique quand vous ressentirez une lueur intérieure d’émerveillement et d’excitation. » (Le grand saut, Chapitre 4)
Chapitre 5 - Vivre dans votre zone de génie
Sortez de votre boîte et engagez-vous dans la spirale
La zone de génie n'est pas tellement stable : en fait, c'est plutôt une spirale d'ascension permanente. Une fois passée la limite supérieure, il n'y a plus de limites selon Gay Hendricks. Du moins, comparé à l'état très restreint dans lequel vous étiez avant, à savoir bloqué dans des "boîtes" et des croyances erronées.
Le mantra de la réussite suprême : une intention directrice centrale
Le mantra de la réussite suprême (ou appelez-le autrement si vous préférez) est une sorte de méta-programme à installer au cœur ou à la racine de vous-même.
Il s'agit d'un mantra dans la mesure où c'est "un son ou une idée que vous employez comme point de focalisation dans la méditation". Souvent, le mantra est simplement l'attention à la répétition. Mais il existe aussi d'autres techniques où vous pouvez focaliser votre attention sur une phrase précise.
L'important est d'y revenir à chaque fois, comme à un "port d'attache". Il est normal que vos idées vagabondent vers le passé ou l'avenir ; l'enjeu, c'est de les laisser filer et de revenir à l'instant présent.
Votre mantra de la réussite suprême
Dans la suite de l'ouvrage, l'auteur utilise l'acronyme MRS pour en parler. Il vous permet de garder l'intention centrale de votre zone de génie à l'esprit. Le voici :
"Je me développe chaque jour dans l'épanouissement, le succès et l'amour, et j'inspire ceux et celles qui m'entourent à faire de même." (Le grand saut, Chapitre 5)
Commencez par le dire à voix basse plusieurs fois. Puis tentez à voix haute. Ressentez son action en vous. Pour le psychologue Gay Hendricks, il s'agit de la meilleure méthode pour tenir à distance le problème de la limite supérieure et parvenir à vous installer durablement dans votre zone de génie.
Comment utiliser le MRS
Deux voies complémentaires sont préconisées par l'auteur :
Formellement, c'est-à-dire dans le cadre de méditations régulières ;
Informellement, dans la vie quotidienne, lorsque vous en avez l'occasion.
Pour la méditation, Gay Hendricks propose d'alterner des répétitions toutes les 15-20 secondes.
Ce à quoi vous pouvez vous attendre
En fait, se répéter ce mantra dans le cadre d'une méditation n'ira pas sans difficulté. Comme l'auteur le signale, il est fort probable — et même souhaité — que vous esprit riposte à cette phrase nouvelle.
En effet, l'objectif est de "recabler" le conscient et le subconscient. Mais le cerveau, lui, préfèrerait garder ses bonnes vieilles habitudes ! Il va donc vous faire penser (en boucle) à tout le contraire. Par exemple : "Je ne suis pas assez bon pour inspirer qui que ce soit", etc.
Mais persévérez et vous verrez un changement. Ces ripostes sont un bon signe. Elles cesseront quand votre subconscient et votre conscient auront assimilé le nouveau programme.
Un important raccourci : le refus éclairé
Il importe de savoir dire non ou, pour le dire avec un livre célèbre : cessez d'être gentil et soyez vrai ! Le refus n'est pas mauvais en soi, au contraire. Il vous permet de rester focaliser sur ce qui vous intéresse et vous profite le plus.
Les refus éclairés et motivés honnêtement vous offriront même de bonnes surprises. L'auteur raconte comment il a lui-même réussi à obtenir des avantages et des opportunités grâce à sa capacité à dire non.
Un autre raccourci : renouveler et raffiner votre engagement
S'engager est le point de départ de tout projet : amoureux comme professionnel. Mais il ne se suffit pas à lui-même. En réalité, il faut souvent renouveler l'engagement pris à l'égard d'autrui. Il en va de même avec vous-même et votre MRS.
En prenant soin de votre engagement pour la zone de génie, vous donnerez l'exemple autour de vous. C'est ce qu'affirme Gay Hendricks dans ce passage :
"L'un des sentiments les plus savoureux au monde, c'est de voir que votre engagement à vivre dans votre zone de génie inspire d'autres personnes à faire de même. Non seulement inspirer les autres leur fera du bien, mais vous vous sentirez aussi merveilleusement bien." (Le grand saut, Chapitre 5)
Chapitre 6 - Le temps selon Einstein
Pour bénéficier d'une existence plus harmonieuse, vous devez comprendre que le temps n'est pas linéaire et objectif, mais avant tout subjectif. Nous pouvons le "créer". Oui, pour Gay Hendricks — qui s'inspire ici assez librement de la théorie de la relativité d'Einstein — vous pouvez maîtriser le temps !
Le problème et la solution
Pour l'auteur, qui cite ici David Allen (son voisin !), nous avons tous un problème avec le temps. Nous n'arrivons pas à "caser" tout ce que nous voulons ou devons faire dans le temps qui nous est "imparti".
Il y a bien des méthodes, dont celle de David Allen justement, mais celles-ci sont souvent compliquées et nous les laissons tomber en partie ou complètement après quelques essais. En tout cas, c'est l'expérience qu'en a faite Gay Hendricks.
Pour celui-ci, le vrai secret réside dans le fait de se donner une autre conception du temps. C'est ce qu'il appelle le paradigme Einstein, en opposition à l'ancien paradigme, celui de Newton.
Une fois adopté le temps selon Einstein, vous pourrez augmenter le temps disponible pour vos activités créatrices et productives. Comment ? Voyons d'abord en quoi consiste la différence entre les deux formes de temps.
L'ancien paradigme et le piège du temps newtonien en détail
Pour résumer, le temps newtonien est un temps fini, puisqu'il existe une quantité limitée de temps. Du coup, nous sommes toujours dans un état de pénurie. Toujours à le chercher pour réaliser la moindre activité.
En fait, nous sommes pris dans un piège, selon lequel il existe d'un côté le temps comme réalité matérielle et physique, indubitable, et de l'autre nous-mêmes, qui subissons sa pression. Nous sommes pris dans un dualisme où nous sommes les esclaves du maître-temps !
Notre problème de temps : un problème d'espace
Le changement de conception du temps va de pair avec un changement de conception de l'espace. Dans l'ancien paradigme, l'espace est lui aussi fixe. Dans la version d'Einstein, l'espace peut se contracter ou s'élargir — comme le temps justement !
La phrase clé du célèbre physicien contemporain est la suivante :
"Placez votre main sur un poêle une minute et ça vous semble durer une heure. Asseyez-vous auprès d'une jolie fille une heure et ça vous semble durer une minute. C'est ça la relativité." (Albert Einstein)
Gay Hendricks interprète cette remarque en disant que notre conscience s'étend dans l'espace lorsque nous sommes bien, alors qu'elle se rétrécit le plus possible quand nous sommes en mauvaise posture.
La vérité à propos du temps et toutes ces choses que vous ne voulez pas vraiment faire
"Pour arriver à vivre dans le temps selon Einstein, il vous faut effectuer une importante transformation, et c'est un concept qui est tellement inconcevable que j'ai effectivement vu des adultes avoir le souffle coupé d'étonnement lorsque je leur ai présenté comment procéder." (Le grand saut, Chapitre 6)
Êtes-vous prêt à essayer ?
En fait, vous avez besoin de déprogrammer votre persona du temps. Qu'est-ce que c'est que ça ? Le persona, ici, désigne "un modèle d'action et de sentiments qui sont apparus dans notre vie à un certain moment en réaction à certaines conditions".
En fait, persona signifie masque en latin. Mais laissons les complications aux universitaires, dit l'auteur, et entrons dans le concret.
Ce que vous avez vraiment besoin de savoir au sujet de votre persona
Nous avons plusieurs persona, au moins deux ou trois le plus souvent. Ceux-ci se sont développés durant notre enfance. À l'âge adulte, l'un des enjeux consiste à les repérer et à "supprimer" ceux qui nous sont devenus inutiles ou néfastes.
Pour Gay Hendricks, nous agissons également avec le temps en fonction d'un persona. Le plus souvent, nous agissons par exemple comme des "policiers du temps", recadrant la moindre personne en retard. Mais nous pouvons adopter en profondeur une autre personnalité relative au temps.
Le temps selon Einstein
Devenir maître de son temps, c'est refuser le dualisme et considérer que vous êtes la source du temps. Le temps vous appartient ; vous avez prise sur lui. Ce n'est pas une ruse, selon le psychologue. Vous pouvez générer davantage de temps. Commencez par vous dire :
"Où dans ma vie je n'assume pas ma pleine responsabilité ?" ou "Qu'est-ce que j'essaie de nier ?" ou encore "Où dans ma vie dois-je assumer ma pleine responsabilité ?" (Le grand saut, Chapitre 6)
Prendre ses responsabilités aiderait-il à mieux gérer son temps ? C'est ce que prétend l'auteur. En fait, prendre en main le stress permet aussi de prendre en main le temps. Regardons comment.
Comment commencer
Une première action pourrait être de cesser de vous plaindre du temps — ou plutôt de votre manque de temps. Les phrases du genre "Je n'ai pas le temps" doivent disparaître de votre vocabulaire.
Imaginez un peu : si votre enfant veut jouer avec vous, vous pourriez être tenté de lui répondre que "vous n'avez pas le temps maintenant". Mais qu'en serait-il s'il se coupait en jouant seul et que vous deviez l'amener à l'hôpital ?
Dans un cas, vous avez le temps mais pas dans l'autre. Cela n'est pas une bonne manière de prendre ses responsabilités. Vous êtes la source du temps que vous prenez et que vous accordez aux autres.
La sensation de la pression du temps
Cette pression que nous ressentons lorsque nous sommes pressés, en retard et stressés, vous l'avez déjà sûrement expérimentée. En fait, vous pouvez modifier cet état corporel. Et il en va de même avec l'ennui que vous ressentez peut-être comme un vide.
Rendez-vous compte que, en réalité, ces sensations proviennent de vous-même et d'un "ferment créateur" en vous. Vous pouvez maîtriser cet élan créateur et le diriger là où il vous semble bon d'agir.
Une invitation
Créez donc suffisamment de temps pour apprendre sur vous-même et mettre en œuvre ces principes !
