Événement interblogueurs 2021 Avoir un de vos articles promu auprès de 132 810 lecteurs passionnés par le développement personnel et l’entrepreneuriat ça vous dit ? Puis avoir cet article intégré dans un article récapitulatif qui sera également envoyé à ces 132 810 personnes et à des milliers d’autres lecteurs, ça vous émoustille même carrément ? Dans ce cas […] Cet article Événement interblogueurs 2021 : Les 3 livres qui ont changé ma vie est apparu en premier sur Des livres pour changer de vie.
-
J'ai publié sur des-livres-pour-changer-de-vie.fr
July 11 2021, 7:09pm
-
J'ai publié sur des-livres-pour-changer-de-vie.fr
Pour une enfance heureuse
Résumé de « Pour une enfance heureuse - Repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau» : À travers sa synthèse des dernières découvertes en neurosciences, la pédiatre et auteure Catherine Gueguen nous permet de mieux identifier les conséquences de nos habitudes éducatives tout en proposant de nombreuses pistes en faveur d’une éducation bienveillante. Par Catherine Gueguen, 2014, 366 pages. Note : cette chronique est une chronique invitée écrite par Maëlle Mériaux du blog Devenir Intuitive. Chronique et résumé du livre « Pour une enfance heureuse » :
Chapitre 1. La relation adulte-enfant Il est courant d’idéaliser la relation à naître lors de la grossesse, mais à la naissance, les parents sont souvent déstabilisés par tous les changements qu’implique l’arrivée d’un enfant dans leur vie. Les difficultés de la relation adulte-enfant L’arrivée d’un premier enfant provoque généralement un très grand bouleversement émotionnel pour les parents. Passé le baby blues des premiers jours chez la maman, celle-ci continue parfois à se sentir totalement dépassée par la situation jusqu’à la dépression post-partum ou encore jusqu’au burn-out maternel. En tant que pédiatre, Catherine Gueguen est pleinement consciente de ces difficultés et rencontre de nombreux jeunes parents perdus et désemparés. Elle questionne les statistiques du congé parental en France : « 97 % des cinq cent trente-six mille personnes qui prennent un congé parental sont des femmes ». Selon elle, l’équilibre entre vie de famille et vie professionnelle serait plus facile à trouver avec un partage de la responsabilité éducative des enfants au sein du couple, comme dans les pays nordiques notamment. L’humain est un être éminemment social Selon les études en neuroscience affective et sociale, notre cerveau est entièrement tourné vers la rencontre humaine. Nous sommes une espèce sociale. Tous les êtres humains veulent par-dessus tout être aimés, écoutés, respectés. Ils aiment vivre des relations empathiques. Qu’est-ce ce que c’est ? L’empathie est la capacité à comprendre les intentions et le ressenti de l’autre. Elle se distingue de la sympathie, qui implique de vouloir le bien-être de l’autre. Dans la relation idéale, empathie et sympathie sont entremêlées. Pour réussir à être empathique avec les autres, ce que nous avons rarement appris dans notre éducation, il est nécessaire de savoir être empathique avec soi-même, ce qui s’appelle l’auto-empathie. Il s’agit d’apprendre à conscientiser nos sentiments et nos souhaits profonds. C’est donc un chemin de connaissance de soi. Être empathique avec soi-même et avec les autres s’apprend. En comprenant que l’autre n’est pas la cause de ce que nous ressentons, nous pouvons prendre la responsabilité de nos émotions et apprendre à les exprimer en parlant de nous. La relation humaine vue du côté de l’enfant Dès qu’il vient au monde, l’enfant cherche à entrer en relation avec ses parents. Il est capable d’empathie affective. À un an, il adopte déjà des comportements altruistes et des études ont montré qu’à quatorze mois, il cherche à réconforter les personnes en détresse. Vers trois ans, l’enfant commence à comprendre les règles sociales du vivre ensemble. Mais il lui faut beaucoup de temps pour arriver à mettre des mots sur ses émotions, d’autant plus si l’adulte en face de lui ne lui montre pas comment faire. À force de n’être pas compris, un enfant se renferme ou devient agressif. La relation humaine vue du côté des parents Il existe une multitude de façons de se comporter avec les enfants. L’idéal serait de les considérer comme tout être humain qui a droit au respect et à la dignité. Pourtant, leur fragilité et leur malléabilité font que les adultes se placent facilement dans une posture de domination vis-à-vis des enfants. Comment avons-nous été éduqués ? C’est souvent un bon point de départ pour clarifier l’attitude que nous souhaitons adopter avec les enfants. Peut-être y a-t-il des situations que nous avons nous-mêmes vécues et que nous ne souhaitons pas reproduire ? Nos façons d’être ont des conséquences directes sur le cerveau de l’enfant. De plus, nous lui transmettons ce que nous sommes, donc justement notre façon d’être. Lorsque les parents et les adultes autour de l’enfant sont respectueux et empathiques, l’enfant fait de même. À l’inverse, lorsque ces adultes crient, tapent et humilient, les enfants les imitent également. Selon un sondage SOFRES réalisé en 1999, seulement 16 % des Français n’ont jamais frappé leurs enfants. Les autres agissent par automatisme, probablement parce qu’ils ont déjà reçu des coups étant enfant. Chapitre 2. Le cerveau de l’enfant, un cerveau encore immature Trois cerveaux en un Notre cerveau est, de façon schématique, composé de trois cerveaux, reliés entre eux par des circuits neuronaux :
Le cerveau archaïque ou cerveau reptilien, qui est la partie la plus ancienne du cerveau humain. Il gère la physiologie de base de notre corps. En présence d’un danger, il déclenche chez nous des réflexes de fuite ou d’attaque. Le cerveau émotionnel ou système limbique nous permet de ressentir l’agréable et le désagréable, ainsi que la gamme complète de nos émotions. Il joue également un rôle régulateur de nos instincts de survie. De plus, il est impliqué dans l’apprentissage et la mémoire. Le cerveau supérieur ou néocortex n’est présent que chez les primates, dont nous faisons partie. Il représente chez l’homme 85 % du volume cérébral total. Il commande entre autres la conscience que nous avons de nous-mêmes, le langage et la capacité d’apprentissage. De plus, il est à l’origine de nos raisonnements et de notre créativité.
Le cerveau : de l’enfance à l’adolescence Le cerveau humain met énormément de temps à se développer totalement. Son développement commence au cours de la vie intra-utérine. Dans les premières années de vie de l’enfant, le cortex néofrontal est encore en formation : ce sont les cerveaux archaïque et émotionnel qui sont dominants. La maturation du cortex se prolonge même jusqu’aux 25 ans environ, pour certaines régions du cerveau. Et pour cause : le cerveau humain est la forme de matière organisée la plus complexe de l’univers. Il existe deux types de cellules nerveuses :
Les neurones servent à la transmission des informations, sous la forme de neurotransmetteurs : dopamine, sérotonine, etc. Ceux-ci sont entourés d’une gaine de myéline qui favorise la conduction des informations. Les cellules gliales approvisionnement les neurones en énergie, protègent le cerveau et accélèrent les transmissions d’informations, selon leurs caractéristiques.
Après la naissance, les connexions entre neurones sont très mouvantes : elles se font et se défont en fonction des relations affectives, de l’apprentissage et de toutes les expériences vécues par l’enfant. À l’âge de deux ans, ces connexions, appelées synapses, ont une densité deux fois plus importante que chez l’adulte, qui diminue ensuite à l’adolescence : le cerveau garde les circuits utilisés et élimine les autres. C’est pourquoi les phénomènes et évènements susceptibles d’altérer la formation de ces circuits ont des conséquences majeures sur le présent et l’avenir de l’enfant. Le cerveau à l’adolescence Les structures cérébrales qui mettent le plus longtemps à être matures sont les plus complexes. Il s’agit des lobes temporaux et frontaux, qui régissent les processus cognitifs et la régulation des émotions. Ils atteignent leur complet développement vers 16-17 ans. Tant que le cerveau n’a pas atteint sa pleine maturation, les processus de gestion des émotions ne sont pas pleinement fonctionnels, ce qui explique les difficultés de l’enfant à maîtriser ses réactions émotionnelles. Avec son plein développement, le cortex préfrontal devient plus efficace dans ses capacités intellectuelles et sa faculté dans les prises de décisions. De plus, il permet le contrôle des réactions émotionnelles, à savoir la prise de recul ainsi que la réflexion et la prise de décision sans réaction impulsive. Nos relations et les expériences que nous vivons durant l’enfance déterminent quelles connexions cérébrales vont persister au cours de notre vie. Tout cela influe sur la capacité de l’enfant et de l’adolescent à surmonter le stress, à vivre ses émotions sereinement et à exprimer son affectivité. Chapitre 3. Cerveau, affectivité et vie relationnelle chez l’enfant L’ensemble du cerveau participe aux relations humaines, mais certaines de ses régions sont plus particulièrement dévolues à la vie relationnelle. Le cortex préfrontal Le cortex préfrontal est situé tout à l’avant du cerveau et constitue une zone essentielle du néocortex. Il est relié à de nombreuses zones du cerveau, ce qui en fait toute la complexité. Chez les primates, de nombreuses études ont montré que le volume de ce cortex est corrélé à la taille du groupe social. Chez l’espèce humaine, le cortex préfrontal est particulièrement développé, pouvant être le reflet de la complexité de notre vie sociale. De plus, c’est la zone du cerveau avec la maturation la plus tardive : celle-ci est complète au début de la vie adulte. Le cortex préfrontal est le centre de décision et de planification du cerveau. Il est également le siège du langage, du raisonnement et de la mémoire. De plus, il sert au contrôle de nos réponses émotionnelles. Face à une situation relationnelle difficile, il nous permet de prendre du recul : nous réévaluons la situation à sa juste mesure. Quand cette zone du cerveau est immature ou dysfonctionne pour de multiples causes (dont les violences subies durant l’enfance), les individus sont incapables de prendre du recul et de reconsidérer ce qu’ils sont en train de vivre. Certains adultes violents et colériques sont comme les enfants, submergés par la peur et la colère. L’imagerie IRM permet de révéler une activité très faible du cortex préfrontal chez ces personnes, comme on l’observe dans la petite enfance. Un cortex préfrontal hypoactif est incapable de réguler les émotions fortes. Au sein du cortex préfrontal, deux zones jouent un rôle majeur dans notre vie affective : le cortex orbito-frontal (COF) et le cortex cingulaire antérieur (CCA). Le COF est capital pour notre vie sociale : son volume est corrélé aux compétences sociales. La vie d’une personne ayant un COF altéré est chaotique, car elle ne sait pas prendre les décisions justes pour elle. Pourquoi l’enfant contrôle-t-il mal ses émotions ? Le cortex préfrontal et les circuits qui le relient au système limbique sont immatures durant l’enfance. Ainsi, l’enfant est très rapidement submergé par des tempêtes émotionnelles et des comportements impulsifs dictés par son cerveau émotionnel et archaïque. Ce que l’on appelle à tort des « caprices » est seulement la conséquence de l’immaturité du cortex cérébral chez l’enfant. Il est important de comprendre que ce n’est qu’un passage de la vie de l’enfant qui ne durera pas si celui-ci est réconforté dans ses tempêtes émotionnelles plutôt que réprimandé. Consoler un enfant « chamboulé » participe à la maturation de son cerveau L’enfant bouleversé par ses émotions a besoin d’aide pour retrouver son calme. Lorsqu’un adulte le rassure, il lui permet de développer dans ses lobes frontaux les connexions nécessaires pour apaiser à l’avenir ses angoisses et réflexes archaïques. Coccaro, en 2011, a montré que les adultes violents ont un cortex préfrontal hypoactif[1]. À sa naissance, le bébé est particulièrement vulnérable et a d’autant plus besoin d’être réconforté lorsqu’il pleure, ce qui peut être très fréquent. C’est sa façon d’exprimer toutes sortes d’émotions et de besoins. Les parents peuvent vivre beaucoup d’incompréhension et d’impuissance face à ces pleurs. Le cerveau archaïque est prédominant chez le bébé, qui est très vite submergé par la peur et la colère. Il a impérativement besoin d’un adulte qui le rassure. L’amygdale Parmi les structures cérébrales importantes dans la régulation de nos émotions, l’amygdale joue un rôle clé. Les personnes victimes de lésions bilatérales de l’amygdale ne connaissent plus ni l’angoisse ni le plaisir : elles sont coupées des émotions. Le rôle de l’amygdale est notamment de détecter tout danger potentiel et de nous en alerter. Elle prévient alors l’hypothalamus qui déclenche la sécrétion de cortisol, hormone du stress. Dès la naissance, l’amygdale est parfaitement mature. Par contre, les structures cérébrales qui permettent de la réguler ne le sont pas. Ainsi, le jeune enfant a souvent très peur sans être capable de raisonner et de prendre du recul par rapport à ce qui l’effraye. Par ailleurs, l’amygdale est impliquée dans notre mémoire émotionnelle inconsciente ou implicite. C’est la mémoire des évènements émotionnels traumatiques notamment. Une fois adultes, nous n’arrivons pas à nous souvenir de nos premières années, car nos structures cérébrales de la mémoire explicite n’étaient pas encore matures, mais nous gardons une mémoire inconsciente des traumatismes à travers l’action de l’amygdale. Mettre des mots sur les évènements pénibles ou traumatiques passés est une manière de réencoder l’amygdale. L’hippocampe L’amygdale est en relation très étroite avec l’hippocampe, structure cérébrale quant à elle immature à la naissance. C’est le centre de la mémoire consciente et à long terme : il est au cœur des apprentissages. L’hippocampe est particulièrement sensible au stress et à la détresse émotionnelle. Lors d’un stress prolongé, seule l’amygdale fonctionne au détriment de l’hippocampe et la personne, paralysée par l’angoisse, n’arrive plus à apprendre ni à mémoriser. Chapitre 4. Cerveau et stress chez l’enfant Deux systèmes régulent la réponse au stress chez l’être humain : le système nerveux végétatif et le système neuro-endocrinien. Le premier répond au stress immédiatement, en sécrétant de l’adrénaline, alors que le second réagit plus tard, en sécrétant du cortisol. Le système nerveux végétatif (SNV) ou système autonome Les voies nerveuses du système nerveux végétatif, ou autonome, se subdivisent en deux systèmes :
Le système nerveux sympathique ; Le système nerveux parasympathique.