"Ce qu'il faut principalement, c'est une attention enthousiaste. Surveillez constamment les plaintes qui sortent de votre bouche ou circulent dans votre esprit à propos du temps. En les détectant pour les éliminer une par une, vous deviendrez de moins en moins occupé tout en en accomplissant beaucoup plus." (Le grand saut, Chapitre 6)
Chapitre 7 - Résoudre les problèmes relationnels
Souvent — nous dit l'auteur qui s'appuie ici sur une étude scientifique de John Cuber et Peggy Harroff —, les personnes qui réussissent ont des relations conjugales décevantes. Pourquoi ? En fait, avant d'en venir à cette question, il convient de voir quels sont les types de relations dites décevantes :
Celles qui sont dépourvues de vitalité, c'est-à-dire d'envie de partager et de libido.
Il y a aussi celles qui sont passives-agréables, c'est-à-dire où l'amour est sans passion (et ne l'a peut-être jamais été). Peu d'attente, peu de disputes, mais pas de véritable harmonie profonde.
Enfin, il y a les relations où le conflit est prédominant.
Alors maintenant, revenons sur les raisons. Selon Gay Hendricks, il en existe deux :
Parce qu'ils ont du succès (nous l'avons dit) ;
Mais qu'ils ne connaissent pas le fonctionnement de la limite supérieure.
Dès lors, ces couples se créent des noises sans savoir pourquoi. Les personnes inconscientes de ce qu'elles croient et de ce qu'elles projettent sur l'autre ne peuvent pas rétablir leurs relations.
La projection survient quand vous vous rendez compte que vous attribuez à l'autre vos propres sentiments. Ces projections sont souvent nocives et nuisent à l'énergie et à l'équilibre du couple.
Pour apprendre à prendre vos responsabilités au sein du couple lorsque vous avez déjà du succès, l'auteur donne quelques conseils :
Prenez du temps en suffisance sans votre partenaire ;
Exprimez vos émotions et vos vérités de façon simple ;
Permettez-vous de vivre les sentiments (les vôtres et ceux de l'autre) ;
Soyez affectueux ;
Apprenez à relâcher l'intimité autrement que par la dispute ;
Cherchez des amitiés avec lesquelles réaliser des projets communs.
Conclusion sur « Le grand saut » de Gay Hendricks :
Que faut-il retenir du livre "Le grand saut" de Gay Hendricks :
Ce manuel typique de développement personnel vous apprendra à ne plus vous auto-saboter et à réaliser le meilleur de vous-même. Bien entendu, cela demande des efforts. L'enquête sur ses propres croyances limitantes, par exemple, est un processus délicat ; mais vous pouvez la mener à bien !
Dans la conclusion du livre, Gay Hendricks insiste sur le fait qu'il s'agit d'une trajectoire ascendante continue. Les moments où nous nous libérons d'une limite supérieure sont les moments du grand saut.
"Voici ce que je vous souhaite : un voyage de toute une vie béni de plusieurs moments de découverte de ce genre. À mesure que vous avancez sur votre chemin puisse chaque jour être rempli d'autant de magie pratique et miracles quotidiens." (Le grand saut, Conclusion)
Points forts :
Un livre pour aller encore plus loin dans le succès, dans tous les domaines ;
De grandes séquences autobiographiques ;
Des concepts expliqués clairement ;
Une méthode pas à pas pour le changement ;
Des annexes avec encore plus d'anecdotes.
Point faible :
On peut regretter l'absence d'un bibliographie avec des sources scientifiques.
Ma note :
★★★★★
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]]>Résumé de "Les personnes ultra-transformées: Pourquoi nous mangeons tous des choses qui ne sont pas de la nourriture… Et pourquoi nous n’arrivons pas à nous arrêter ? » de Chris van Tulleken : un livre événement sur la nourriture, véritable best-seller à sa sortie, qui expose les techniques douteuses de l’industrie alimentaire pour produire ce que nous mangeons tous les jours — et nous inciter à en consommer plus.
Chris van Tulleken, 2023, 376 pages.
Titre original : Ultra-Processed People: Why Do We All Eat Stuff That Isn't Food… and Why Can't We Stop? (2023).
Chronique et résumé de "Les personnes ultra-transformées (Ultra-Processed People): Pourquoi nous mangeons tous des choses qui ne sont pas de la nourriture… Et pourquoi nous n'arrivons pas à nous arrêter ?" de Chris van Tulleken
Introduction
Notre corps ressemble davantage à un écosystème complexe qu'à une machine. Chris van Tulleken dit avoir été impressionné par un article de 2014 sur les virus dormants où il est démontré que ceux-ci co-évoluent avec nous depuis des millénaires.
En fait, nos interactions avec l'environnement sont multiples et subtiles. Et cela s'applique tout particulièrement, bien sûr, à la façon dont nous nous nourrissons. Tout au long de l'évolution biologique, notre corps a développé des relations complexes avec les sources alimentaires qui lui permettent de se maintenir en vie.
Pourtant, au cours des 150 dernières années, ces relations ont été profondément modifiées. Pourquoi ? Car « nous avons commencé à manger des substances artificielles et à utiliser des processus jamais rencontrés auparavant dans notre histoire évolutive », soutient l'auteur.
Il s'agit notamment de l'utilisation et de l'ingestion de/d' :
amidons modifiés ;
émulsifiants synthétiques ;
gommes stabilisatrices ;
colorants et de composés aromatisants.
Les processus utilisés sont par exemple le raffinage, le blanchiment et l'hydrogénation. Ces aliments ultratransformés sont nommés UPF (ultra-processed food). Or, ceux-ci risquent de bouleverser l'équilibre complexe entre les aliments, notre corps et — surtout — notre santé.
Quelle est l'origine de cette transformation ? En grande partie la tendance de nos sociétés industrielles et commerciales à chercher toujours les options les moins coûteuses. L'utilisation des UPF a vu le jour avec l'industrialisation de la production alimentaire et elle est en passe de supplanter les régimes traditionnels (comme le régime méditerranéen, par exemple).
À titre d'illustration, la nourriture ultratransformée (pour traduire UPF en français) constitue aujourd'hui 60 % de l'alimentation moyenne au Royaume-Uni et aux États-Unis !
Pour Chris van Tulleken, cette augmentation est liée à l'apparition de plusieurs problèmes de santé contemporains et c'est précisément ce qu'il veut démontrer dans ce livre. Voici quelques maladies ou problèmes de santé dont l'augmentation est, selon lui, directement ou indirectement liée à l'usage d'UPF :
Obésité ;
Taux de cancer ;
Maladies métaboliques ;
Maladies mentales ;
Risques de démence ;
Maladies inflammatoires.
Par ailleurs, l'auteur considère que l'alimentation ultratransformée est corrélée à des problèmes sociaux et écologiques plus larges. Il rappelle en effet que l'industrie agroalimentaire est « le deuxième plus grand contributeur » aux émissions de gaz à effet de serre.
Enfin, le spécialiste en maladies infectieuses affirme que les UPF créent de profondes addictions. Pour sentir véritablement ses effets au-delà du simple argument théorique, l'auteur invite à répéter une expérience qu'il a lui-même réalisée : consommer un régime composé de 80 % d'UPF pendant un mois. Selon lui, si vous suivez ce "régime", vous sentirez nettement ses effets négatifs et son potentiel addictif.
Prêt à essayer ? Pas sûr ! Mais commençons déjà par développer les arguments de l'auteur pour voir de quoi il en retourne.
Première partie — Non mais attends, qu'est-ce que je suis en train de manger, là ?
1 — Pourquoi y a-t-il de la bave de bactérie dans ma crème glacée ?
Chris Van Tulleken utilise l'exemple d'une crème glacée produite en série par une marque appelée Hackney Gelato. Il souhaite exposer la façon dont l'UPF est fabriquée et quelle est la logique économique qui se cache derrière ce processus.
La liste des ingrédients nous renseigne déjà :
Stabilisateurs ;
Émulsifiants ;
Gommes ;
Différentes huiles.
Rien de très courant dans nos cuisines ! Et justement, l'auteur donne un critère très simple pour savoir si vous consommez des UPF : ce sont des aliments que vous ne retrouveriez normalement pas dans votre propre cuisine.
Mais quelle est la logique économique là derrière ? Ne serait-il pas plus simple et plus économique d'utiliser des aliments habituels ? En fait, non. En s'appuyant sur plusieurs entretiens avec un professionnel de l'industrie, l'auteur montre que l'utilisation de ces ingrédients UPF a pour but d'économiser de l'argent.
Comment ? Car les ingrédients de l'UPF garantissent un stockage et une distribution plus efficaces des produits. Dans le cas de la crème glacée, les émulsifiants et les gommes permettent à la crème glacée de voyager en tolérant des différences de chaleur. Ce qui permet de gagner de l'argent et de l'exporter plus loin.
Les facilités logistiques ne sont pas la seule raison économique. L'autre raison est que ses ingrédients artificiels sont moins chers à produire (ou à récolter) que les aliments traditionnels. Les UPF sont ainsi des "fac-similés", des copies à bas coût d'aliments existants.
Reprenons l'exemple de la glace. Traditionnellement, celle-ci est composée de :
Lait ;
Crème ;
Jaunes d'œufs.
Ces ingrédients sont chers car ils nécessitent l'élevage d'animaux de ferme. En utilisant des UPF, l'industrie se passe de cette étape. Elle utilise des produits végétaux qu'elle modifie pour recréer l'apparence et la texture que nous connaissons, mais sans utiliser ces produits classiques.
2 — Je préfère plutôt manger cinq bols de Choco Pops : la découverte de l'UPF
Chris Van Tulleken examine ensuite les origines du concept d'alimentation ultratransformée ou UPF. Un scientifique en est à l'origine : Carlos Monteiro, nutritionniste et statisticien brésilien. Ses recherches portent sur l'explosion des problèmes d'obésité au Brésil à partir de la fin du XXe siècle.
Dans ce cadre, il a montré que le souci ne résidait pas tant dans les changements alimentaires (augmentation de la consommation de sucre et de graisse, notamment) que dans le passage de régimes traditionnels à des régimes non traditionnels.
Que contiennent ces nouveaux régimes alimentaires ? Beaucoup d'aliments transformés comme les :
Boissons gazeuses ;
Céréales et biscuits.
En 2010, Carlos Monteiro a proposé une nouvelle typologie d'aliments : le système NOVA. Selon ce système, les aliments sont divisés en quatre groupes en fonction de la nature et de l'étendue de leur transformation.
Aliments bruts ou peu transformés tels que les fruits, la viande et les légumes.
Ingrédients directement issus de matières brutes comme l'huile, le beurre et le sel — des ingrédients de base qui nécessitent une certaine transformation non industrielle.
Aliments transformés (combinaisons des groupes 1 et 2) pour la conservation, comme les viandes et les poissons fumés ou séchés, les fromages, les confitures ou encore le pain.
Aliments ultratransformés comme les sodas, les biscuits industriels et les repas préparés.
Contrairement aux autres groupes, les aliments du groupe NOVA 4 ne sont pas réalisables sans des technologies industrielles complexes. C'est pourquoi le critère de "je peux le faire à la maison" est si utile !
En bon scientifique, Chris van Tulleken reste toutefois prudent. En effet, les travaux de Carlos Monteiro ne suffisent pas à prouver définitivement que la consommation d'aliments du groupe 4 est la cause principale de l'obésité. Néanmoins, l'auteur s'appuie sur de nombreuses études citées dans l'ouvrage pour montrer qu'il existe une forte corrélation entre les deux.
3 — Oui d'accord, la nourriture ultratransformée, ça ne donne pas envie, mais est-ce vraiment un problème ?
Chris Van Tulleken relate notamment l'étude de Kevin Hall, scientifique et nutritionniste britannique. En 2019, celui-ci a conçu une expérience pour invalider la thèse de Carlos Monteiro. Toutefois, cette étude a plutôt eu l'effet inverse ! En effet, l'étude a montré une nette corrélation entre prise de poids et consommation d'UPF.
L'expérience réunissait 20 hommes et femmes, dont :
La moitié suivait un régime de 80 % d'UPF.
L'autre moitié ne consommait aucun aliment du groupe NOVA 4.
Chaque régime contenait la même quantité de sel, de sucre, de graisse et de fibres. Après un mois (en fait, deux semaines, car l'expérience prévoyait un échange de régime après deux semaines), ceux qui suivaient le régime UPF avaient consommé 500 calories supplémentaires par jour et avaient pris du poids en conséquence. En revanche, ceux qui suivent le régime non-UPF ont perdu du poids.
Cette étude a été capitale pour démontrer que l'UPF provoque bel et bien une prise de poids. D'ailleurs, elle a aidé à la reconnaissance de l'hypothèse de Carlos Monteiro sur la scène internationale.
Pour Chris van Tulleken, il faudrait en outre prendre en considération le marketing lié, notamment, à l'emballage des produits. Ces techniques de vente provoquent une consommation excessive des produits et cela devrait être pris en compte dans d'autres études.
L'auteur rapporte par ailleurs d'autres études venant corroborer les conclusions de Carlos Monteiro et Kevin Hall. Ainsi, une expérience publiée dans le British Medical Journal a montré qu'une augmentation de 10 % de la consommation d'UPF était associée à une augmentation de 10 % du risque de cancer.
4 — (Je ne peux pas croire que ce ne soit pas le cas du) beurre de charbon : l'UPF ultime
Le médecin raconte ensuite l'histoire — assez répugnante — de la première graisse comestible synthétique. Celle-ci fut produite à l'origine à partir de rebuts de carburant liquide !
Tout commence en 1912, quand l'Allemagne inventa le lignite, un pétrole de piètre qualité ayant pour but de remplacer le pétrole venu de l'étranger. À la fin des années 1930, cette technique tournait à plein régime, mais créait de grandes quantités de déchets. Or, à cette époque, le pays était aussi à court de graisse comestible…
Un industriel et un homme politique trouvent une solution en 1938. Ils combinèrent de la glycérine à la slackwax pour en faire une graisse (prétendument) comestible, la speisefett. Combinée avec de la diacétyle, il se trouva que cette graisse prenait le goût du beurre.
Ainsi naquit le « beurre de charbon », autrement dit « le premier aliment totalement synthétique ».
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les soldats allemands furent nourris avec cet ancêtre de l'UPF. Il fut découvert, plus tard, que plusieurs tests avaient montré — dès cette époque — que cet aliment provoquait de graves problèmes rénaux chez les animaux.
Deuxième partie — Mais je ne peux pas simplement contrôler ce que je mange ?
5 — Les trois âges de l'alimentation
Dans ce chapitre, Chris van Tulleken cherche à démontrer l'importance historique de cette modification de régime alimentaire à l'ère industrielle. Il propose, pour ce faire, une division en trois « âges de l'alimentation ».
En résumé :
Premier âge = les bactéries consomment des matériaux inorganiques comme le fer pour produire de l'énergie.
Deuxième âge = évolution vers des régimes plus complexes à partir de matériaux organiques (plantes, autres animaux). Les besoins alimentaires se complexifient en même temps que les espèces animales.
Troisième âge = consommation de molécules que l'on ne trouve pas dans la nature, mais créées artificiellement par des processus industriels.
L'auteur montre patiemment comment se produit le passage d'un âge à un autre en insistant toujours sur les modifications de relations entre le vivant et son milieu.
Par exemple, il explique comment les espèces peuvent cohabiter dans des formes de symbioses. Il cite, notamment l'importance du microbiome intestinal qui se "nourrit" de notre alimentation tout en nous protégeant de diverses affections.
Il aborde aussi la question de la cuisson des aliments, qui nous a donné un grand avantage évolutif sur les autres prédateurs. En effet, en cuisant nos aliments, nous tuons plus de parasites et nous extrayons davantage d'énergie de la nourriture, ce qui favorise le développement de l'espèce.
Enfin, il date l'apparition du troisième âge de l'alimentation à 1879, avec l'invention de la saccharine (sucre de synthèse).
6 — Comment nos corps gèrent réellement les calories
En tant que médecin et spécialiste en maladies infectieuses, l'auteur pense qu'il y a un lien entre UPF et perturbation des mécanismes profonds qui régissent le sentiment de satiété (le fait de ne plus avoir envie de manger, de se sentir "repus").
Selon lui, nous avons peu à peu développé, tout au long de l'évolution, un système de régulation interne très fin de notre rapport aux aliments. Nous savons intuitivement et sentons presque instantanément lorsque notre apport en calories et en nutriments est atteint. Par ailleurs, notre corps sait très bien stocker ces calories en tant que matières grasses.
Tout ce système complexe implique non seulement nos microbiomes (notamment intestinaux), mais aussi nos organes et nos tissus adipeux. Par ailleurs, il régule également les hormones qui nous avertissent de la faim, mais aussi du sentiment de satiété et de ce que nous devrions manger.
Bref tout cela est — normalement — bien huilé ! Mais les UPF, selon le docteur Chris Van Tulleken, détraquent cette horlogerie de précision. En effet, l'alimentation ultratransformée, en raison de ces caractéristiques propres, parvient à pervertir la régulation normale de l'appétit et du stockage des graisses.
Concernant la transformation des sucres en graisse et l'utilisation du jeûne pour limiter les problèmes d'obésité, vous pouvez également lire Le guide complet du jeûne.
7 — Pourquoi ce n'est pas à cause du sucre…
Dans la suite de cette partie, Chris van Tulleken cherche à démonter les principaux arguments habituellement utilisés pour justifier l'augmentation de l'obésité dans le monde, à savoir :
Augmentation de la consommation de sucre ;
Diminution de l'exercice sportif ;
Perte de la volonté de faire des efforts.
Concernant le sucre, l'auteur s'appuie sur une étude célèbre du nutritionniste américain Gary Taubes publiée en 2002. Celui-ci avait montré que ce n'était pas tant la graisse que le sucre qui provoquait des problèmes de santé. Selon cette étude, les sucres augmenteraient la sensation de faim et seraient à blâmer en priorité.
Pour Chris Van Tulleken, il y a de graves défauts dans cette hypothèse. En fait, nous mangeons depuis les années 1970 à la fois plus de graisses et plus de sucres. Or, il est difficile de montrer une corrélation stable entre l'augmentation des lipides ou des glucides et la prise de poids.
Une étude de la Nutrition Science Initiative (2012) montre que, sur une période de deux semaines, il n'y a pas de différence de prise de poids entre des personnes qui suivent un régime riche en glucides et ceux qui n'en suivent pas.
Ni les graisses ni les sucres ne peuvent donc, en eux-mêmes, être les responsables de l'épidémie d'obésité qui s'observe depuis la seconde moitié du XXe siècle, selon l'auteur.
8 — Ni de l'exercice
Chris Van Tulleken discute un autre argument : l'augmentation de la sédentarité et le manque d'exercice. Nous avons tous entendu que nous devions manger plus équilibré et faire plus de sport. Mais est-ce si sûr ?
Cela paraît logique de prime abord : nous brûlons moins de calories et, dans le même temps, nous mangeons plus de sucres et de graisses. Nous stockons donc davantage de graisses, bref, nous grossissons ! Et pourtant, il n'est pas si certain que l'argument tienne la route…
L'auteur montre par exemple, en s'appuyant sur des études scientifiques, que :
Le nombre de calories brûlées par des indigènes réputés "sportifs" (car vivants dans la nature et devant utiliser beaucoup d'énergie pour se procurer de la nourriture) et les populations occidentales était sensiblement identique ;
Chimpanzés captifs et sauvages brûlent le même nombre de calories par jour.
Qu'en conclure ? Eh bien, notre corps s'adapte. Lorsque nous ne faisons pas d'effort physique, nous avons besoin de plus d'énergie pour certaines tâches essentielles comme la protection du système endocrinien ou la réduction du stress, etc. À l'inverse, lorsque nous faisons de l'exercice, nous dépensons moins d'énergie pour gérer ces processus biologiques.
Autrement dit, le corps maintient un niveau relativement constant de dépense calorique ! Conclusion de l'auteur : le manque d'exercice n'est pas responsable de la crise de l'obésité, car il ne provoque pas, en soi, de perte de poids.
9 — Ni même de la volonté
Il existe un autre mythe au sujet de l'obésité. Celui-ci est d'ailleurs lié à l'exercice. Il suffirait d'avoir de la volonté pour se mettre à bouger et à contrôler son alimentation. Bien sûr, selon cette thèse, il existerait aussi une influence des gènes sur le comportement alimentaire. Mais est-ce si simple ?