Tout d'abord, le système nerveux sympathique nous prépare à l’action. Face à un stress, il produit la réponse de lutte ou de fuite. À l’inverse, le système nerveux parasympathique sert à l’apaisement, au ralentissement et à la régulation des émotions. Ces deux systèmes ne se développent pas au même âge chez le jeune enfant. Le système sympathique est actif dès la première année de l’enfant, alors que le système parasympathique ne s’installe que dans le courant de la deuxième année. De plus, un enfant qui n’est pas accompagné lors d’un chagrin ou d’une colère voit son système sympathique se renforcer. À force, il peut devenir colérique ou développer un trouble hyperactif. Consoler son enfant permet au contraire d’aider son système parasympathique à se développer. Le système neuro-endocrinien : l’axe hypothalamo-hypophysaire (HPA) Le système neuro-endocrinien regroupe l’hypothalamus, l’hypophyse et les glandes surrénales, qui produisent un effet en chaîne, aboutissant à la sécrétion de cortisol lors d’un stress. Un stress prolongé peut conduire à une hyperactivité de cet axe, jusqu’à altérer certaines zones cérébrales chez l’enfant. Le stress produit un afflux d’adrénaline, de noradrénaline, de cortisol, toxique pour l’organisme Lorsqu’ils sont sécrétés avec un taux normal, l’adrénaline, la noradrénaline et le cortisol sont bénéfiques pour l’organisme. Mais lorsqu’ils sont émis en trop grande quantité lors d’un stress, l’enfant perd confiance et voit le monde comme une menace constante. Le stress est très délétère pour le cerveau de l’enfant Le cortisol agit lentement. Il peut rester dans le cerveau pendant des heures, des jours voire des semaines entières. Lorsqu’il est sécrété de façon prolongée et que son taux est très élevé, il peut avoir des impacts importants sur le développement du cerveau. Par exemple, un stress sévère dans la petite enfance peut avoir un impact sur le développement de l’hippocampe, structure essentielle à l’apprentissage. Le cortex préfrontal est très sensible au stress également. Celui-ci peut entraver son développement et diminuer son volume. Les premières années de la vie sont déterminantes Les premières années de la vie de l’enfant, tout comme la vie intra-utérine, sont des périodes particulièrement sensibles dans l’établissement des liens socio-affectifs. Si l’enfant vit des expériences négatives récurrentes, son équilibre affectif risque d’être fragilisé pour le reste de sa vie. Les enfants placés en orphelinat, par exemple, présentent le plus souvent des altérations du cerveau et des troubles cognitifs et psychologiques. Ces troubles sont plus facilement réparables si ces enfants sont adoptés avant d’avoir 2 ans. Toutefois, on ne peut jamais complètement prévoir l’avenir. La résilience permet à certaines personnes de mener une vie heureuse malgré des expériences traumatiques. Le facteur le plus important dans l’existence de cette résilience est la rencontre avec des personnes empathiques et bienveillantes. Savoir réguler les conflits Des études ont démontré que la manière dont les conflits se régulent à la maison influence grandement le comportement de l’enfance dans ses propres relations. L’enfant « tyrannique », notamment, est souvent le reflet des adultes qui l’entourent. Si les parents ont l’habitude de crier sur leur enfant et de se mettre en colère contre lui à chaque « bêtise », celui-ci apprend que c’est la seule manière de se faire entendre. Au contraire, lorsque l’adulte explique de manière douce et patiente ce qui ne lui a pas convenu dans le comportement de l’enfant, ce dernier n’est pas sous l’emprise de la peur ou de la colère en recevant le message. Il apprend qu’il est possible de réagir calmement lorsqu’on n’est pas d’accord. Chapitre 5. Neurones fuseaux et neurones miroirs chez l’enfant Les neurones fuseaux et les neurones miroirs jouent un rôle déterminant dans nos relations aux autres. Les neurones fuseaux Certains chercheurs considèrent que les neurones fuseaux démarquent l’espèce humaine des autres : nous en possédons mille fois plus que les singes, qui n’en possèdent que quelques centaines. Ces neurones sont localisés dans les structures cérébrales liées à la vie affective et sociale. Ils nous permettent, lorsque nous rencontrons une personne pour la première fois, de ressentir si elle nous plaît ou pas. Les expériences précoces du jeune enfant ont un impact direct sur les neurones fuseaux. Lorsque l’ambiance dans laquelle baigne l’enfant est harmonieuse et aimante, ces neurones se développent plus densément et en plus grand nombre qu’en atmosphère stressante. Les neurones miroirs Les neurones miroirs jouent un rôle primordial dans la compréhension des intentions et des émotions d’autrui. Ils nous invitent à imiter l’autre, mais également à ressentir ce qu’il ressent. Autrement dit, observer un comportement, c’est déjà le réaliser dans notre esprit. Grâce aux neurones miroirs, nous comprenons l’impact que peuvent avoir des images, des peintures ou des films sur nous. Nous « vivons » réellement ce qui est représenté. Ainsi les enfants peuvent subir de plein fouet la vision d’images violentes par exemple, et ils n’ont pas le recul pour analyser ce qu’ils voient. Les neurones miroirs rendent également les émotions contagieuses. C’est pourquoi retrouver un proche joyeux peut nous faire oublier nos tracas si rapidement parfois. Malheureusement, les émotions de colère et d’énervement se transmettent tout aussi facilement. Chapitre 6. Les molécules du bien-être et de la vie relationnelle Tout comme il existe des hormones du stress, il existe des hormones de la détente et du plaisir, à savoir l’ocytocine, les endorphines et la sérotonine. Elles stimulent le désir de contacts humains. L’ocytocine, hormone de l’amour et de la vie sociale L’ocytocine est l’hormone par excellence du bien-être. Elle joue un rôle majeur lors de l’accouchement et de l’allaitement, mais ne s’arrête pas là. Elle joue un rôle essentiel dans toutes les relations humaines. Dès que l’on se sent bien avec une ou des personnes, de l’ocytocine est sécrétée. De plus, elle est à l’origine de la sécrétion de la dopamine, des endorphines et de la sérotonine. L’ensemble de ces hormones participent au système de motivation-récompense. L’ocytocine stimule la motivation puis active la récompense à travers la libération d’endorphines, qui procurent du bien-être. La réaction en chaîne provoquée par l’ocytocine permet aux parents d’être gratifiés du contact avec leur enfant. D’autant que ce système bloque les effets d’habituation, ce qui fait que nous nous sentons toujours gratifiés des moments passés avec les êtres chers. C’est notamment pourquoi nous pouvons nous lasser des enfants des autres, mais pas de nos propres enfants. Les relations, les contacts agréables déclenchent la sécrétion d’ocytocine De l’ocytocine est libérée dans nos corps lors de toute stimulation sensorielle douce, avec ou sans contact physique. Des mots doux peuvent provoquer en nous la sécrétion d’ocytocine par exemple. À l’inverse, le stress bloque sa libération. L’empathie est favorisée pour la sécrétion d’ocytocine. En effet, celle-ci aide à décrypter l’expression d’un visage ou d’un regard. Les yeux jouent un rôle majeur dans notre perception de la relation. Dans une étude américaine, Rimmele[2] a démontré que l’ocytocine augmente la capacité à reconnaître les visages et à en décrypter l’état émotionnel. Elle favorise donc les relations satisfaisantes en augmentant l’empathie. L’ocytocine renforce le lien parental Chez les rongeurs, l’aptitude des femelles à être maternelles dépend du nombre de récepteurs à l’ocytocine au niveau cérébral. Les femelles qui ont été proches de leur mère étant petites ont beaucoup de récepteurs par rapport à celles qui ont été peu maternées. La situation est plus difficile à étudier chez les humains, car de très nombreux facteurs sont à prendre en compte. Les femmes n’ont souvent pas autant confiance en elles avec un premier enfant qu’avec un deuxième et le père a également un rôle important à jouer dans la confiance que la mère développe dans ses capacités. Plusieurs études montrent une corrélation entre le taux d’ocytocine plasmique durant la grossesse chez la femme et ses aptitudes maternelles suite à l’accouchement. Par exemple, Skrundz[3] a démontré que la dépression post-partum était associée à un taux bas d’ocytocine plasmique durant la grossesse. Donner de la tendresse à son enfant entraîne chez les deux parents une sécrétion d’ocytocine. Celle-ci n’est pas liée au sexe du parent, mais à sa capacité d’affection. L’ocytocine plasmique a été mesurée chez des parents, dans les premières semaines de vie de leur enfant et six mois plus tard. Chez l’homme comme chez la femme, le taux d’ocytocine est élevé aux deux prélèvements si ceux-ci ont une relation affectueuse avec leur enfant. La synchronie familiale, autant au niveau de la relation parent-enfant que de la communication dans le couple, favorise aussi la libération d’ocytocine. Les endorphines Les endorphines procurent du bien-être et diminuent l’anxiété. Elles peuvent également soulager la douleur. Elles sont sécrétées lorsque nous vivons des relations sereines et agréables. Jouer et câliner son enfant provoque notamment la sécrétion d’endorphine chez l’enfant comme chez le parent. La sérotonine La sérotonine stabilise notre humeur et joue un rôle important dans plusieurs fonctions physiologiques comme le sommeil, l’alimentation ou encore la sexualité. Les comportements impulsifs sont souvent liés à un faible taux de sérotonine. Ainsi, les personnes sécrétant peu de sérotonine peuvent avoir des accès d’angoisse et de colère, ou encore des sautes d’humeur imprévisibles. La séparation maternelle ou la privation affective peuvent avoir notamment un rôle délétère sur les récepteurs de la sérotonine au niveau cérébral. Les échanges et en premier lieu le toucher entraînent la sécrétion des molécules du bien-être Le toucher occupe une place centrale dans la sécrétion des molécules du bien-être. En effet, notre peau est notre plus grand organe sensoriel. Les bébés prématurés, par exemple, se développent mieux lorsqu’ils sont au contact de la peau de leurs parents ou massés tendrement. D’ailleurs, les bénéfices du toucher s’observent également dans la relation avec les animaux. Caresser un animal familier active le cerveau social et réconforte autant l’animal que celui qui le caresse. Chapitre 7. Le goût de vivre Le rôle des adultes avec les enfants est d’accompagner leur force de vie si précieuse et bouillonnante. L’encouragement aide l’enfant à devenir un adulte vivant et entreprenant. Le système de motivation-récompense Le système cérébral de motivation et de récompense active la curiosité. Plus ce système est stimulé, plus nous prenons de plaisir à découvrir et innover. Lorsque l’adulte freine un enfant dans ses explorations, par peur par exemple, il ralentit le système de motivation. À force, l’enfant perd l’envie de réaliser des expériences nouvelles. L’importance du jeu Chez l’enfant, le jeu a un rôle primordial dans la croissance neuronale. Les jeux de contacts, lorsque deux enfants s’amusent à se chahuter par exemple, diminuent le stress et l’anxiété. En jouant, l’enfant apprend le monde et son environnement. Il apprivoise les situations quotidiennes. Il apprend à se connaître soi-même et à connaître les autres enfants. De plus, se dépenser physiquement lui permet de libérer ses pulsions motrices et d’exprimer sa vitalité. Donner de la tendresse à l’enfant lui donne le goût de vivre Passer des moments privilégiés avec son enfant, lui donne le goût de vivre. Un enfant qui se sent aimé saura dire à l’avenir son amour et donner de l’affection à son entourage. Ces instants de bonheur et de douceur partagés durant l’enfance l’accompagneront tout au long de sa vie. Chapitre 8. La violence éducative ordinaire L’idée que l’on se fait d’une « bonne éducation » est encore trop souvent associée à de petites violences faites à l’enfant au quotidien. C’est ce que l’on appelle la « violence éducative ordinaire » (VEO). Il est par exemple encore toléré qu’un parent donne une fessée à son enfant pour se faire obéir. En plus des souffrances physiques subies par les enfants, les souffrances morales sont aussi délétères. Les cris, les mots vexants, les humiliations, les menaces ou les injures déstabilisent les enfants et leur font perdre leur confiance en eux. La peur est l’une des souffrances les plus banales infligées à l’enfant. Lui faire peur pour qu’il obéisse et se tienne tranquille le met dans une grande insécurité. Nous avons vu que l’amygdale, centre de la peur au niveau cérébral, est parfaitement mature à la naissance, alors que l’enfant n’a pas la capacité de prendre du recul. Il peut être réellement effrayé par les menaces de ses parents. De nombreuses études récentes montrent les impacts négatifs tant des souffrances physiques que morales infligées aux jeunes enfants. Lorsqu’ils en ont subi, les enfants deviennent plus agressifs et anxieux que les enfants ayant grandi dans une atmosphère bienveillante. L’abolition de la VEO nécessite un cadre juridique qui l’interdise clairement. Celui-ci doit protéger les enfants de toutes formes d’agression, même au sein de la famille. La Suède est pionnière dans ces avancées éducatives. En 1979, elle a voté une loi et l’a accompagnée d’une campagne de sensibilisation auprès des familles et des professionnels de l’enfance. Qu’en est-il en France ? Malgré des propositions de loi faites à l’Assemblée nationale en 2010, aucune d’elle n’a été reconnue. Un sondage réalisé par la SOFRES en 1999 montre que 84 % des parents interrogés utilisent les châtiments corporels pour éduquer leurs enfants. Chapitre 9. Être parent Lorsque l’on devient parent, il est très fréquent de reproduire l’éducation vécue durant notre propre enfance. Les réflexions suivantes pourront aider les parents à trouver leur propre chemin :
Un enfant ne s’élève pas seul. Savoir confier son enfant sans culpabiliser est une source d’équilibre pour toute la famille ; La confiance qu’a l’enfant de lui-même lui est donnée en premier lieu par son entourage, sous forme d’encouragements ; Adulte ou enfant, nous avons besoin de beaucoup de liberté et d’autonomie. Offrir de l’autonomie à l’enfant lui permet de prendre son envol ; Un enfant qui obéit sous la contrainte risque de devenir agressif ou soumis. Fixer des limites claires plutôt que d’ordonner lui donne des repères.
Conclusion sur « Pour une enfance heureuse » de Catherine Gueguen : Ce livre "Pour une enfance heureuse" de Catherine Gueguen est une synthèse impressionnante des dernières recherches sur le développement du cerveau. J’ai été profondément marquée par cet ouvrage humaniste. Bien que j’aie obtenu une licence de biologie à l’Université, j’ai acquis grâce à cet ouvrage des connaissances qu’on ne m’a même pas enseignées sur les bancs de la fac, alors qu’elles devraient être transmises à tous les futurs parents, il me semble. Depuis que je suis devenue maman, je me rends compte tous les jours à quel point les connaissances transmises dans ce livre sont primordiales. Je comprends ma fille, je sais où elle en est dans son développement social et affectif et je ne raisonne pas du tout en termes de caprices. Je comprends que chaque colère est l’expression d’un besoin inassouvi. Cela ne veut pas dire que je lui cède tout, mais je sais maintenant mettre des mots sur ce qu’il se passe pour elle alors qu’elle-même en est encore incapable. Je dirais même que cette compréhension du développement du cerveau peut permettre aux parents et aux professionnels de la petite enfance de voir les enfants comme les jeunes humains qu’ils sont plutôt que comme des « monstres colériques ». Qui dit être humain dit respect et reconnaissance. Je crois sincèrement que toutes les personnes en contact de près ou de loin avec de jeunes enfants ont tout intérêt à lire ce livre. Maëlle du blog Devenir Intuitive Points forts :
Offre un message percutant, qui permet vraiment un changement de regard Met en lumière les étapes du développement affectif et social tout au long de l’enfance Permet de conscientiser l’impact des habitudes éducatives sur le développement du cerveau de l’enfant Propose une bibliographie extrêmement fournie en références scientifiques récentes et rigoureuses
Points faibles :
Peut sembler difficilement accessible à ceux qui n’ont aucune connaissance du fonctionnement du corps humain Risque d’éveiller de la culpabilité chez ceux qui ne sont pas satisfaits de leurs méthodes éducatives, mais qui ne savent pas comment faire autrement Peut agacer par son aspect moralisateur, plaidoyer pour une éducation bienveillante
Ma note :
Avez-vous lu le livre “Pour une enfance heureuse” ? Combien le notez-vous ? [ratings] Visitez Amazon afin de lire plus de commentaires sur le livre de Catherine Gueguen “Pour une enfance heureuse” Visitez Amazon afin d’acheter le livre de Catherine Gueguen “Pour une enfance heureuse”
Sources : [1] Coccaro E. F. et al. (2011), “Corticolimbic function in impulsive aggressive behavior”, Biological Psychiatry, June 15, 69 (12), p. 1153-1159. [2] Rimmele U. (2009), “Oxytocin makes a face in memory familiar”, The Journal of Neuroscience, 29, p. 38-42. [3] Skrundz M. et al. (2008), “Plasma oxytocin concentration during pregnancy is associated with development of postpartum depression”, Neuropsychopharmacology, 36, p. 1886-1893. Cet article Pour une enfance heureuse est apparu en premier sur Des livres pour changer de vie.
July 8 2021, 5:00pm
-
J'ai publié sur youtube.com
July 6 2021, 9:11pm
-
J'ai publié sur des-livres-pour-changer-de-vie.fr
Pourquoi nous dormons
Résumé de « Pourquoi nous dormons » : Matthew Walker, professeur de neuroscience et de psychologie ainsi que directeur du laboratoire Sommeil et neuro-imagerie à l’université californienne de Berkeley nous dévoilent tous les secrets du sommeil.
Par Matthew Walker, 2017, 368 pages
Titre original: Why We Sleep
Note: cette chronique est une chronique invitée écrite par David Jedresac du blog Apprendre Retenir Agir
Chronique et résumé de « Pourquoi nous dormons » :
Partie 1. Qu’est-ce que le sommeil?
Dans notre société d’aujourd’hui, nous sommes nombreux à dormir trop peu. Et vous, dormez-vous assez? Deux tiers des adultes dans les pays développés n’atteignent pas huit heures de sommeil. Peut-être, cela ne vous étonne pas. Les conséquences en revanche risquent de vous surprendre. Matthew Walker ne passe pas par quatre chemins dès le début. Le livre se veut informatif, mais la mission de Matthew est de nous inciter à dormir plus et mieux. Ne pas dormir assez détruit votre système immunitaire, augmente votre risque de cancer.