Chris Van Tulleken considère que non. Il n'y a pas que les gènes et la volonté qui influencent notre comportement alimentaire. Il y a aussi l'environnement ou plutôt ce qu'il nomme les « environnements alimentaires ». Ceux-ci comprennent les « contextes physiques, économiques, politiques, sociaux et culturels » qui jouent un rôle sur ce que nous consommons au quotidien.
Si nous grandissons dans un environnement pauvre, où l'alimentation principale à notre disposition est de mauvaise qualité, nous aurons beaucoup de difficultés pour modifier nos habitudes alimentaires. En fait, certains "mauvais" gènes peuvent être activés en raison de ce contexte détérioré et nous mener à l'obésité.
En somme, la théorie actuelle, dite "de l'abondance" (plus d'aliments riches en sucre et en graisse versus moins d'exercice physique et de volonté), ne rend pas du tout compte des inégalités en matière d'obésité.
Ainsi, au Royaume-Uni par exemple, « naître dans un ménage à faible revenu peut doubler le risque d'obésité », rappelle l'auteur. En fait, si l'hypothèse de l'abondance était correcte, ce serait plutôt l'inverse qui devrait se produire, puisque les pauvres ont moins d'argent pour se nourrir et sont habituellement plus susceptibles d'effectuer des travaux physiques durs (autrement dit, font plus d'exercice).
Bref, pour Chris van Tulleken, il est clair que l'obésité n'est pas causée par le manque de volonté, mais bien par des facteurs complexes en relation avec notre environnement. C'est la thèse à suivre dans le chapitre suivant.
10 — Comment l'UPF bidouille nos cerveaux
Lorsqu'il a testé le régime à 80 % d'alimentation ultratransformée, le médecin s'est soumis à une IRM pour voir ce que les UPF produisaient sur son cerveau et d'autres parties de son corps (notamment via le système hormonal).
Pour l'auteur, les résultats de ces analyses montrent qu'il devenait de plus en plus dépendant aux substances ingérées. En effet, les scanners ont révélé un lien plus fort entre :
Les zones du cerveau impliquant le contrôle hormonal de l'apport alimentaire ;
Celles impliquées dans le désir et la récompense.
Il raconte d'ailleurs qu'il ressentait de plus en plus fort ce sentiment de manque et cette difficulté à contrôler sa consommation au jour le jour. Selon lui, son expérience personnelle (faute d'études encore définitives sur le sujet) montre que les UPF induisent une forte dépendance.
Habituellement, lorsque nous consommons des aliments des groupes 1 à 3, notre corps régule de lui-même les excès de calories, même en période d'abondance. Or, pour Chris van Tulleken, ce n'est plus le cas avec les aliments du groupe 4.
Si cette hypothèse est valide, alors les UPF pourraient être responsables de l'obésité, car ils interfèrent avec les systèmes complexes qui gèrent la satiété. L'auteur nous demande d'ailleurs de réfléchir à notre propre expérience : n'avons-nous pas parfois la sensation d'être incapables d'arrêter de manger ? Apprenons à y être attentifs et à voir lorsque celle-ci se produit.
L'affirmation du médecin a une conséquence importante. En effet, elle fait passer l'obésité du côté d'une maladie causée par l'ingestion de « substances comestibles addictives » et non d'un problème lié à la responsabilité des individus. Ce faisant, la responsabilité est d'abord à trouver du côté des industries qui produisent l'alimentation ultratransformée, et non des personnes.
Troisième partie — Ah, donc c'est pour ça que je suis anxieux et que j'ai mal au ventre !
11 — L'UPF est pré-mâchée
À partir de ce chapitre, Chris van Tulleken examine les raisons qui font que la nourriture ultratransformée est si problématique. La première est celle-ci : l'UPF est pré-mâchée ou "douce" (soft, dans le texte anglais).
En fait, c'est une question de texture. L'aliment ultratransformé nous paraît agréable et facile à manger. Dès la première bouchée, vous en voulez une autre. Or, cela a des conséquences fâcheuses, puisque nous sommes entraînés à consommer plus, avant même que nos hormones de satiété se mettent à fonctionner.
C'est ce que l'auteur appelle "l'hypertraitement". Un produit doux se vend mieux, mais quels sont véritablement ses effets sur la santé ? La texture plus "dure" et la résistance des aliments nous obligent à manger plus lentement et à sécréter les bonnes substances digestives.
L'auteur met en doute certaines propositions des industriels visant à supprimer cette douceur pour redonner une texture plus dure aux aliments. Selon lui, ce n'est pas en faisant confiance aux mêmes compagnies que nous allons régler les problèmes qu'elles ont créés. Autant se tourner vers d'autres solutions.
12 — L'UPF a une drôle d'odeur
C'est l'odorat et sa relation aux arômes artificiels, notamment, qui est ici analysé par Chris van Tulleken.
Avec les aliments des groupes NOVA 1 à 3, les odeurs jouent un rôle de détection des nutriments. Autrement dit, ce que nous sentons nous renseigne sur la teneur nutritive (ou le danger) de tel ou tel aliment.
Mais avec les aliments du groupe NOVA 4, les choses changent. En effet, l'ultratraitement de l'UPF à partir d'amidons et d'huiles de base supprime en grande partie ou totalement les nutriments et les odeurs qui leur sont naturellement associées. Il est donc nécessaire d'ajouter des arômes dans un second temps pour rendre ce qui est fade appétissant.
En somme, nous mangeons des aliments pauvres en nutriments tout en ayant l'impression, grâce aux arômes, de consommer de "bons" aliments. Or, cela conduit également à la surconsommation, dans la mesure où nous continuer à chercher dans les aliments les nutriments manquants.
Les suppléments de vitamines peuvent-ils nous aider ? Pour l'auteur, c'est non. La valeur des vitamines ne se déploie que dans le cadre d'une alimentation saine, comportant une majorité d'aliments non ou peu transformés.
13 — L'UPF a un goût étrange
Chris van Tulleken passe ensuite au goût et se concentre surtout sur les boissons gazeuses type sodas.
Son argument principal est le suivant : l'acidité (acide phosphorique) et l'amertume (caféine ou autre énergisant), combinées à l'effervescence et au sentiment de froid, nous donnent une plus grande tolérance au sucre.
Pour le dire autrement, ces boissons ne nous plairaient pas sans cette combinaison de saveurs, car elles sont beaucoup trop sucrées. En fait, nous rejetterions naturellement ces boissons. Mais l'amertume et l'acidité créent un effet d'équilibre qui introduit cette grande quantité de sucre "en contrebande" dans notre palais, pour reprendre l'expression de l'auteur.
Par ailleurs, l'auteur met aussi en garde contre les édulcorants artificiels. En réalité, ceux-ci ne diminuent pas le risque d'obésité. Cela peut même être le contraire, lorsqu'ils sont consommés avec d'autres types d'aliments ultratransformés ou en combinaison avec du sucre.
Le marketing et la chimie s'associent pour créer des relations intimes et profondes entre nous et une marque. Comment ? En passant par le goût. Nous avons par exemple l'impression de manger un jambon traditionnel "au feu de bois" alors que nous ingérons des colorants et des arômes. Autre cas : nous devenons accros à l'odeur de certaines pâtes à tartiner qui nous rappellent — c'est l'argument marketing — notre enfance…
Pourtant, ces aliments (et surtout les marques qui sont derrière) ne nous veulent pas du bien. Elles veulent seulement s'enrichir.
14 — Anxiété générée par les additifs
Existe-t-il des risques au-delà du risque physique d'obésité ? Plusieurs études (exposées dans l'ouvrage) démontrent que c'est bien le cas.
Chris van Tulleken explore par exemple l'effet des émulsifiants. Cet additif, utilisé pour lier différentes substances dans les aliments, nuit au microbiome intestinal qui assure une bonne digestion et protège l'intestin contre certaines bactéries nocives.
Ces deux fonctions sont perturbées par les émulsifiants. Or, ces dommages pourraient être responsables, selon l'auteur, de l'augmentation des maladies auto-immunes et inflammatoires — ainsi que de l'augmentation des maladies métaboliques comme le diabète de type 2.
Le diabète de type 2 est également au centre des réflexions sur le jeûne. Pour un exemple de livre et de recettes liées à cette pratique, voir Faites votre Glucose Revolution de Ingrid Inchaupsé.
Quatrième partie — Mais j'ai déjà payé pour ça !
15 — Des organismes dérégulés
Dans cette avant-dernière partie, Chris Van Tulleken se penche sur le cadre institutionnel qui permet de réguler la diffusion de ces aliments sur le marché.
Il prend l'exemple de l'huile de maïs de la société Corn Oil ONE. La compagnie souhaite produire et distribuer une nouvelle huile dérivée de la purée de maïs utilisée pour produire du biocarburant. Pour faire valider ce nouveau produit comme apte à la consommation humaine, la société peut opter pour :
Une demande d'examen complet du produit par la Food and Drug Administration (FDA), l'organisme fédéral de réglementation des additifs alimentaires. Si cet examen réussit, l'huile de maïs peut être considérée comme additif alimentaire approuvé. Problème : c'est complexe et peu sûr.
Une demande spécifique, plus souple, qui vise à reconnaître que l'additif peut être « généralement reconnu comme sûr ». Là encore, des données doivent être envoyées. La FDA fait de son mieux pour traiter ces demandes, mais avec des effectifs réduits. C'est l'option choisie par la Corn Oil ONE.
L'autodétermination, à savoir la décision libre, de la part d'un industriel, d'utiliser un nouvel additif alimentaire dans un produit. Cette règle a été mise en place à la fin des années 1990 pour faire face à un retard dans les demandes spécifiques (numéro 2).
L'auteur donne un chiffre : depuis les années 2 000, seulement 10 demandes d'examen (options 1 et 2) ont été réalisées auprès de la FDA, pour 786 nouveaux additifs alimentaires introduits sur le marché. Soit 98,7 % d'autodétermination.
L'auteur cherche ici à démontrer que la mise sur le marché de ces substances est dramatiquement sous-réglementée. Pire, cela produit un résultat néfaste, à savoir que c'est à la société civile (aux consommateurs) de prouver que le produit leur cause du tort.