Vos chances d’avoir l’Alzheimer se multiplient drastiquement. Manquer de sommeil vous rend vulnérable aux maladies cardiovasculaires, aux attaques et aux insuffisances cardiaques congestives. De nombreuses maladies psychiatriques sont favorisées par le manque de sommeil, dont la dépression, l’anxiété et les envies de suicides. Cela augmente aussi le risque d’obésité.
La conception du sommeil change à la lecture du livre. Nous pourrions penser que les 3 piliers d’une bonne santé seraient l'hygiène alimentaire, l’exercice et le sommeil. D’après Matthew, c’est en partie faux, le sommeil est plus qu’un pilier, c’est un fondateur sur lequel reposent les deux autres.
1-1 Rythme circadien
Le rythme circadien est défini par une hormone du nom de « mélatonine ». Quand celle-ci augmente, l’envie de dormir augmente. La mélatonine est soumise à certains éléments extérieurs. Dont le soleil, l’âge ou encore l’ADN. Le rythme de chaque personne est ainsi différent. C’est pourquoi nous parlons de personnes « couche-tôt » ou « couche-tard ». Donc, chez certaines personnes, le pic de mélatonine intervient tôt au soir puis diminue tôt à l’aube. Les « couche-tôt » représentent 40% de la population. Les « couche-tard » représentent 30% des personnes, ils se couchent tard et se lèvent tard, parfois l’après-midi. Les 30 derniers pour cent sont entre les deux.
Ne pas respecter son rythme fera mal fonctionner le cerveau. En fait, celui-ci ne sera pas fonctionnel avant d’atteindre son rythme. Si par exemple vous êtes un couche-tard et que vous vous couchez à 20 heures, il y a de grandes chances qu’à 4 heures du matin, votre cortex préfrontal ne fonctionne pas correctement. Comme un moteur à froid. Cela est dû au code génétique, votre ADN. La mélatonine n’a toutefois aucune influence sur le sommeil, elle ne fait que le lancer. En d’autres termes, la mélatonine ne participe pas au sommeil même, elle le déclare simplement.
Pour les décalages horaires, le rythme circadien est mis à rude épreuve. L’auteur nous explique que lors de ses voyages, il doit faire face à ce décalage particulièrement pénible. Pour exemple, un vol depuis San Francisco à l’Angleterre. Il y a 8 heures de décalage entre Londres et la Californie. Donc, quand il est minuit une fois arrivé à Londres, il n’est que seize heures en Californie. L’endormissement n’arrivera alors qu’à huit heures du matin, au moment où tout le monde se réveille. Le corps finit par s’habituer, mais le processus est lent. Chaque jour, le noyau suprachiasmatique (l'horloge biologique de 24 heures située au coeur de votre cerveau) se réajuste d’une seule heure. Il faudra donc 8 jours pour que le rythme soit calqué sur la destination.
1-2 Caféine
Le sommeil est défini par deux facteurs. Comme nous l’avons vu précédemment: le rythme circadien en est un. Il y en a un deuxième. L’adénosine est le deuxième facteur, c’est un neurotransmetteur indépendant de la mélatonine. L’adénosine contrairement à la mélatonine, ne cesse d’augmenter au fil de la journée, incessamment. Si vous faites une nuit blanche, l’adénosine sera alors très élevée. Mais au matin, même si vous n’avez pas dormi la nuit, vous serez peut-être assez éveillé, grâce à une mélatonine assez basse (qui elle, est régie par votre rythme circadien). L’adénosine se place sur des récepteurs du cerveau pour nous signaler que nous sommes fatigués.
Le rôle du stimulant qu’est la caféine est de bloquer les récepteurs. Plutôt que de donner le signal d’endormissement comme le fait l’adénosine, la caféine stimule cette partie. L’adénosine ne peut alors plus jouer son rôle et nous ne trouvons plus le sommeil pendant un temps. La caféine prend effet en général 30 minutes après injection. Elle met 5 à 7 heures pour atteindre la demi-vie. La demi-vie, c’est le fait que la caféine a encore 50% de ses effets dans le corps. Il faut donc prendre cette donnée en compte avant de s’endormir.
Prendre un café au repas du soir semble donc une mauvaise idée. En effet, si vous prenez un café à 19 heures, la caféine sera encore active à 50% à 2 heures du matin (ce qui reste considérable). La caféine est évacuée du corps par une enzyme du foie, celle-ci est plus ou moins efficace chez les individus. C’est ce qui fait que la caféine est plus ou moins stimulante chez certaines personnes. Ce stimulant, le plus consommé au monde, se retrouve dans le café (même décaféiné), le thé, le coca et certains chocolats noirs.
1-3 Le cycle du sommeil
Pendant que nous dormons, le cerveau suit un schéma bien distinct chaque fois. Le cycle du sommeil est très clair et a pu être clairement identifié, nous voyons qu’il suit des phases. Pendant certaines phases, les yeux sont en mouvement, ils se déplacent d’un côté à l’autre furtivement. Les ondes cérébrales sont alors actives presque comme à l’état d’éveil. Puis, d’autres phases, les yeux se calment et s’immobilisent. Les ondes sont alors ralenties. Ces phases se répètent toutes les 90 minutes.
C’est en fait le sommeil REM (Rapid Eyes Movement) qui signifie le sommeil paradoxal en français. Puis le Sommeil NREM (No Rapid Eyes Movement) qui est le sommeil profond. Le sommeil profond a 4 niveaux de profondeurs. Pendant le cycle, le cerveau suit 5 phases presque identiques de 90 minutes. Ce qui veut dire que nous avons besoin de 7 h 30 de sommeil que nous arrondissons à 8 h pour être sûrs que le sommeil soit complet.
Fonctionnement des cycles de sommeil
Sur ce schéma, nous voyons que les phases sont assez différentes. Et la différence a toute son importance. Sur les trois premiers cycles, le sommeil est surtout profond puis le sommeil paradoxal prend alors le dessus. Le sommeil profond et le sommeil paradoxal ont deux rôles bien distincts et nous verrons tout au long de ce résumé le rôle des deux. Sachez dans tous les cas que manquer 2 heures de sommeil sur 8 vous fait perdre environ 65% de sommeil paradoxal. Ce qui veut dire que votre sommeil est très incomplet avec simplement 2 heures de sommeil en moins.
1-4 Qui dort?
Quand est-ce que le sommeil est apparu dans l’évolution? La réponse est simple, le sommeil existe depuis toujours. Une théorie de Matthew consiste même à dire que c’est le sommeil qui était présent depuis le début et que c’est l’éveil qui présente une « anomalie ». Comprendre par là que le sommeil répare l’énergie que nous utilisons lors de notre éveil. Qui dort? Quelles espèces? Absolument toutes. Même les insectes. Nous ne pouvons pas analyser les ondes cérébrales des insectes. Cependant, les chercheurs ont pu détecter par leurs comportements qu’ils avaient besoin de dormir. Le sommeil est différent chez toutes les espèces.
Par exemple, il semblerait que la plupart des poissons, insectes et reptiles n’ont pas de sommeil paradoxal (phase de rêve). En tout cas, à l’heure actuelle les chercheurs n’ont pu le prouver. Mais il est possible qu’ils obtiennent une phase de rêve qui est simplement différente de la nôtre, indétectable avec la technologie actuelle. Les chauves-souris dorment 19 heures et les éléphants seulement 4 heures. Pourquoi avons-nous des besoins de sommeil si différent?
Nous ne le savons pas vraiment, la complexité du cerveau ainsi que le gabarit du corps jouent certainement un rôle. Quoi qu’il en soit, toutes les espèces vivantes dorment à leurs façons. De façon adaptée pour eux. Par exemple, pendant la phase de sommeil REM (paradoxal), le corps est paralysé et ne peut plus bouger. Chez l’être humain, cette fonction a pour but de ne pas reproduire ce dont nous rêvons dans notre lit (plutôt pratique). Pour les dauphins, cette phase est peu possible, car ils ont constamment besoin de nager pour ne pas se laisser aller par le courant et perdre complètement le contrôle. C’est pourquoi ils n’ont qu’une phase NREM (profonde).
Autre différence entre les espèces et nous
Une autre différence entre les espèces et nous, humains, est le repos d’une partie du cerveau. Nous avons deux hémisphères dans notre cerveau et certaines espèces sont capables de reposer l’une d’entre elles tout en laissant en fonction l’autre. L’évolution étant différente chez chaque espèce, les besoins ont dû s’adapter. Notamment chez les oiseaux. Lors de nuées d’oiseaux, vous pouvez être sûr que la plupart des oiseaux dorment. Seuls les deux oiseaux des extrémités ne dorment que d’un seul hémisphère. Cette fonction a pour but de surveiller l’environnement en même temps qu’ils dorment. C’est le cas aussi pour les dauphins pour les mêmes raisons citées précédemment.
Les humains ne sont pas capables de faire cela. En effet, il semblerait que nous ayons une version similaire, mais bien moins efficace. Quand nous dormons pour la première fois dans un nouvel environnement, nous gardons une certaine vigilance. La première nuit d’un hôtel typiquement, nous gardons une certaine attention pendant que nous dormons. Mais nous reposons tout de même les deux hémisphères en même temps, contrairement aux espèces capables d’alterner.
Nous sommes spéciaux
Matthew expose sa théorie sur l’évolution qui est fort intéressante. Le sommeil REM sert en partie à réguler les émotions et améliorer notre capacité à résoudre les problèmes (expliqué en détail dans la partie 3). À l’époque des Homo Erectus (prédécesseurs de l’homo sapiens), ils possédaient surtout un sommeil NREM, car la plupart des espèces dormaient dans les branches d’arbres pour éviter les prédateurs. Or, le sommeil REM paralyse le corps, mère nature ne pouvait le leur donner pour les protéger de chutes mortelles pendant le sommeil. Au cours de l’évolution, l’Homo Erectus (et donc, l’homo sapiens) a découvert le feu, et a donc pu dormir au sol. Naturellement, le sommeil REM est donc venu en très grande quantité.
Au vu des bénéfices du sommeil REM, il est possible que ce soit cet élément qui a fait que l’Homo Erectus a progressé autant en intelligence. Plus encore, étant donné que le sommeil REM permet la gestion des émotions, c’est aussi cela qui a fait que les êtres humains ont évolué comme des êtres profondément sociaux. L’évolution du sommeil expliquerait donc pourquoi l’Homo Erectus a fini par s’imposer et devenir ce que nous sommes aujourd’hui. On peut dire sans se tromper que nous avons le sommeil le plus élaboré de toutes les espèces.
1-5 La chronologie du sommeil
Le fœtus
Quand nous sommes encore dans le ventre de la mère, nous dormons beaucoup. C’est la période où nous dormons le plus de toute notre existence. Sur une période de 24 heures, le fœtus consomme 6 heures de sommeil NREM, 6 heures de sommeil REM puis 12 heures de sommeil intermédiaire. Ce n’est qu’au dernier trimestre de grossesse que le fœtus a son premier état d’éveil. Mais celui-ci n’est que de 2 à 3 heures par jour. À savoir que quand le bébé bouge dans le ventre, il est en sommeil REM. Bien qu’il ne soit certainement pas en train de rêver comme nous le faisons.
À noter que la paralysie du sommeil REM chez nous n’est pas encore active chez le fœtus. Le sommeil REM débordant du fœtus permet le développement normal du cerveau. La synaptogenèse est une phase qui implique la création de millions de raccords entre les neurones qui se nomment « synapses ». En d’autres termes, c’est la phase où l’ordinateur central est installé. Et c’est en grande partie le sommeil REM qui permet cela.
Attention, si nous bloquons le sommeil REM, les connexions neuronales sont totalement bouleversées. La consommation d’alcool bloque justement le sommeil REM. Et, malheureusement, une femme enceinte qui boit de l’alcool fait prendre les inconvénients au fœtus qui perd du sommeil REM, indispensable à son développement. Boire de l’alcool pendant l’allaitement a le même effet. Le cerveau ne fait aucune dette, des heures de sommeil REM perdues ne sont jamais récupérées.
L’enfant
Contrairement aux adultes, le sommeil d’un enfant est polyphasique. Celui-ci est fragmenté de jour comme de nuit. Il faut attendre entre 3 et 4 mois pour que le noyau suprachiasmatique (qui s’occupe du rythme circadien) évolue pour arriver à un sommeil biphasique. C’est à l’âge d’un an que le noyau suprachiasmatique a pris le rythme circadien. Enfin, à la fin de l’adolescence le schéma moderne monophasique est mis en place. Le sommeil NREM domine la période de l’enfance.
L’adolescent
C’est ici que les choses se compliquent. Dans les croyances de chacun et en particulier de la société, nous pensons qu’un adolescent de 16 ans « doit » se coucher tôt pour se lever tôt (étant donné l’heure du début des cours, en prenant en compte le temps de trajet et le temps de préparation avant de sortir). C’est biologiquement contre nature. Le rythme circadien d’un adolescent est très repoussé contrairement à un adulte. Là où un adulte commence à avoir des signes de fatigue à 22 heures / 23 heures, l’adolescent lui a un pic d’éveil. C’est seulement quelques heures après qu’il aura une montée de mélatonine.
C’est très embêtant, car les parents voudraient que leurs adolescents aillent au lit à 21 heures pour être en forme tôt le matin pour aller à l’école. Prenons le problème à l’envers. C’est plutôt l’heure du début des cours qui est problématique, et non le rythme circadien de l’adolescent. Dire à un adolescent « va te coucher à 22 heures et soit en forme à 6 heures » revient à dire à un adulte « va te coucher à 19 heures et lève-toi en forme à 3 heures ».
À cette période, le sommeil reste essentiellement du sommeil REM. Le cerveau continue l’évolution, il supprime certaines connectiques pour en faire de nouvelles. Ce qui revient à apprendre et retenir de nouvelles choses. Le trajet de maturation prend fin à l’extrémité du lobe frontal qui est le foyer de la pensée rationnelle et de la décision critique. C’est pourquoi souvent les adolescents ont du mal à prendre des décisions et qu’ils jugent souvent très mal le danger. Priver le sommeil NREM d’un adolescent augmente les chances de troubles psychiatriques, tels que la schizophrénie, troubles bipolaires, dépression, troubles de l’attention, etc.
Personnes d’environ 40 ans et personnes âgées
Les personnes âgées ont autant besoin de sommeil que les adultes. Pourtant, ces personnes dorment en général beaucoup moins que les adultes. Cela est dû au fait que le cerveau s’atrophie de façon inégale. Et malheureusement, la première partie à se détériorer est celle située aux zones frontales moyennes situées au-dessus de l’arête du nez qui est génératrice du sommeil profond. Cela engendre donc une très forte baisse du sommeil NREM. La perte du sommeil fait donc beaucoup de dégâts au cerveau. Tout comme si nous privons de sommeil un adulte, une personne âgée se voit augmenter les risques de maladies, dont la maladie d’Alzheimer (nous reviendrons sur cette maladie plus tard).
Souvent, les problèmes de santé des personnes âgées peuvent être liés au manque de sommeil, chose dont les médecins ou les proches n’ont pas forcément conscience. Le rythme des personnes âgées est beaucoup plus rapproché que celui des adultes. La mélatonine a tendance à venir plus tôt. Les personnes âgées sont donc beaucoup plus matinales. Leur sommeil est aussi plus fragmenté, à cause des envies d’aller aux toilettes pendant la nuit ainsi que d’autres facteurs.
Partie 2. Pourquoi dort-on?
Au début de cette partie, Matthew Walker annonce un nouveau traitement exceptionnel. Celui-ci permettrait de prolonger la durée de vie. De renforcer la mémoire et la créativité. De rendre plus attirant, de rester mince et d’éviter de grignoter. Il protègerait du cancer, de la démence et repousserait le rhume et la grippe. En plus de tout ça, il diminuerait les risques de faire une crise cardiaque ou un accident vasculaire cérébral puis même le diabète. Ce n’est pas fini, il pourrait rendre plus heureux, moins déprimé et moins anxieux. Eh oui, de bonnes nuits de sommeil permettraient cela.
2-1 Les bienfaits du sommeil
L’un des bienfaits très importants du sommeil est l’apprentissage. Le fait d’apprendre et de retenir une information est lié à un bon sommeil. Une partie du cerveau du nom de l’hippocampe permet de stocker des informations, mais de façon très limitée. Comme se rappeler où nous avons laissé nos clés de voiture par exemple, c’est l’hippocampe qui gère. Ensuite, les informations sont transférées dans le cortex, qui est en réalité la mémoire à long terme.
L’équipe de recherche de l’auteur a effectué un test pour mettre à l’épreuve cette théorie. Il a fait deux groupes de jeunes adultes, l’un faisait une sieste, l’autre n’en faisait pas. À midi, les participants devaient retenir 100 paires de visages et de noms pour mettre à l’épreuve leur mémoire à court terme (l’hippocampe). Peu de temps après, le groupe sieste faisait une sieste, l’autre groupe faisait autre chose, mais ne dormait pas. À 6 heures au soir le même jour, un nouvel apprentissage survient encore. Le groupe sieste a fait un meilleur résultat de mémorisation (de 20%), l’autre groupe avait cependant une concentration stable.
Le sommeil NREM a permis pendant la sieste de faire le nettoyage de l’hippocampe reconstituant la capacité d’apprentissage. Ce qui veut dire que bien dormir permet de se préparer à bien apprendre.
Dormir après avoir appris
Après avoir appris, bien dormir permet d’appuyer sur le bouton « sauvegarde ». Un phénomène du nom de « consolidation » permet de protéger les données nouvelles. En 1924, deux chercheurs allemands du nom de John Jenkins et Karl Dallenbach ont opposé la capacité d’apprentissage entre sommeil et éveil. Les participants ont commencé par retenir des faits énoncés oralement. Après 8 heures, le but était qu’il y ait un groupe éveillé et l’autre qui ait passé une nuit de sommeil. Le résultat est sans appel: ceux ayant dormi ont solidifié les éléments d’informations. Ceux étant restés éveillés avaient des souvenirs hasardeux.[1]
De nombreuses autres recherches ont été effectuées depuis et nous savons pourquoi dormir permet de « retenir ». Pendant le sommeil NREM, les ondes font des allers-retours entre l’hippocampe et le néocortex qui se trouve au sommet du cerveau. L’hippocampe permet de stocker des souvenirs à court terme. Le néocortex, lui s’occupe du long terme voire des souvenirs à vie. Donc, le cerveau envoie un coursier qui s’occupe des transferts entre hippocampe et néocortex pendant le sommeil profond.
Les souvenirs sont sélectionnés
Le sommeil NREM ne permet pas de transférer tout le contenu appris de l’hippocampe dans le néocortex, il sélectionne ce que son propriétaire veut garder. Quand vous portez de l’attention sur une information, vous serez susceptible de la conserver après avoir dormi dans votre mémoire à long terme. Mais si vous apprenez quelque chose qui ne vous intéresse pas, vous allez probablement l’oublier. Par exemple, des ragots de votre voisin ne vont pas forcément vous intéresser, le sommeil NREM a l’intelligence de faire le tri pour vous. Au contraire, si vous apprenez une langue, il fera plus d’efforts pour retenir si vous portez suffisamment votre attention et de la régularité là-dedans.
Augmenter les capacités motrices
Dormir reconfigure les connexions neuronales. Cela permet de s’améliorer en pratiquant. Matthiew Walker a croisé la route d’un pianiste en 2000 quand nous ne connaissions pas encore autant le sommeil, à la suite d’une conférence. Ce pianiste lui dit « parfois quand j’insiste à apprendre un morceau en particulier, je ne parviens pas à le maîtriser. Puis le matin, après avoir dormi, j’arrive à jouer, parfaitement ». Une petite illumination traverse Matthew et il décide d’approfondir cette théorie. Une bonne décennie après cela, plus de doute. C’est en forgeant et en dormant que l’on atteint la perfection.
Que ce soit le piano, le basket, le tennis, le pilotage d’avion, les procédures chirurgicales... l’amélioration vient pendant la nuit et non pendant l’entraînement même. Ce sont les deux dernières heures de sommeil qui permettent cela, car c’est à ce moment que les éclats d’ondes cérébrales liés au renforcement sont le plus présentes. Le sommeil NREM ne permet donc pas seulement une bonne mémorisation, il permet carrément de devenir champion olympique.
Également, nous savons aujourd’hui que les reconnexions neuronales suite à un AVC se font pendant le sommeil. Jour après jour, les patients victimes d’AVC se voient reforger de nouvelles connexions qui permettent un retour d’un certain niveau des zones endommagées. Ce retour graduel détermine ainsi le réapprentissage de nombreuses facultés. [2]
2-2 Le manque de sommeil
Cette partie n’est pas la plus agréable à lire, mais c’est l’une des plus intéressantes. Attardons-nous sur les conséquences d’un manque de sommeil. Le manque de sommeil a été jugé trop extrême pour apparaître dans le Guinness des records. D’ailleurs, dans les records, il est accepté qu’un homme monte dans une montgolfière à 39 000 mètres d’altitude puis tombe en chute libre à 1 358 km/h en vitesse de pointe franchissant le mur du son. Le manque de sommeil est donc jugé pire que ça.
Le manque de sommeil même léger nous fait perdre de la concentration. Il peut y avoir de nombreuses conséquences à ça. Notamment les accidents de la route. Il suffit d’enchaîner dix jours à 6 heures de sommeil par nuit pour avoir des performances qui sont autant réduites qu’après 24 heures sans dormir. Soit, une augmentation de 400% des microsommeil (perte de conscience très brève) qui peuvent être mortels sur une voiture projetée à 50 ou 100 km/h.
Nous ignorons quand nous manquons de sommeil
Nous sommes très mauvais pour juger notre état de fatigue. Une personne enchaînant des petites nuit de sommeil, peut croire qu’il est en pleine forme. Or, il s’est juste habitué à son état de fatigue, mais il a en réalité des réflexes et une concentration bien moindre ainsi que potentiellement des microsiestes. La fatigue est responsable de 1,2 million d’accidents chaque année aux États-Unis.
Après 3 décennies de recherches, nous connaissons le taux de recyclages d’un humain. Après 16 heures d’éveils, le cerveau commence à dysfonctionner. Il faut dormir plus de 7 heures pour préserver nos performances cognitives. Enchaîner 7 nuits de 7 heures de sommeil fait dysfonctionner le cerveau autant qu’avec une nuit blanche. 3 nuits de sommeil complètes (en sachant que c’est moins que ce que comporte un week-end) ne suffisent pas à rattraper le retard. Enfin, l’être humain n’est pas capable d’identifier à quel point il manque de sommeil.
L’auteur donne aussi un point d’attention pour les personnes fatiguées au volant que je partage dans ce résumé. Si vous somnolez au volant, s’il vous plaît arrêtez-vous. C’est une conduite mortelle pouvant entraîner d’autres personnes. Si vous vous sentez somnolent voire que vous vous endormez, arrêtez-vous pour la nuit. Si cependant, vous décidez de continuer quand même, quittez la route sur une aire de stationnement sécurisée puis faites une sieste rapide (20 à 30 minutes). Ne reprenez pas la route immédiatement pour éviter l’inertie du sommeil. Attendez 20 à 30 minutes supplémentaires et prenez même une tasse de café si vous le souhaitez. Après cela, reprenez le volant, mais le rebond ne sera que d’une courte durée, cela ne vaut pas vraiment le coup. Il est préférable de s’arrêter complètement et de dormir une nuit complète.
Il vaut mieux s'arrêter quand on le peut encore, plutôt que trop tard
La sieste est-elle utile?
La sieste permet effectivement d’avoir un rebond de concentration. Mais il est d’une courte durée, en plus de ne pas être aussi efficace qu’une bonne nuit de sommeil. Cela peut être intéressant quand nous sommes en manque de sommeil. Cependant, aucune drogue, ni la caféine, ni aucune sieste ne remplacent les fonctions complexes du cerveau. Si vous voulez bénéficier des très nombreux bienfaits du sommeil, il faut... dormir tout simplement. En soi, la sieste est tout de même utile en supplément d’un bon sommeil.
Il y a toutefois une seule et unique exception. Des personnes portant un sous-type de gène appelé BHLHE41 (aussi appelé DEC2) pourraient dormir peu, naturellement. En effet, ils ne dorment que six heures et pas plus, même quand ils ont l’occasion de dormir davantage. Ce gène est extrêmement rare, il y a plus de chance d’être tapé par la foudre (1 sur 12 000) que d’avoir ce gène. Donc, il est très peu probable que vous l’avez.
Émotion perturbée
Grâce à l’utilisation d’IRM, les recherches ont permis de constater que l’amygdale, lieu clé où se déclenchent les émotions, avait une augmentation par le manque de sommeil. À hauteur de 60%. On peut voir l’amygdale comme un accélérateur et le cortex préfrontal comme le frein (le cortex préfrontal régit la volonté, entre autres). L'amygdale permet de réguler les émotions. Le manque de sommeil rompt l’équilibre entre les deux ce qui rend les émotions négatives nettement plus problématiques.
Aussi, une zone derrière l’amygdale nommée « striatum » (centre de l’impulsivité et de la satisfaction) baigne dans la dopamine chimique et devient hyper active chez les personnes en manque de sommeil. En d’autres termes, les personnes en manque de sommeil seront très sensibles aux plaisirs immédiats. Ce qui est directement lié à la procrastination. En plus d’être émotionnellement perturbé, en particulier dans les émotions négatives. [3]
La maladie d’Alzheimer
Les personnes dormant peu pendant leur vie d’adulte augmentent leurs chances de développer la maladie d’Alzheimer. Ce fait est dû au dépôt d’une protéine toxique qui se nomme « bêta-amyloïde ». Celle-ci attaque les neurones de façon ciblée. Cette zone attaquée est le lobe frontal, responsable du sommeil NREM. Malheureusement, c’est le sommeil NREM qui permet d’obtenir de nouveaux souvenirs, et l’amyloïde détruit le sommeil NREM.
Pour se débarrasser de cette toxine, le cerveau s’en occupe pendant le nettoyage neuronal. Celui-ci est effectué durant le sommeil NREM. Comment? La taille des cellules gliales du cerveau diminue parfois de 60% durant le sommeil NREM. Cela permet au fluide cérébrospinal de nettoyer efficacement les déchets métaboliques laissés par l’activité neuronale de la journée. Les dépôts d’amyloïdes sont donc évacués durant le nettoyage neuronal.[4]
2-3 Cancer, crises cardiaques et vie écourtée
Concernant les crises cardiaques, le manque de sommeil à une grande influence là encore, en plus de tous les factures, tabac, alcool, etc. Le manque de sommeil augmente le temps que votre corps active son système sympathique. Le système sympathique (avec un nom plutôt trompeur) est le système « lutte ou fuite » que votre cerveau active face à un danger. Il active l’hormone du stress, le cortisol, augmente la pression artérielle et le rythme cardiaque.[5]
Votre coeur privé de sommeil bat plus vite et le sang pompé dans votre système vasculaire augmente ainsi que la tension artérielle. De plus, l’hormone de croissance, délivrée la nuit, est stoppée par le manque de sommeil alors que celle-ci permet de réapprovisionner la paroi de nos vaisseaux sanguins. Cet enchaînement de conséquences augmente les crises cardiaques. À propos, durant le passage d’heure d’Été dans l’hémisphère Nord, il y a une augmentation de crise cardiaque le jour suivant, du fait certainement que nous dormons une heure de moins pendant le changement d’heure.
Risques d’obésités
Le manque de sommeil augmente aussi le risque d’obésité. La cause est due aux hormones qui concernent la nourriture. Notamment, l’hormone ghréline qui donne la sensation de faim et la leptine qui donne la sensation de satiété. Les deux hormones sont perturbées avec un manque de sommeil. La ghréline augmente, ce qui fait que nous avons plus faim sans en avoir le besoin. Et la leptine diminue ne signalant plus correctement le fait d’être rassasié. De plus, il y a une augmentation d’endocannabinoïde, celle-ci stimule l’appétit et augmente les envies de grignotage. C'est une partie particulièrement détaillée dans le livre, mais il n’y a pas de référence cependant.
Baisse de testostérone
Dormir moins nous fait devenir moins séduisant et en plus, nous trouvons moins séduisantes les autres personnes. Les hommes perdent en taux de testostérone. Ils sont donc plus fatigués et sont moins concentrés. Ils ont également une libido moindre, rendant difficile le fait d’avoir une vie sexuelle active, épanouissante et saine. Chez les femmes, dormir 6 heures par nuit entraîne une baisse de 20% de l’hormone de développement des follicules qui est essentiel à la reproduction féminine. Les chances de tomber enceinte diminuent donc.
Perte du système immunitaire
Des études récentes effectuées par le Dr David Gozal de l’université de Chicago démontrent que le manque de sommeil amplifie les cancers. Des tests ont été produits sur des souris dont ils ont injecté des cellules malignes à des souris. Les souris privées de sommeil ont souffert d’une augmentation de 200% de la vitesse de croissance et la taille de la tumeur cancéreuse. Les cellules du système immunitaire que l’on appelle « macrophages » sont l’une des causes profondes de l’influence de la perte de sommeil sur le cancer.
Les cellules M1 destinées à lutter contre le cancer diminuent. En revanche, les cellules M2 augmentent par le manque de sommeil, celles-ci augmentent la croissance des tumeurs. La combinaison des deux explique la croissance des tumeurs chez les souris qui en ont fait l’expérience. L’Organisation mondiale de la santé a d’ailleurs classé le travail de nuit comme « probablement cancérigène ».
Partie 3. Pourquoi rêvons-nous?
Encore aujourd’hui, nous ne savons pas exactement la fonction des rêves. Il n’y a pas d’étude avec suffisamment de preuves pour le constater. Cependant, nos connaissances en matière de rêve se sont quand même considérablement améliorées. Grâce à des IRM, nous savons comment réagit le cerveau pendant le sommeil REM (donc, pendant la phase paradoxale qui est celle des rêves). Quand vous commencez à rêver, 4 régions principales du cerveau s’activent: 1 - régions visuospatiales, situées à l’arrière du cerveau, à l’origine de la perception visuelle complexe; 2 - le cortex moteur, à l’origine du mouvement; 3 - l’hippocampe et celles à côté qui préservent votre mémoire autobiographique; 4 - les centres émotionnels profonds du cerveau, l’amygdale et le cortex cingulaire.
La signification des rêves n’est pas encore pleinement élucidée. Ce qui est sûr, c’est que la théorie de Freud autrefois était fausse. La théorie de Freud en 1899 voulait que les rêves fussent des désirs refoulés de la journée et non assouvis, dont Robert Stickgold, de l’université de Harvard a démontré que c’était faux. Il a demandé à 29 adultes de tenir un cahier de bord détaillé pendant deux semaines. Dans 299 descriptions obtenues, seul 1% à 2% des événements pendant l’éveil se retrouvent dans les rêves. Ce n’est donc pas une rediffusion de l’éveil.
Prenons les rêves comme ils viennent et avec bienveillance.
3-1 Une thérapie nocturne
Pendant le sommeil REM, la concentration de noradrénaline est nulle. La noradrénaline est une substance liée au stress. Sur 24 heures, c’est pendant le sommeil REM que la quantité de noradrénaline est la plus faible. Matthew a émis une hypothèse sur les rêves. Le sommeil REM permettrait d’atténuer la charge émotionnelle viscérale et douloureuse rattachée à des souvenirs douloureux. Une véritable thérapie nocturne.
Pour mettre cette théorie en test, Matthew a regroupé deux groupes. Le but est de montrer des images émouvantes à deux moments de la journée. Le groupe A voyait les images au matin puis 12 heures après au soir. Le groupe B voyait les images au soir puis 12 heures après une nuit de sommeil, au matin. Les deux groupes étaient émotifs au premier visionnage. Au second visionnage, le groupe A ressentait une réaction émotionnelle profonde et négative si ce n’est plus que lors du premier visionnage et ils déclaraient ressentir les mêmes sentiments douloureux avec autant d’intensité.
Le groupe B qui avait dormi lors des deux sessions signalait une baisse caractéristique du degré d’émotion quand ils voyaient les images une deuxième fois. Les IRM montraient une réduction importante et significative de la réactivité dans l’amygdale, centre des émotions. Pour avoir de l’efficacité à cette thérapie du rêve, il faut rêver de l’expérience en question, il ne suffit pas d’être en phase de sommeil REM.