16 — L'UPF détruit les régimes traditionnels
Dans ce chapitre, Chris Van Tulleken explore le phénomène de remplacement des régimes traditionnels par un régime à base d'aliments ultratransformés. Comme c'est déjà une réalité en Occident, il observe le phénomène dans les pays en voie de développement.
Premier exemple : Nestlé et son activité dans le bassin amazonien, au Brésil. En 2010, une sorte de supermarché Nestlé flottant a descendu le fleuve Amazonie. Objectif ? Vendre ses produits aux villes et villages alentours.
Les populations ont été séduites par cette alimentation peu chère et nouvelle, apparemment riche en saveurs. Peu à peu, ils ont réduit leur consommation d'aliments directement recueillis (ou chassés) dans la forêt. En peu de temps, ces populations brésiliennes passèrent d'un régime traditionnel à un régime UPF.
Dans la ville de Fruteira Pomar, qui borde l'Amazonie, les supermarchés locaux proposent désormais de nombreux produits de grandes entreprises de type Nestlé. Désormais, ce sont les clients eux-mêmes qui réclament ces produits.
Autre phénomène inquiétant : la transformation de produits locaux en produits UPF. En effet, la cuisine locale est "transformée", imitée, voire absorbée par des versions ultratransformées.
L'exemple le plus parlant de Chris Van Tulleken ? Le poulet frit, qui était une tradition locale de la population noire des États-Unis. Les grandes chaînes de restauration rapide du type KFC ont pris la main sur ce marché et ont complètement modifié la recette traditionnelle.
Ce phénomène de remplacement d'un régime par un autre peut avoir des effets dévastateurs. Pour l'auteur, ce n'est pas un hasard si le taux d'obésité a augmenté de 550 % au Mali entre 1980 et 2015 !
Outre l'obésité, ce sont les maladies cardiovasculaires et le diabète de type 2 qui grimpent en flèche. Or, ces pays ne disposent pas toujours des infrastructures sanitaires adaptées, ce qui rend d'autant plus difficile le traitement de ces maladies.
17 — Le vrai coût des Pringles
Ici, Chris van Tulleken aborde une série d'autres problèmes qui sont plus ou moins directement liés à la production industrielle d'alimentation ultratransformée :
L'évasion fiscale et les coûts juridiques ;
Les dommages environnementaux (utilisation de combustibles fossiles et déforestation, notamment) ;
Le problème de la résistance aux antibiotiques (qui a des conséquences environnementales et sanitaires) ;
L'utilisation abusive de plastiques pour emballer ou mettre en bouteille les produits ultratransformés.
Attention au greenwashing ! Lorsque vous regardez les sites web ou les publicités des entreprises productrices d'UPF, vous pourriez croire qu'ils cherchent à protéger l'environnement (et votre santé, accessoirement).
Or, c'est un leurre. La production d'aliments ultratransformés est très gourmande en énergie et en ressources — elle exige beaucoup plus de la terre que les régimes alimentaires plus traditionnels.
Pour découvrir des alternatives à la surconsommation et à l'agriculture intensive, lisez le livre Un million de révolutions tranquilles. Partout, il y a des initiatives qui montrent d'autres voies possibles !
Cinquième partie — Que diable dois-je donc faire alors ?
18 — L'UPF est faite pour être sur-consommée
Résumons :
D'un côté, la saveur et la texture des aliments ultratransformés nous invitent à manger toujours plus et finissent même par nous rendre accros.
D'un autre côté, l'alimentation UPF remplace des aliments entiers et nutritifs par des aliments pauvres en nutriments, ce qui peut à son tour provoquer une consommation excessive (pour pallier le manque de nutriments).
Par ailleurs, les additifs alimentaires causent des dommages tels que des inflammations (pour n'en citer qu'un) et dérèglent les systèmes hormonaux de contrôle de la satiété.
Enfin, les méthodes de production de cette industrie alimentaire génèrent des coûts sanitaires, sociaux et environnementaux importants qui sont supportés par la société.
Face à ces défis, l'industrie alimentaire est-elle capable de jouer les bons pères de famille et de se réguler elle-même afin de résoudre — au moins une partie — de ces problèmes ? Nous avons vu avec l'exemple de l'autodétermination que ce n'était vraisemblablement pas le cas.
Chris van Tulleken apporte deux arguments supplémentaires à sa thèse :
Premièrement, il a déjà été demandé aux entreprises de faire des efforts, et cela depuis 40 ans. Les gouvernements ont demandé de réduire le taux de graisse des aliments ultratransformés, mais les modifications apportées n'ont pas modifié les coordonnées principales du problème.
Deuxièmement, et plus fondamentalement, il faut rappeler que ces entreprises sont motivées en premier lieu par le profit — et non par la santé des populations ou le respect de l’environnement.
De façon générale, l’auteur ne croit pas en la capacité des entreprises à se réguler elles-mêmes pour gérer les problèmes qu’elles génèrent, précisément en raison de l’opposition entre leurs buts intrinsèques et ceux de la société.
19 — Ce que nous pourrions demander aux gouvernements de faire
C'est bien pourquoi Chris Van Tulleken préfère imaginer ce qui pourrait être fait d'un point de vue politique.
Mais, à cette fin, il prend un nouvel exemple assez glaçant. Dans les années 1970, Nestlé a cherché à commercialiser des préparations pour nourrissons dans plusieurs pays pauvres. Ce faisant, la compagnie cherchait concrètement à remplacer l'utilisation du lait maternel par des substituts produits industriellement.
Pour réaliser son objectif, Nestlé ne reculait devant rien. Des représentants commerciaux malhonnêtement déguisés en infirmiers conseillaient les jeunes mamans sur les avantages de leur produit. Après avoir reçu un échantillon gratuit, les mères devaient payer le prix plein si elles voulaient continuer à nourrir leur petit avec du lait maternisé labellisé Nestlé. Le tour était joué.
Or, cette préparation pour nourrissons a eu des effets désastreux sur la santé des bébés, entraînant des milliers de décès. Chris van Tulleken évoque quatre raisons.
La préparation du lait maternisé avec de l'eau propre est susceptible d'endommager le microbiome.
L'impossibilité d'utiliser de l'eau propre et de stériliser la bouteille conduit les nourrissons à boire des préparations contaminées par des bactéries.
L'augmentation des prix accroit la pauvreté et le phénomène de malnutrition.
La dilution des préparations (pour raisons économiques), qui crée un trop faible apport en nutriments pour l'enfant et donc la malnutrition.
L'Organisation mondiale de la santé s'est emparée de ce problème et a créé un "code" pour éviter qu'un drame de ce type ne se reproduise. Mais il est toujours possible que ces réglementations soient "infiltrées" par les intérêts des industriels.
Pour l'auteur, il est donc d'une importance capitale que :
Les politiciens ne soient pas financés par l'industrie alimentaire qu'ils sont censés réguler.
L'information doit être rendue disponible et le marketing trompeur doit être interdit.
Les enfants sont souvent les premières cibles des dégâts liés aux aliments ultratransformés. Il est donc particulièrement important de les protéger en premier lieu. L'auteur évoque la possibilité d'interdire certains produits dans les écoles, comme cela a été fait au Chili à partir de 2016, par exemple.
20 — Que faire si vous voulez arrêter de manger de l'UPF
Il est également possible et souhaitable, bien sûr, d'agir directement au niveau individuel. Tout d'abord, nous pouvons tester notre degré d'addiction aux aliments ultratransformés. Par exemple en réalisant l'expérience proposée en début d'ouvrage par l'auteur.
Pour ceux qui expérimentent déjà une relation addictive avec l'UPF, il importe de s'informer et de comprendre les enjeux liés à ce phénomène pour se donner de bonnes raisons de le combattre.
Ensuite, sur la longue durée, il faudrait réapprendre à cuisiner et à apprécier des aliments peu ou pas transformés. Il existe des solutions pour se nourrir bien à des prix tout à fait abordables. À titre d'exemple, Chris van Tulleken recommande la lecture de Allegra McEvedy et Jack Monroe.
]]>Résumé de « Autobiographie d'un yogi » de Paramahansa Yogananda : le témoignage unique et fabuleux du yogi qui a exporté le yoga de l'Inde vers les États-Unis au début du vingtième siècle.
Par Paramahansa Yogananda, 2022, 769 pages.
Titre original : Autobiography of a yogi, 2012.
Chronique et résumé de "Autobiographie d'un yogi" de Paramahansa Yogananda
1 - Mes parents et mes premières années
Né dans l'Uttar Pradesh (Inde) en 1893, Mukunda Lal Ghosh était le quatrième enfant d'une famille de huit personnes. Ses parents étaient des disciples du maître spirituel Lahiri Mahasaya, qui leur enseigna le Kriya Yoga.
À 8 ans, Mukunda est atteint du choléra asiatique. Il a alors une vision de saints dans des grottes de montagne. Il découvre également sa capacité à prédire certains événements.
Lorsqu'il est encore enfant, sa famille déménage à Lahore, au Pendjab. À cette époque, le jeune garçon vénère tout particulièrement la déesse Kali.
2 - La mort de ma mère et l'amulette mystique
À 11 ans, Ananta, le frère de Mukunda, se fiance. Malheureusement, sa mère meurt la même année, sans que celui-ci ait le temps de la revoir une dernière fois.
Ananta donne à Mukunda un message de leur mère, révélant qu'un moine lui a confié qu'il est destiné à devenir yogi. En héritage, elle lui transmet une amulette en argent, symbole de sa vocation nouvelle.
3 - Le saint aux deux corps
A 12 ans, Mukunda visite la ville de Banaras. À cette occasion, son père lui demande de donner une lettre à son ami Kedar Nath Babu. Grâce à l'intervention d'un tiers, le garçon parvient à localiser la personne et à le rencontrer pour lui remettre le document.
L'ami de son père, Kedar, arrive au rendez-vous après s'être baigné dans le Gange, puis disparait subitement dans la foule. Il semble à Mukunda que ce personnage saint parvient à se trouver simultanément à deux endroits !
4 - Ma fugue vers l'Himalaya est interrompue
Mukunda et ses amis prévoient de fuir Calcutta vers l'Himalaya. Ils se déguisent en Européens afin d'éviter que son grand frère, Ananta, ne les retrouvent.
C'est une véritable aventure mystique qui s'enclenche. L'un de ses amis disparaît à Burdwan, tandis que les autres continuent vers Hardwar. Ils sont interrogés par un responsable des chemins de fer, mais parviennent à s'échapper. À Hardwar, ils sont arrêtés par la police et c'est la fin de l'expérience.