Troubles de stress post-traumatique
Un point spécifique ne répond pas à cette règle, ce sont les troubles de stress post-traumatique. Ces personnes représentent un trouble dont le cerveau n’arrive pas à se déférer. Souvent, les vétérans de guerre présentent ce genre de trouble. Un militaire qui vit cette expérience fait souvent le même cauchemar en boucle. La quantité de noradrénaline est particulièrement élevée dans le cerveau, ce qui est un dysfonctionnement comme nous l’avons vu précédemment.
Matthiew rencontre le docteur Murray Raskind qui travaillait dans un hôpital du département des anciens combattants des États-Unis à la suite d’une publication de ses recherches sur les rêves. Celui-ci lui annonce que des combattants ont guéri de leurs cauchemars en prenant un médicament du nom de prazosine. L’utilité de ce médicament est de faire baisser la tension. Mais il a un effet secondaire, celui de supprimer la noradrénaline pendant le sommeil REM. Le cerveau semble vouloir traiter une émotion jusqu’à obtenir gain de cause.
Le traumatisme étant trop élevé en cas de stress post-traumatique, le cerveau insiste. Après avoir pris de la prazosine, les vétérans voyaient leurs émotions traitées avec succès. De nombreuses questions restent à traiter à ce sujet, car le traitement reste imparfait, mais c’est un premier grand pas dans le traitement des troubles du stress post-traumatique.
Déchiffrer les expériences vécues
Lorsque nous manquons de sommeil REM, nous voyons le monde extérieur plus menaçant. Matthew a fait une expérience, montrant des visages avec des expressions différentes. Les personnes manquant de sommeil REM n’ont pas été capables de distinguer précisément les émotions entre elles. La boussole permettant la navigation émotionnelle via les indices révélateurs sur le visage des autres a perdu le nord de sa sensibilité. Les participants de l’expérience voyaient ainsi les personnes aux expressions sympathiques et agréables comme étant menaçantes. Certains participants ont littéralement supprimé leur aptitude sensée à lire le monde social qui les entoure.
Matthew pense alors aux policiers, militaires, médecins, infirmiers, services d’urgence, gardiennage dont ils sont directement touchés, car s’ils manquent de sommeil cela veut dire qu’ils ne sont plus capables de juger normalement une situation donnée.
3-2 La créativité
C’est le sommeil REM, donc le moment où nous rêvons que le pouvoir créatif opère. Plusieurs artistes ont pu profiter du pouvoir des rêves pour accomplir leurs oeuvres. C’est le cas de Paul McCartney avec les chansons Yesterday et Let it Be, Keith Richards des Rolling Stones avec l’introduction de Satisfaction (découvrant au matin avec stupéfaction sa création réalisée sans s’en rendre compte!) ou encore Dimitri Mendeleev dont il a rêvé du tableau périodique des éléments.
Le cerveau utilise des associations pour avoir une conscience logique. Il associe ainsi dans toute la banque des souvenirs pendant le sommeil REM pour en faire des rêves.
Matthew a réalisé une expérience intéressante sur des patients. Ceux-ci étaient confrontés au fait d’être réveillé 4 fois en pleine nuit. Deux fois au début de la nuit, une fois pendant le sommeil REM et une fois pendant le sommeil NREM. Puis, une deuxième fois à la fin de la nuit et comme précédemment, une fois pendant le sommeil REM et une fois pendant le sommeil NREM. Les patients se sont retrouvés plus créatifs pendant qu’ils étaient dans l’inertie du sommeil (réveillé, mais encore un peu endormis). Et ce n’est pas tout, car ils étaient aussi beaucoup plus aptes à résoudre les problèmes.
Résolutions de problèmes
Comme nous l’avons vu précédemment, le cerveau fonctionne par association. Le savoir sémantique est comme un arbre généalogique pyramidal, qui ressemble un petit peu aux cartes mentales. Robert Stickgold a fait une expérience similaire à celle de Matthew. Quand les sujets se réveillent pendant le sommeil REM, le cerveau fait fi des associations, le cerveau créé des raccourcis sans hiérarchisation, avec des liens évidents, favorisant les liens entre des concepts éloignés.
Contrairement au moment, où les sujets d’expériences étaient réveillés pendant le sommeil NREM, les personnes en train de rêver avaient une capacité à résoudre les problèmes bien supérieure. À l’état d’éveil quand nous essayons d’être créatifs, c’est comme si nous regardions dans le mauvais objectif. Quand nous rêvons, nous avons l’objectif grand angle du rêve, en étant capables de mesurer l’ensemble des informations stockées et les possibilités combinatoires pour une créativité hors norme.
Rêves lucides
La science a pu prouver que les rêves lucides étaient bien possibles. Des personnes maîtrisant les rêves lucides ont pu être testées. Ils pouvaient communiquer avec les examinateurs aux mouvements de leurs yeux. N’oublions pas que pendant le sommeil REM, le corps est paralysé, sauf les yeux (Rapid Eyes Movement). Nous ne savons pas encore si les rêves lucides sont bénéfiques ou non. C’est peut-être une prochaine évolution du sommeil chez l’être humain, car contrôler volontairement les bénéfices du sommeil REM serait très intéressant. Mais cela reste à confirmer.
Partie 4. Améliorer le sommeil
L’auteur parle ici des plus importants problèmes pour dormir. À commencer par le somnambulisme. Le trouble du somnambulisme fait référence à des troubles du sommeil impliquant du mouvement. Il se produit durant le sommeil NREM (donc pendant la phase où l’on ne rêve pas). L’insomnie est le fait d’avoir du mal à dormir. À ne pas confondre avec le fait de ne pas se donner le temps de dormir ou ne pas respecter son rythme circadien. L’insomnie est un vrai trouble du sommeil, et s’il dure, il vaut mieux consulter un spécialiste du sommeil sans consommer de somnifères (nous verrons pourquoi ensuite).
Pour la narcolepsie, le premier symptôme est l’hypersomnolence diurne qui représente des crises de sommeil au cours de la journée. Le deuxième symptôme est le fait de se réveiller avec la paralysie du corps, l’impossibilité de parler ou de bouger qui est particulièrement désagréable et même effrayante. C’est en réalité la paralysie du sommeil REM qui se prolonge anormalement pendant le réveil.
Enfin, le pire pour la fin, l’insomnie fatale familiale. J’ai eu des frissons à la lecture de ce passage. Cela est occasionné par une version non désirée des protéines prion (qui ont une fonction très utile à la base).
Ces protéines anormales attaquent le thalamus, responsable du sommeil le rendant comme du gruyère d’après des autopsies. Cela a pour conséquence... d’empêcher intégralement de dormir jusqu’à la mort. Michael Corke en a fait les frais, âgés de 40 ans, mari dévoué et professeur de musique dans un lycée de New Lexon au sud de Chicago. Il a commencé à avoir des problèmes pour s’endormir jusqu’à ne plus pouvoir du tout s’endormir. Au bout de six mois sans dormir, il était cloué au lit et malgré son jeune âge son état neurologique était celui d’une personne âgée en phase terminale de démence sénile. Il meurt quelques mois plus tard à 42 ans. Aucun traitement n’est connu pour cette maladie. Je vous avais dit que ça donne des frissons, n’est-ce pas?
4-1 Ce qui nous empêche de dormir
La lumière artificielle
La lumière artificielle que nous avons à la maison aujourd’hui empêche la production de mélatonine. Matthew préconise de limiter la lumière artificielle avant d’aller se coucher. En particulier la lumière des écrans de téléphone ou les écrans en général qui émettent de la lumière bleue. L'option "lumière jaune" de certains écrans peut atténuer ce problème.
L’alcool
Boire de l’alcool a deux conséquences. La première c’est de fragmenter le sommeil. Le second, c’est de supprimer le sommeil REM et ses bénéfices. Je pensais personnellement que l’alcool aidait à dormir, car c’était mon cas, mais il est vrai que je rêve beaucoup moins après une soirée où j’ai bu. Ceci étant dit, boire de l’alcool nous fait perdre beaucoup de capacité à résoudre les problèmes ainsi que d’être créatif comme nous l’avons vu. L’auteur n’a pas de conseil particulier si ce n’est de boire de l’alcool au matin (ce que presque personne ne fait) ou de ne plus boire du tout. Malheureusement, les effets sur l’apprentissage sont tels, que même après plusieurs jours, une information n’est pas cristallisée dans le cerveau. Pour ça, il faut un sommeil complet de qualité.[6]
La température corporelle
La température de la chambre est très importante. Car elle impacte la chaleur corporelle. Le corps humain est fait pour perdre de la température corporelle à la nuit tombée, car si nous dormions dehors, nous serions soumis à la baisse de température naturelle de la planète. Ce sont les chauffages des maisons qui ont perturbé cela. La température idéale est de 18,3° précisément. Comptez entre 15° et 19°. Il ne faut pas que la température soit trop basse, mais surtout pas trop haute. Cette température est comptée avec des draps et un pyjama standard.
4-2 Pourquoi ne pas prendre de somnifères
Matthew Walker déconseille fortement la prise de somnifère. Les somnifères n’améliorent pas le sommeil, au contraire. Tous les somnifères agissent comme des sédatifs au même titre que l’alcool. Ils favorisent l’endormissement, mais détériorent la qualité du sommeil en soi. Une équipe de médecins a ainsi examiné toutes les études publiées à ce jour consacrées aux somnifères modernes. [7]
La conclusion de cette étude est que l’efficacité des somnifères a été jugée douteuse. Car les bénéfices sont faibles, voire inexistants. La capacité d’apprentissage que permet le sommeil est donc plus que réduite à la prise de somnifères puisque le sommeil est dégradé.
Les profits des pharmacies
De plus, les profits faits par « Big Pharma » comme le dit Matthew, sont ahurissants. L’Ambien, un des somnifères, a apporté 4 milliards de dollars en 24 mois seulement. On pourrait comprendre pourquoi ils sont encore très utilisés, à tort. Malheureusement, aucun somnifère n’est réellement efficace aujourd’hui, seules les méthodes naturelles vous permettront de profiter des bénéfices du sommeil.
Essayez plutôt ça
Matthew conseille la thérapie comportementale et cognitive de l’insomnie (TCCi) pour mieux dormir. Voici tout ce qu’il faut faire pour appliquer la méthode:
Réduction de caféine et d’alcool Suppression des écrans dans la chambre Établir un planning de coucher régulier, week-end compris Se coucher uniquement quand on commence à s’endormir et éviter le canapé en début ou milieu de soirée Ne pas rester allonger une durée significative au lit Éviter les siestes en journée si vous avez du mal à dormir la nuit Réduire les pensées et soucis générateurs d’angoisse en s’exerçant à la décélération mentale Supprimer les horloges visibles dans la chambre
Le sport aide aussi à l’endormissement, cependant, c’est à éviter 2 heures ou moins avant d’aller se coucher.
Vous pouvez aussi retrouver des conseils sur le site de la National Library of Medicine, en anglais.
4-3 Pourquoi la société se trompe-t-elle
Dans notre société moderne, nous avons peu de respect pour le sommeil. C’est pareil pour beaucoup de pays et beaucoup de sociétés. Ce n’est pas le cas pour la Nasa ou encore Google qui eux ont un respect pour le sommeil. Pas seulement pour faire plaisir. En effet, un bon sommeil rend plus productif. Des études ont été faites pour prouver que le sommeil entraîne un taux de travail moins élevé et une vitesse d’accomplissement des tâches basiques plus faible. Les employés trouvent également moins de solutions aux problèmes rencontrés au travail et des solutions moins adaptées. [8]
Ceci est sans compter que le manque de sommeil rend aussi moins honnête et plus paresseux. Tout cet enchaînement d’effets de causes rend les entreprises moins performantes et moins agréables à y travailler.
L’auteur parle ensuite évidemment des écoles qui commencent bien trop tôt. Comme nous l’avons vu plus tôt, les jeunes de 16 ans ont un rythme circadien avancé de 2 à 3 heures par rapport aux adultes. Les faire réveiller à 5 ou 6 heures pour ceux qui prennent le bus tôt est très contre-productif. Car le sommeil permet l’apprentissage et la mémorisation. Ce n’est clairement pas un modèle optimal, même en France.
Il en va de même pour les médecins. Pendant leurs longues études, les futurs médecins dorment généralement peu. Ils sont donc susceptibles d’associer cela à peu d’importance envers le sommeil. Prenons le cas d’un médecin qui a mal dormi la nuit. Peu importe ses connaissances ou son expérience, il fera potentiellement plus d’erreurs. Conséquence directe sur les personnes qui ont besoin de soins.
4-4 Une nouvelle conception du sommeil
Ici, Matthew Walker expose son avis sur l’amélioration du système. C’est une vision un peu idéaliste qui fait rêver et effectivement, nous en avons besoin. Cela concerne le changement d’ampoule pour des lumières moins agressives qui favoriseraient la mélatonine naturelle, des chauffages adaptatifs sur mesure, des changements d’habitudes ainsi qu’une modification drastique envers la société en respectant mieux le sommeil. Comme nous l’avons vu précédemment, faire commencer l’école plus tard, la flexibilité du temps de travail pour les journées de travail. Évidemment, la plus grande barrière concerne les croyances que nous avons sur le sommeil et le fait que nous pensons qu’il n’est pas si important que ça. Le sommeil est en réalité indispensable et il ne peut être négligé.
Image tirée du livre dont l'auteur accorde sa rediffusion, merci à lui
Pour des informations sur le sommeil, vous pouvez consulter ce site: https://www.sleepfoundation.org, lui aussi est en anglais.
Conclusion sur Pourquoi nous dormons de Matthew Walker
Le livre étant extrêmement dense sur le plan des informations scientifiques ou non, il est difficile de prendre et d’adapter les informations. La meilleure conclusion que je puisse faire et qui peut vous impacter, c’est de respecter une fois pour toutes notre sommeil. Vous avez pu voir tous les nombreux bienfaits, tels que l’apprentissage, la mémorisation, la créativité, les résolutions de problèmes, la gestion saine des émotions ainsi que d’autres bénéfices. Mais aussi, tout ce que le manque de sommeil engendre. Vous aimeriez contracter potentiellement la maladie d’Alzheimer juste parce que vous avez négligé votre sommeil?
Matthew Walker a fait un énorme travail sur son livre et montre les faits sur le besoin de dormir. Le cerveau est bien plus qu’un ordinateur, car il travaille même quand nous dormons. Pour que ce travail soit efficace, nous nous devons de le respecter, par respect pour nous-mêmes. La question à se poser c’est, après avoir lu ce résumé, allez vous mettre de la valeur sur votre sommeil?
Pour ma part, j'ai pris un très grand respect pour mon sommeil depuis ma lecture du livre. Sans que cela ne me contraigne, car effectivement, je constate tous les bienfaits du sommeil chaque jour. Je suis plus productif, plus zen, plus créatif (même beaucoup plus), je retiens plus aisément et je suis dans le bien-être général. Avec un travail salarial à temps plein ainsi qu'un projet de blog pendant mon "temps libre", j'arrive à atteindre mes 8 heures presque tous les jours, avec parfois des insomnies, je l'avoue. Ce qui m'aide le plus c'est de me coucher chaque jour presque à la même heure pour me lever à la même heure. Et ce, même si mon travail me contraint à me lever à 4 heures du matin. Je vous encourage vivement à mettre de la valeur sur votre sommeil, votre corps tout entier vous remerciera.
Je vous conseille le livre si vous voulez aller encore plus en profondeur sur le sommeil.
David Jedresac du blog Apprendre Retenir Agir
Points forts :
Extrêmement complet dans son domaine De nombreuses études venant prouver les faits Nous donne toutes les bonnes raisons de mettre de l’importance sur son sommeil
Points faibles :
Termes scientifiques qui peuvent être lourds Les points essentiels auraient peut-être dû se trouver plus tôt
Ma note :
Avez-vous lu “Pourquoi nous dormons? » de Matthew Walker ? Combien le notez-vous ?
Visitez Amazon afin de lire plus de commentaires sur le livre de Matthew Walker « Pourquoi nous dormons? »
Visitez Amazon afin d’acheter le livre de Matthew Walker « Pourquoi nous dormons? »
Références :
[1]« Obliviscence during sleep and making » American Journal of Psychologie, vol 35, 1924, p.605-612
[2] « Sleep correlates of motor recovery in chronie stroke : a pilot study using sleep diaries and actigraphy » Journal of sleep Research, vol 17, 2008 p.103 et « Sleep enhances off-line spatial and temporal motor learning after stroke » Neurorehabilitation & Neural Repair, vol 4 n°23, 2009 p 327-335
[3]K.J Brower et B.E. Perron, « Sleep disturbance as a universal risk factor for relapse in addictions to psychoactive substances » Medical Hypotheses, vol. 74, n°5, 2010, p. 928-933
[4] A. S Lim et al, « Sleep fragmentation and the risk of incident Alzheimer's disease and cognitive decline in older persons », Sleep, vol. 36, 2013, p. 1027-1032
A. S Lim et al, « Modification of the relationship of the apolipoprotein E epsilon4 allele to the risk of Alzheimer's disease and neurofibrillary tangle density by sleep », Jama Neurology, vol. 70, 2013, p. 1544-1551
R.S. Osorio et al, « Greater risk of Alzheimer's disease in older adults with insomnia » Journal of the American Geriatric Society, vol. 59, 2011, p. 559-562
K. Yafee et al, «Sleep-disordered, breathing, hypoxia, and risk of mild cognitive impairment and dementia in older women » Jama, 306, 2011, p.613-619
[5] O. Tochikubo, A, Ikeda, E. Miyajima et M.Ishii, « Effects of insufficient sleep on blood pressure monitored by a new multi biomedical recorder » Hypertension, vol.27, n°6, 1996, p1318-1324
[6] V. « Zarcone, Alcoholism and sleep », Advances in Bioscience and biotechnology, vol. 21, 1978, p. 29-38
[7] T.B. Huedo-Medina « Effectiveness of non-benzodiazepine hypnotics in treatment of adult insomnia: meta-analysis of data submitted to the Food and Drug Administration »BMJ, vol 345, 2012 P. e8343
[8] W. B. Webb et C.M.Levy « Effects of spaced and repeated total sleep deprivation » Ergonomics, vol. 27, N°1, 1984, p.45-58 Cet article Pourquoi nous dormons est apparu en premier sur Des livres pour changer de vie.
July 1 2021, 5:00pm
-
J'ai publié sur youtube.com
June 30 2021, 11:11am
-
J'ai publié sur blogueur-pro.com
Récapitulatif de l’évènement interblogueurs : “Télé travail : Votre meilleure astuce pour rester productif quand on travaille de chez soi”
Voici enfin l’article récapitulant toutes les participations validées à l’évènement interblogueurs : “Télé travail : Votre meilleure astuce pour rester productif quand on travaille de chez soi” Vous avez été nombreux à participer en jouant le jeu en dévoilant vos meilleures astuces pour travailler efficacement de chez soi. Merci BEAUCOUP d’avoir été si nombreux à jouer […] L’article Récapitulatif de l’évènement interblogueurs : “Télé travail : Votre meilleure astuce pour rester productif quand on travaille de chez soi” est apparu en premier sur Blogueur Pro.
June 28 2021, 1:05pm
-
J'ai publié sur youtube.com
June 27 2021, 5:00pm
-
J'ai publié sur des-livres-pour-changer-de-vie.fr
Vers la sobriété heureuse
Résumé de « Vers la sobriété heureuse » de Pierre Rabhi : au travers du témoignage de son expérience, vous découvrirez l’engagement de Pierre Rabhi en faveur d’un monde plus juste et plus sain ; un monde reconnecté à la terre par la pratique de la permaculture notamment, mais pas seulement.
Pierre Rabhi, 2010, 164 pages.
Chronique et résumé du livre « Vers la sobriété heureuse » de Pierre Rabhi Un mot sur l’auteur Pierre Rabhi a fondé plusieurs associations : Colibri, Terre & Humanisme, le Mouvement des oasis en tous lieux, etc. Il est principalement connu pour sa défense de l’agroécologie et de la permaculture, qu’il a participé à introduire en France. Pendant de longues années, il a travaillé la terre d’Ardèche avec sa femme, Michèle, y élevant aussi ses enfants. Il s’est ensuite investi à un niveau international, en donnant de nombreuses conférences et en publiant des ouvrages sur ses expériences, ainsi que sur ses idées politiques et philosophiques. Parmi ses autres livres, vous pourrez aussi lire : Du Sahara aux Cévennes ou la Reconquête du songe, Itinéraire d’un homme au service de la terre-mère (prix Cabri d’or), Candide, 1983 ; Graines de possibles, regards croisés sur l’écologie (avec Nicolas Hulot), Calman-Levy, 2005 ; La Convergence des consciences, le Passeur Éditeur, 2016. Avant-propos Voici l’incipit de Vers la sobriété heureuse, qui donne bien le ton d’ensemble de ce livre : « Désormais, la plus haute, la plus belle performance que devra réaliser l’humanité sera de répondre à ses besoins vitaux avec les moyens les plus simples et les plus sains. Cultiver son jardin ou s’adonner à n’importe quelle activité créatrice d’autonomie sera considéré comme un acte politique, un acte de légitime résistance à la dépendance et à l’asservissement de la personne humaine. » (Pierre Rabhi) Le témoignage est avant tout fondé sur une expérience de vie menée en famille. Il base sa cohérence et sa légitimité sur le lien fort entre l’action et la parole, selon le principe : « Faire ce que l’on dit et dire ce que l’on fait ». L’idée centrale en est simple : il est impossible de maintenir encore longtemps l’idéologie d’une croissance infinie. Il est avéré que celle-ci est destructrice et insoutenable d’un point de vue biologique et géologique. En un mot : l’heure de la modération a sonné. « Le temps semble venu d’instaurer une politique de civilisation fondée sur la puissance de la sobriété » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 10). Partie 1 – Les semences de la rébellion Le chant du forgeron Un artisan-forgeron vit humblement quelque part dans le désert algérien. Il travaille de tout son cœur, puis accueille avec joie ses clients et compagnons. Un enfant l’observe et l’admire. Plus loin, la cité grouille de cordonniers, de vendeurs de fruits. 1001 métiers se conjuguent ; dans cette oasis, des animaux et des hommes vont et viennent. Ce lieu de cohabitation, certes, n’est pas parfait : la condition des femmes, la pauvreté et les passions tristes y vivent aussi. Pourtant : « [U]ne sorte de joie omniprésente surmonte la précarité, saisit tous les prétextes pour se manifester en des fêtes improvisées. Ici, l’existence s’éprouve d’une manière tangible. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 15) Le forgeron y vit de son travail, offre ce qu’il sait faire, régale aussi ses voisins de ses chants, lorsque son labeur est terminé. Bref, cette ville, avec le mode de vie qui la caractérise, est l’une de ces oasis où les hommes, de la façon imparfaite qui est la leur, ont tenté l’harmonie. Et y sont presque parvenus. La fin d’un monde séculaire Puis, cette vie à la fois travailleuse et indolente, placée sous le seau de l’éternité, s’est mise à changer. Sous l’impulsion des Français, une mine de houille se crée. Le forgeron devient mineur salarié. Ses compagnons aussi. C’est toute la cité et son esprit qui sont bouleversés : le temps est désormais compté et chacun doit vaquer au plus vite à ses occupations, pour gagner plus d’argent. Le progrès a déboulé dans l’oasis et a fait du forgeron dédié à son art un autre homme, attristé de voir son atelier vidé. L’enfant — Pierre Rabhi lui-même — voit son père se résigner à l’arrivée de la Civilisation occidentale. Le silence de l’enclume « [T]ravaillons-nous pour vivre ou vivons-nous pour travailler ? » Telle est l’une des questions que pose Rabhi dans Vers la sobriété heureuse. Pourquoi l’argent est-il devenu le seul signe de la richesse ? Pourquoi donc travailler sans cesse, quand nous n’en avons pas fondamentalement besoin ? Quelle mouche a donc piqué cette ville algérienne — quelle mouche nous a donc tous piqués ? « L’exploitation et l’asservissement de l’homme par l’homme et de la femme par l’homme ont toujours été une perversion, une sorte de fatalité conférant à l’histoire humaine la laideur que l’on sait ; mais, à la différence de cette perversion pour ainsi dire spontanée, la modernité, avec les révolutions censées y mettre fin, l’a perpétuée sous la bannière des plus belles proclamations morales : démocratie, liberté, égalité, droits de l’homme, abolition des privilèges… Peut-être l’intention fut-elle sincère, mais, hélas, force est de reconnaître que les tentatives les plus obstinées pour instaurer un ordre équitable ont été mises en échec par la nature la plus profonde de l’être humain. » (Vers la sobriété heureuse, p. 20) Depuis ses vingt ans, depuis qu’il a vu la modernité transformer son village et ravager son père, Pierre Rabhi s’est senti trahi et décidé à résister. La désillusion C’est à ce même âge que Pierre Rabhi arrive à Paris, où il travaille comme ouvrier spécialisé. Il est entouré de collègues influencés par la théorie marxiste, athées et laïques, mais qui croient fermement au Progrès avec un grand « P », celui à qui ils se dévouent pour assurer la réussite et la promotion sociale de leurs enfants. Les Trente Glorieuses sont une période économiquement riche, mais où les consommateurs se lassent peu à peu de prendre et de jeter les objets que la publicité leur met sous les yeux. Les plus jeunes, surtout, s’ennuient de cette vie sans perspective. Mai 68 fait sursauter ce disque au rythme monotone. Les lycéens, mais aussi les ouvriers, veulent vivre autrement. Ils souhaitent libérer leur créativité. « La vie n’est une belle aventure que lorsqu’elle est jalonnée de petits ou grands défis à surmonter, qui entretiennent la vigilance, suscitent la créativité, stimulent l’imagination et, pour tout dire, déclenchent l’enthousiasme, à savoir le divin en nous. » (Vers la sobriété heureuse, p. 23) C’est ce rejet de l’abondance factice et de la course à l’argent que refusaient déjà les manifestants d’alors. Mais aujourd’hui encore, c’est ce système, ainsi que la doctrine capitaliste qui l’accompagne, qui doit être combattu. La vie mérite toujours d’être vécue, à condition que nous osions faire face aux problèmes qui sont les nôtres. Or, cela commence par la prise de conscience que la modernité n’a pas tenu ses promesses. Le déclin du monde paysan Appartenir à une terre est vital pour chaque peuple, même pour les nomades qui emportent avec eux quelques traces du sol de leur naissance. Ce rapport au sol, où sont également enterrés nos ancêtres, est immémorial et capital, même — et surtout — à l’heure actuelle. Il l’est pour bien des peuples, sauf pour les peuples de la modernité, qui ont remplacé ce lien par la logique de l’efficacité, qui dénoue tous leurs liens et les laisse « quittes » de tout rapport à la tradition. Le drame de l’exil La guerre de 14-18 fut un exil et un meurtre généralisé : les peuples allemands et français s’entretuant, souvent loin de chez eux, pour des raisons technologiques et politiques qui les dépassaient. L’exode des populations rurales vers les villes, où les usines se remplissent, forme un autre type d’exil caractéristique des sociétés industrielles du XXe siècle. « Aujourd’hui, c’est le désenchantement, la fin des illusions pour un nombre grandissant de citoyens des nations dites prospères. Ce long processus d’aliénation débouche à présent sur un double exil : l’être humain n’est plus ni relié à un ordre social ni enraciné dans un territoire. La mobilité est devenue une condition sine qua non pour conserver un emploi. » (Vers la sobriété heureuse, p. 29) L’aliénation du monde rural Dans le monde occidental, le monde rural s’est lui aussi transformé. La modernité y a fait son œuvre. Lorsqu’il délaisse la vie ouvrière pour se tourner vers la vie paysanne, Rabhi le découvre : ici aussi, l’efficacité et la productivité sont devenues les valeurs centrales. Les produits de l’agrochimie ont envahi les sols et les conversations des agriculteurs. Les tracteurs aspergent les terres en vue du rendement tant recherché par la Politique agricole commune bientôt mise en place par l’Europe. C’est l’ère de la monoculture et des subventions aux cultivateurs que nous connaissons toujours aujourd’hui. Rabhi ne mâche pas ses mots vis-à-vis de ce soi-disant progrès agronomique : selon lui, il détruit le rapport protecteur du paysan avec sa terre et crée une pauvreté dont il a bien du mal à se remettre. En fait, cette politique serait en train de les tuer au nom du profit, purement et simplement.
Partie 2 – La modernité, une imposture ? Pour Pierre Rabhi, la modernité est une idéologie néfaste. L’idée de progrès, tant social que technique, cache en réalité l’explosion des inégalités et la création d’une grande souffrance. « Le réquisitoire dont j’assume la responsabilité ne peut qu’être de plus en plus sévère au fur et à mesure que la lumière se fait sur l’ampleur des effets pernicieux imputables à ce qui est probablement l’idéologie la plus hypocrite de l’histoire humaine. » (Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 35) Les bienfaits de la modernité — et il y en a, en effet, au niveau social, sanitaire, etc. — ont malheureusement la fâcheuse tendance à se substituer purement et simplement à la tradition. Ce qui se faisait avant est réputé « obscur » et sans intérêt. C’est là un geste profondément arrogant et totalitaire. Le progrès : entre mythe et réalité Deux visions s’opposent : l’approche progressiste, que Rabhi qualifie aussi de « pensée minérale », et l’approche écologique.
La première défend un positivisme intégral, faisant de la raison l’unique moteur de l’histoire et des actions humaines. Elle perçoit la réalité « de façon fragmentée et mécaniste ». La seconde défend une pensée des liaisons et accorde toute sa place à l’intuition. Celle-ci cherche à saisir la vie dans son unicité ; elle promeut un tout autre type de rapport au monde.
Observez maintenant les conséquences dudit progrès sur l’humain. Depuis l’enfance, le petit Occidental est embarqué à l’école, puis à l’usine, en entreprise ou dans une administration, pour terminer parfois à l’hospice en passant, souvent, par la case « hôpital ». Bref, c’est un itinéraire d’enfermement sans fin dans des institutions qui prétendent fonctionner « rationnellement » ; c’est-à-dire, en fait, sans émotion. Quant aux outils informatiques, il convient également d’y prêter la plus grande attention et de les étudier avec circonspection. Quels types d’attachements suscitent-ils ? Ne nous rendent-ils pas chaque jour plus dépendants et moins aptes à la sensibilité ? Ils ne sont, en tout cas, pas sans effets sur le cerveau humain. Bombardés d’informations, nous ne savons plus quoi en faire. Une bonne diète nous ferait parfois le plus grand bien. Abondance et indépendance sont les autres mots clés de la modernité. Et pourtant, dans Vers la sobriété heureuse, Rabhi nous invite à faire un tout autre constat : c’est plutôt le désert rationnel et la dépendance toujours plus forte à un système normalisé qui se mettent en place. La subordination au lucre Et pourtant, la modernité aurait pu être un bienfait pour l’humanité. Son erreur fatale ? Avoir succombé au règne du crédit et de la finance. L’argent, en soi, n’est qu’une invention humaine pour remplacer le troc. Mais l’argent « que l’on gagne en dormant », cela est grandement problématique pour Pierre Rabhi. Pourquoi ? Parce que cela dévoie l’économie en créant un besoin de gains toujours plus grands. L’argent devient non plus le moyen, mais le but de l’opération économique. Dès lors, on cherche à acquérir de façon exponentielle les richesses matérielles, et on croit que c’est là que se trouve le bonheur. L’immodération des uns engendre le désir et la jalousie des autres. Après quelques publicités ou lectures de magazines, vous souhaitez adopter, vous aussi, le comportement grandiloquent de celui qui prétend avoir tout. Mais vous êtes frustrés si vous n’y parvenez pas. Le pouvoir de l’argent domine alors votre vie de bout en bout. Résultat : vous en souffrez. « Matière sonnante et trébuchante à l’origine, l’argent-finance s’est transformé en un fluide, un esprit qui souffle où il veut, attisant toutes les frustrations dans le seul dessein de perpétuer son magistère. C’est pour lui complaire qu’on fabrique des armes qui déshonorent le génie de notre espèce et que l’on installe sur la planète un ordre anthropophage appelé “mondialisation”. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 53) Le bouleversement des repères universels La modernité a encore une autre conséquence. Elle nous détache d’un rapport au temps et à l’espace qui était essentiel. Pour ainsi dire, le temps ne passait pas dans les sociétés traditionnelles ; l’homme se reliait aux saisons, certes, mais dans un cycle perpétuel. Le monde moderne a quant à lui créé un temps linéaire où chaque seconde compte. D’où l’impression de manquer constamment de temps et la volonté de bénéficier d’un temps infini. “Entre un temps fondé sur les cycles cosmiques éternels et celui d’une civilisation hors sol hystérique s’est constitué une bulle temporelle. De manière paradoxale, elle impose l’avènement d’un temps psychologique ressenti comme réductible ou extensible à l’infini, échappant aux références habituelles. […] Et pourtant, les battements de notre cœur, le rythme de notre respiration ou de notre circulation sanguine nous rappellent sans cesse que nous sommes reliés à l’horloge cosmique, et non aux bielles de nos moteurs à explosion.” (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 57) Se mettre en cohérence Pierre Rabhi termine cette critique de la modernité en affirmant que, lui aussi, il doit bien composer avec la réalité qui est la nôtre aujourd’hui. Lui aussi utilise les technologies ; il pollue même pour défendre les valeurs de l’écologie et de l’agroécologie. Mais est-il possible de faire autrement ? Pas vraiment. « Les situations de cohérence entre nos aspirations profondes et nos comportements sont limitées, et nous sommes contraints de composer avec la réalité. Mais il est impératif d’œuvrer pour que les choses évoluent vers la cohérence, et que l’incohérence ne soit plus considérée comme la norme, et encore moins comme une fatalité. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 62) Dans la lignée de ses précédents ouvrages (voir par exemple La part du colibri), Rabhi insiste sur l’importance des petits gestes, les gestes quotidiens qui permettent de créer une cohérence personnelle, puis globale. Petit à petit, chacun faisant sa part, il est possible de tourner le dos à un mode d’existence qui nous épuise et épuise la Terre que nous habitons tous.