Suite à cet épisode, Ananta emmène Mukunda à Banaras pour rencontrer un érudit hindou, dans l'espoir de le décourager de devenir sannyasi (initié, "prétendant" moine hindou). Cependant, leur mission échoue et ils retournent à Calcutta.
Le père de Mukunda fait alors en sorte que Swami Kebalananda, un moine disciple de Lahiri Mahasaya, lui enseigne le sanskrit. Cet apprentissage renforce encore davantage sa vocation.
5 - Le saint aux parfums et ses prodiges
Mukunda rencontre Gandha Baba, le « Saint des parfums », qui prétend notamment avoir le pouvoir de redonner aux fleurs fanées leur parfum. Mukunda remet en question ces prétentions en considérant qu'il est aisé de se procurer du parfum.
Pourtant, celui-ci est mis à l'épreuve et Mukunda est finalement convaincu par le pouvoir du moine (swami). Bien plus tard, il comprendra que les expériences sensorielles sont le résultat de variations vibratoires des électrons et des protons. Selon lui, Gandha Baba utilise des pratiques yogiques pour modifier la structure des représentations sensorielles et créer les effets souhaités.
6 - Le swami aux tigres
Mukunda rend visite à un autre swami, dit le Swami aux tigres. Ce saint lui raconte son histoire. Plus jeune, il était connu pour combattre les tigres à mains nues. Selon lui, ces animaux ne sont pas plus redoutables que les chats domestiques — il faut simplement de la force pour les maîtriser !
Après une blessure infligée lors d'une bataille mémorable avec un tigre, l'homme est blessé. Durant plusieurs mois, il lutte pour recouvrer la santé. Il décide alors, suivant les prédictions d'un prêtre, de se tourner vers la voie spiriturelle.
Celui-ci lui avait dit :
« Je t'apprendrai à maîtriser les bêtes de l'ignorance qui errent dans les jungles de l'esprit humain » (Autobiographie d'un yogi, Chapitre 6)
C'est comme ça que l'homme est devenu le "Swami aux tigres".
7 - Le saint aux lévitations
L'ami de Mukunda, Upendra Mohun Chowdhury, rapporte avoir vu un saint nommé Bhaduri Mahasaya léviter au-dessus du sol.
Ils finissent, là aussi, par se rencontrer. Bhaduri Mahasaya et Mukunda discutent de la pratique du yoga et le premier convainc le second qu'il devrait être pratiqué à la fois en Orient et en Occident.
Bhaduri Mahasaya devient un maître important pour Mukunda. C'est lui qui le convaincra de se rendre pour la première fois aux États-Unis pour y enseigner le yoga.
8 - Jagadis Chandra Bose, grand scientifique de l'Inde
Mukunda découvre les inventions du scientifique indien Jagadi Chandra Bose, notamment le crescographe, qui mesure la croissance des plantes. J. C. Bose admire la méthode scientifique occidentale et considère qu'il peut, grâce à elle, révéler la vie émotionnelle des plantes.
Pendant tout un temps, Mukunda fréquente l'Institut Bose de Calcutta. Il y apprend les lois physiques de la matière organique et inorganique. Les réalisations du laboratoire influencent, à cette époque, des domaines ausi variés que :
La physique ;
Mais aussi la physiologie ;
La médecine ;
Et même l'agriculture.
Mukunda observe les nombreux instruments inventés ou perfectionnés par J. C. Bose, comme le "cardiographe résonant", qui mesure les pulsations infinitésimales des structures végétales, animales et humaines.
9 - Le bienheureux fidèle et son amour cosmique
Alors jeune homme, Mukunda ressent un manque. Il pleure la perte de sa mère et se sent seul. Il demande de l'aide auprès d'un maître hindou qui le guide vers le Temple de Kali, célèbre déesse que Mukunda honorait déjà lorsqu'il était plus jeune.
C'est pour lui une nouvelle révélation. Toute cette période est marquée par une sensation de profonde plénitude et de dévotion à l'égard de Kali.
10 - Je rencontre mon maître, Sri Yukteswar
Mukunda ayant réussi ses examens de lycée, il rejoint un ermitage de Bénarès (aujourd’hui Vanarasi) avec son ami Jitentra. Au départ, il a du mal à s'adapter à la vie à l'ermitage ; d'autant plus qu'il découvre que son amulette a disparu (celle que lui avait confiée sa mère).
Il prie Kali pour l'aider et c'est à ce moment qu'il rencontre Sri Yukteswar Giri, son futur maître (guru ou gourou, en français). Il le suit jusqu'à Serampore, où ce dernier a sa résidence, et y passe plusieurs jours.
La fin du séjour se passe dans la discorde, car le gourou n'est pas content du refus de Mukunda de retourner auprès de sa famille. Il le met en garde : son enseignement futur n'est pas garanti. Mukunda devra à nouveau convaincre le maître de lui faire confiance.
11 - Deux garçons sans argent à Brindaban
Le frère de Mukunda, Ananta, envoie Mukunda et Jitendra à Brindaban pour le décourager de suivre sa vocation religieuse. Ils sont accompagnés de deux inconnus qui leur offrent de la nourriture, un abri et un repas luxueux.
Lors de leur périple, ils visitent aussi un temple et apprennent le Kriya Yoga auprès d'un jeune homme. Ananta lui-même est impressionné et demande à Mukunda de lui apprendre cette pratique.
Après le départ de son frère, Mukunda se rend à Serampore pour rencontrer son maître, qu'il avait connu quatre semaines plus tôt.
12 - Les années à l'ermitage de mon Maître
Sri Yukteswar demande à Mukunda de fréquenter l'université de Calcutta et est ensuite initié au Kriya Yoga. Il apprend de son maître ce qu'est la force vitale créatrice et comment elle peut le rendre plus sain et plus fort.
Il voit son gourou guérir des maux et apprend à discipliner son esprit. Le progrès spirituel de Mukunda dépend du traitement strict que lui réserve son maître.
Lors de la visite d'un érudit à l'ashram (ermitage), Sri Yukteswar se rebelle contre la lecture par cœur que celui-ci propose des Écritures saintes. Il lui demande comment il a véritablement appris de ces écritures à partir de sa propre expérience directe.
L'érudit, déstabilisé par ce questionnement, doit reconnaître qu'il n'a aucun sentiment profond et intérieur du divin. Plus tard, Sri Yukteswar soulignera encore que l’apprentissage des livres n’est pas nécessaire à la réalisation spirituelle. Le plus important, c'est la pratique.
13 - Le saint qui ne dort jamais
Après six mois passés à l'ashram de Sri Yukteswar, Mukunda rend visite à Ram Gopal Muzumdar, le "saint sans sommeil", dans l'Himalaya.
Après des débuts un peu houleux, Ram Gopal se montre plus amical et partage ses 25 années de pratique du yoga. Il prédit que Mukunda finira lui aussi par perdre le sommeil.
Cette visite fait beaucoup de bien à Mukunda, y compris sur un plan physique.
14 - L'expérience de la conscience cosmique
De retour à l'ashram, Sri Yukteswar lui indique que les montagnes himalayennes ne peuvent lui offrir ce qu'il cherche vraiment, à savoir la conscience cosmique.
Le secret est de vivre de manière équilibrée, en expérimentant l’infini sans affecter les tâches quotidiennes. En apprenant à calmer toujours davantage ses pensées, Mukunda pourra provoquer ce qu'il souhaite obtenir.
Celui-ci y parvient finalement. Il fait l'expérience de l'illumination divine, de la vision omnisciente et de la joie.
15 - Le vol du chou-fleur
Mukunda passe ses vacances d'été à Puri, à 310 milles au sud de Calcutta. À cette occasion, son gourou lui joue un tour pour le punir de son étourderie (il avait oublié de fermer la porte de l'ashram avant de partir). Il fait en sorte qu'un paysan vole un chou-fleur que Mukunda lui avait offert.
16 - Comment déjouer les astres
Mukunda est initié à l'influence des astres par Sri Yukteswar. Selon le gourou, il est possible de protéger de leur influence néfaste en portant certains objets sur soi. C'est ce que fait Mukunda et il en est satisfait.
Par ailleurs, Sri Yukteswar propose une interprétation intéressante de l'histoire d'Adam et Ève. Pour lui, l'arbre représente le corps humain et le serpent est son énergie sexuelle vitale.
17 - Sasi et les trois saphirs
L'un des amis d'université de Mukunda, Sasi, souffre de tuberculose. Son état s'améliore suite à sa visite à l'ashram et à l'intervention du gourou Sri Yukteswar.
Mukunda néglige ses études universitaires au profit de sa vie à l’ashram. Toutefois, il réussit ses examens et obtient un diplôme intermédiaire. Sri Yukteswar lui conseille de quitter Calcutta et de poursuivre le reste de ses études à Serampore.
18 - Le faiseur de miracles musulman
Sri Yukteswar raconte à Mukunda l'histoire étonnante d'un "faiseur de miracles" musulman qui prétendait pouvoir faire disparaître et faire apparaître n'importe quel objet.
Le gourou explique à son élève que cette magie était tournée vers l'égoïsme et qu'elle n'aide personne. Finalement, le faiseur de miracles se repentit et décida d'entrer dans une véritable réflexion sur le sens de la spiritualité.
19 - Mon Maître, en visite à Calcutta, m'apparaît à Serampore
Mukunda emmène l'un de ses amis d'université nommé Dijen à l'ashram, car celui-ci doute de l'existence de Dieu et des miracles. Toutefois, Sri Yukteswar a dû s'absenter à Calcutta.
Mukunda reçoit une carte postale de sa part indiquant qu'il arrivera en train à Serampore à 9h00 mercredi. Mais Mukunda a l'intuition que son maître n'aura pas pu prendre ce train et ne se rend donc pas à la gare.
Dijen va quant à lui à la rencontre du train, mais revient déçu. Plus ou moins au même moment, Sri Yukteswar "apparaît" à Mukunda pour lui annoncer son heure d'arrivée. Dijen n'en croit pas ses yeux lorsque la prédiction se réalise !
Il se rend alors compte que ses connaissances universitaires sont bien insuffisantes pour appréhender tout cet univers.