Partie 3 – La sobriété, une sagesse ancestrale Négativement, la sobriété peut être définie comme un refus de la société de surconsommation. Ce caractère de lutte et de résistance se retrouve dans les critiques émises dans les parties précédentes. Il est toutefois plus difficile de caractériser positivement ce qu’elle est, et comment vivre en conformité avec elle. C’est ce que tentent de faire les deux parties suivantes. Un village africain Pierre Rabhi raconte l’anecdote suivante, tirée d’un fait réel. De jeunes cultivateurs vont voir un sage et lui disent que la récolte a été bonne, cette année. Ils remercient le ciel et la terre. Puis, ils remercient les Blancs, qui leur ont donné une poudre qui améliore leur rendement. Ce à quoi le sage répond qu’il est heureux que la récolte soit bonne. Quant à la poudre, elle leur permettra de réduire le sol cultivé, et donc de travailler moins. La conclusion de ce sage du village relève presque du conte. Elle permet de mettre en évidence un dilemme essentiel :
Doit-on utiliser la poudre pour augmenter le nombre des parcelles cultivées et produire toujours plus ? Ou bien alors, comme il le propose, utiliser cette méthode pour travailler moins, en se contentant de ce dont on a besoin ?
En quelque sorte, cette situation est celle dans laquelle nous nous trouvons tous. Les jeunes cultivateurs peuvent en effet hésiter à utiliser la poudre comme le sage le recommande. Ils peuvent préférer « faire de l’argent », thésauriser et ainsi entrer dans cette course typique de la modernité. Ou bien ils peuvent se diriger vers la voie de la sobriété heureuse. Qui est archaïque ? Vivre dans un village en subvenant à ses besoins propres et à ceux des personnes qui ne le peuvent pas ou plus, telle est l’expérience de nombre de personnes, encore aujourd’hui. Au Burkina Faso comme au Laos, ces gens vivent de peu, mais ne manquent de rien, ou de pas grand-chose. Ils ne sont pas riches, certes, mais un sentiment de communauté les anime et les réconforte. Ce que Rabhi veut dire, c’est qu’il est possible de bien vivre sans chercher la richesse financière. Le mot même de richesse, alors, change tout à fait de sens. Elle devient un nom pour le résultat des liens qu’on tisse avec les autres et avec la terre. On est riche lorsqu’on est ancré dans un lieu, qu’on vit avec d’autres et que l’on est habité par des valeurs. C'est cela qui permet d'acquérir la cohérence, ainsi qu'une profonde confiance en soi. L’économie, quant à elle, se transforme alors en écologie ; il ne s’agit plus de calculer comment gagner toujours plus, mais d’étudier et de prendre soin des rapports qui se tissent entre les êtres. La « vraie » civilisation n’est donc pas nécessairement celle que l’on croit. Les modernes ont bien tort de regarder de haut les paysans et les peuples des pays dits « sous-développés ». En réalité, ceux-ci développent depuis toujours des façons de vivre harmonieuses et justes. Certes imparfaites, mais dont il est bon de s’inspirer. Taxer ces peuples d’archaïsme et leur imposer une modernisation de force, c’est là se montrer réellement barbare et se couper toujours un peu plus de possibilités de transformation. Dans son ouvrage, Pierre Rabhi choisit au contraire de les prendre en exemple : c’est à partir de la lumière de ces expériences, qui émergent même au sein de l’Europe aujourd’hui, que nous pouvons nous diriger concrètement vers la sobriété heureuse. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme Sous couvert d’économie, le monde occidental prône l’immodération et la consommation débridée. Or ce terme d’économie, on l’a vu, renvoie aussi à la frugalité et à la sobriété : vivre sobre, c’est être, en ce sens, « économe ». En l’occurrence, c’est se rendre compte une bonne fois pour toutes que « la nature n’a pas de poubelles » (Vers la sobriété heureuse, p. 77) et qu’il nous faut apprendre à diminuer notre consommation et à recycler.
Les paysans cévenols Le paysan cévenol décrit par Rabhi est tranquille, il se lève tôt, déjeune frugalement, marche à son aise et effectue ses tâches quotidiennes, même les plus dures, avec entrain, mais sans précipitation. Il aime faire les choses bien. Il s’endort dans un confort simple et pourtant réel. L’artisan ardéchois vit à peu près sur le même mode. De ses mains habiles, il construit dans son petit atelier mille choses utiles, en respectant les traditions de sa confrérie familiale. Ces savoirs peuvent paraître appartenir au passé, et pourtant Rabhi insiste : les secousses du monde à venir (fin de l’ère du pétrole, bulles financières et crises sanitaires) nous imposent de respecter — non, mieux, de protéger et d’aider à vivre — toutes ces pratiques et ces modes de vie. « Les impasses dans lesquelles le monde contemporain va de plus en plus se trouver l’obligeront |…] à réhabiliter bon nombre de pratiques du passé. C’est aussi la raison pour laquelle il faut se hâter de préserver sur notre planète tout ce qui est encore à la mesure de l’être humain, avant la fin de l’ère du “pétrolithique”. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 81) Une sagesse ancestrale Les Sioux ne prélevaient de bisons que le strict nécessaire. En outre, chaque partie de l’animal était utilisée. Et pourtant, les bisons abondaient. « Cette sobriété dans l’abondance est une leçon de noblesse », dit Rabhi. C’est ce respect et ce soin de la vie qui est en voie de disparition. Il repose pourtant sur une sagesse fondamentale, que nous ferions bien de méditer. Chez les peuples premiers, des rituels et des cérémonies accompagnent chaque chasse. Il n’y a là rien d’irrationnel ! Au contraire : il s’agit d’honorer et d’assurer le respect des équilibres naturels, afin que l’abondance demeure. La vie des nomades, dans les plaines américaines comme dans les déserts africains ou dans les collines européennes, participe de ce même mode de vie. La frugalité impose de mieux penser l’essentiel. Sur le plan spirituel d’abord, mais aussi très concrètement sur le plan matériel. Par exemple, il n’est pas question, pour un nomade du désert, d’oublier les ustensiles lui permettant de trouver l’eau. Ce qui nous pousse à nous poser à nous-mêmes la question suivante : de quoi avons-nous vraiment besoin ? Telle est l’un des enjeux soulevés par la thématique de la sobriété heureuse. Un art de vivre ensemble Bien qu’il en chante les louanges, Rabhi refuse de se complaire dans l’évocation nostalgique d’arts de vivre passés qu’il faudrait soit pleurer, soit muséifier. « Il ne s’agit pas, dit-il, avec toutes ces évocations, d’éveiller une sorte de nostalgie d’un monde révolu qui aurait atteint l’idéal, mais de déplorer que celui-ci n’ait pas été pris en compte et enrichi des valeurs positives de la modernité, plutôt qu’aboli. » (Vers la sobriété heureuse, p. 85) Il devient urgent de s’en inspirer pour insuffler à la modernité un air nouveau, une nouvelle atmosphère. L’espèce humaine, dans sa diversité, dans la multiplicité des espaces où elle a trouvé refuge, a de quoi nous étonner et nous donner des leçons pour l’avenir. Le lien avec le caractère sacré de la vie « Bien que n’appartenant plus à aucune religion — je leur dois toutefois d’avoir été éveillé à la transcendance —, je me suis aperçu que la sobriété heureuse, pour moi, relève résolument du domaine mystique ou spirituel. Celui-ci, par le dépouillement intérieur qu’il induit, devient un espace de liberté, affranchi des tourments dont nous accable la pesanteur de nos modes d’existence. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 89) Il ne s’agit pas, pour Rabhi, de se poser des questions théologiques (existe-t-il une vie après la mort ?), mais de chercher une éthique, c’est-à-dire un sens à la vie.
À quoi vouer son existence ? Qu’est-ce qui compose une vie réussie ? L’argent, le succès, l’amour, la science, la vérité… Quelles sont les valeurs de votre vie ?
Partie 4 — Vers la sobriété heureuse La pauvreté en tant que valeur de bien-être Bien comprise, la pauvreté peut devenir une valeur de vie. C’est la voie prise par Rabhi lui-même dès les années 1960, lorsqu’il arrive dans les Cévennes et décide d’y habiter avec sa femme, Michèle. Leur vie est faite de culture potagère, de relations simples. C’est ce qu’il relate dans l’ouvrage Du Sahara aux Cévennes ou La Reconquête du songe (1983). « Le concept de pauvreté avait de quoi déconcerter, mais pour nous c’était une véritable option de vie, et non une proclamation morale parmi d’autres. La conviction avec laquelle l’avenir est à la civilisation de la sobriété n’a cessé d’être à mes yeux une évidence grandissante et, dans la boulimie consommatrice qui étreint le monde, une nécessité vitale. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 95) L'histoire de Pierre Rabhi Pour faire comprendre ce qu’est la sobriété heureuse, Pierre Rabhi expose donc sa propre histoire en détail. Il raconte comment il a été élevé durant les premières années de sa vie dans une famille musulmane, sans mère, mais — comme on l’a vu — avec un père forgeron. Il relate comment celui-ci l’a mis en sécurité dans une famille française vivant en Algérie et comment, suite à leur contact prolongé, il est devenu catholique. Une fois arrivé en France pour trouver du travail, Rabhi rencontre sa future femme. Il est alors ouvrier en usine, mais se décide à tout plaquer pour vivre avec Michèle dans les Cévennes ardéchoises. Le couple trouve une exploitation qui lui paraît magnifique, mais qui semble peu productive. Cela complique l’obtention d’un prêt auprès du Crédit Agricole. Finalement, ils parviennent à acheter leur maison. Ils y vivent, aujourd’hui encore. Cela fait 45 ans. Ce choix de vivre dans une bâtisse austère, avec une terre peu fertile, rocailleuse, a été loin d’être simple. Une existence sans eau potable pendant sept ans, et même sans électricité pendant treize, avec, en outre, une voiture usée jusqu’à la corde… Bref : aucun confort moderne. Pourtant, le couple était convaincu de cheminer sur la bonne voie. Et peu à peu, le domaine s’est transformé : l’irrigation a apporté la vie et le lopin de terre aride est devenu une petite oasis. Aidés par l’eau, ils ont mis en place une gestion écologique du domaine, sans pesticides. Et cela a pris ! « Ainsi, dit Rabhi, le principe de sobriété que je prône n’est pas un principe de circonstance : il vient d’une conviction intrinsèquement liée à un choix de vie. » (Vers la sobriété heureuse, p. 101) Doutes et succès Revenant sur les doutes, mais aussi sur les succès de l’entreprise, Pierre Rabhi affirme encore : « Sur ce chemin, nous n’avons pas été exempts de soucis matériels, tourments intérieurs, dissensions et divergences ; mais ces difficultés se sont révélées nécessaires pour une meilleure compréhension de soi-même et des autres. Cette vie est à l’évidence un chemin initiatique ascendant. À mesure que nous le gravissons, comme sur le flanc d’une montagne d’incertitude, de méconnaissance et de doute, le paysage s’élargit, devient plus intelligible, et la conscience semble s’élever, se clarifier. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 102) Il n’est pas facile de créer un autre mode de vie ni de s’y tenir. Cela demande une forte rigueur. Et beaucoup de ténacité. Contrairement à la société dominante et à ses normes, l’alternative n’est pas déjà là : il faut la construire. C’est pourquoi il importe de ne pas confondre le geste de révolte avec un geste sans contraintes, une pure expression de la liberté de la volonté. La révolte va de pair avec une volonté de s’attacher autrement. Elle appelle la créativité et l’imagination. Notons au passage que c'est aussi ce que propose aussi la notion de permaculture humaine. Un entrepreneur un peu particulier En fait, de façon très pratique, il leur a fallu apprendre à gérer leur exploitation à la façon d’une « petite entreprise ». Avec une différence de taille, toutefois : « [C]ontrairement à ce qui se passe pour une entreprise ordinaire, pour laquelle extension est synonyme de réussite, nous avons d’emblée opté pour l’autolimitation. C’est cela qui a été notre réussite, car la sobriété est une force. » (Vers la sobriété heureuse, p. 103) En outre, il ne s’agissait pas de s’isoler, mais de vivre dans le monde, avec les autres acteurs de la région. Partager la vie de la communauté faisait partie du projet dès le départ. L’autolimitation volontaire Pierre Rabhi s’interroge. Depuis plusieurs années, il n’est plus dans le besoin comme il l’était alors. « Suis-je toujours en cohérence avec ce choix initial, dont l’état actuel de la société, en crise grave, renforce la pertinence et la nécessité, alors qu’après m’en être longtemps passé je jouis aujourd’hui de la plupart des attributs de la modernité et du mode d’existence très dispendieux qu’elle impose ? » (Vers la sobriété heureuse, p. 105) Il n’est pas riche, ni particulièrement envieux de tous les biens dont ceux-ci disposent. Néanmoins, il profite de certains bienfaits qu’a charriés la modernité. Où se situe la limite entre sobriété et non-sobriété ? Ainsi, malgré lui, Rabhi est capitaliste. Il n’y a qu’à se rendre dans le sud de l’Afrique pour le constater. Sans être millionnaire, il y a entre lui et les gens qu’il rencontre là-bas une disparité financière évidente. Eux ont tout juste de quoi se nourrir, se vêtir, se loger : or, c’est justement là que se trouve la limite entre sobriété et non-sobriété. Tout le reste est, en réalité, superflu. Sortir de l'humanitaire et de la société de consommation Si l’organisation actuelle des États et des économies ne permet pas de créer l’équité, le principe de sobriété, lui, le peut. Comment ? D’abord, en refusant la société de consommation qui conduit à une sorte d’« ascèse inversée » où chacun en veut toujours plus (sans se rendre compte que c’est, le plus souvent, au détriment des plus pauvres). Ensuite, en transformant le principe de « solidarité compassionnelle » qui, dans les pays dits « développés », permet à ceux qui ne suivent plus de sortir la tête de l’eau. Celle-ci est le fruit de politiques schizophrènes des États qui donnent d’un côté en créant les conditions du surendettement et de l’injuste, de l’autre. C’est d’ailleurs la même logique qui anime l’humanitaire. Enfin, les États doivent s’engager activement vers une réduction des besoins et mettre les forces de la modernité au service de cet objectif. « L’observation objective des faits met en évidence la nécessité absolue d’un paradigme plaçant l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations, ainsi que l’économie et tous nos moyens à leur service. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 109) La décroissance soutenable Rabhi s’inspire du principe de « décroissance soutenable » de l’économiste roumain Nicholas Georgescu-Roegen, qui prône une économie fondée sur la modération. Ce type de modèle devrait être celui des pays en voie de développement et des pays développés. La beauté est également un principe que l’agroécologiste et penseur veut remettre au goût du jour. Promouvoir la beauté, c’est promouvoir la culture, la spiritualité, les nourritures immatérielles dont nous avons tous besoin. Nous devons apprendre à habiter la planète avec plus de respect, en honorant les beautés que ce monde a à nous offrir. Pour Pierre Rabhi, vivre sous le signe de la beauté est donc essentiel. « En réalité, dit-il, il y va de notre survie. Le choix d’un art de vivre fondé sur l’autolimitation individuelle et collective est des plus déterminants ; cela est une évidence. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 111)
Un changement humain Prôner la sobriété heureuse et tenter de la mettre en œuvre de façon collective : telle était l’intention de Pierre Rabhi lorsqu’il s’est lancé dans la course à la présidentielle, en 2002. Pourquoi ? Afin de changer de paradigme. « Les évolutions climatiques, écologiques, économiques et sociales, prévisibles comme imprévisibles, nécessitent une créativité sans précédent. Partant d’un art de vivre personnel, nous sommes impérativement invités à travailler à la sobriété du monde. En passant de la logique du profit sans limites à celle du vivant, il est question, en langage savant, de “changer de paradigme”. » (Vers la sobriété heureuse, p. 113) Mettre l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations Au nombre des actions rêvées par Rabhi, notons :
Une action mondiale en faveur de l’intégrité de la nature.