20 - Nous n'allons pas au Cachermire
Mukunda prévoit un voyage au Cachemire avec son maître et plusieurs amis. Cependant, Sri Yukteswar persuade Mukunda de rester avec lui un peu plus longtemps, pendant que ses amis prennent déjà le train pour Calcutta.
Après leur départ, Mukunda commence à éprouver les symptômes très douloureux du choléra asiatique. Sri Yukteswar avait pressenti le danger et cherche à protéger son élève. Finalement, celui-ci récupère plus vite que prévu et peut penser à partir.
21 - Nous allons au Cachemire
Une fois Mukunda rétabli, Sri Yukteswar accepte de se rendre au Cachemire. Le groupe de six personnes se rend d'abord à Rawalpindi puis à Srinagar, capitale du Cachemire. Ils visitent un ancien temple. Mukunda monte à cheval pour la première fois et aperçoit l'Himalaya.
Après trois semaines de voyage, Mukunda retourne au Bengale, tandis que Sri Yukteswar reste quelque temps à Srinagar. Celui-ci laisse entendre qu'il aura bientôt des problèmes de santé et qu'il pourrait même en mourir.
De fait, Sri Yukteswar tombe à son tour dangereusement malade, mais récupère cependant en quelques jours. Lorsque le maître revient à Serampore deux semaines plus tard, Mukunda constate qu'il a perdu beaucoup de poids.
22 - Le cœur d'une statue de pierre
Roma, la sœur de Mukunda, demande son aide. Son mari, Satish Chandra Bose, est trop matérialiste et elle souhaite qu'il se développe spirituellement. Mukunda fait en sorte qu'ils visitent tous les trois le temple de Kali, dans l'espoir qu'il ressentira la présence divine.
Au cours du voyage, Satish se montre cynique et sans respect vis-à-vis des saints et des prêtres. Le matin, Mukunda prie et demande à Kali de changer le cœur dur de son beau-frère.
Après la fermeture du temple, Satish se plaint de n'avoir pas déjeuné. Mukunda lui dit de ne pas s'en faire et que Dieu y pourvoira. Finalement, un déjeuner est servi par un prêtre du temple, alors que cela est normalement interdit après la fermeture. Voilà le signe attendu.
Sur le chemin du retour, Satish adoucit son attitude et décide de voir comment il pourrait poursuivre une vie plus spirituelle.
23 - J'obtiens mon diplôme universitaire
Mukunda passe beaucoup plus de temps à l'ashram qu'à l'université. Si bien que les étudiants du Serampore College l’appellent « Mad Monk » !
Il sait qu'il n'est pas prêt pour les examens finaux qui concluront ses quatre années d'études. Pourtant, son gourou insiste pour qu'il trouve une solution. Mukunda demande à son ami Romesh de l'aider.
Grâce à cela, Mukunda réussit tous ses examens et obtient son diplôme de l'Université de Calcutta en 1915.
24 - Je deviens moine de l'Ordre des Sawmis
Un mois plus tard, Sri Yukteswar initie Mukunda à l'Ordre Swami. Le maître l'invite à choisir un nouveau nom et Mukunda choisit Yogananda. Le nom signifie « félicité (ananda) par l'union divine (yoga) ».
Un swami appartient à un ancien ordre monastique qui a été réorganisé il y a plusieurs siècles par Shankaracharya. Les moines font vœu de pauvreté, de chasteté et d'obéissance et se consacrent au service de l'humanité.
Par ailleurs, Yogananda définit le yogi comme toute personne qui pratique une technique afin de se mettre au contact du divin. Selon lui :
« [Le yoga] est une méthode pour contenir les turbulences naturelles des pensées qui, autrement, empêchent les gens d’entrevoir leur véritable nature de l’esprit » (Autobiographie d'un yogi, Chapitre 24).
25 - Mon frère Ananta et ma sœur Nalini
Ananta tombe malade et meurt alors que Yogananda est en Chine.
Événement troublant : le jeune moine achète un cadeau pour Ananta, mais le laisse tomber. Le cadeau casse et Yogananda en déduit que cela présage une mauvaise nouvelle pour son frère. À son retour en Inde, son plus jeune frère Bishnu confirme qu'Ananta est morte le jour même où Yogananda a acheté le présent.
Sa sœur Nalini, quant à elle, s'est toujours plainte d'être trop maigre. Grâce à un régime végétarien suivi selon les conseils de Yogananda, elle parvient à reprendre du poids. Atteinte, plus tard, d'une fièvre thyroïde, elle parvient à s'en tirer, là aussi, en suivant les conseils de son frère.
26 - La science du Kriya Yoga
Cette technique contemplative de yoga a été popularisée en Occident par l'auteur. Son enseignement ne peut toutefois pas être divulgué dans un livre, car il s'agit avant tout d'une pratique qui doit être enseignée sous l'égide d'un professeur reconnu.
Yogananda affirme notamment dans ce chapitre que :
Il s'agit d'une technique de maîtrise de la respiration qui permet de recharger le sang en oxygène ;
Cette méthode — ou une autre très similaire — fut utilisée par des personnalités religieuses de tous horizons, y compris Jésus !
27 - Création d'une école de yoga à Ranchi
Yogananda fonde une école de garçons en 1917. Celle-ci dispense des cours classiques, notamment liés à l'agriculture, ainsi que des cours de préparation physique et mentale appelés "yogoda". L'école peut accueillir 100 élèves en résidence, et le succès est au rendez-vous.
28 - Kashi, réincarné et retrouvé
L'un de ses élèves du nom de Kashi lui demande, lors d'une randonnée en groupe, quel sera son destin. Yogananda lui annonce qu'il risque de mourir et lui conseille de rester à l'école. Mais ses parents l'emmènent à Calcutta et il périt effectivement du choléra.
Le jeune homme lui avait demandé de le retrouver s'il se réincarnait. C'est ce que fait son professeur : il retrouve un bébé dans une maison de Calcutta et un lien s'établit entre eux. Son nom est également Kashi. Il le suivra durant plusieurs années et le jeune garçon entrera dans une école grâce à son aide.
29 - Radindranath Tagore et moi comparons nos systèmes d'éducation
Radindranath Tagore est un écrivain indien qui reçoit le prix Nobel de littérature en 1913. Peu après, il invite Yogananda à venir visiter l'école qu'il a lui-même fondée.
Les systèmes éducatifs sont assez semblables. Mais, dans l'école de R. Tagore, l'enseignement de la littérature et de la poésie est davantage poussé, ainsi qu'en musique. À l'inverse, le yoga n'est pas enseigné.
Le prix Nobel insiste sur l'importance, pour les étudiants, de trouver la sagesse par eux-mêmes.
30 - La loi des miracles
Pour les hindous, la nature profonde du monde est l'unité. Même si nous divisons les choses en corps/esprit, notamment, et même si nous voyons de la multiplicité partout, le monde est "Un".
Selon Yogananda, la physique de son époque, et en particulier les travaux d'Albert Einstein, va dans le sens de cette croyance. La théorie de la relativité unifiée permet de penser l'univers de façon cohérente avec la philosophie hindouiste.
Pour l'auteur, c'est ce qui permet aux yogis véritablement expérimentés de réaliser des "miracles". C'est parce qu'il maîtrise sa propre structure et qu'il est relié au tout de l'univers que le maître de yoga peut réaliser des choses étonnantes.
31 - Un entretien avec la vénérable mère
L'auteur rend visite à Srimati Kashi Moni, la femme de l'un des plus grands yogis de tous les temps : Lahiri Mahasaya. Elle lui raconte sa vie avec son mari et gourou, ainsi que les miracles qu'il a, selon elle, accomplis.
Yogananda relate ces exploits. Il parle aussi d'un homme qui aurait vécu 300 ans et dont l'existence était remplie de choses extraordinaires.
32 - Rama ressuscité des morts
L'histoire suivante est encore plus troublante (et même si nous n'y croyons pas, il est important de l'écouter comme un témoignage de la culture de l'époque).
L'auteur rapporte que Lahiri Mahasaya, qui était le maître de son propre maître, Sri Yukteswar, parvint à soigner et "ressusciter" l'un des compagnons de ce dernier, que tout le monde — médecins y compris — pensait mort.
33 - Babaji, un yogi-Christ de l'Inde moderne
Il est intéressant de constater comment les yogis font référence à leurs maîtres : il y a une chaîne de transmission du yoga qui est racontée tout au long du livre.
Dans ce chapitre, l'auteur parle de Babaji, le maître de Lahiri Mahasaya. Il est dit que celui-ci aurait vécu plusieurs siècles, mais il existe peu d'informations sur sa vie (date de naissance, etc.). Yogananda reçoit des témoignages de plusieurs personnes et les rapporte dans Autobiographie d’un yogi.
Ici encore, l'auteur raconte les miracles et péripéties de ce personnage, parvenu, semble-t-il, à un degré éminent de sagesse et de maîtrise de son propre corps.
34 - La matérialisation d'un palais dans l'Himalaya
Son professeur de sanskrit lui raconte une autre histoire sur Babaji, qu'il a entendue de Lahiri Mahasaya. Selon cette légende, Lahiri Mahasaya rencontra Babaji dans l'Himalaya et celui-là l'emmena dans sa grotte. Mais en lieu et place de ce logement sommaire, Babaji donne l'illusion qu'il s'agit d'un véritable palais !
Pourquoi ? Car Lahiri Mahasaya avait exprimé le désir de visiter un tel édifice somptueux. En le manifestant sous ses yeux, Babaji permet en fait à son élève de se libérer de ce désir.
35 - La vie christique de Lahiri Mahasaya
L'auteur fait souvent référence à Jésus et il pense qu'il y a de nombreux points communs entre les deux religions (christianisme et hindouisme).
En l'occurrence, il fait ici remarquer le rôle joué par Lahiri Mahasaya face aux autorités de la religion hindoue traditionnelle. Comme Jésus qui s'opposa aux structures religieuses de son temps, le célèbre yogi chercha à se défaire des codes et à enseigner la pratique du yoga à un plus vaste public.
36 - Babaji montre son intérêt pour l'Occident
Le maître Babaji considérait déjà que l'Orient et l'Ouest devaient établir un chemin intermédiaire qui combine le développement matériel et scientifique à la spiritualité et à la sagesse hindoue.
Très longtemps avant que Yogananda ne devienne moine, il dit qu'il enverra à Sri Yukteswar un disciple qu'il pourrait former en vue de répandre le yoga en Occident.