« Les forêts, le sol nourricier, l’eau, les semences, les ressources halieutiques, etc., doivent impérativement être soustraits à la spéculation financière. » (Vers la sobriété heureuse, p. 114)
La protection des peuples premiers, autochtones ou traditionnels.
« La protection de ces peuples, témoins vulnérables et innocents, contre l’arbitraire et la méchanceté des peuples dits civilisés devra être inscrite dans les priorités par des lois rigoureuses. » (Vers la sobriété heureuse, p. 115) Un rééquilibrage masculin/féminin C’est un autre chantier important, qui se décompose en deux volets :
Une revalorisation du statut de la femme.
Pour Rabhi, le féminin est la part non-violente, mais d’une force sans égale, qui se cache en chacun de nous et en particulier dans les femmes. Remettre les femmes en valeur, c’est faire retour vers ce pouvoir qu’ont les femmes de surmonter bien des situations. Il faut leur rendre honneur et quitter le schéma machiste intrinsèquement lié à la modernité, où tous les inventeurs et toutes les grandes figures sont des hommes.
La fin de la marchandisation et de la publicité autour des femmes.
L’industrie fait fortune avec les femmes de deux manières : d’abord en les exposant comme des objets pour faire vendre n’importe quel produit. Ensuite en les manipulant pour qu’elles achètent certains biens de consommation : vêtements, cosmétiques, bijoux, etc. Pourtant, dit Rabhi, l’élégance et la beauté ne dépendent pas de toutes ces marchandises. Une pédagogie de l’être L’éducation actuelle est une machine à formater les esprits. En outre, l’ascenseur social est en panne, puisque les jeunes adultes formatés — contrairement au temps des Trente Glorieuses — ne trouvent même plus de travail ! Ici encore, Rabhi propose plusieurs changements à opérer.
Centrer l’éducation sur le développement de la personnalité de l’enfant.
« Pour que cette véritable naissance à soi-même advienne réellement, il est indispensable d’abolir ce terrible climat de compétition qui donne à l’enfant l’impression que le monde est une arène, physique et psychique, produisant l’angoisse d’échouer au détriment de l’enthousiasme d’apprendre. » (Vers la sobriété heureuse, p. 121)
L’équilibrage des aptitudes intellectuelles et manuelles.
« L’éducation doit restaurer la complémentarité des aptitudes. Les établissements éducatifs devraient tous proposer de la terre à cultiver, des ateliers d’initiation manuelle, artistique… » (Vers la sobriété heureuse, p. 121)
L’éducation à l’égalité homme/femme.
Ce point est capital, on l’a vu plus haut. Il s’agit de ne plus permettre aux jeunes filles et aux jeunes femmes de se sentir inférieures aux garçons et aux hommes. Augmenter leur confiance en elle-même et en leur capacité de changer les choses pour le bien-être de tous.
L’éducation à la sobriété.
L’apprentissage des conditions de vie est essentiel pour développer l’esprit critique et d’innovation. Leur apprendre les rouages de la civilisation de la surconsommation, ainsi que les moyens de la contourner par la modération. Rabhi met en garde contre le marché du jouet qui nuit à l’imagination des petits. La condition de nos ainés C’est un chantier supplémentaire. Pour changer de paradigme, il faut réapprendre à soigner nos ainés et à ne plus les oublier dans des mouroirs. Il faut, en ce sens, retrouver le goût de la transmission, c’est-à-dire remettre à l’honneur la sagesse et le grand âge. Ne sont-ce pas les vieilles personnes qui en savent le plus ? La sobriété heureuse invite à retrouver les façons de vivre ensemble, en dehors de l’administration sans âme de la vieillesse (EHPAD, etc.). Pour une indignation constructive « Il est difficile de ne pas être indigné par la marche et l’état du monde. On a le sentiment d’un immense gâchis, qui aurait pu être évité si on avait adopté un modèle de société alliant intelligence et générosité. » (Vers la sobriété heureuse, p. 129) Que faire de cette indignation ? Il faut toujours prêter attention à ne pas la transformer en violence, en devenant soi-même l’oppresseur d’autrui. Il faut tirer les leçons de l’histoire qui nous ont appris les risques liés aux révolutions. Mais il faut pourtant agir. Or, cette société semble avoir réussi à créer un citoyen amorphe, qui se décourage de la politique et cherche, pour répondre à ses besoins, soit un homme providentiel, soit un bouc émissaire. « Le temps est venu de savoir où nous voulons aller et quelle vie nous voulons vivre pour que notre passage sur terre ait un sens ; car il faut bien reconnaître que pour l’instant, au vu de ce que notre présence au monde a provoqué sur la sphère vivante, cette présence évoquerait plutôt un regrettable accident. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, p. 131) Combattre l'indifférence Ce qu’il s’agit de combattre, c’est donc l’indifférence vis-à-vis de ce qui est en train de se produire. Chacun peut prendre part au renouvellement de la société, en agissant à son niveau, en créant ses propres sentiers vers la sobriété heureuse. Or, de plus en plus de jeunes veulent avoir une vie épanouissante, et pas seulement un travail. De plus en plus de cadres partent des entreprises et cherchent à donner un nouveau sens à leur carrière, en se reconnectant aux valeurs qui sont les leurs. Des familles cherchent à vivre l'aventure en retrouvant une connexion à la terre. Il y a bel et bien, un peu partout, des initiatives qui fleurissent et des chemins qui se croisent. On pourrait ajouter que la vie de free-lance et de digital nomad en sont des exemples, à condition qu’ils soient pensés de façon cohérente avec l’écologie et la sobriété. Beaucoup d'entre nous, quoi qu'il en soit, veulent quitter la roue sans fin du système métro/boulot/dodo. Un paradoxe se fait toutefois : aujourd’hui, vivre simplement coûte cher. Acquérir un petit lopin de terre et s’y engager nécessitent l’acquisition d’avoirs importants. Tout le monde, aujourd’hui, n’a pas accès à cette simplicité. C’est l’un des autres chantiers à mettre en œuvre. Donner la possibilité de changer de vie à celles et ceux qui veulent le faire Bien que la vie modèle de la modernité commence à battre de l’aile, il reste encore aujourd’hui un grand nombre de personnes qui y demeurent attachées, plus ou moins volontairement et consciemment. Le temps n’est donc pas encore venu pour un changement complet de paradigme, du moins dans les pays dits développés. Par ailleurs, les pays dits émergents semblent quant à eux se diriger tout droit vers le modèle occidental dominant. Ils y aspirent avec d’autant plus d’énergie qu’ils ne l’ont pas encore connu et qu’il leur semble riche de bien des promesses. C’est pourquoi les initiatives qui fleurissent sont à chérir et à protéger, car elles sont « autant de prototypes anticipant sur ce qui universellement indispensable dans un avenir dont le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est totalement incertain. » (Vers la sobriété heureuse, p. 134)
Cinquième partie — Annexes Charte internationale pour la terre et l’humanisme « Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ? Quels enfants laisserons-nous à la planète ? » Telle est la question posée en sous-titre de cette charte. En voici le prologue, reproduit entièrement : « La planète Terre est à ce jour la seule oasis de vie que nous connaissons au sein d’un immense désert sidéral. En prendre soin, respecter son identité physique et biologique, tirer parti de ses ressources avec modération, y instaurer la paix et la solidarité entre les humains, dans le respect de toute forme de vie, est le projet le plus réaliste, le plus magnifique qui soit. » (Vers la sobriété heureuse, p. 141) Constats : la terre et l’humanité gravement menacées
Par le mythe de la croissance indéfinie ; À cause des pleins pouvoirs de l’argent ; Via le désastre de l’agriculture chimique ; En raison de la défense de l’humanitaire (à défaut d’humanisme) ; Finalement, car il y a une déconnexion entre l’humain et la nature.
Propositions : vivre et prendre soin de la vie. Voici les principes :
Incarner l’utopie ; Défendre la terre et l’humanisme ; Soutenir la logique du vivant ; Placer le féminin au cœur du changement ; Développer l’agroécologie ; S’orienter vers la sobriété heureuse ; Relocaliser l’économie ; Imaginer et mettre en œuvre une autre éducation.
« Pour que les arbres et les plantes s’épanouissent, pour que les animaux qui s’en nourrissent prospèrent, pour que les hommes vivent, il faut que la terre soit honorée. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse) Quelques initiatives positives Les Amanins
Fondée en 2003 par Pierre Rabhi et Michel Valentin, ancien chef d’entreprise Site : un lieu de 55 hectares en Val de Drôme Projets : ferme agroécologique, école du Colibri, espaces d’expérimentation, de production et d’échange Objectif : sensibiliser à une écologie pratique et quotidienne Sur internet : lesamanins.com
Colibris, mouvement pour la Terre et pour l’Humanisme
Fondée en 2007 par Pierre Rabhi et ses proches Projet : plateforme de rencontre et d’échange via la méthode d’insurrection des consciences, d’incarnation, de modélisation et de partage) Objectif : construire une société sur le bonheur d’être plutôt que sur la volonté d’avoir Sur internet : colibris-lemouvement.org
La ferme des enfants et le hameau des buis
Fondée en 1999 Site : ferme des enfants du hameau des buis (Lablachère) Projets : pédagogie Montessori de la maternelle au collège et laboratoire d’expérimentation d’intérêt général (sous l’appellation Hameau des buis) Objectif : éduquer et vivre (habiter, consommer, se déplacer, etc.) autrement Sur internet : la-ferme-des-enfants.com
Le MAPIC (Mouvement Appel pour une insurrection des consciences)
Fondé en 2003 par Pierre Rabhi, puis ouvert à la société civile en 2006 Site : un peu partout en France (Corse, Besançon, Dijon, Grenoble, etc.) Projet : groupes de discussion autour de l’écologie humaine, sociale et politique Objectif : faire vivre l’intelligence collective Sur internet : appel-consciences.info
Le Mouvement des oasis en tous lieux
Fondé par Pierre Rabhi Sites : l’oasis de Carapa (30), le Hameau des buis (07), l’oasis de Bellecombe (26) Projet : membre de réseau européen des écovillages Objectif : promouvoir de nouvelles manières de faire société en allant vers la sobriété heureuse Une adresse mail : [email protected]
Le monastère de Solan
Fondé en 1992 par les moniales de Solan avec la participation de Pierre Rabhi Monastère de Solan dans le Gard Projets : potager agroécologique, vin biologique, protection de la biodiversité Objectif : réunir la liturgie et le travail de la terre, expérimenter la sobriété heureuse Pas de site internet
Terre & Humanisme
Fondée en 1994 par Pierre Rabhi Site : le mas de Beaulieu Projets : formation, accueil de visiteurs, travail de la terre selon les principes de l’agroécologie Objectif : à la fois social, économique, écologique et solidaire Sur internet : terre-humanisme.org
Rayonnement et perspectives d’avenir Pierre Rabhi ne compte pas s’arrêter là. Depuis 1983, il ne cesse de parcourir le monde, et notamment ce que l’on appelait le tiers-monde, en vue d’exporter ses propositions et ses méthodes agroécologiques. L’enjeu : « abolir l’humanitaire de pompier pyromane » (Vers la sobriété heureuse, p. 162). Quelques exemples de ces programmes internationaux :
En 2005, création de Terre & Humanisme Maroc qui propose des formations en agroécologie dans les sites pilotes à Casablanca et Meknès ; En 2009, création de Terre & Humanisme Moldavie qui propose une ferme expérimentale de démonstration pour enfants.
Comme le dit l’auteur, le modèle qu’il prône est aujourd’hui de plus en plus reconnu comme une alternative crédible à la société de consommation. Pour répondre aux demandes venues d’un peu partout, il a décidé de créer la Fondation Pierre Rabhi. « Elle aura pour vocation de soutenir l’innovation, le déploiement et l’essaimage de modèles à taille humaine fondés sur l’agroécologie ; la sensibilisation, l’éducation et le transfert de compétences pour une agriculture pérenne, efficace et respectueuse de l’environnement. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse) Conclusion de « Vers la sobriété heureuse » de Pierre Rabhi Le témoignage d’un homme engagé Ce qui frappe, avec ce livre, c’est moins l’élaboration conceptuelle que l’expérience de son auteur. Pierre Rabhi a connu les grands tourments du XXe siècle et il a réussi à en tirer des leçons qui ne sont pas restées lettre morte. L’adage qu’il rappelle au début de l’ouvrage : faire ce que l’on dit et dire ce que l’on fait est d’une importance capitale, car c’est lui qui nous permet d’entrer en cohérence avec ce que nous sommes vraiment et, ainsi, d’oser vivre ses rêves. Finalement, même si l’on n’est pas obligé d’être d’accord avec toutes ses idées, on ne peut ressentir qu’un grand respect pour l’engagement concret de cet homme hors du commun en faveur de l’agroécologie et d’un nouvel humanisme. Ce qu'il faut retenir de "Vers la sobriété heureuse" de Pierre Rabhi Vers la sobriété heureuse est un livre engagé qui propose :
Une critique de la société occidentale placée sous le signe du progrès et de la modernité ; Une esquisse théorique du paradigme alternatif de la « sobriété heureuse » ; Des exemples de mise en œuvre d’un tel modèle aujourd’hui ; Des incitations à faire sa part, au quotidien, pour transformer la société.
Points forts :
Des exemples d’initiatives déjà réalisées ou en cours de construction. Un langage vulgarisé. Des métaphores et des symboles parlants.
Points faibles :
Un manque de construction théorique. Une exposition centrée autour de la personne de Pierre Rabhi. Un danger d’intégrisme vert ?
Ma note :
Avez-vous lu le livre de Pierre Rabhi “Vers la sobriété heureuse“ ? Combien le notez-vous ? [ratings] Visiter Amazon afin de découvrir plus de commentaires sur le livre de Pierre Rabhi “Vers la sobriété heureuse“ Visitez Amazon afin d'acheter le livre de Pierre Rabhi “Vers la sobriété heureuse“
Cet article Vers la sobriété heureuse est apparu en premier sur Des livres pour changer de vie.
June 24 2021, 5:00pm
-
J'ai publié sur blogueur-pro.com
L’impact du nom de domaine et de l’hébergement sur votre SEO
Le référencement appelé aussi SEO (pour Search Engine Optimization) est vital à appréhender lorsque vous voulez développer un site et accroître son audience. Il existe de nombreuses techniques et c’est un vaste sujet qu’il est difficile d’aborder en un seul article. Il est plus que conseillé de vous y mettre au plus tôt, avant même […] L’article L’impact du nom de domaine et de l’hébergement sur votre SEO est apparu en premier sur Blogueur Pro.
June 22 2021, 5:00pm
Page: ‹ 1... 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 ...1494 ›