Cette prédiction s'est réalisée sous les traits de l'auteur de ce livre, qui accomplit précisément ce projet !
37 - Je vais en Amérique
Yogananda se rend en Amérique, où il a été invité à servir en tant que délégué à un Congrès international des libéraux religieux à Boston. Anxieux au sujet du voyage, Yogananda prie pour obtenir des conseils divins — et Babaji apparaît à sa porte ! Il rassure Yogananda sur sa mission et lui donne des instructions pour la mener à bien, puis s'en va.
Le 6 octobre 1920, il s'adresse au congrès des États-Unis et c'est un succès. Pendant trois ans, Yogananda vit à Boston pour y donner des conférences et des cours.
En 1924, il accomplit un voyage dans tout le pays, donnant des conférences dans de nombreuses villes.
À la fin de 1925, il établit un premier quartier général à Los Angeles. Entre 1920 à 1930, les cours de yoga se développent à grande vitesse et accueillent des dizaines de milliers d'étudiants.
38 - Luther Burbank, un saint au milieu des roses
L'auteur se lie d'amitié avec un botaniste californien du nom de Luther Burbank, qui a conçu des variétés hybrides de plantes et a aussi écrit un livre sur l'éducation (The Training of the Human Plant).
Le botaniste se met à la pratique du Kriya Yoga avec passion. Luther Burbank publie aussi un article dans le premier numéro du magazine créé par Yogananda, nommé East-West.
39 - Thérèse Neumann, la catholique stigmatisée
En méditation, Yogananda entend la voix de son maître, Sri Yukteswar, lui demandant de rentrer chez lui. Après 15 ans en Amérique, Yogananda part en juin 1935.
Après une brève visite en Angleterre et en Écosse, il se rend en Allemagne pour rencontrer une mystique catholique, Thérèse Neumann de Konnersreuth. Il est très intéressé par le récit de son expérience et partage plusieurs jours avec elle, se faisant le témoin de son ascèse et de ses expériences de transe.
Finalement, il passe par la Palestine et l'Égypte avant de retourner en Inde.
40 - Mon retour en Inde
Yogananda arrive à Bombay (aujourd'hui Mumbai) en octobre 1935. Il se rend à Calcutta avec son secrétaire Richard Wright, et de grandes foules le saluent. À Serampore, il retrouve son père et Sri Yukteswar.
Ensuite, il retourne à Calcutta et travaille dur pour venir à bout des difficultés financières que connaît l'école de Ranchi qu'il avait fondée des années plus tôt. Bientôt, la situation s'améliore.
Les élèves y pratiquent quotidiennement leurs exercices spirituels et apprennent les valeurs morales liées à la pratique du yoga.
41 - Voyage idyllique dans l'Inde du sud
En novembre 1935, Yogananda se rend dans l'État de Mysore, dans le sud de l'Inde. Il y donne des conférences qui rassemblent parfois plusieurs milliers de personnes.
Il en profite également pour visiter certains sites archéologiques et en apprendre davantage sur l'histoire des villes qu'il visite. L'auteur s'intéresse également aux écrits de la Grèce antique qui ont mis en avant et valorisé la culture indienne.
Finalement, Yogananda et son secrétaire font un pèlerinage pour rencontrer le sage Sri Ramana Maharishi, dans son ashram près de Tiruvannamalai.
42 - Les derniers jours de mon guru
Lors d'une célébration d'hiver, le maître de Yogananda confie à son élève qu'il n'en a plus pour très longtemps. Celui-ci devra prendre la charge de l'ashram dans lequel il a reçu son éducation.
Lors d'un périple en janvier, l'auteur a l'opportunité de voir le Taj Mahal. Il visite également un autre yogi qui lui remet un message de Babaji.
Peu après, alors qu'il est de retour à Calcutta, il apprend que son gourou est dans une autre ville, à plus de 3 000 miles de là. Il s'y rend, mais celui-ci meurt avant qu'il n'arrive. Yogananda présidera la cérémonie funéraire.
43 - La résurrection de Sri Yukteswar
Plusieurs mois plus tard, en juin 1936, Yogananda est dans une chambre d'hôtel à Bombay lorsqu'il a une vision de Sri Yukteswar.
Sri Yukteswar explique à son ancien élève ce qu'est le "monde astral", sorte de paradis pour les yogi ayant achevé le cycle de leurs réincarnations. L'auteur en profite pour expliquer la théorie de l'âme typique de la religion hindoue.
44 - En visite chez le Mahatma Gandhi
Yogananda rend visite au Mahatma Gandhi à son ashram en août 1935. C'est le jour de silence de Gandhi, et il les accueille avec une note écrite. À 8 heures, il sort du silence. Il interroge Yogananda sur l'Amérique et l'Europe, et ils discutent de l'Inde et des affaires mondiales.
L'après-midi suivant, Yogananda visite l'ashram de Gandhi pour les petites filles. Lorsqu'il retourne à l'ashram de Gandhi, il observe à quel point la vie de l'homme est simple, dépourvue de pièges matériels.
Yogananda demande à Gandhi sa définition de la non-violence, et le Mahatma répond :
« Éviter de nuire à toute créature vivante dans la pensée ou l'acte. » (Autobiographie d'un yogi, Chapitre 44)
Réfléchissant plus tard à l'action de Gandhi, Yogananda écrit que sa méthode de non-violence s'est avérée extrêmement efficace. Il observe que la force ne résout pas les problèmes humains et en appelle tà préférer la vie plutôt que sur la mort et la destruction.
45 - Ma Ananda Moyi, la "Mère rayonnante de joie"
Le moine rend également visite à une sainte, Ananda Moyi Ma, à Calcutta. Elle est sur le point de partir avec ses disciples, mais retarde son départ pour Yogananda.
Cette sainte hindoue voyage beaucoup en Inde et est responsable de beaucoup de réformes sociales. Yogananda l'invite à l'école Ranchi dont il est le responsable pour qu'ils échangent sur ces sujets.
Lorsqu'elle lui rend visite, elle confie à Yogananda qu'elle ne s'est jamais identifiée à son corps physique, même dans son enfance. Elle s'est toujours sentie "enveloppée dans l'éternel". Yogananda admire son dévouement.
46 - La femme-yogi qui ne mange jamais
En mai 1936, Yogananda, accompagné de son secrétaire et de quelques amis, rend visite à Giri Bala, une sainte qui pratique une technique de yoga très spéciale, qui lui permet de ne (presque) pas manger.
Giri Bala les accueille à la porte de sa maison. Yogananda est frappé par son apparence spirituelle. Elle raconte son histoire étonnante à ses invités.
47 - De retour en Occident
À la fin de 1936, Yogananda se rend à nouveau en Angleterre, puis retourne en Amérique. Il célèbre Noël au centre de la Self-Realization Fellowship, l'institution qu'il a créée pour promouvoir le yoga en Occident.
À cette occasion, Yogananda offre de nombreux cadeaux à ses amis et à ses disciples, y compris une tasse en argent à un disciple de longue date, M. Dickinson.
Celui-ci se montre étonné et avoue qu'il a attendu 43 ans pour ce cadeau. En 1893, il avait rencontré un moine qui lui avait dit que son professeur viendrait à lui en lui donnant une coupe d'argent !
48 - À Encinitas, en Californie
Pendant que Yogananda était à l'étranger, ses disciples ont construit un ashram pour lui à Encinitas, en Californie. C'est un immense domaine financé par l'un des disciples de Yogananda, James J. Lynn, homme d'affaires américain.
Quelques mois plus tard, Yogananda organise un service de Pâques au lever du soleil sur la pelouse de l'ashram. Toute cette année en Californie est décrite comme heureuse. En 1937, il fonde une succursale du Self-Realization Center à Encinitas.
49 - Les années 1940 - 1950
Plusieurs réalisations de la Self-Realization Fellowship voient le jour dans les années qui suivent :
En 1942 à Hollywood ;
À San Diego en 1943 ;
Ainsi qu'à Long Beach en 1947 :
Et à Los Angeles en 1949.
Yogananda est à l'ogirine de tous ces centres. Pour lui, c'est un devoir que Babaji et Sri Yukteswar lui avaient confié.
Au cours de ces années, l'auteur passe du temps à interpréter le Nouveau Testament et à traduire la Bhagavad Gita.
Il considère toujours que le Kriya Yoga est une pratique éminemment puissante qui permet de conduire une personne à la vérité spirituelle, "simplement" à partir d'une une compréhension juste de la respiration.
Il termine l'ouvrage en soulignant que les humains ne comprendront peut-être jamais tous les secrets de l'univers et de la vie. Mais peu importe : leur tâche est de rechercher la sagesse et d'apprendre à comprendre leur vraie nature.
Conclusion sur « Autobiographie d’un yogi » de Paramahansa Yogananda :
Ce qu'il faut retenir de "Autobiographie d'un yogi" de Paramahansa Yogananda :
Que vous croyiez ou non aux affirmations de Paramahansa Yogananda, et de façon plus générale à l'existence des miracles dans la tradition hindou, vous apprécierez ce livre pour une raison essentielle : c'est l'histoire d'un homme qui exporta le yoga des terres lointaines de l'Inde vers le monde occidental.
Ce livre est un témoignage précieux sur les modes de pensées et les pratiques du tout début du XXe siècle en Inde. Il est fascinant de voir comment le yoga s'est transformé au cours de toutes ces années. Aujourd'hui vécu surtout comme une pratique sportive et une hygiène de vie, il était alors complètement lié à la spiritualité.
Cette Autobiographie d’un yogi est sans doute un peu longue (près de 1 000 pages !) ; c'est le seul reproche qui peut lui être fait. Mais si vous voulez vous immerger complètement dans cette culture pour plusieurs jours (ou même semaines), alors c'est exactement le livre qu'il vous faut !
Vous voulez vous initier à la méditation, consultez cette chronique sur la méditation de pleine conscience.
Points forts :
Une plongée fascinante dans l'Inde du début du XXe siècle et des croyances hindoues.
De nombreuses anecdotes personnelles de l'auteur ;
Une histoire du yoga et de son arrivée en Occident ;
Un outil de réflexion pour penser le développement personnel.
Point faible :
Sa longueur, mais c'est assez subjectif.
Ma note :
★★★★★
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